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ment. Et tel sera toujours, et fatalement, Le rôle d’un socialiste qui s’associera au pouvoir bourgeois. Il n’aboutira qu’à enrayer le socialisme, ou à le discréditer par les compromissions inséparables de l’exercice de la puissance publique, en régime capitaliste.

Mais il y eut plus. La présence de l’auteur de « /'Organisation du travail », celle de deux autres communistes, à l'Hôtel de Ville, fournissait des armes aux rétrogrades de toutes aspirations. La moyenne bourgeoisie s’affola bien vite de voir les affaires du pays aux mains d'hommes qu’elle considérait comme des artisans de désordre et de spoliation. Elle trouva dans la nomination de Louis Blanc, d'Albert et de Flocon, une raison, ou un prétexté, ardemment souhaités, pour s'opposer à la marche redoutée de la démocratie. Elle affecta de dire, — ce qui était faux, — mais ce qui faisait illusion, que la minorité de gauche, dans l'Exécutif, menait etterrorisait les modérés. Comme derrière elle, la grande bourgeoisie, la vraie vaincue de Février, la poussait, la sollicitait, essayait de gagner son appui, elle se laissa convaincre par les arguments spécieux et misérables, qu’on lui dispensait. Et par ailleurs, dès la première heure, les agents du cléricalisme, du légitimisme et du bonapartisme, toujours en éveil, allèrent travailler les ruraux en secouant le spectre rouge, en rejetant sur la fraction

avancée du Conseil toute la responsabilité des

&5 centimes. Ainsi le socialisme, qu’affaiblissait et que paralysait sa participation aux pouvoirs publics, déchaînait encore, par la seule collation d'un vain titre à quelques-uns des siens, une formidable tourmente réactionnaire, qui ne devait pas tarder à le broyer. S

VI. Il n’était pas, au surplus, assez fortement organisé, ni assez conscient de lui-même, et de ses ob-

jectifs successifs, pour courber la France dans une direction nouvelle. La crise de 1848 était prématurée ; le prolétariat, quelques lueurs d'instruction que les opuscules, répandus par milliers, eussent jetées dans ses rangs, n'avait ni cadre, ni discipline, ni doctrine. | Une révolution, pour triompher, ne peut être entraînée par une pensée diffuse et une volonté incer-. taine. Le socialisme, après Février, n’avait point de comité directeur qui centralisât son action, point de groupements d'autorité reconnue, qui eût le droit de parler en son nom. Ses destinées furent ainsi confiées au hasard : ballotté par les événements, il = ne se sentit, ni la force de les maïtriser, ni le courage de coordonner un programme. La poussée tu= multueuse de la rue fut son unique moyen ; il était fatal qu’un jour ou l’autre, elle dégénérât en émeute, — et que l’émeute tournât en insurrection, peut-être contre le gré même de ceux qui n'avaient rien négligé … pour y mener. "ri Sans conducteur et sans plan, le prolétariat se perdit, dès la première heure, par ses hésitations.Il laissa passer les courts instants où ileût pu imposerses revendications,lesjournées deflottement,où l'énergie triomphe,où les masses font capituler les oligarchies. Le mot fameuxet héroïque : « nous mettons trois mois « de misère au service de la République » n'était qu'un … mot, — et, si l’on va au fond des choses, qu'unêé" dramatique folie. La classe ouvrière devait savoir … déjà que les suzerains n'ont jamais été désarmés, ébranlés par le désintéressement, l’abnégation de — leurs vassaux, et qu'ils se servent d'eux jusqu'à la minute où il leur est loisible de les refouler dans leur infériorité coutumière. Elle s’imagina, par Louis Blanc, par Albert, tenir le pouvoir, commander à l'avenir, alors qu’en somme,elle assistait impassible,

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LA POUSSÉE SOCIALE DE 1848, DE FÉVRIER À JUIN 477 confiante, sympathique, à l'élaboration des mesures répressives du capitalisme et de la grande propriété. Mais toutes les erreurs de tactique se ramènent à l’état amorphe, inorganique des fauboursgs.

Fait étrange, et qui atteste bien, en lui-même, le défaut d'éducation économique de la foule! Les prolétaires n'eurent pasun mot contre la propriété. Ils ne réclamèrent pas la confiscation ‘des grands domaines, ni comme les révolutionnaires de TO la sécularisation des biens du clergé démesurément accrus, ni, comme les terroristes de 1793, l’impôt progressif et l'emprunt forcé sur les riches. Ce fut à la surface qu'ils assaillirent la structure sociale, etnon dans ses profondeurs. Les formules lancées à pleines mains, par les économistes de la nouvelle école, depuis 1840, les phrases vagues, qu’on peut interpréter en mille sens, et qui ne sont que des expressions philosophiques, hantaient si bien leurs esprits mal préparés, qu'ils ne pouvaient que les répéter indéfiniment. Ministère du travail, organisation du travail : ces deux revendications reviennent sans

cesse dans les discours des délégations, dans les

harangues d’inconnus, qui se multipliaient sur la place de Grève, et à l'Hôtel de Ville. Puis on protestait contre la durée du travail, contre le marchandage, contre divers détails de l’ordre capitaliste. Il ne se trouva personne, en cette grande crise, — qui pouvait décider de l'avenir du quatrième Etat —, pour montrer qu'un régime ne doit pas être attaqué par sa face extérieure, par ses éléments accessoires ét secondaires, mais par son principe. Ainsi le socialisme de 1848, en dépit de la littérature très abondante qui avait surgi dans les dernières années, demeurait comme une tendance au mieux être,

comme une gigantesque et touchante plainte contre

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178 HISTOIRE DU SOCIALISME FRANÇAIS les abus et les iniquités; il n'avait pas encore réussi. à systématiser ses aspirations, à sortir de la phraséologie pure, à se faire réaliste. Il était voué à la défaite.

VII. La Commission des Travailleurs, dont le Gouvernement Provisoire avait octroyé la création au peuple parisien, se réunit le 1° mars 1848. L'ob- M jectif, qu'avait poursuivi la majorité de l'Exécutif,en k jetant à la classe ouvrière cet os à ronger, n’est pas difficile à deviner. Dans son histoire des Azeliers. Nationaux, qui contient tant d'aveux précieux, Emile Thomas s'est chargé de nous éclairer.

«M. Marie me dit que l'intention formelle du pou voir était que l'expérience se fit, qu’elle aurait un excellent effet, celui de démontrer le vide des théoz ries inapplicables de Louis Blanc, que, de cette, manière, la classe ouvrière ne tarderait pas à se désabuser, — que son idolâtrie pour Louis Blanc s'écroulerait d'elle-même, qu'il perdrait pour tous jours son influence, son prestige et cesserait d'être un danger. »

Du reste, les Garnier-Pagès, les Marie, les Crémieux, les Marrast ne visaient pas seulement à détruire l'autorité de leur collègue socialiste. Leurs … efforts tendaient plus haut et plus loin. Ce qu'ils voulaient, c'était amuser le prolétariat en attendant. une fortune meilleure, la réaction que la simple nomenclature des projets et des débats théoriques du Luxembourg, devait, inévitablement, à leur sentiment, entraîner dans l'esprit public. ES

Est-ce à dire pourtant qu'il ne faille rien retenir de cette convocation du Parlement ouvrier, et que ses discussions soient demeurées totalement stériles? Il serait injuste de méconnaître la gravité et l'importance de l'événement. Qu’à côté de l'Assemblée 4

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LA POUSSÉE SOCIALE DE 1848, DE FÉVRIER À JUIN 179 politique de la France, surgit, avec l'assentiment même des pouvoirs constitués, une autre assemblée

* investie expressément de l’examen des problèmes

économiques et de l'aménagement d'un sort nouveau pour les travailleurs: c'était déjà un fait remarquable, énorme pour le temps, et d’une incalculable incidence sur l'avenir. Pour la première fois, on consultait les artisans sur leurs propres intérêts, sur leurs réclamations civiques et sociales. N'’était-ce pas l’aveu implicite, que la société était mal faite, et qu'il fallait la reconstruire? À cet égard, les plans du gouvernement provisoire étaient partiellement déjoués. Il y eut plus. La Commission posa des principes qui devaient fructifier. Mais par contre, et pour tout bien peser, on reconnaîtra que le but de la moyenne bourgeoisie et de la majorité du Conseil fut en partie aussi, et en grande partie,atteint, puisque le soulèvement prolétarien vint s’échouer dans un parlementarisme impuissant aux rénovations essentielles.

Louis Blanc était plein d’enthousiame. En prenant la présidence des délégués du Luxembourg, il s'écria : « il s’est trouvé que ceux qu’on appelait les rèveurs ont maintenant en main le maniement de la société. Les hommes impossibles sont devenus tout à coup les hommes nécessaires. » L'assistance qu'il avait groupée, et qui ne comprenait pas encore des patrons — ils ne vinrent qu'au bout d’une quinzaine, et parce qu'on les avait appelés, « pour concilier les

intérêts » — était fort émue. Sinous en croyons le

Moniteur, elle versa des larmes. Généreuse sensibilité de l’époque !

Il convient de passer ici sur les détails, sur les divers incidents de l'existence du parlement ouvrier, qui ont été surabondamment exposés par les histo-

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180 HISTOIRE DU SOCIALISME FRANÇAIS | riens généraux et spéciaux de la Seconde République. … Il faut aussi laisser de côté les discours que Louis Blanc prodigua, et où il ne cessa de rééditer, sous une forme variée, les idées maîtresses de son opuscule célèbre de 1810. Enfin nous ne toucherons pas davantage aux débats, dignes d’une société d'économie politique ou d’une académie des sciences morales, qu'illumina la parole de Vidal, de Considérant, de Pecqueur, etc. — Ce qui est admirable, c'estque ces hommes, qui avaient tout un monde à forger, apportaient, à leur tâche, toute la sérénité patiente d’une controverse de théories pures. k Il est juste de distinguer les actes de la Commission du Luxembourg, — c'est-à-dire les textes exécutoires qu’elle inspira, les arbitrages qu’elle fut invi- % iée à prononcer, les mesures pratiques qu’elle vota — et les délibérations qu'elle prit — les projets « qu'elle adopta ou sur lesquels elle statua. nn Le 3 mars, parut le décret sur les heures de travail et le marchandage : "6 «€ Considérant qu'un travail manuel trop prolongé, non seulement ruine la santé des travailleurs, mais encore, en l’empêchant de cultiver son intelligence, porte atteinte à la dignité de l'homme; Ni, » Que l'exploitation des ouvriers par les sous entrepreneurs ouvriers, dits marchandeurs ou tâcherons, est essentiellement injuste, vexatoire, et contraire au principe de la fraternité. »

ee …. La durée du travail quotidien fut fixée à

10 heures au maximum à Paris, et le marchandage aboli. | | AT: CR

Un peu plus tard, le marchandage fonctionnant comme devant, des amendes furent établies à titre ch de sanction, et leur produit affecté à une caisse des Invalides du travail. | AE

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Le 24 mars, un décret suspend le travail dans les prisons, et dispose que les travaux des couvents seront réglés de manière à ne créer aucune concurrence fâcheuse. Le 25 mars, deux autres décisions du pouvoir exécutif, rendues sur l'avis du Luxembourg, créent un bureau de placement par mairie,

et interdisent l'abus des travaux de couture, dans les établissements de charité, où s’avilit la maind'œuvre. É :

Tel est le bilan législatif de la Commission : nous n'avons pas besoin de rechercher ce que la réaction ultérieure en a laissé subsister : rien ou presque rien.

Les délégués ouvriers dictèrent encore une pro-

clamation qui peut être, par certains côtés, considérée comme un acte, qui atteste, en tout cas, une grande générosité de pensée, et qui honora la représentation prolétarienne. Elle visait des querelles qui avaient surgi, dans les départements frontières, entre Français et étrangers.

« Considérant que le principe inauguré par la République triomphante est le principe de la fraternilé — que nous venons de combattre, de vaincre. au nom et pour le compte de l'humanité tout entière, que le seul titre d'homme a quelque chose d’inviolable et d’auguste, qui ne saurait effacer la différence des patries, que c’est d’ailleurs l'originalité glorieuse de la France, son génie, son devoir, de faire bénir par tous les peuples ses victoires mêmes...

» Considérant que si elle nourrit, en ce moment, beaucoup d'étrangers, un nombre bien plus grand encore de ses nationaux vivent de leur travail en

- Angleterre, en Allemagne, en Suisse, en Amérique, . sous les cieux les plus éloignés, que provoquer des représailles en repoussant loin de nous nos frères

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des autres pays serait une ; calé en rhône temps qu'un déshonneur, le gouvernement provisoire, place sous la sauvegarde des travailleurs français les travailleurs étrangers, et confie l'honneur de la République hospitalière à la générosité du peuple. »

Le Luxembourg, investi d'une haute autorité morale, non seulement aux yeux des salariés, mais même des patrons, fut invité à trancher de nombreux conflits économiques. On nt se demandersi : telle était sa tâche, et s’il ne devait pas exercer une mission plus ample. Quoi qu’il en soit, Louis Blanc, dans son Histoire de 1848, a énuméré complaisam- x ment les arbitrages que rendit l'organisme constitué … par lui: grève des paveurs, grève des voitures et A omnibus, grève des boulangers, etc.

Enfin il n'est pas hors de propos de ent tout de suite les formations de coopératives, très peu durables au reste, que Louis Blanc essaya de provoquer, pour répondre à une tendance du parlement ouvrier. Mais ces associations qui ne furent. qu’ au nombre de trois : tailleurs, selliers, fileurs, et. qui travaillaient pour le compte de l'Etat, .n ‘eurent rien de commun avec celles que prévoyait le programme de régénération économique et sociale SOUS mis au L'axembiouts, et qui étaient conçues sur d e! bases autrement larges. Aucune des trois coopératives — reflets lointains de l’idée maîtresse du livre de 1840 — ne prospéra : de fait, elles furent, dès le premie A jour, vouées à la catastrophe. EE

Considérons la besogne théorique de la Commis . sion des travailleurs. Celle-ci va nr en for mA 1e

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n'eut pas le temps de transférer dans la réalité, le système de réformes économiques qu'il établit — par notes insérées au Moniteur, s’inspiraient directement et exclusivement de l'Organisation du Travail de Louis Blanc. On va donc retrouver, dans le court résumé que nous donnerons des communications officielles du temps, les grandes lignes du livre que nous avons déjà présenté, en un chapitre antérieur. Le régime qu’adopta le Luxembourg n'était autre que celui de la coopération subventionnée par l'Etat et qui, par la seule concurrence, eût abouti à ruiner progressivement les industries particulières. Nombre d'entreprises périclitaient : on les eût reprises pour le compte de la collectivité, et l'Etat eût payé leur expropriation, en souscrivant des obligations. Ainsi rachetés, les ateliers eussent été attribués à des sociétés ouvrières, fondées sur le principe de l'égalité absolue des salaires. L'association, réalisée dans une usine, devait bientôt les englober toutes par une fédération poussée toujours plus avant, car au fur et à mesure qu'une coopérative de production donnerait des bénéfices, ils seraient appliqués au rachat d'autres maisons particulières. Ainsi l'État s’obligeait à fournir un modèle, un type d'organisation économique, qui, par sa supériorité même, était destiné à promptement iriompher de toute autre forme. Lorsque ce système fut discuté, il n'y eut pas accord à la Commission, Wolowski et Dupont White défendant la vieille doctrine du laissez passer — mais l'immense majorité des délégués ouvriers, conduits par Louis Blanc, acclamèrent la méthode exposée. Il n’était pas douteux, au surplus qu en dépit des critiques qu’elle méritait — et l’une était fondamentale, — {elle consacrait implicitement le principe de la propriété, ou tout au moins, ne le

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