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blissement de l'impôt des boissons qui frappe cruellement les travailleurs, — plus impopulaire en-
core que les 45 centimes de 1848, dans la classe paysanne. Paris répond alors par la triple élection de Flotte, de Vidal, de Carnot, élection de coalition entre les hommes de Juin, ceux du Luxembourg et les libres-penseurs républicains. Mais en dépit du regain de vitalité que ce résultat imprévu semble imprimer à l'extrême gauche, la revanche de l'Ordre continue : elle s'affirme même par des actes plus décisifs, — la loi du 31 mai 1850 surtout, qui condamne la plus grande partie des ouvriers à la déché-
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SES ae 220 HISTOIRE DU SOCIALISME FRANÇAIS DES
ance civique — qui exclut du vote 3 millions d’ élec- d teurs, et qui abroge la conquête de 1848, le suf- . frage universel. La conséquence logique d'un tel” vote eût dû être la révolution immédiate, mais les deux éléments révolutionnaires du pays, le prolétariat et la petite bourgeoisie, avaient été, à un an d'intervalle, décapités, atteints en leurs fondements. Les couches inférieures de la nation acceptèrent en silence la dégradation sociale; toutefois de terribles ressentiments se groupèrent contre l' Ordre, isolant de plus en plus l'aristocratie financière et industrielle, | antirépublicaine, orléaniste. Ce fut au lendemain du 31 mai, que s’engagea la lutte entre la majorité parlementaire et Louis Bonaparte. ;
La première phase dure un peu plus de six mois. Les ouvriers et les boutiquiers se désintéressent des affaires. Toute la force de l’Ordre résidant dans l'en-… ceinte législative, et toute la force du prétendant dans l’armée, la victoire du second des antagonistes était écrite dadotue Elle se consomme le 12 janvier 1851. par la destitution de Changarnier, le général des troupes constitutionnelles, qui avait engagé les mandataires du peuple à délibérer en paix. Contre le ‘sabre, la droite monarchiste n'avait plus de sabre. Changarnier usé, après Cavaignac, le nom de Bona-, parte resplendissait désormais seul au ciel de la France.
Nous avons négligé les détails, par ce que cette histoire est celle du socialisme, et que le socialisme dans tous ces événements, n’a joué qu’un rôle mé * diocre. Ni pour l’un, ni pour l’autre des adversaires, il ne pouvait nourrir des sympathies même passives; parce . que l’un et l’autre étaient pour lui durréconciliables ennemis. Frappé par l'Ordre, il l'avait
laissé frapper à son tour.
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Après le 12 janvier, — non point les ouvriers et les petits bourgeois, mais leurs représentants à la Législative, — s’avisèrent qu'il valait encore mieux sauvegarder la Constitution parles armes parlementaires, que la livrer sans défense au césarisme montant.
Qu'on le remarque bien : ce n'était pas sur ce ter-
rain que la liberté pouvait être préservée, parce que le parlementarisme était discrédité depuis le 31 mai, mais le revirement de la Montagne n’en vaut pas moins d'être marqué. Hors l'insurrection de la rue, elle recourut à tous les moyens pour enrayer le mouvement bonapartiste. Elle n’y réussit pas : d’ailleurs n était-elle pas, en quelque sorte, en l'air, et ses électeurs de 1849 la suivaient-ils encore, n’avaientils pas, par lassitude et par dégoût, accepté d'avance tous les événements, même les pires ?
Le milieu de l’année 1851 fut signalé par une crise.
économique grave : la bourgeoisie moyenne en rendit responsable la majorité de l'assemblée, comme toujours. De longue date, les faubourgs étaient hostiles aux réacteurs du 31 mai, et d'autant plus irrités dans les derniers mois, que nombre de fabriques s étaient fermées, les jetant dans le chômage : les petits bourgeois, à demi-ruinés, se demandaient si
la suppression des conflits parlementaires ne servi-
rait pas leurs intérêts. Le cléricalisme ultramontain,
depuis le vote de la loi Falloux sur l'enseignement,
s'élait rallié au Bonaparte : le paysan, remis par cette même loi sous la tutelle du curé et soustrait au maître d'école, atteint lui aussi, quoique moins durement que le travailleur urbain, par la réforme du droit électoral, était en grande majorité, animé des mêmes sentiments qu’au 10 décembre 1848.
L'aspirant empereur pouvait donc compter sinon ‘sur le concours, du moinssur l'indifférence des trois
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2992 HISTOIRE DU SOCIALISME FRANÇAIS à
quarts des Français. Et voilà pourquoi, après le rejet de la motion de revision qui lui interdisait tout espoir de réélection pour 1852, il put tranquillement élaborer son projet de coup d'Etat. Le 2 décembre ne fut que le complément du 10 décembre : il s'explique à peu près par les mêmes combinaisons et les mêmes incidents de la lutte des classes:
VI. L'Empire restauré n'était qu'une gigantesque équivoque, et une universelle duperie. Il s'était édifié sur la ruine du parlementarisme, parce quele parlementarisme avait travaillé contre toutes les classes, sauf une seule ; il avait surgi de la Répus blique, une seconde fois trahie, parce qu'au 2 Décembre comme au 18 Brumaire, la République n’était plus que le vernis extérieur d’une oligarchie sociale. Pour répondre à son principe, ou plutôt, —car jamais régime n'eut un principe plus chancelant, — aux espérances et aux ardentes aspirations qui avaient convergé vers son relèvement, il devait s'abstraire de toutes considérations trop étroites, s'arracher à - l'étreinte égoïste de telle ou telle fraction, gouverner pour tous. Or si en quelques circonstances, il fit des avances aux prolétaires, il marqua assez nettement qu'ilne se préoccupait pas d'améliorer leur sort, mais de prolonger leur méprise. S'il montra d'abord à la classe paysanne une sympathie qui lui était bien u due, il ne balança pas bientôt à déserter sa cause Les deux éléments numériquement les plus considés rables du pays ne tardèrent donc pas à lui faire défection. Ilétait d'ailleurs fatal que le faisceau des. forces qui avaient porté Louis Bonaparte à la dictature, se rompît sous la-pression des événements. La coalition, formée au 2 Décembre, ressemblait étrangement, quoique les contingents associés. fussent bien plus étendus, à celles qui se nouèrent en 1889,
DE JUIN A SEPTEMBRE re Ed e
autour du boulangisme,et dix ans plus tard, autour du nationalisme. Tous ceux qui y étaient entrés avaient cru servir leurs intérêts propres, faire incliner le nouveau régime dans le sens de leurs revendications de classe. Lorsque Le système fonctionna, il fallut bien que Napoléon IIT se prononcât pour les uns, contre les autres. Car il ne pouvait, à la fois, s'appuyer sur le prolétariat qui rêvait d’une revanche de Juin, et qui, impuissant à la consommer luimême, attendait tout d’un empereur des ouvriers, — sur les paysans qui foulés ou oubliés par Février, cherchaïient une consécration, une consolidation de la parcelle sous forme de dégrèvement et de crédit, — sur la petite bourgeoisie, qui écartée du pouvoir, en 1850, par les ambitions exclusives de l'Ordre, s’effor-. çait de s’y réintégrer et de reprendre les fonctions un instant touchées,—- sur la moyenne bourgeoisie, jadis républicaine, hostile à la grande propriété foncière, à l’ultramontanisme, à tout ce qui pouvait diminuer son prestige, — sur la grande bourgeoisie enfin, de plus en plus fusionnée avec l’ancienne noblesse, et qui entendait continuer et développer ses énormes rapines de Juillet. À la rigueur, grande et moyenne bourgeoisie pouvaient se concilier, mais alors l’Empire dressait en face de lui les ouvriers, les paysans,
la petite bourgeoisie, c'est-à-dire les énergies capables éventuellement de révolutions. Napoléon essaya d’abord de louvoyer, puis il versa vers les classes dites supérieures.
Or sila moyenne bourgeoisie pouvait, à larigueur, se donner en toute foi, sans réserve,au despotisme, la grande inclinait au libéralisme qui lui constituait une garantie de plus, l’expression tangible de sa prépondérance de classe, et qui lui assurait des armes pour rejeter le souverain dans ses voies, si
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224 HISTOIRE pu SOCIALISME FRANÇAIS FO RE
jamais il les abandonnait. Et c'est pourquoi, ose que l'une des fractions dirigeantes ne cessa presque jusqu’à la fin, de montrer son dévouement et sa déférence au principe impérial, l’autre n'eut pas de répit que le régime ne se fut à peu près — et peu à peu — assimilé, par ses concessions, à la monarchie philippiste. Tout le secret de l’ évolution quis’accomplit à dater de 1860, dans les institutions constitutionnelles de la France, est là. L'Empire libéral. n’est que la pénétration de l'orléanisme dans le césa= risme, la juxtaposition de l’un à l’autre, puis le. triomphe du premier sur le second. Mais lorsque la transformation fut accomplie, il n’y avait plus d'Empire, et comme le système politique du pays n'avait plus de base, ne correspondait plus à rien de précis, il s'écroula. Peut-être si la guerre Franco-Allemande … eùt été écartée, eût-1l prolongé son existence, mais, en tout cas, il était condamné à mourir sans trop de de délais, parce que la mainmise sur lui de la Haute Banque, — qui avait déjà caractérisé Juillet =" lui avait irrémédiablement aliéné les couches inférieures, et qu'il ne pouvait plus tenir devant les formidables conspirations nouées dans les Dee | des masses. 3 Le despotisme impérial s’appuya sur l'armée, sur rla x finance, sur la grande industrie et sur le commerce, \ auxquel il Resa pas à sacrifier l'agriculture, etqui furent, non seulement par les prérogatives qu'on leur heu, mais en vertu même d’un heureux concours de circonstances, les principaux bénéficiaires de cette phase historique. Les divers éléments qui soutenaient | la dictature se reconnaissaient d’ailleurs des intérêts communs; ils formaient des corps oligarchiques, éMa- : nant pour ainsi dire les uns des autres, et quien tout cas, ne pouvaient subsister que par leur étroit accord.
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DE JUIN A SÉPTEMBRE 225 La manufacture n'était apte à se développer, et par elle, le rôle du commerce, que si le gouver-
nement entreprenait des travaux publics étendus,
multipliait les communications, stimulait la circu-
lation.
Or, pour consommer cette tâche d'expansion économique, les pouvoirs constitués avaient besoin du concours de la Haute Banque, intermédiaire entre les particuliers et l'Etat, négociatrice des emprunts; et l'enrichissement de la manufacture, du commerce et de la banque, était de plus subordonné au maintien de l’ordre, au refoulement des sentiments révolutionnaires, c’est-à-dire à la répression immédiate des émeutes qui couvaient. Et l’armée elle-même n'était sûre de prélever ses somptueuses dotations, et de tenir le premier rang dans le corps social, qu’autant que la finance et ses alliés lui concéderaient un budget considérable et reconnaîtraient ses services. Poussons plus avant. Les guerres qui signalèrent l’Empire de 1854 à 1867, Crimée, Italie, et surtout Mexique, favorisèrent également les diverses caté-
gories qui s’associaient pour donner un socle au
système. Elles mettaient le militarisme en relief, l’'imposaient à l'admiration et à la déférence publi-
ques. Elles nécessitaient de formidables emprunts —
on sait que jamais on n’enregistra, dans notre histoire, de pareils appels de fonds: elles ouvraient, ou du moins, devaient ouvrir des débouchés nouveaux aux produits de l’industrie. Mais les gaspillages colossaux, qui s’ensuivaient, entraînaient un accroissement correspondant des impôts qui grandissaient sans mesure et il advint, — phénomène logique, — que plus Napoléon se dévouait aux intérêts dirigeants, et plus il
s'aliénait la majorité des populations surchargées par le fisc.
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226 HISTOIRE DU SOCIALISME FRANÇAIS DU ua
D'une part donc, l'essor économique de la France s’affirmait en traits saisissants. Le réseau des voies ferrées, de 1832 kilomètres en 1848, futportéà 17.500 à la fin de l'Empire: la production de la houille monta de 4 millions de tonnes à plus de 43: celle du fer de 362.000 à 830.000 ; celle de la fonte, de 400.000 à 1.725.000 : celle de l'acier de 16.000 à 388.000. Le commerce spécial grossit de 45 0/0 entre 1850 et 1856, de 101 0/0 entre 1856 et 1866, accusant au total, en seize années, un progrès de près de 3 mil liards. Tandis que les importations des matières nécessaires à l'industrie bondissaient de 219 millions M en 1850 à 466 en 1860, et 761 en 1870, les exportas | tions de produits manufacturés se chiffraient, à ces * trois dates, par 746, 1428, et 1640 millions. Les tissus, à eux seuls, donnaient une sortie de 777 millions en 1860, contre 523 en 1853; les peaux notaients une vente de 480 en 1870, contre 41 en 4850,ettoutes, les catégories douanières célébraient des résultats identiques. L'époque impériale fut, à coup sûr, la plus prospère de tout le siècle, dans l'ordre industriel et commercial; mais ceux qui ramènent aux institutions politiques, cette prodigieuse splendeur, : oublient qu'entre les mêmes dates, toutes les grandes . puissances, et l’Angleterre surtout, participaient à la … même opulence. Le développement manufacturier ne fut que le corollaire des transformations apportées . à l'économie générale par la révolution des trans ports et de l'outillage. M
Tandis que la production et les échanges attei-… gnaient aux chiffres que nous avons signalés, des modifications profondes s’accomplissaient dans la structure interne du pays. Les événements sociaux, embryonnaires au temps de la Restauration, éclatent . sous un aspect plus frappant. Les campagnes se"dé=
DE JUIN À SEPTEMBRE | | 297 Ole, perdent leur densité, les laboureurs émigrant vers les villes. De 24 0/0 en 1828, le contingent urbain monte à 27 0/0 en 1846, à 30 0/0 en 1865 et 31,5 0/0 en 1870. Le rôle des paysans, épars, sans cohésion, mais dévoués ou résignés au régime qui passe, diminue, tandis que grandit celui des ouvriers serrés autour des machines, et peu à peu éduqués par le contact même. Voilà un premier ferment de subversion.
Il en est un autre : c’est l’aggravation des impôts. Pour exécuter le programme de travaux publics, voies ferrées, canaux, ports, pour parer aux dépenses des guerres européennes ou exotiques, aux frais croissants de la colonisation africaine ou asiatique, les emprunts successifs ont drainé l'épargne; mais pour rémunérer les capitaux prêtés, il faut augmenter les prélèvements du Trésor sur la nation. D'ailleurs toutes les prodigalités de l’Etat ne sont pas soldées sur l'emprunt, et ce n’est qu’en désespoir de cause, et tout autre solution devenant impraticable, qu’on procède aux émissions. Pour cette double raison, le budget suit une marche ascendante sans précédent : de 4489 millions dans les dernières années de Louis- Philippe, il saute à 2400 en 1855. Qui paiera la diffé: rence? La masse, mais surtout la couche inférieure, parce que les impôts directs demeurent immuables et que les taxes indirectes augmentent de près de 50 0/0, de 1850 à 1865, — 850 et 1250 millions de francs, — pesantsurtoutsur la petite bourgeoisie et les ouvriers. L'Empire a abouti aux mêmes conclusions que la Monarchie de Juillet: politiquement parlant, iln’apas tardé à s’assimiler à elle; mais ce rapprochement ne s'est opéré que parce que les faits économiques dont la série est rectiligne, avaient, après 1848 et 1851, continué automatiquement l’œuvre d’infra-structure
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inaugurée dès le lendemain de 1789. La grande bourgeoisie financière, troublée un instant par l'explosion de Février, avait repris, avec ses assises, sa maitrise, son arrogance, son parasitisme, ses appétits saflirmant plus intenses que jamais. Elle avait conquis l'Empire, comme elle avait assujetti d’abord la royauté constitutionnelle et la République. Mais le phénomène de dissociation qui s’accentuait par elle, et aussi en dehors d'elle, allait provoquer, en contraste rationnel, l'apparition d’un prolétariat régénéré, fortifié par les événements, transformé par. l'internationalisation même des conditions nouvelles: de la production. | À
VII. La classe ouvrière s'était reformée en silence à l'ombre de la grande industrie. Mais pendant les dix premières années, rien ou presque rien n'avait if trahi, en elle, une organisation, une discipline; anéantie par l’écrasement de Juin, et par la sup pression violente de ses chefs, elle ne s'était même pas reconnue. Après avoir fait crédit à l'Empire, comme un peu plus tôt à la République, elle se redressa soudain, aux environs des élections de 4863, sous la pression du mouvement économique. Si alténuées qu’elles fussent, ses premières revendications jetèrent, dans toutle pays, un long émoi, et portèrent la crainte jusque dans les milieux officiels. Deux docu= ments intéressants : le Manifeste des 60 et le volume. de Proudhon: la Capacité des classes ouvrières, attes= tèrent que les temps étaient revenus et que désor= mais le régime compterait une opposition de plus:
Les travailleurs, depuis l'avènement du simililibéralisme de 1860, se groupaient autour de deux foyers principaux, le blanquisme d’une part, le syndicalisme de l’autre. Blanqui sorti de son cachot en 1859, n'avait pas tardé à rassembler, autour de lui,
DE JUIN A SEPTEMBRE re TD les révoltés, les souffrants de toutes catégories, pour qui son nom seul était un mot d'ordre. Durant sa longue incarcération, — la Haute Cour de novembre 1848, l'avait condamné à dix ans de détention qu'il avait accomplis à Doullens, Belle-Isle, etc. — sa pensée s'était épurée, vivifiée. De la simple conception révolutionnaire sans fin sociologique précise, du spiritualisme déiste, il n'avait cessé de marcher vers le communisme et l'athéisme. Il tenait désormais une doctrine historique et un ferme programme social : son action ne s’en exerçait qu'avec plus d'autorité. Le syndicalisme avait eu le mérite d'assurer une première cohésion aux prolétaires disséminés, défiants, soucieux de ne pas arrêter sur eux les foudres du pouvoir, mais là s’arrêtait sa portée, car il ne défendait que des thèses vagues, peu pratiques, où l'on retrouvait tout le flottement des contradictions proudhoniennes. Ge n'est pas une raison, au surplus, pour contester le rôle éducateur ei organisateur qu’il remplit jusqu’à la formation de l'Internationale.
Les idées de Proudhon jouissaient alors,en 1863- 64, dans les masses ouvrières, de toute la faveur qu'avait rencontrée, quinze ou vingt ans plus tôt, l'Organisation du travail de Louis Blanc. Le mutuellisme, la réciprocité des services, la coopération sous jous ses aspects, le crédit gratuit : telles étaient les formules qui avaient cours, et quon croyait pouvoir réaliser peu à peu, par la diffusion même des Connais-
sances, et sans heurt violent. Cette seule observation
permet de comprendre que les Proudhoniens ou syndicaux ne faisaient pas à l'Empire une opposilion politique irréductible.
Le Manifeste des 60 vint consacrer, et en quelque sorte cristalliser, les notions et les revendications éparses. C’est un document capital pour l’histoire du
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prolétariat, parce qu'il a établiavecune netteté qui n’a guère été surpassée depuis, le principe de la lutte des classes, et c’est un témoignage non moins important de l'esprit qui animait à cette époque la majorité du monde du travail, parce qu'il a répudié très explicitement le communisme. En voici les affirmations principales : « Le droit politique égal implique un droit social égal. La bourgeoisie, notre aînée en émancipation, dut en 1789, absorber la noblesse et détruire d’injustes privilèges. Il s’agit pour nous, non de détruire les droits dont jouissent justement les classes moyennes, mais de conquérir la même liberté d'action... Pas de loi agraire... La liberté, le crédit, la solidarité : voilà nos rêves... La misère n'est pas d'institution divine. Nous voulons non l’aumône, mais la justice. Nous ne haïssons pas les hommes: nous voulons changer les choses. » |
Au total, le ton était très modéré, exclusif de toute “4
menace immédiate: on comprend que Proudhon, trouvant sa philosophie si fidèlement reproduite, ait approuvé, dans sa Capacité des classes ouvrières, l'intégralité de ces déclarations. Ce livre que nous avons déjà analysé, et qui constitue, à vrai dire, le testament de l'écrivain, suffirait à attester, en dehors
de tout autre référence, les dernières tendances du socialisme français en face du néo-communisme de” l'Internationale, Le prolétariat s’arrêtait aux demi-" mesures ; l'acquisition du droit de coalition, conféré en 1864 par une loi presque célèbre, semblait à quel ques-uns une grande victoire, alors qu’en réalité, il
n'y avait là qu'un guet-apens de plus tendu à la
classe laborieuse — le délit d'association subsis- « tant toujours, et tout groupement syndical s'exposant”
aux pénalités traditionnelles. Pratiquement, on versa dans la coopération qui prit une certaine extension.
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et dont les adeptes ne tardèrent pas à mener la lutte contre les collectivistes, Blanquistes et autres. Le pouvoir protégeait naturellement une institution, qui, pour l'heure, lui laissait tout repos, et où-venaient s'éteindre ou tout au moins fléchir les énergies subversives. Blanqui avait saisi à merveille la manœuvre, et dénoncé tous les dangers du syndicalisme, et de ses dérivés. Le «coopératif » n’a jamais été qu'un moyen nouveau et plus adroit pour les gouvernements, de dominer les masses, et de paralyser leurs tendances révolutionnaires. À peine renaissant, le prolétariat s'était déjà divisé. Fatal besoin de scission! Le double courant va se retrouver dans les luttes de l’Internationale qui remplissent les dernières années de l’Empire, qui, en dépit de leur acuité, et peut-être par leur acuité même, ont reforgé la classe ouvrière, et dont les péripéties et surtout les conclusions, ont ébranlé, pour la première fois universellement, le vieux monde capitaliste. VIII. Le lecteur ne compte pas trouver ici une relation complète de l’histoire de l’Internationale. Fidèles à notre méthode, nous délaisserons les détails pour dégager les lignes maîtresses, et nous nous préoccuperons surtout de l'influence que ce groupement considérable, tout nouveau dans le processus prolétarien, — en ce qu'il rassembla des hommes de toutes nationalités, — a exercée sur le socialisme français. Lo IL faut d’abord se rappeler que la période où nous touchons, a été signalée par la naissance de la Social Démocratie d'Outre-Rhin. Lassalle a agité et enfiévré les populations de l'Allemagne occidentale, et dressé une organisation militante. Marx va publier le Capital dont la dialectique portera des alteintes irréparables et à la vieille doctrine orthodoxe et à
France n’a qu'un nom à opposer : Blanqui, penseur moins illustre sans doute que Marx, organisateur moins heureux que Lassalle, et dont l’action, entravée par des incarcérations successives, a été forcément intermittente. Il n’est pas étonnant, qu'avec l'Internationale, le sceptre de la pensée socialiste dans le monde soit passé aux mains de nos voisins germaniques, parce que leur doctrine est dès à présent, plus nette, qu’elle s’est totalement affranchie de la phraséologie de 1848, et qu'elle s'affirme catégori-
uement révolutionnaire. Appuyée sur une philosophie de l’histoire, sur une conception évolutionniste,
et non plus seulement sur des abstractions, sur des
idées métaphysiques; elle se présente comme une
série de déductions d’une logique pressante et par
suite plus aptes à frapper les esprits.
L'Internationale a été un produit surgi spontané-
ment; — nous avons exposé le surprenant progrès de la richesse publique et de la prospérité capitaliste
sous le second Empire; le phénomène n'avait pas
été spécial à la France, car le même développe
ment était intervenu simultanément dans toute l'Europe occidentale. Mais plus s’accentuait le système industriel, et plus le prolétariat était incité à se serrer, à se discipliner, pour la lutte de jour en jour plus nécessaire. Il comprenait, et d’ailleurs les écrits de Marx, de Blanqui, de Lassalle, de Proudhon
même, étaient là pour le lui enseigner : — que les …
frontières n'étaient qu'une création temporaire, que les conditions de la fabrication et des échanges, ma-
chinisme, transports rapides, utilisation des forces
naturelles, exploitation des découvertes scientifiques, étaient désormais uniformes, et que, sur une struc-
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tout l'édifice capitaliste. À ces deux grands noms, In
ture économique généralisée, s’étayait une structure.
DE JUIN À SEPTEMBRE 233 sociale partout identique, en dépit des différences transitoires des régimes politiques. De cette constatation très simple, et que l'Exposition Universelle de Londres, vint encore corroborer par des exemples nombreux, est née l’Internationale.
C’est en effet au cours des solennités pacifiques de 1862, que les délégations ouvrières françaises se mirent en contact avec les réfugiés politiques accueillis dans la Capitale anglaise, et qu’elles purent, de près, étudier les transformations industrielles survenues un peu partout. De cette rencontre et de cette enquête, sortit la conviction très forte, que seule l'union des travailleurs de tous les pays pourrait modifier le vieil ordre capitaliste. La France a tenu un large rôle dans la formation de l’Internationale, mais l'association a ensuite grandi plutôt en dehors d’elle, et contre les aspirations intimes des fondateurs. Le grand groupement qui à tant fait trembler les gouvernements, avant et après la Commune, subdivise son histoire en deux phases : l’une mutuelliste, Proudhonienne, Parisienne; l’autre collectiviste, Marxiste, Allemande, —et si l’on s’attache spécialement à la branche de France, l'on doit rendre compte des luttesintestines que poursuivirent Coopérateurs et Blanquistes, avec un acharnement qui ne connut point de trève.
Le Manifeste inaugural était l’œuvre de Karl Marx associé aux mutuellistes Parisiens.
« Considérant que l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, que les efforts des travailleurs pour conquérir leur émancipation, ne doivent pas tendre à constituer de nouveaux privilèges, mais à établir pour tous des droits et des devoirs égaux et à anéantir la domination de toute classe ;
En
» Que l’assujettissement économique destravailleurs aux détenteurs des moyens de travail, c’està-dire des sources dela vie, est la cause première de leur servitude politique, matérielle et morale;
» Que l'émancipation économique des travailleurs est conséquemment le grand but auquel tout mouvement politique doit être subordonné comme moyen ; Q
» Que tous les efforts faits jusqu'ici ont échoué, faute de solidarité entre les ouvriers des diverses professions dans chaque pays, et d’une union fra-. ternelle entre les ouvriers des diverses contrées;
» Que l'émancipation du travail n'étant un pro-! blème, ni local, ni national, mais social, embrasse tous les pays dans lesquels la vie moderne existe, et nécessite, pour sa solution, leur concours théorique et pratique; TRE
» Que le mouvement qui reparaît parmi les ou-.
vriers des pays les plus industrieux de l'Europe, en
faisant naître de nouvelles espérances, leur donneun avertissement solennel de ne pas retomber dans les vieilles erreurs, et Les pousse à combiner immédiatement leurs efforts encore isolés ; » Pour ces raisOnS, |
» Les soussignés, membres du conseil élu par bé tete le 28 septembre 1864 à Saint- Martin’s Hall à Londres, ont pris les mesures nécessaires pour fonder l'Association Internationale des travailleurs. Ils déclarent que cette Association Internationale, ainsi que toutes les sociétés ou indi= … vidus y adhérant, reconnaîtront comme base de leur
conduite envers les hommes la vérité, la morale, là
justice, sans distinction de couleur, de GrOYAREEEAS de nation.
» Ils considèrent comme un devoir de réclamer
DE JUIN A SEPTEMBRE 235 pour tous les droits de l’homme et du citoyen : pas de devoirs sans droits : pas de droits sans devoirs. »
La doctrine de la suppression des classes appartenait en commun à Marx et aux Proudhoniens; celle de l'affirmation du mouvement politique, même subordonné comme moyen, revenait aux Allemands, le mutuellisme parisien répudiant tout acte politique; celle de ‘l'entente internationale était empruntée au Manifeste des Communistes de 1848 : l'affirmation du droit, de la justice, de la morale rappelle la terminologie socialiste française d'avant Février : elle était une concession des étrangers au pays qui avait abrité la pensée prolétarienne naissante. |
Autotal, cette proclamation constituait une transaction entre les deux tendances qui allaient entrer en conflit dans l’Internationale.
L'histoire de la branche française a été racontée avec quelque détail par Fribourg, un Proudhonien, qui n’a été clément ni pour les Blanquistes, ni pour les amis de Marx et de César de Pœpe, et qui, en somme, rejetant le socialisme vrai pour s’inféoder à un syndicalisme impuissant, ne laisse qu’une idée peu flatteuse du fameux bureau des Gravilliers.
Tel était le nom que portait le comité directeur de la section française ; en 1864 cette section était peu nombreuse, assez nombreuse pourtant déjà, pour entrer en lutte-avec les réfugiés de Londres dont elle dénonçait l’assujettissement à la tradition des barricades. Pour elle, elle se contentait de prêcher l’extension du crédit mutuel, de la coopération, bref de tout ce qui avait pu subsister à Paris, sans danger, après le naufrage de Juin. Les Gravilliers étaient hos-
.tiles d'abord au communisme, où ils ne voyaient qu'une vaine chimère, — à la politique qui d'après
eux, détournait les ouvriers de la défense de leurs intérêts réels, — et enfin aux grèves, qui, à leur sens, servaient toujours le capital contre le travail. Tout au rebours, les Blanquistes s’affirmaient communistes, vantaient l'action politique qu'ils n'avaient, pour ainsi dire, jamais désertée, du moins en principe, depuis Juillet, et s’immisçaient le plus possible dans les grèves, devenues assez fréquentes sous le couvert de la loi de 1864. Les aspirations des Proudhoniens sont assez connues ; pour préciser celles de leurs adversaires, il suffit de se référer aux notes admirables de précision et de logique, que PISTE rédigea vers la fin de l'Empire.
Pour l’ « Enfermé », Proudhon n’est qu’un hiérophante,et ceux quis ‘inspirent de ses livres,et qui finalement dénaturent ses conclusions,sont lee meilleurs auxiliaires de l'ennemi. Il va même, en 1867, jusqu'à qualifier les mutuellistes Parisiens, Tolain, Fribourg, Limousin, etc., de Jésuites. Sa conception, à lui, exclut le « coopératif » pour lequel il professe une véritable haine. Le Communisme, fils de la science. et sauvegarde de l'individu, alors que l’individualisme n'en est que l’extermination, est l’aboutissementnécessaire detoute la civilisation.Mais comment Blanqui entend-il le communisme ? Le régime nouveau ne peut naître que de l’action de l'Etat, car l'État seul a la faculté d’ émanciper : ce sont les gouvernements qui perdent et qui sauvent les nations: Il faut donc mettre la main sur la puissance publique, et avant toutes choses, comme le commu-
nisme n’est compatible qu'avecune certaine moyenne.
d'instruction générale, inscrire 500 millions au budget pour l’enseignement. Telles sont, résumées, les idées de Blanqui: magnifique hommage rendu non seulement à la notion de l’évolution historique,
mais aussi et surtout à la valeur sociale de lascience.
Combien elles l’emportent sur le mutuellisme étriqué et sans fondement solide des Proudhoniens ! Entre les deux partis qui se combattirent en France de 1864 à 1870, et qui portèrent leurs querelles jusque dans les Congrès de l'Internationale, le socialisme contemporain peut-il hésiter un instant? ; En 1865, les Gravilliers comptaient 500 membres.
Leurs tendances dominantes étaient celles desfondateurs, qui pour marquer leur stricte fidélité à la
pensée originelle, refusaient d'admettre les femmes dans l'association, et s’'interdisaient d'envisager la question polonaise. En 1866, le nombre des adhérents montait à 4.200. Ce fut cette année que se tint le Congrès de Genève où les Proudhoniens de Paris et les affiliés britanniques se heurtant, ouvrirent l'ère des discussions. Les Anglais réclamaient qu'on votât sur l'urgence de la limitation des heures de travail par l'Etat. La majorité des Parisiens entendait seulement déclarer que huit heures constituaient une journée suffisante. Par contre, ils proposèrent de formerunegrande coopérative universelle sur la base de la mutualité d'échange. En 1867, au Congrès de Lausanne, apparaît le communisme ; on discute la propriété, César de Pœpe, rapporteur, essaie de faire prévaloir la socialisation totale, mais l'opposition des Français entraîne l’ajournement du débat.
En 1868, à la suite d'une perquisition faite aux Fe
Gravilliers, la section fut dissoute ; elle se reconstitua avec un grand-nombre de communistes. Le Blanquisme, soutenu indirectement par le Marxisme, commençait à faire une plus large trouée dans le prolétariat, les cohortes disciplinées de Blanqui passant en dix-huit mois de 800 à 2.000
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. hommes. Au même moment, l’Internationale dessine son évolution, et au Congrès de Bruxelles, adhère au collectivisme et vote la reprise par la société du sol et du sous-sol. Dès lors, sa croissance s'accentue. Elle reçoit d'abord les communistes vaguement anarchistes, qui battus au Congrès de la Paix, à Berne, avaient formé l'alliance internationale de la démocratie sociale, avec l’égalisation intégrale pour programme ; puis de vastes agglomérations ouvrières, parfois 8.000, 10.000 hommes d’un coup y adhèrent;
en France, en Suisse, en Belgique, partout. Le Congrès de Bâle en 1869, affirme encore plus hautement la conversion de l’Association. On comprend que nous ne puissions insister ici sur les décisions prises, ni sur la marche extérieure des groupements.
Le mouvement a échappé à la‘direction de la France, depuis Genève et surtout depuis Bâle, où Langlois,” Longuet, Murat, Tolain, avaient été battus par 54 voix contre #, les leurs, en défendant le vieil individualisme proudhonien. Les trois chefs étaient désormais Bakounine, Marx et Blanqui ; mais Blanqui ne disposait pas — de très loin — de l'influence énorme conquise par le révolutionnaire russe et surtout par l’auteur du Capital.
Cette parenthèse, trop courte, sur l Internationale, était indispensable, parce que la formation et le développement de cette association ont largement pesé sur la réorganisation du prolétariat français: Par une intrusion de plus en plus fréquente dans les grèves, depuis la victoire des communistes sur les mutuellistes, — intrusion qui a été contestée, mais qui pourtant fut évidente dans les centres miniers, à la Ricamarie, à Aubin, au Creusot, à Fourchambault, — elle a appris aux travailleurs de ce pays la” valeur de la cohésion, elle leur a suggéré la notion, L
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DE JUIN A SEPTEMBRE 1622049 la prévision de l'extraordinaire puissance que prendraient les foules, le jour où leur action serait unifiée et centralisée. Le réveil ouvrier, constaté dès 1860, surtout à dater de 1863, a été d'autant plus sensible chez nous à partir de 1864, qu'il coïncidait avec un sursaut général des travailleurs dans les deux hémisphères, et que les congrès annuels: Genève, Lausanne, Bâle, donnaient aux penseurs du communisme renaissant, une tribune d’où leur voix pouvait mieux retentir. Plus tard, nous retrouverons, éclatante, sous la Commune, l'influence de l'Internationale. Pour l'heure, il faut noter qu’elle n’a pas été étrangère à l'opposition plébéienne, qui à fait trembler l'Empire dans les dernières années et qui devint le noyau de cristallisation de la résistance libérale. Dans les événements qui ont abouti au 4 septembre, les prolétaires ont joué un rôle prépondérant, parce qu'ils étaient le nombre, qu’en certains jours, ils ont rempli les boulevards de leurs masses touffues, et semé dans l'air un bruissement de révolution. s
Le passé est maintenant réparé. Au début de 4870, le peuple a consommé sa régénération, revivifié par le grand souffle de pensée qui s’est élevé d'Allemagne, et qui va souder au socialisme commniste et demi-mystique de 1848, le socialisme scientifique de l’avenir. Ce qui atteste le progrès accompli, c'est que le prolétariat pressent, à longue échéance, les événements, qu'il estime la précipitation inutile, qu’il a accueilli l’aide puissante du . déroulement historique. Le 9 février, peu de temps après les funérailles de Victor Noir, où Napoléon Ill discerne les signes avant-coureurs de l’effondrement, l'Association des Travailleurs, sous la signature de Landrin, Pindy, Malon, prêchait le calme au nom de
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la «révolution sociale qui arrive ». Et cette placi- Fe dité d'esprit même épouvante justement l'Empire, et le détermine à d'innombrables poursuites, perquisitions et arrestations, durant ses derniers mois. .
Malgré les deux courants qui la divisent, la classe ouvrière française a reconstitué ses forces avec une admirable célérité. Si elle n’a pas, comme la Social Démocratie allemande, des chefs d’un prestige incontesté, elle est prête pour l’action immédiate. Ce qui. l’affaiblira, ce qui contribuera à perdre la Commune, c'est encore le défaut de discipline et d'organisation. De plus, le socialisme est enveloppé, péné-. tré de ces éléments libéraux, petits bourgeois, qui déjà ont essayé de capter 48, et qui soit par intérêt d'ambition, soit par enthousiasme mal raisonné, se u jettent de temps à autre vers les doctrines avancées. nu Mais il y a loin pourtant des masses amorphes et … incultes de Juin aux groupements à demi-éduqués, soucieux de discussion, anxieux d'idées; qui lassent la police impériale par leur infatigable activité, et. qui vont asseoir, au milieu d’une formidable crise 7. sociale, le principe républicain. |
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I. La Commune Parisienne de 1871 a couronné le mouvement socialiste du second Empire, comme le soulèvement de Juin, la grande poussée survenue de 1840 à 1848. Mais là s'arrête l’analogie, et à vrai dire, tout ou presque tout, à été dissemblable dans ces deux gigantesques tentatives du prolétariat. La première en date à été brisée sur le champ par la résistance de toutes les autres forces sociales coalisées : la seconde a tenu Paris durant soixante-dix jours, constitué un gouvernement, disposé d’une armée. — Celle-ci a surgi au lendemain d’une guerre étrangère désastreuse, alors que tout un régime politique venait de s’écrouler dans l’invasion des fronüères, et qu'un organisme révolutionnaire s'était substitué à lui par la dissolution des assemblées et la conquête violente du pouvoir. Celle-là s’est dressée en pleine paix, à la face d’une autorité régularisée et qui avait eu tout le temps de s’outiller contre des adversaires éventuels. — Juin a été exclusivement