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la classe ouvrière, dans les deux mondes, sentit son sort s'aggraver et sa misère rongeante dépasser la moyenne coutumière.La communauté de souffrances, bien plus encore que l'identité des aspirations, ou la propagande des thèses, rapprocha les travailleurs. L'Internationale correspondit aux grands change ments économiques que le triomphe du machinisme, dans tous les domaines de l’activité humaine, avait engendrés depuis 1848. Elle ne fut pas la création d'un penseur, ni l'instrument de quelques ambitieux: L'idée en appartint à tous, ou plutôt, elle fut la ré< sultante de toute une étape. Ceux qui rédigèrent son manifeste inaugural ne tirèrent, pour ainsi dire, rien d'eux-mêmes; ils ne versèrent point dans la. métaphysique économique ; ils ne sacrifièrent pas un. instant à l'imagination ; ils constatèrent seulement, en traits ineffacables, l’évolution nouvelle, plus” affirmée, qui était intervenue depuis la publication du Manifeste des Communistes. Et c’est pourquoi, ce fut une folie de plus de la part des gouvernants de croire qu’une législation draconienne, et quelques procès, pourraient enrayer cette grande poussée de. fraternité nécessaire à travers les limites convention" nelles tracées par la diplomatie. fa II. La fureur réactionnaire des vainqueurs de Juin ne se traduisit pas seulement par des représailles, contre les personnes ; ils manifestèrent, avec achars 4 nement, leur haine des principes qu'avait affirmés, ou subis la République de Février à sa naissance, et procédèrent à une condamnation en règle du socia= lisme. Après avoir exécuté les hommes, ils exécutè=" rent ou crurent exterminer l'idée. Trois débats particulièrement significatifs, et où s’attesta, avec les regain d'énergie brutale des possédants, l’affaiblisse ment de la représentation parlementaire ouvrière,
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s'ouvrirent, coup sur coup, à la Constituante, en
Juillet, Août et Septembre 1848. Il en ressortit la réprobation implicite de toute l’œuvre du Gouvernement Provisoire.
Proudhon, membre de l’assemblée, avait déposé un projet qui résumait une de ses thèses favorites, et
qui concluait à la mise à la disposition de la collec-
tivité d’un tiers des fermages, des loyers, des intérêts. Il se proposait à la fois de créer des ressources fiscales et d'organiser le crédit. Comme il évaluait le produit total à 3 milliards, l'Etat, avec 1.500 millions, pourrait remettre les impôts, et avec 1.500 autres, instituer la banque rêvée par l'apôtre du mutuellisme. Ce fut Thiers qui se chargea du rap-
. port, et alors, comme en tout autre circonstance, il
s'érigea défenseur intransigeant de l’économie orthodoxe, combattant, pied à pied, les doctrines socialistes ou dérivées du socialisme. Il reprocha, d’une part, à Proudhon, d’ébranler la propriété; de l’autre, de dissimuler, sous une apparence d'opération financière transitoire, ses idées antisociales. Appelé à la
fribune, le grand penseur essaya de montrer quel
devait être le vrai caractère de la Révolution, et
aussi, quelle modification, à son avis, comportait - le principe de la détention-possession. Il eut beau se
défendre de n'être pas communiste, et, de fait, nous savons déjà qu'il répudiait le communisme. On l'interrompit bruyamment; on l'injuria. La droite réclama le scrutin public sur un ordre du jour, qui condamnait le projet pour attentat à la morale et à la propriété. Seuls Greppo et Proudhon votèrent contre; Louis Blanc se prononça pour. Ce scrutin marquait déjà tout le recul des idées. Quelque nébuleuse que fût la conception soumise à la Constituante, elle méritait cependant, de la part des
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démocrates, un tout autre sort : ce n° était qu une préface. à Le 31 Août, s'ouvrit le débat sur le décret fameux | du 2 mars, rendu par le gouvernement provisoire, — au lendemain même de la chute de la royauté, sous la pression des masses populaires, — et qui réduisait à dix heures la journée de travail. La bourgeoisie industrielle, lésée dans ses plus chers intérêts par cette réglementation, n'avait cessé de mener la campagne . contre elle. La discussion à la Constituante n'offrit rien de saillant. Pierre Leroux défendit le décret : Buffet le combattit, en le qualifiant de concession à. l'opinion égarée. Sa destinée ne faisait point doute. Le 13 Septembre, par un texte publié au Me la journée de travail était ramenée à douze heures. La seule conquête pratique de Février était ainsi. abolie d’un trait de plume. + L'ordre du jour appelait, presque immédiatement après, le débat sur le Droit au Travail. Proclamé par le gouvernement provisoire, ce droit avait été rayé du projet de Constitution, sur le rapport de Marrast, et les considérants valent la peine d'être cités : : « Nous avions écrit dans la Constitution le droit de vivre par le travail, — le droit au travail. Cette for-n mule à paru périlleuse et équivoque. On a craint … qu'elle ne fût une prime à la fainéantise et à la dé- 4 bauche : on a craint que des légions de travailleurs, donnant à ce droitune portée qu'il n'avait pas,s en. armassent comme d’une devise d’insurrection » =" De plus, disait Marrast, en sanctionnant la décision. 4 prise après Février, on eût admis implicitement que l'État peut apprécier les aptitudes, et monopoliser l'industrie. « Or nous n'avons jamais voulu que l'État püt faire une concurrence meurtrière aux in- ;
DE JUIN A SEPTEMBRE 209 un crime d’avoir l’air même de tendre la main à ces doctrines sauvages dont le premier mot est la destruction de la liberté, — le dernier, la ruine de tout ordre social. »
En opposition avec les conclusions du rapport, Mathieu de la Drôme avait déposé un amendement insérant le droit au travail dans la Constitution. Sur cet amendement, s’engagea une controverse, à laquelle participèrent les orateurs les plus considérables, et qui fut l’une des plus passionnantes que la question sociale, envisagée théoriquement, ait suscitées jusqu'ici dans un Parlement.
Après que Pelletier eût défendu l'addition de Mathieu de la Drôme, Tocqueville monta à la tribune pour le réfuter. Il fit le procès du socialisme, partant de ce principe après tout exact, que la reconnaissance du droit nouveau conduisaitinfailliblement au communisme. — Qu'est donc le socialisme? C’est un appel énergique, immodéré, aux passions matérielles de l’homme. Il veut la réhabilitation de la chair et la consommation illimitée. Il attaque la propriété ; il se défie de la liberté et de la raison. Il
… nest qu'une formule nouvelle de la servitude hu-
maine, et par là, il se met en contradiction absolue avec la Révolution de 1789. « Vous divisez la nation en propriétaires et prolétaires ; la Révolution, elle, a voulu qu'il n’y eût plus de classes ; elle n’a pas fait du socialisme, mais de la charité chrétienne appliquée à la politique. »
Mathieu de la Drôme riposta brièvement en affirmant quil n'était pas communiste. Puis Ledru- Rollin prononcça un grand discours, qui eut une importance essentielle, non seulement par les allégations mêmes qu’il contenait, mais parce qu'il indiquait nettement l'attitude de la petite bourgeoisie
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vis-à-vis de la réaction politique et sociale grandissante. Le leader de la Montagne déclare qu’il ne veut point du socialisme, mais la sanction du droit au travail n’est nullement liée à l'affirmation des thèses nouvelles, et Robespierre l’avait inscrite dans un de ses rapports. L'esprit même de la Révolution ne lui est pas hostile « et nous prétendons la continuer »... « L'homme tient de la nature le droit de vivre : que la société le lui reconnaisse dans le droit au travail, ou malheur à elle ! » Juillet a été brisé pour avoir résisté; « si vous fermez la porte à toute espérance, J'appréhende pour la République de lamentables déchirements ». On entendit encore Duvergier de Hauranne, contraire, et, Crémieux, favorable, et dont les événements avaient plutôt fortifié les " convictions jadis chancelantes ; — Thiers, qui remporta un énorme succès, en jetant un défi au socia- « lisme, et en montrant la société assise sur les bases. indestructibles de la propriété, de la liberté et dela concurrence; Considérant, qui réclama la transfor- mation totale de l'Etat, et sollicita quatre séances pour exposer ses doctrines; une multitude d'autres « orateurs, et enfin Lamartine qui, à son habitude, prit une position intermédiaire, et prêcha une solution transactionnelle. — T1 s’expliqua d’abord sur son rôle” après Février. S'il avait admis l’affirmation législa tive du droit au travail, c’est qu'il entendait sous. cette formule, celui de ne pas mourir de faim, … d'exister. Mais il ne tenait pas à une expression lapi=« daire ; il consentait qu'on écrivit : droit au travail ou à l'assistance de l'Etat. Et il concluait par cette exhortation, qui, à son sens, devait tout résoudre: «du cœur, du cœur, et toujours du cœur!»
Mathieu retira son amendement ; Glais Bizoin Ie“
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DE JUIN À SEPTEMBRE . 2€ suggérée par Lamartine, et revendiqua le droit à l'existence par le travail et l'assistance. Même sous cet aspect moins terrible pour les modérantistes à outrance, la proposition souleva un tolle genéral. Quelqu'un s’écria : « c’est un appel à la révolte », et Glais Bizoin répondant : « cette formule se dressera dans tous les scrutins, jusqu’à ce qu’elle ait reconquis sa place dans le pacte social », on lui interdit la parole, de tous les bancs de la droite et du centre. La motion fut rejetée par cinq cent quatre-vingt-seize voix contre cent quatre-vingt-sept. Les institutions sociales imposées par le peuple après Février, et dont la République avait été entourée, suivant le mot de Marx, étaient tout entières anéanties. Il ne restait plus que la République politique et oligarchique, dont les contreforts allaient être maintenant emportés dans la tourmente révolutionnaire.
II. Le 10 décembre 1848, coup de foudre pour la démocratie restée fidèle, fut le produit complexe de courants divers. Sur le moment, la surprise du résultat était compréhensible : à distance, à plus d'un, demi-siècle d'intervalle, il faut essayer d'expliquer, car les politiques qui parlent des sautes de vent, des humeurs incompréhensibles du peuple, manquent de clairvoyance, ou craignent les recherches laborieuses. |
Le césarisme n'avait aucune chance en France, à l'heure où se produisit sa première tentative en 1836; la grande bourgeoisie se sentait assez défendue contre l'assaut des couches inférieures par le régime de Juillet: les ruraux ne se plaignaient pas d’un gouvernement qui leur donnait la paix, et qui n'avait ni grevé, ni menacé la parcelle ; le prolétariat et la petite bourgeoisie, conquis à la République, n'avaient pas songé à une restauration impériale.
En 1840, les circonstances n'étaient guère ii HV ce rables. Les quatre mois, qui s’écoulèrent du 24 février à la fin de Juin 1848, suffirent à bouleverser les consciences, à orienter en un sens nouveau toutes les classes sociales. Et ainsi, tandis que Cavaignac obtenait à l'élection présidentielle, les voix d’une partie de la classe moyenne, — Ledru-Rollin les suffrages d’une fraction de la petite bourgeoisie, — et Raspail, ceux d’une infime portion du prolétariat, le nom de Louis Bonaparte sortit des urnes, acclamé par l'immense majorité de la nation.
Il avait groupé d'autant plus d’adhérents, que ñ fonction suprême de la République était mieux armée de prérogatives, et moins limitée en ses pou-. voirs. Ce n’était que dans le temps, que la loi lui. imposait une restriction, et de là vinrent toutes les difficultés ultérieures. Le peuple voulait une dicta= ture, mais chaque compartiment du peuple lui assignait une destination différente ; il accabla le Napoléon sous ses bulletins, parce que l’ancien conspirateur était un homme à multiples faces, et qu'il avait, par ses écrits, par ses déclarations, par son passé, donné des gages à tousles éléments.
Les dirigeants, au lendemain de leur victoire de Juin, avaient cherché un maître, un sabre, une au torité despotique, qui fit trembler la Révolution, ét: régner l'ordre par le silence. Cavaignac leur avait, | paru insuffisant, ses affirmations républicaines le rendant suspect, malgré la vigueur de ses exécutions. La petite bourgeoisie acceptait un ab solutisme masqué, qui eût dû s'associer à sa cause, favoriser. ses intérêts, lui conférer ce qu’elle avait vainement attendu de la République de Février, — l'accès d toutesles hautesfonctions. Le prolétariat, maléduqué
DE JUIN A SEPTEMBRE 213 d'agir par lui-même et de s'organiser pratiquement, était prêt à subir une dictature sociale, qui se présentait comme amie du peuple, et convertie aux grandes réformes ouvrières. Les paysans enfin, firent balle sur le nom de Louis Bonaparte, pourune raison bien simple et bien intelligible, c’est que celui-ci leur avait promis de réaliser leurs revendications séculaires et de marcher au rebours du gouvernement provisoire, de Lamartine, de Ledru-Rollin, et de Louis Blanc.
Le rôle des ruraux dans la préparation, puis dans le rétablissement de l’Empire, a été trop accentué, trop éclatant, pour qu'on n'y revienne pas. Oubliés depuis soixante ans, négligés par les régimes successifs, qui n'avaient vu en eux qu'une matière amorphe et une masse imposable, ils n'avaient défendu aucun système. Les changements de règnes et d'institutions avaient pu intervenir sansles ébranler, sans secouer leur traditionnelle impassibilité. [ls ne s'étaient attachés, ni à Napoléon [°, ni à la Restauration, ni à Louis-Philippe, qui avaient pris leurs fils pour la conscription ou leurs écus pour les dépenses publiques. Vainqueurs en 1789, ils avaient, tout de suite, épuisé les conséquences de leur victoire. Incapables de faire une révolution violente, de par leur dissémination même, et aussi de par l’infériorité enretenue de leur intellectualité, ils n'avaient pu davantage signifier leurs vœux par le bulletin de. vote. 1848 fut pour eux un renouveau.
Peut-être auraient-ils alors, dotés du suffrage universel, acclamé la République, envoyé à la Constituante une majorité démocratique ;, mais le gouvernement provisoire commit la faute énorme d'établir les 45 centimes. La parcelle déjà surchargée, à demi dévorée par l’hypothèque, devint inte-
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nable pour son détenteur. D'une extrémité à l’ éutre 2
du pays, une sourde agitation courut dans les masses agricoles. Elles crurent que les doctrines socialistes allaient recevoir une application immédiate, que les terres seraient partagées entre tous les citoyens, que leurs propriétés seraient brutalement supprimées, quelles qu'elles fussent et d’où qu'elles vinssent. Une mesure fiscale suffit de la sorte à verser plusieurs millions d’électeurs dans la réaction. -Les élections à la Constituante furent déplorables dans la plupart des circonscriptions rurales : il n'allait plus être possible d’ enrayer la poussée. L'insurrection de Juin n’aboutit qu'à l'accélérer et à l’intensifier. La vieille hostilité des campagnes pour les grandes cités, se réveilla en haine féroce les prolétaires des champs, systématiquement trom-
pés par les émissaires des réacteurs, applaudirent…
avec frénésie au massacre des prolétaires des villes.
Petits propriétaires et journaliers agricoles réunis,
en un illogique, mais compréhensible accord, jurèrent alors la mort de la République, qui les avait oubliés tout aussi bien que la monarchie légitime ou que Juillet. Louis Bonaparte leur promettait tout;
il eut le succès rapide, vertigineux qu'obtinrent toujours en France ceux qui en appelèrent aux laboureurs. Le 10 décembre fut, en première ligne,”
l’œuvre des paysans ; il constitua leur seconde révo-
lution, — la Jacquerie du plébiscite, après la Jac-” querie des incendies et des lacérations de titres. Ees. travailleurs urbains s'étaient rués dans le socialisme démocratique ; les parcellaires, par contraste,
se prosternèrent devant celui qui, d'avance, se proclamait le dictateur des paysans. Issu de tant de causes multiples, divergentes, contradictoires, lavènement du conspirateur de Boulogne et de Stras-
bourg eut le caractère équivoque, confus, inextri-
cable, de tous les scrutins césariens. Le jour où la France tomba entre ses mains, l'Empire était fait.
IV. Pour surgir nominalement et officiellement, pour supprimer les libertés et les résistances, il lui
suffisait de duper la classe toujours abusée, celle des ruraux, de réduire par la force ou grâce au discrédit, les deux fractions agissantes : petite bourgeoisie et grande bourgeoisie cléricale. Le prolétariat n’existant plus en énergie autonome, Louis Bonaparte se servit d'abord des industriels orléanistes contre les boutiquiers républicains, de l'Ordre contre la Montagne. Puis, quand la Montagne eut été frappée au 43 juin 1849, il se retourna contre l'Ordre qu'il disqualifia et désarma en moins de trente mois.
La Constituante descendait la pente de la réaction ; point n était malaisé de l’entrainer plus avant, de l’attirer aux actes significatifs et irréparables. Par sa première décision, le Président donna un gage aux agents les plus énergiques et les plus exigeants de sa victoire : les coalisés royalistes et ultramontains. Le dernier ministre de Juillet, Odilon Barrot, fut le premier ministre du Bonaparte ; à ses côtés, toute une coterie de rétrogrades, connus par leur dévouement au régime déchu, par leur humilité devant l'Eglise, et que dominait, comme un ins-
pirateur suprême, le sinistre Falloux, l’homme du drapeau blanc et du Gésu, l’instigateur de la disso-
lution des ateliers, plus tard l’auteur de la loi sur l’enseignement. Ce fut un coup terrible pour tous ceux que le prétendant avait trompés et qui s'étaient imaginé, par lui, consolider la démocratie. Les paysans demeurèrent impassibles, hypnotisés en leur rêve ; même le rétablissement de l'impôt sur le sel, si contraire aux engagements pris, ne leur dessilla
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pas les yeux. Mais les petits bourgeois et les prolé- “ taires comprirent le revirement qui venait de s’opé-
rer, se letèrent résolument dans l'opposition, res- ? J 9
serrèrent leur accord, et sommèrent l'extrême.
gauche de l’Assemblée de combattre le ministère.
La guerre est donc engagée entre l'Ordre, dirigé par le Président, et la Montagne. Elle ne peut se dénouer que par une crise révolutionnaire, renversement violent du premier magistrat, ou coup d'Etat contre l'opposition, la Constitution ne comportant plus aucune soupape de sûreté. Dès le premier jour, l’une ou l’autre de ces alternatives apparut inéluctable, mais la Montagne n était pas de force à jeter
à bas un pouvoir qui avait conquis l'éclatante sanc-
tion du 10 décembre.
Ce fut, au surplus, du gouvernement que vint Le
défi : le dépôt d'un projet interdisant les clubs. Louis w Bonaparte et ses ministres voulaient l’'émeute tout de suite, en janvier 1849. Ils ne l’obtinrent pas ; 11 n’y eut que des protestations de journaux et des grondements de foules. Les représentants des répu= blicains socialistes et des petits bourgeois à l’assem=
blée, réclamaient, par la voix de Ledru-Rollin, la mise en accusation du cabinet pour attentat à la
Constitution et à la souveraineté nationale.
La bataille se transféra ensuite sur le terrain de la diplomatie. Il s'agissait de savoir quelle serait” l'attitude de la France à l'égard des soulèvements" libéraux et nationaux du dehors, et spécialement de”
la République romaine. Dès novembre 1848, Cavai- Fa *
gnac s'était mis à la disposition du Pape chassé du
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Vatican, pour lui offrir l’hospitalité. Ç'avait étéla Fe :
manœuvre électorale de la dernière heure, de la part du général, qui avait compté réunir, pour son élé= vation à la présidence, l'appui des prêtres et les voix …
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des paysans. Depuis, les événements s'étaient précipités. Louis Bonaparte qui devait une rémunération suffisante au parti ultramontain, avait promis de rétablir le Saint-Siège dans Rome. Mais de peur de dresser contre lui, une formidable opposition, il
louvoyait. Ses intentions commençant à percer,
Ledru-Rollin, le 8 janvier, interpella; on répondit évasivement. :
La situation se transforme encore, après la défaite …
du Piémont, et l'invasion autrichienne. Le Président demande l'autorisation d’expédier des forces navales pour parer à tout incident. L’acquiescement qu'il reçoit de la Constituante, il s'empresse d’en
dénaturer la portée, et de conclure qu'il a man-
dat de détruire la République romaine. Le 14 avril, Oudinot, avec quatorze mille hommes, débarque à Civita-Vecchia. Loin de rester dans l’expectative, comme tout le commandait, cette armée marche contre le nouvel État, et Louis Bonaparte, en dépit de . la remontrance que lui inflige la Chambre, le 8 mai, . lui enjoint de poursuivre et de se hâter.
Dur ces entrefaites, la Législative succède à la . Constituante, apportant une formidable majorité de droite, toujours envoyée par les ruraux, et une ardente minorité de gauche, élue de Paris et des villes. La Montagne, au lieu de désarmer, frémit de colère, en apprenant que tous les votes de l’ancienne
Assemblée ont été foulés aux pieds, et que Rome a
été bombardée, et alors survient l'épisode caractéristique et assez bruyant, qui rejette définitivement la petite bourgeoisie au second plan. Le 41 juin, Ledru-Rollin, nommé dans cinq départements, chef incontesté des radicaux et des représentants socialistes, reproche aux ministres d’avoir violé l’article 5 de la Constitution, qui déclarait que la Répu-