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CHAPITRE IV

dants et plus variés : la coquille se réduit chez eux à un os intérieur, qui ressemble à un fuseau. Les crustacés à dix pieds, comme nos homards, commencent à paraître, et augmentent en importance jusqu’à nos jours. Les poissons osseux, à écailles brillantes, prennent une variété toujours croissante. Les reptiles eux-mêmes apparaissent.

Alors se manifeste une création que l’on pourrait nommer amphibie. Elle avait pour couronne un groupe extrêmement riche de lézards, les uns purement aquatiques et de pleine mer, d’autres vivant sur les rivages, d’autres terrestres, et d’autres enfin aériens. Les plus importants d’entre eux atteignaient la taille de nos plus grands animaux marins. On ne peut visiter les musées où leurs squelettes sont conservés, sur les feuillets de pierre qui les supportaient, sans se trouver pénétré de la puissance et de la fécondité de la nature.

La création des lézards atteignait donc, à une certaine époque, un développement et une richesse de formes qu’elle n’a pas conservés. Elle livrait l’exploitation de la mer aux ichtbyosaures, qui représentaient nos monstres marins; et aux sveltes plésiosaures, qui tiraient leur long cou de serpent du fond d’une carapace écailleuse. Elle infestait les rives et les plaines, avec les mégalosaures géants, qui faisaient la transition aux crocodiles. Elle livrait l’air lui-même et les insectes ailés à l’exploitation des ptérodactyles, dont les doigts allongés portaient l’aile membraneuse des chauves-souris. Les reptiles étaient alors les rois de la création ; mais ils n’ont conservé ni leur prépondérance d’existence, ni même leur variété d’expression.

En effet , les familles que nous venons de citer s’éteignirent peu à peu; le groupe des sauriens perdit insensiblement sa variété de manifestation; il finit par se trouver réduit, dans l’époque moderne, à nos crocodiles et nos lézards. Mais si les reptiles ont perdu l’empire de la nature, les mammifères et les oiseaux leur ont succédé. C’étaient d’abord des mammifères à gestation incomplète et des mammifères nageurs. C’étaient des oiseaux échassiers, comme nos bécasses, qui fréquentent les marais et les eaux peu profondes ; et des palmipèdes, comme

nos albatros, qui volent au-dessus de la mer avec un long balancement. Mais bientôt la création des mammifères présenta le règne d’un groupe distinct, à présent considérablement réduit.

Nous voulons parler du groupe des pachydermes, ces lourds animaux, autant aquatiques que terrestres, représentés maintenant par nos hippopotames, nos éléphants , nos rhinocéros. Ce groupe se composait alors d’espèces distinctes et beaucoup plus variées. 11 renfermait à lui seul, sous l’empreinte d’un même caractère d’organisation, toute la variété d’applications que nous offre aujourd’hui la série entière des mammifères. Les dinothérions représentaient les amphibies, et s’accrochaient au rivage, comme nos morses, par leurs défenses recourbées vers le bas. Les paléothérions, qui portaient le boutoir raccourci de nos tapirs, paissaient solitaires dans les forêts. Les anoplothérions, à sabot unique fendu , tenaient la place de nos troupes de chevreuils et de cerfs. Les xiphodons étaient sveltes et légers comme nos gazelles; le dichobune ressemblait au lapin; les chéropotames enfin représentaient nos porcs et nos sangliers. Mais, il faut le répéter, ce groupe, alors si riche el maintenant bien appauvri , n’appartenait pourtant qu’à un seul ordre, celui des pachydermes exclusivement.

Les édentés ont eu ensuite leur période; ils ont présenté des tatous et des paresseux, aussi remarquables par leur variété que par la grandeur prodigieuse de leur taille. Puis les ordres des carnassiers et des ruminants se sont de plus en plus développés, au point d’atteindre leur état actuel ; et l’espèce humaine elle-même est apparue.

Quiconque suivra dans ses admirables détails ce grand travail de la nature, que nous ne pouvons esquisser ici que dans un aperçu général , reconnaîtra dans une évidence toujours croissante , que ces modifications successives entraînent avec elles l’idée du temps. Voilà des aspects multiples et distincts de la création organisée, qui se sont succédé. La substitution de ces aspects divers n’a pas entraîné seulement l’extinction des individus qui existaient auparavant, mais la disparition même des espèces, qui ne s’éteignaient elles-mêmes qu’en nous lais-

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