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mettait pas en cause) — elle eût infailliblement entraîné au communisme ou au collectivisme. Mais. elle resta dans le domaine de l’abstraction, et malgré le caractère officiel que lui conféra son insertion au Moniteur, elle demeura, tout comme les thèses et les utopies antérieures, un idéal platonique.
Il faut ajouter que le Luxembourg ne se borna pas à affirmer ses conclusions en faveur du prolétariat urbain : il les étendit au prolétariat rural. A côté des ateliers industriels, et des ateliers d'échange; qui devaient se. substituer aux intermédiaires du commerce, il prévit des colonies agricoles, installées, à titre d'essai, dans chaque département, etoù cent familles auraient été groupées. C'était déjà un trait original que d' avoir songé aux ruraux tant délaissés jusque-là par les économistes. Il est vrai quils n n'en ” surent aucun gré à la République. à
Le régime était complété par la remise immédiate à l'Etat de toutes les assurances, dont le revenu était évalué à 100 millions, par l'institution du rente foncier et commercial et la suppression de toutes les contributions anciennes qu'on remplacerait par Ë un impôt unique. à
La Commission du Gouvernement des travailleurs marqua donc, au fond, les meilleures intentions 4 elle donna une consécration quasi-gouvernementale \ aux tendances qui couraient dans le peuple, dpt huit années. Si son œuvre pratique fut mince, ein s’envola aussitôt en fumée, on doit reconnaître. qu'elle s’attacha très sincèrement à la mission très haute qui lui était dévolue. Au milieu de la bourgoisie, qui ne s avouait pas vaincue et qui, malgré % l'apparition du peuple ouvrier au premier plan de e scène politique, avait tout lieu d'attendre encore une consolidation de sa puissance conte ele
LA POUSSÉE SOCIALE DE 1848, DE FÉVRIER A JUIN . 185 surgit comme la menace très vivante des temps nouveaux. Sa convocation ne fut qu'une duperie ;
mais en dupant la plèbe pour les lendemains immédiats, les dirigeants avaient favorisé un formidable bouillonnement d'idées.
VIII. Les ateliers nationaux, parodie caricaturale du socialisme ont été le plus solide instrument que forgea la bourgeoisie de 48 pour dompter et écraser le mouvement ouvrier. Après cinquante ans, cer-. tains publicistes de mauvaise foi continuent à accuser le communisme d’avoir inspiré cette institution, qui ne relevait d’aucun principe, qui ne correspondait à aucune théorie, et qui, dans l’état de la société d'alors, devait aboutir à la guerre sociale. Louis Blanc s’est à maintes reprises, défendu d'avoir pris l'initiative de la création de ces refuges ouverts aux travailleurs dans une intention louable d’abord, mais qui ne tarda pas à devenir malveillante. L’ancien membre du gouvernement provisoire n’a pas consacré moins d'un chapitre entier de son Histoire de 1848 à sa justification. Lorsqu'on confronte ses
… assertions avec celles du pire de ses adversaires, Emile Thomas, qui fut directeur des ateliers, qui documenta Falloux, à la veille de la dissolution, et
fut ainsi l’un des fauteurs immédiats de l'explosion
de Juin, on trouve qu'elles se complètent les unes
les autres. Pourquoi donc la légende a-t-elle triomphé de la réalité? Pourquoi rendrait-on la. pensée socialiste responsable d’un acte tourné contre elle, ainsi que l'événement le prouva? Le conte rouge
des ateliers nationaux n’est que la suite logique du
grand roman des partageux. Les Basiles de l’histoire disposent d’une incommensurable force de calomnie.
En 1789, en 1830, pour parer aux crises de chô-
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186 HISTOIRE DU SOCIALISME FRANÇAIS à
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mage, inséparables des commotions politiques, les + autorités avaient déjà constitué des ateliers nationaux, tout transitoires au surplus, et qui employaient utilement les travailleurs. Le gouvernement de 1848 ne pouvait que suivre cet exemple: Un décret du 25 février disposa qu'on ferait renaître l'institution, et que le Ministre des Travaux Publics serait chargé de l'exécution. Plusieurs points sont donc à noter: la République n’innovait rien : il n’y avait en jeu u qu’une question de mesure et d'application. Ensuite le texte organique avait été rendu avant la réunion de la Commission du Luxembourg, qu’on accusa plus. n tard de tout le mal. Enfin le Ministre des Travaux Publics désigné par le décret, Marie, était un adversaire du socialisme, et qui ne pouvait laisser tomber « une si superbe occasion de le confondre. LR Dès la première heure, les représentants de la bourgeoisie moyenne à l'Exécutif machinent le projet de ruiner l'autorité de Louis Blanc et de la commis- « sion pour lestravailleurs, en organisant les ateliers 3 d’après leurs vues égoïstes. Thomas, qui fut mis à leur tête, était un réactionnaire avéré, qui ne cachait pas sa haine de la République et des républicains: Lorsqu'il déposa devant le Comité d'enquête sur les \ événements de Juin, il déclara : « J'ai toujours mar ché contre l'influence de MM. Ledru-Rollin, Flocon et autres ; j'étais en hostilité ouverte avec le Luxem= bourg; je combattais ouvertement l'influence de Louis Blanc. » L'idée de Marie, de Garnier-Pagès, de Marrast était fort simple. Les Ateliers devaient d’a= bord discréditer le socialisme et le rendre odieux, en consommant le gaspillage des deniers publics»
Pour toucher à ce résultat efficace, il suffisait de
payer les ouvriers sans les faire travailler, puis de les payer très peu, pour qu'ils eussent de légitimes
LA POUSSÉE SOCIALE DE 1848, DE FÉVRIER À JUIN 487 griefs contre le régime et contre les chefs de la démocratie avancée. Dès le milieu de mars, les salaires moyens furent réduits, et comme le contingent des bras grossissait, on ne donnait plus à chaque incorporé qu'un jour de travail sur quatre. — Mais la droite de l'Exécutif pensa aussi, un moment, à se servir des cohortes ouvrières, comme d’une garde prétorienne contre les communistes. Cette tendance apparaît, à plusieurs reprises, dans le Livre de Thomas et dans l'Histoire de Février de Lamartine. On eut, à certaines heures, livré Paris aux ateliers, déversé 100.000 hommes sur la capitale pour mutiler l'opposition démocratique. En réalité, il n’y eut là qu'un dessein, auquel les travailleurs, ainsi que l'attestèrent maintes de leurs manifestations, ne se seraient certainement pas prôtés. Mais il n’en fut pas moins conçu, et il montre assez, si le Luxembourg put avoir la moindre part à l’organisation des chantiers.
Ce qui frappa beaucoup l'opinion publique, ce qui la prédisposa en faveur de la dissolution, que les cléricaux préparèrent, dès le début des séances de la Constituante, ce fut l'énorme afflux de prolétaires qui se précipita dans les Ateliers. On y comptait 17.000 hommes au commencement de mars, 30.000 le 2Y, 49.000 et plus au 9 avril, 400.000 au 15 mai, et d’autres, en nombre croissant, attendaient leur admission. Les membres du gouvernement provisoire, puis ceux de la commission exécutive, puis les députés, multipliaient lesrecommandations pour faire attribuer à leurs protégés la minime solde d'Etat, que défrayait le trésor, sans trouver Îa moindre compensation correspondante. Thomas était devenu un potentat, un général d'armée. Ceux qui étaient inscrits aux chantiers, ne voulaient plus les quitter, bien qu’à différentes reprises, ils eussent
demandé du travail effectif, qu'on ne leur cor dnl 7 pas. Ceux qui attendaient leurs inscriptions, demeu- 4 raient hostiles à la République.qui ne les servait pas assez vite. Alors que d’innombrables entreprises. d'intérêt général étaient en suspens, et que les cohortes réunies à Paris, eussent pu, en attendant mieux, les poursuivre utilement, on prolongea volontairement leur chômage. Il arriva qu’un tolle général … s’éleva contre les ateliers. Ce sursaut d’indignation prévu par la droite du gouvernement, allait être exploité. La bourgeoisie, qui n'avait rien négligé, pour le provoquer, et qui tendait la main à la réaction monarchiste, ne se doutait pas, qué si ellétravaillait contre le socialisme, elle travaillait aussi : contre elle-même, contre ses libertés, au RQ du 4 césarisme.
IX. Le gouvernement provisoire, sorti du soule-. | vement de Février, ne pouvait s’éterniser. Il avait le” droit, au lendemain d'une subversion politique. aussi considérable, au milieu d’une crise des esprits … d’une intensité presque sans précédent, d'ajourner la convocation des collèges électoraux. En tout cas, il n y avait danger, — et pour l'institution républicaine Q elle-même, qui venait d’être proclamée, à brusquer. #ù les événements. Il fallait donner au régime le temps de s'implanter, à l'opinion, le loisir de se remettre Mais les desseins de la moyenne bourgeoisie, person nifiée au Conseil par Garnier- -Pagès, Marie, Cré mieux, et dirigée par Lamartine, n étaient que. tro] clairs. Terrorisée au bout de quinze jours par l’énormité de l'effort prolétarien, elle appréhendait beaucoup moins le péril de droite que le péril de gauche le retour d’une majorité orléaniste et anti-démocr tique, que la victoire progressive de la démocrat avancée. Dans les rangs de l'Exécutif et au dehors
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Lä POUSSÉE SOCIALE DE 4848, DE FÉVRIER À UIN 189
la grande question qui se posa dès les premiers …
jours de mars, fut celle de la date des élections d’une Constituante.
La couche sociale qui s'était substituée à l’oligarchie manufacturière, c'est-à-dire le commerce de
la capitale allié aux professions libérales, opinait
pour le scrutin immédiat. Elle y voyait l'avantage d'enrayer tout de suite la propagande des clubs, menée par Blanqui, Barbès et quelques autres. Peu lui importait que les légitimistes, bonapartistes, et philippistes vinssent occuper une large place dans la future assemblée: elle se croyait sûre d’un triomphe, et entendait surtout écraser le communisme, qui ne pouvait que grandir, avec la diffusion de ses doctrines. Les chefs populaires redoutaient, au contraire, qu’un vote trop hâtif ne se retournât contre la République, et que les populations des campagnes et des petites villes, demeurées sans préparation, maintenues sous la tutelle des hobereaux fonciers, ne fussent trop portées à ramener au pouvoir les hommes du passé. La petite bourgeoisie, qui n'avait
rien obtenu, et dont le pacte tacite avec le prolétariat n'était pas encore rompu, partageait ces vues.
Dans le conseil, Ledru-Rollin marchait d'accord avec Flocon, Louis Blanc, Albert. Il fallait, disaient-ils, donner aux masses le temps de se reconnaitre, éviter une consultation par surprise. Ils arrachèrent un premier ajournement, mais, plus ils mettaient d'énergie à enlever un nouveau délai, et plus la majorité de l'Exécutif, par une contradiction très rationnelle, s’obstinait à le refuser. Louis Blanc et Albert eurent beau menacer de démissionner: on ne les écouta point. La journée du 17 mars enfin, — la
démarche pacifique et grandiose des corporations
ouvrières pour réclamer du pouvoir la remise des