‹ Histoire du socialisme franc̦aisChapitre 41 sur 53 · IV. On a dit que les expressions socialisme, socia- : Fra · texte numérisé non relu

IV. On a dit que les expressions socialisme, socia- : Fra

liste, communiste, revenaient rarement ane les documents de la Commune. Le fait est exact : ce

dont il faut tenir compte, c'est que ces termes étaient. Us moins usités alors qu'ils ne l’étaient en 1848, ou

qu'ils ne le sont aujourd'hui. Les hommes, formés à

l’école de Proudhon et de l’Internationale recou-

raient moins à l’abstraction, à la formule du sys-

tème, qu'à la définition même des revendications.

proposées. Quant à l'idée de classe, elle était si bien enracinée dans leurs esprits, que très couramment, et dans toutes les publications officielles du temps de la Commune, on retrouve l'opposition de la bourgeoisie et du prolétariat. Peut-être, pour bien préciser le caractère du mouvement communaliste, est-il bon d’apporter ici quelques citations supplémentaires.

Le Comité central, issu au commencement de Mars, de la fédération des bataillons de la garde nationale, était en grande majorité composé d’ouvriers. Les noms de la plupart de ceux qui y entrèrent, étaient demeurés dans l'ombre : ce n'étaient ni des écrivains, ni des orateurs de profession, mais

. de simples artisans que la tourmente révolutionnaire avait dressés au premier plan. Obscurs la veille, ils le redevinrent, à peu près, le lendemain. — Le 18 mars,

. le Central déclare que les prolétaires ont estimé

. l'heure arrivée de saisir le pouvoir ; le 19, convo-

- quant les Parisiens aux élections, il tient le plus

* noble langage, celui d'une délégation consciente de

ses droits et de ses obligations : « Nous dirons au peuple: Voici le mandat que tu nous as confié. La où notre intérêt personnel commencerait, notre

: devoir finit. Fais ta volonté. Mon maître, tu L’es fait

libre. Obscurs il y a quelques jours, nous allons rentrer obscurs dans lés rangs. » Vit-on jamais abdication plus haute et plus généreusement notifiée ? Le 9 avril, le Comité reparaît en lançant cette affirmation qu'il faut au moins enregistrer: « Tra- Vailleurs, ne vous y trompez pas, c’est la grande lutte; c'est le parasitisme et le travail, l'exploitation et la production qui sont aux prises. »

La Commune n'est pas moins nettement pénétrée de l'esprit socialiste. Si des représentants de la

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petite bourgeoisie furent élus le 26 mars, à côté de ceux du quatrième Etat, l'assemblée parisienne comptait pourtant vingt-cinq. ouvriers, parmi lesquels, Theisz, Avrial, Malon, Champy, Frankel, etc. Ces travailleurs eurent assez d'autorité ettrouvèrent dans les bourgeois d’origine, leurs collègues, un concours assez dévoué pour que les déclarations du municipe fussent, au regard de la doctrine de la lutte des classes, de la plus absolue correction. Le 20 mars, le Journal Officiel explique que « les prolétaires ont voulu sauver à la fois La liberté et la patrie... ja bourgeoisie ne comprend-elle pas que le tour de l'émancipation du prolétariat est arrivé ? Le prolétariat, en face de la menace permanente de ses droits, de la négation absolue de ses légitimes aspirations; de la ruine de la patrie et de ses espérances, acom= pris qu’il était de son droit et de son devoir de prendre en main ses doctrines,et de s'assurer le triomphe, en s’emparant du pouvoir. « Le 19 mars, une autre note officielle porte, parmi les revendications pari siennes, l'universalisation de la propriété, — et enfin la proclamation dernière de Delescluze, délégué à la guerre, le 21 mai, contient ces phrases explicites: « Place au peuple, aux combattants aux bras nus L'heure de la guerre révolutionnaire a sonné. » Qui contesterait le sens de lutte de classes que la confla" gration civile de 1871 a pris dès la première heure," et gardé jusqu'à la dernière ? Du reste, les mesures, « les déterminations politiques que l’assemblée MU cipale a arrêtées, vont encore préciser ses tendances V. La Commune n'a pas eu le temps d'accomplir ; la profonde subversion sociale qu’elle méditait, qui était dans l’ esprit de ses fondateurs, et dont ces sim ples mots : «l’universalisation progressive de la pro=. priété » inscrits au manifeste du 19 avril, attestaient

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la signification générale. Il faut la prendre en ellemême, envisager aussi les conjonctures politiques qui la paralysèrent en partie. Mouvement révolutionnaire par essence, et inspiré de la conception de l’antagonisme bourgeoiso-prolétarien, elle est de- meurée trop incertaine du lendemain. Pas un seul jour, les élus parisiens n’eurent assez de liberté d'’esprit pour examiner de très près Les problèmes économiques posés devant eux. Ce n’est pas lorsque les forces de répression sont à six ou dix kilomètres, quil est permis de régler méthodiquement une grande transformation de structure.Parler de l’œuvre sociale de la Commune serait donc exagéré, mais elle a affirmé une orientation, des vues, édicté des. actes fragmentaires, et c’est à ces actes qu'on doit se référer, pour apprécier pleinement cette période historique.

La déclaration du 19 avril, la plus complète qui ait paru, visait avant tout l’affranchissement de - Paris. La capitale revendiquait son autonomie, le . vote de son budget, le choix de ses fonctionnaires. - Elle réclamait l’organisation d’une garde nationale

. permanente. Puis venait la partie relative aux mesures économiques, la décentralisation, — la suppres- sion de l’ancien état traité en superfétation, — apparaissait donc comme la première besogne, comme Ja préface de tout autre. C'était une réminiscence Proudhonienne : on ne s'était pas demandé si avant de briser le régime administratif en vigueur, il ne convenait pas d'en user, de le tourner au profit de la Révolution. Mais peu importe. La Commune n’attendit pas, d’ailleurs, que le fédéralisme fût en voie de triomphe pour prendre diverses mesures dignes d'être signalées. Peut-être vaut-il mieux les citer chronologiquement et les grouper ensuite, pour

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pénétrer leur esprits mais disons-le sans etats la délégation parisienne du travail et de l'échange fut celle qui se voua le plus activement à sa tâche. Elle reprit, avec utilité, les grands débats, qui, vingt-" trois ans plus tôt, s'étaient déroulés dans Ia Commission du Luxembourg.

Le 29 mars, la vente des objets du Mont de Piété” est suspendue : le 31, les sociétés ouvrières sont invitées à transmettre leurs avis à l'Hôtel de Ville sur toutes les mesures, qui leur paraîtront urgentes, dans l'intérêt du prolétariat. Le 1°" avril, le maximum de tous les traitements et indemnités est fixé à. 6.000 fr. Le 2, un décret prononce la séparation des Eplises et de l'Etat, et rayant du budget, les frais du. culte, abroge le droit de propriété cléricale. Le 16, : les Chambres Syndicales sont conviées à dresserune… statistique des ateliers abandonnés, et à à présentes des projets relatifs à leur exploitation ou à leur re prise par les ouvriers qui y étaient ASE le 20, les placeurs sont supprimés ; le 28, on interdit le ; travail de nuit dans les boulangeries. Il faut ajouter, qu'au moment de l'effondrement, les élus parisiens se préoccupaient d' aménager la laïcisation des écoles, conformément à une note lancée par Vaillant le 17 mai. Ainsi l’activité et la fidélité doctrinale de la Commune se sont affirmées à la fois dans le do-. maine économique et dans celui de l'instruction. Le. programme qui a été exécuté peut être taxé de restreint et d'insuffisant, par rapport aux larges. ; visées de l’Internationale. Il n’en a pas moins défini, a avec une réelle netteté, la poftée théorique et pra. tique de l'insurrection du 18 mars. L'attribution aux ouvriers des ateliers abandonnés, à laquelle Marx + a bruyamment et justement applaudi, portait un coup terrible à la notion de propriété; la suppres-

| LA COMMUNE 287 sion des bureaux de placement constituait une atteinte significative à la vieille théorie orthodoxe de la liberté illimitée, si génératrice d’oppression. La restriction des appointements des fonctionnaires navait pas seulement le mérite de dresser le gouvernement à bon marché ; mais elle affirmait encore l'illégitimité des inégalités sociales. Quant aux mesures contre les Eglises, contre la mainmorte et contre l’enseignement clérical,elles apparaissaient de même intimement liées à l’œuvre prolétarienne. Eiles démantelaient une forme spéciale d'appropriation, libéraient la conscience des travailleurs, et sinspiraient, de toute évidence, d’une idée que Blanqui n'avait cessé de soutenir à la fin de l'Empire. Au total, l'assemblée municipale avait, comme on l'a fort bien dit, dépossédé un certain nombre d'expropriateurs au profit des expropriés.

VI. Trois actes significatifs ont marqué les tendances internationalistes de la Commune. Ce fut d'abord l'admission de Frenkel à la représentation de Paris. La Commission désignée pour examiner la

. validité des scrutins, déclara que les étrangers pouvaient siéger, le drapeau du 18 Mars étant celui de

- la République universelle. L'incident était de haute portée. On avait vu déjà en 1789-93 des Allemands et des Américains se mettre en lumière, se proclamer citoyens du genre humain; ils avaient pu haranguer les foules, pénétrer dans les clubs, inspirer même des mouvements: mais jamais pareille proclamation de principes n'avait été faite avec autant de solennité. En 1848, si sympathiques que fussent les partis avancés à la fraternisation des peuples, ils ne s'étaient pas livrés à une manifestation aussi caractéristique. D'ailleurs, ce qui donnait à la conclusion de la commission électorale toute sa

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valeur, c’est que les paroles prononcées, ratiñées par … l'assemblée tout entière, constituaient Jurisprudence officielle.

La Commune ne se borna pas à introduire un étranger dans ses rangs : elle confia à un autre le commandement suprême de ses troupes. Lorsque” Dombrowsky fut élevé à cette fonction, le 7 avril, al se trouva — et il devait se trouver — des hommes, pour protester contre cette nomination. Les ambi= tions décues pouvaient se dissimuler aisément der rière une protestation nationaliste. La Commission exécutive usant pour Dombrowsky des mêmes argu= ments qui avaient déjà couvert Frenkel riposta à toutes les attaques, en disant que le nouveau général était citoyen de la République universelle. Er: Enfin le renversement de la Colonne Vendôme que d'aucuns blämèrent, qui fut pour le parti de l'ordre et pour l'assemblée de Versailles un sujet de stupéfaction et d’indignation théâtrale, attesta tout le pro grès accompli par la doctrine de l’Internationale.n Qu'on le remarque bien : même en temps d'insurrec: tion prolétarienne, il y avait là un acte d'une excep=n tionnelle hardiesse. Le peuple avait été nourri de lan légende du premier Empire : on lui avait montré que toutes les générations sont solidaires les unes des autres, et que les conquêtes et les victoires de

qu’on pouvait se demander si la destruction du mo-

sa portée éducative. Aujourd'hui, plus que jamais, le socialisme doit la féliciter d’avoir assumé une

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LA COMMUNE 259 initiative restée jusqu'ici sans autre exemple dans l’histoire. Le jour où la démocratie prolétarienne

triomphera en France et dans le reste du monde, son premier devoir sera d'effacer les vestiges des grandes tueries, où se sont édifiés les dictatures personnelles et les despotismes de classe. Elle pourra s'inspirer alors de l’exposé des motifs du 12 avril 1871, qui mérite de demeurer dans la mémoire des ouvriers comme un libellé intangible : « Considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme..…. une négation du droit international... décrète. »

VII. Les souvenirs de 1791-93 ont pesé presque sans trêve sur la Commune. C’est un fait très curieux qu'aucune Révolution, si originale soit-elle, ne puisse se dispenser de rechercher des titres dans le passé, de se façonner comme un arbre généalogique. Nous ne voulons pas ici discuter les actes en euxmêmes. Nous constatons seulement que les insurgés de 4871 reprirent la phraséologie et même certaines … institutions de la période terroriste. Dans cet ordre d'idées, on peut citer l’adjonction des commissaires civils aux armées, et surtout la création d’un Comité de Salut public. Point n’était étonnant, au surplus, que l’on éprouvât le besoin d'évoquer la mémoire de fin du siècle précédent. Blanqui avait, en quelque sorte, relié les deux époques. Par lui, par ses sociétés secrètes, et ses tentatives armées, s'était conservée la tradition des Montagnards. Il arriva ainsi que la Commune, qui représentait un autre milieu social, qui avait à parer à de tout autres tâches, ressuscita la jacobinisme. Lorsqu’aux derniers jours d'avril, et aux premiers de Mai, l'Hôtel de Ville discuta la formation d’un Comité de Salut public, de vives pro-

fense parisienne ? C’est une question qui mériterai

bres an Noierent pour ce te qui. paie é emporter avec lui, des pouvoirs absolus, sans contre= poids. Vingt-six autres préférèrent celui de Comité exécutif quine rappelait aucune écrasante mémoire, mais le 1° mai, la première appellation futadoptée par. trente-quatre voix. Le Comité de Salut public rendit-il vraiment des services, ou comme quelques-uns l’ont. prétendu, affaiblit-il l’action révolutionnaire et la dé-

d'être traitée séparément. Mais on doit se demande surtout, si la concentration du pouvoir entre quel ques mains n'était pas contraire aux sentiments. secrets d’une large fraction du prolétariat, qui esti=. mait que désormais le gouvernement ou l’admini tration devait être la chose de tous. Il est vrai qi l'investissement de plus en plus étroit de la capital é la situation devenue très pénible au début de mai, semblaient autoriser à éliminer certaines considéra tions doctrinales, et à condenser toute l'attention publique sur la résistance à outrance. | Au surplus, le retour de jacobinisme, quis affirma de bonne heure dans Îa Commune, et qui, nous,

titude assez dela he l'alliance À de cette classe avec le prolétariat fut à

qui ne nr ue aux nee nouveaux.

VIIT. La Commune, pour parer à l'attaque exté: rieure qui s’organisait à Versailles, avait une œuvr double à consommer. Il fallait mettre une arm révolutionnaire sur pied, et aussi remanier Île

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