‹ Histoire du socialisme franc̦aisChapitre 31 sur 53 · PP TA QU · texte numérisé non relu

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les traits essentiels de cette bataille de trois jours,

ils apparaissent assez saisissants pour être soustraits à toute controverse. D'abord l'explosion des colères sociales a été voulue, préméditée par les dirigeants: la longue histoire des Ateliers Nationaux établit suffisamment cette assertion. Ge qui la corrobore encore, c'est qu’une fois les premières barricades dressées dans Paris, la majorité conservatrice de la Constituante refusa systématiquement et avec hauteur de recourir à la conciliation. Elle apprit, avec une sorte de joie sinistre, la levée du peuple; lorsque Considérant, le premier jour de la bataille, demanda qu'on adressât un manifeste aux égarés, d’effroyables vociférations surgirent: « Ce sont des assassins ! ce sont des assassins ! » — La parole fut retirée à l'orateur et la séance suspendue. Caussidière insistant, réclamant une proclamation aux flambeaux, on le qualifia de factieux. Il est certain que le soulèvement fut dû exclusivement à la dissolution brutale des Ateliers Nationaux. Nous ne voulons pas dire que le choc entre le prolétariat et la bourgeoisie ne se fût pas produit tôt ou tard : — car il était dans la logique des événements, et ne pouvait être évité, mais la responsabilité de la lutte de Juin n'en incombe pas moins à ceux qui l’exploitèrent et l’adaptèrent à leurs propres fins. à

Ensuite l'insurrection n’eut pas de chefs, et c’est là, en soi, une caractéristique considérable: cette constatation atteste. en effet, qu’il y eut, non point des intrigues ambitieuses et des visées individuelles mêlées à une poussée des masses, mais un sursaut d'une couche sociale contre une autre. Ilest même permis de dire que jamais au cours de ce siècle, l’antagonisme des classes ne se manifesta avec plus d'éclat. Ce n'était pas seulement l’armée qui combattait, au nom des

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pouvoirs établis, les foules ouvrières entassées da

trouvant, pour sauvegarder sa propriété, une énergie qu'elle n’aura plus au 2 décembre, pour défendre ses libertés.

La petite bourgeoisieavaitbrisé le lien qui l’unissaïit au prolétariat. Depuis le 45 mai, elle s'était ralliée au conservatisme social. Elle ne fut pas la moins acharnée contre le socialisme, ni la moins prompte à. semer la légende des partageux. Ce fut elle sûrement qui porta à la démocratie républicaine, par sa défection subite, mais après tout rationnelle, les coups les plus terribles, et ce fut de ses rangs que sortirent contre les hommes des barricades, les calomnies!les plus atroces. La province se sentit tout entière anis mée d'une exaspération profonde contre le soulève ment parisien. Des villes qui avoisinent Paris, les gardes nationaux accoururent au secours du gouvernement, et les paysans les regardaient passer, sans haine, impuissants encore à comprendrelegrand événement qui s accomplissait à quelques lieues de leurs villages, partagés entre leur rancune pour un régime qui avait aggravé l'impôt, et l’épouvante que « leur inspiraient les doctrines habilement dénaturées des amis de Louis Blanc. no.

L'insurrection prolétarienne eut-elle du moinsun programme ? Visait-elle la conquête du pouvoir, afin d'instaurer un système social nouveau, assis sur des remaniments nettement conçus ? Les masses, qui se ruèrent en Juin, à l'assaut des autorités constituées, n'avaient cure des théories ; le besoï seul les chassait de leurs taudis, la misère affreuse, qui leur rendait la mort soudaine des barricades,

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préférable à la mort lente du paupérisme. La for

mule confuse de « l’organisation du travail », avait bercé les prolétaires pendant quatre mois, comme de grands enfants qui attendent tout d'une puissance paternelle. Ils avaient cru au prestige des mots, à l'excellence d’une administration qui se qualifiait

de républicaine, à l'omnipotence du Luxembourg.

Pénétrés de souffrance, ils se révoltaient maintenant contre un état de choses qui les écrasait, mais sans savoir quel statut social ils lui substitueraient. Le socialisme, en dépit de la prodigieuse diffusion d'idées qui avaitsignalé les dernières années, n'avait pas d'organisation. Les citoyens de Juin inscrivirent sur leurs drapeaux la formule des Lyonnais de la Croix-Rouge en 1831 : « du travail ou du plomb », et les aspirations n’allaient guère plus haut, sinon à un vague communisme, sans consistance et sans valeur pratique. | | Une telle cohue ne pouvait triompher, et eût-elle triomphé, ne pouvait faire durer sa domination. Tous les prodiges qu’accomplit la Révolution sociale devaient demeurer stériles. La proclamation de l'état de siège mit Paris aux mains de l’armée ; la démission de la Commission exécutive concentra les pouvoirs dictatoriaux sur la tête de Cavaignac. Cette fois,

Ja troupe régulière ne pouvait plus, comme en Février, passer à l'ennemi, parce qu’elle savait

n'avoir rien à attendre du prolétariat victorieux. Au bout de trois jours d’une lutte terrible et de férocités presque sans exemple, les dernières barricades tombèrent.

La bourgeoisie l'emportait, mais par l'appui du sabre. La dictature de Cavaignac était l’'acheminement au césarisme. Le jour où l'assemblée et le gouvernement issu d'elle, abdiquèrent en faveur

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d'un général, le pouvoir militaire rayonna ee du pouvoir civil abattu : la République capitaliste, sauvée par les soldats, était condamnée à mourir par eux.

Le cléricalisme ultramontain et la haute banque avaient été les vrais meneurs de l’aventure de Juin. Falloux avait symbolisé la marche contre le prolétariat, le programme de la saignée nécessaire. Il était naturel que l'extrême droite de la Constituante se fit un piédestal des évènements et entamât la lutte contre les institutions de Février. Trop tard, la petite bourgeoisie comprit le crime commis par les siens. Lorsque le 29 Juin, 100.000 gardes nationaux défi-. lèrent devant les représentants, en criant : à bas la … Montagne ! elle sentit qu’elle était entraînée Te s l'effondrement ouvrier. +

Les vainqueurs furent implacables : exécution et transportations se multiplièrent, frappant les in- “6 surgés, tout comme les paisibles spectateurs. Louis Blanc et Caussidière, livrés en pâture à la fureur réactionnaire, furent décrétés d'accusation. Mais toutes les sanctions draconiennes qui atteignirent +3 les individus, ne sauraient être longuement commentées et détaillées auprès de la chute retentis- … sante du prolétariat français, de l’irrémédiable désastre qui allait l'anémier pour une longue période. Il va maintenant disparaître du premier plan de la“ scène, pour vingt-deux années ; sa pensée même semblera paralysée ; c’est de l’ extérieur que lui viendront, bien tard, les secousses, les étincelles de vie. Le capitalisme s’épanouit sur ses ruines, fleur su perbe, puissante et vénéneuse, nourrie par une terre ensanglantée. ee

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