LES FOSSILES
Au reste, si l’étendue du travail de la sédimentation pouvait laisser des doutes sur le temps qu’il dut exiger, l’étude des débris organisés enfouis dans les masses sédimenlaires, à toutes leurs profondeurs, viendrait nous donner la plus haute idée de la durée et de l’ordre successif de ce travail. On désigne ces restes organisés sous le nom de fossiles. On les a regardés longtemps pour de simples jeux de la matière. Le célèbre potier Bernard de Palissy en avait rencontré dans ses argiles, et ne s’était pas mépris sur leur véritable caractère. Mais c’est à Stenson et à Lister, naturalistes du xvh" siècle, qu’appartient l’honneur d’avoir fait pour la première fois des fossiles l’objet d’une étude scientifique. On a décrit ou figuré jusqu’au moment présent plus de vingt-cinq mille espèces fossiles, soit d’animaux soit de plantes. Un grand nombre de ces espèces ne nous sont pas seulement connues par un témoin isolé; il y en a qui présentent, dans une petite étendue de couche, jusqu’à des milliers d’individus.
L’eau est le grand foyer de la vie. C’est là que se développent des animaux de toutes les tailles et de toutes les organisations, plus variés et plus nombreux que les animaux terrestres. Ce ne sont pas seulement ces animaux supérieurs, comme les phoques, les baleines, les dauphins, que leur organisation rapproche tant de nos quadrupèdes ; ce ne sont pas seulement les oiseaux nageurs, la totalité des poissons et une grande portion des reptiles. Dans l’eau vivent encore une partie des crustacés, comme les homards; tous les cirrhipèdes, comme les anatifes et les glands de mer ; certains arachnides, comme les argyronètes ; et les larves de nombreuses espèces
d’insectes. Dans l’eau vivent presque tous les mollusques ou animaux mous, qu’ils soient nus comme les carinaires, munis d’une coquille chambrée comme les nautiles, logés dans une coquille univalve comme les murex, ou recouverts de deux valves, comme les huîtres. Dans l’eau vivent les annélides suceurs, comme les sangsues ; les tuniciers, comme les ascidies et les pyrosomes ; les bryozoaires, comme les alcyonelles ; les anthozoaires, tant soudés entre eux comme les madrépores, qu’indépendants comme les hydres et les actinies. Enfin l’eau est la patrie des acalèphes, comme les méduses ; des échinodermes, comme les oursins et les étoiles de mer ; et des essaims innombrables d’infusoires.
Cette série comprend tous les degrés principaux de l’organisation animale, avec une variété de réalisation supérieure à la variété de la série terrestre. Or ces animaux, en mourant, laissent des dépouilles; la sédimentation, à mesure qu’elle se poursuit, les recouvre et les enfouit peu il peu; et quand le fond d’un marais ou même celui de la mer nous devient accessible, soit par le dessèchement, soit par la hardiesse du plongeur, nous retrouvons dans la vase les débris des générations successives. Il en est de même pour les plantes. Il y a des ordres entiers de végétaux qui sont aquatiques, entre autres les algues, qui acquièrent dans nos mers un développement remarquable. D’ailleurs les plantes et les animaux terrestres se retrouvent aussi, bien que dans des circonstances plus rares. Les avalanches d’eau, les inondations des fleuves, le voisinage des côtes et des marais, les ont confondues quelquefois avec les produits aquatiques. Toutes ces dépouilles s’altèrent sans doute à la longue ; cependant les parties les plus solides résistent mieux que les organes mous. Ceux-ci mêmes nous sont conservés, grâce à la minéralisation qui s’opère souvent, et qui remplace peu à peu les particules organiques par des particules siliceuses ou calcaires, sans ^Itérer les formes de l'organisme.
ia