‹ Histoire du socialisme franc̦aisChapitre 39 sur 53 · ET PL · texte numérisé non relu

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jamais interdit, qu'il n'était point défendu contre eux

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drement se fit, que rien ne saurait effacer. L'édifice

social a pu ressusciter temporairement de ses décom=

bres: il n’a que l'apparence de la solidité : l'on ne 2e rebâtit point sur des ruines, et tout le sang que le

capitalisme a répandu, comme pour cimenter le. régime, n’a fait qu’en disjoindre les parois, et qu'en

miner les bases. ; IL. Les origines de la Commune sont complexes: les éléments moraux qui y sont venus converger,

nombreux et divers. Il convient de procéder par” ordre, de classer tous les facteurs qui ont coucouru

à l'événement, et qui, s’excluant parfois l'un l’autre en principe, ont fini par s'associer en une énergie

d'apparence homogène.

Le Blanquisme a tenu un rôle très marqué. On

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sait quelle force de discipline il représentait déjààa

la fin de l'Empire, quel combat il avait mené, au nom du communisme et de la Révolution, contre les Proudhoniens. Avant que le régime de Décembre ne croulât au lendemain de Sedan, sous l'assaut public, il avait fait une tentative qui rappelait la fameuse descente des Saisons en 1839. Blanqui avait cédé, à contre-cœur, à certains de ses amis qui estimaient l'action nécessaire. Ce fut l'affaire du 1% août, dite de la caserne de la Villette. Moins de cinq cents personnes y prirent part, et l'échauffourée n'eut aucune répercussion. Au 4 septembre, l « Enfermé » accepta le gouvernement de la Défense nationale, à condition qu'il fit son devoir, qu'il sauvâtà la fois la République etla France. Telle fut la thèse qu'il ne cessa de développer, et verbalement dans les clubs, et la plume à la main, dans son journal : la « Patrie en Danger ». Il est à noter que le phénomène mental qui s'était produit en 1792 chez les Girondins, chez les Jacobins, l’association intime du sentiment de lutte contre l’envahisseur et des convictions sociales révolutionnaires, se renouvela alors, et pour toutes les fractions du socialisme français. La journée du 31 octobre, où le Blanquisme exerça une influence de premier plan, répondit à cette liaison d'idées. Les faubourgs marchèrent sur l'Hôtel de Ville pour renverser Trochu, supprimer un gouvernement taxé de trahison,et opposer à l’Allemagne la levée en masse républicaine. Les hommes quon portait au pouvoir, évoquaient toutes les écoles et mêmes toutes les phases de l’évolution démocratique. Louis Blanc, Delescluze, Blanqui, Millière, Ledru-Rollin. Mais le Blanquisme était le noyau d'avant-garde. Plus tard, au 18 mars, les lieutenants de l'éternel insurgé — lui même étant écroué

à Cahors pour sa participation au 31 octobre, a

reprennent le drapeau momentanément tombé. Pour signaler l'importance conquise par cette organisation dans la Commune, il suffit de nommer Tridon, Protot, Vaillant, Ranvier, Vallés, Ferré, Rigault, etc.

L'Internationale a exercé une influence non moins directe, et non moins significative sur les événe-

ments de 4871 : de même que le Blanquisme appor= tait sa tradition du coup de. main, de la Révolution armée, de la confiscation violente du pouvoir, elle

imprima au régime de Mars son caractère nettement prolétarien ; elle lui imposa sa notion, son dogme

rigide de la lutte des classes et de la fraternité des

peuples; elle lui assura en échange, non seulement .

l'appui moral de tous ses affiliés qui comptaient

alors par centaines de mille, mais encore le concours … matériel de certains d'entre eux. Il y eut, dans la Corderie, quelques-uns des membres Français de l'association ; puis quelques autres figurèrent dans .

le Comité Central de la garde nationale ; enfin treize au moins entrèrent dans la Commune, parmi les=

quels Malon, Theisz, Avrial, Champy, Frenkel, etc.

Le 24 mars, le Conseil fédéral parisien de l’Interna: tionale adressa aux travailleurs un manifeste où se

relevaient ces phrases : « Le principe d'autorité est désormais impuissant pour rétablir l'ordre dans la rue, pour faire renaître le travail dans l'atelier, et cette impuissance est sa négation. À la liberté, à Ë l'égalité, à la solidarité, il faut demander d'assurer l'ordre sur de nouvelles bases, de réorganiser le tra= . vail, qui est sa condition première. L'indépendance ‘ de la Commune est le gage d'un contrat, dont les clauses librement débattues, feront cesser l’antago=

nisme des classes et assureront l'égalité sociale.» —

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Le programme préconisé comportait l'organisation du

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crédit, de l'échange, de l'association, afin d’atiribuer au travailleur la valeur intégrale de son travail. De plus, il réclamait l'extension de l'instruction et la liberté totale. Peut-être le lecteur a-t-il reconnu l'esprit des Gravilliers dans ce document, qui était signé de Frenkel, de Limousin, et de quelques autres. Cette citation suffirait, à défaut d’autres preuves, à attester, au contraire de certaines assertions, que l'Internationale ne faillit point à son devoir, en 1871. | Le républicanisme tout pur, et en dehors de toute considération sociale, (ou du moins, ce que nous qualifierions aujourd'hui de radicalisme), n'a pas été, non plus, étranger à l'explosion communiste. Dès le 5 septembre 1870, les hommes d'avant-garde, qui appartenaient à toutes les fractions républicaines, invitèrent les réunions publiques à nommer un comité de vigilance à raison de tant de délégués par arrondissement. Le siège de ce groupement fut la Corderie, où se tenaient d'habitude les controverses sur les questions politiques à l’ordre du jour. Les socialistes s’y infiltrèrent, dès la première heure, et prirent la direction du mouvement. A titre de simple renseignement, on peut constater que la première déclaration de cette société fut signée de G. Casse, Longuet, Millière, Vaillant, Malon, Vallès. Son rôle ne tarda pas à s’effacer. Néanmoins la présence de l'élément radical — non communiste — dans l'insurrection de 1871 est indéniable. Ce qui contribua à associer nombre de républicains petits bourgeois, à un soulèvement dont ils discernaient mal ou dont ils désapprouvaient les visées finales, ce fut l’attitude réactionnaire de la Chambre issue du scrutin du 8 février. Tandis que Paris donnait 216.000 voix à Louis Blanc, bien pâli il est vrai, 154.000 à Deles-

cluze, 145.000 à Pyat, la province restait fidèle à se

tradition des 16 et 2 décembre. 480 monarchistes au moins vinrent s'asseoir sur les bancs de Bordeaux, et le triomphe de Thiers acclamé par vingt-trois départements, assignait déjà à la République provisoire un caractère extraordinaire. Ainsi, il y eut, autour des Blanquistes, et des membres de l'Internationale qui eux, poursuivaient une subversion intégrale du système capitaliste, une sorte de cristallisation des tendances républicaines politiques, où le cléricalisme et l'esprit rétrograde de l'Assemblée nationale entraient pour une fort large part.

Pour beaucoup d'hommes que n'avait pas encore atteints la propagande socialiste, la Commune ne fut,

à l'origine, qu'une apothéose du sentiment national.

Il ne sert de rien, lorsqu'on veut retracer l’histoire, de chercher à courber les phénomènes dans un cer tain sens, de leur dénier ou d’atténuer leur portée

réelle. Nombre de citoyens, sans préférences en ma-

tière économique, acceptèrent le 18 Mars, parce quil

leur semblait une revanche morale contre l’invasion, une flétrissure contre les gouvernants impuissants, contre les trahisons, qu’à tort ou à raison, on dénonçait dans les milieux officiels. Qu'on le

remarque bien : les masses flottantes ainsi jetées 50 dans le mouvement communaliste lui resteront

fidèles jusqu à la fin ; elles adhèreront par entraine-

ment et aussi par se d'obéissance, aux déci-

sions du municipe insurrectionnel, si empreintes

soient-elles, à certaines heures, de doctrine collectiviste — mais elles suivront sans conviction: leur nationalisme, pour prendre un terme tout neuf, l'emportait sur leur sens prolétarien — et la juxtapo- :

sition, dans la Commune, de ces éléments indéciset

peu solides aux éléments puisés dans le Blanquisme

LA COMMUNE 249 et dans l’Internationale, ne sera pas sans affaiblir son action et sans contribuer à sa défaite finale.

En dernier lieu, le 18 Mars peut et doit être interprêté comme une réponse de Paris aux ruraux qui entendaient prononcer sa déchéance. Le fédéralisme Proudhonien, qui a dominé à l'Hôtel de Ville, et dans les comités, en avril et mai 1871, et qui a, fait étrange, associé au jacobinisme de 1793, le Girondinisme décentralisateur, reçut des votes de l’assemblée de Bordeaux, un formidable stimulant. Dès le début de Février, il était certain que la Nationale décapitaliserait Paris, pour châtier ses votes républicains. On parla alors d’acclamer une Seine indépendante. Lorsque le 41 mars, l’attentat sur la grande ville de lumière et de révolution fut consommé, le courant autonomiste prit toute son ampleur. Les événements vinrent ainsi au secours des thèses que l'auteur du mémoire sur la propriété, avait tant de fois développées, et qui allaient beaucoup plus loin que la décentralisation, puisqu'elles restauraient la Fédération des Communes saluée en

1790. Le 18 mars prit l’aspect d'une rébellion de

» Paris contre l'oppression provinciale.

* Si donc l’on scrute à fond les assises de cet évé-

nement si considérable de l’histoire du socialisme, l’on est bien contraint de conclure qu'il n’a eu ni la simplicité, ni la rudesse d’angles des mouvements sociaux antérieurs. Sorti de causes multiples, parfois antagonistes, il se présente comme une résultante, comme un composé d'énergies, mais si l’on

perce la surface, si l’on va par-dessous les éléments

transitoires : surexcitation nationale, exaspération parisienne, fédéralisme Proudhonien, jusqu’à l’élément permanent et puissant: croissance prolétarienne, on lui restitue immédiatement sa place dans

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