CHAPITRE IV
lesquelles repose, comme dans une vallée longitudinale, le golfe de Finlande; et vers l’extrémité du continent, le relief surbaissé de la Laponie russe et norwégienne.
Cherchons à nous représenter la carte d’Europe après l’époque du Hunsrück, c’est-à-dire après les soulèvements qui dépendent des cinq systèmes jusqu’ici énumérés. Nous y voyons quelques archipels, et un petit nombre de croupes d’une certaine étendue, mais d’une faible élévation sur les mers baignantes. Parmi les archipels figurait, à l’ouest, celui qui renfermait les premiers rudiments des iles Britanniques; on devait y joindre la Bretagne française, qui forme le pendant du Cornouailles. Ce groupe d’îles avait un peu plus de développement et d’étendue que n’en présentent aujourd'hui les îles Orcades et les Shetlands; mais il était loin d’équivaloir en superficie à la seule Irlande. Dans le midi, un autre archipel marquait les parties méridionales et occidentales de la péninsule hispauique, et se rattachait, toutefois sans lien direct, à une chaîne d’ilots qui se sont trouvés compris plus tard dans les Pyrénées, et qui ne se terminaient même qu’au delà de Toulon.
Les masses principales étaient au nombre de quatre. On y comptait d’abord le noyau central de la France, dans l’Auvergne et le Limousin. Puis on rencontrait la terre de l’Ardenne et du Hunsrück, qui s’étendait de Mézières et de Trêves vers la Westphalie. Lilot du Harz était à peu près dans son prolongement, à la manière de ces îles détachées, qui se montrent au delà des caps les plus avancés des continents. A peu de distance du Harz commençait la grande terre centrale de l’Allemagne, qui comprenait une partie de la Saxe, la Bohême et la Moravie ; Ton pouvait y joindre la ride allongée de l’Ukraine. Enfin, dans le nord, existait un dernier noyau. Il commençait en face de Tîle de Dago, comprenait la côte méridionale du golfe de Finlande, bornée à une lisière d’une faible largeur ; il débordait à Test vers le lac Ladoga, et renfermait la Laponie et la Finlande. Les terres les plus anciennes de la Scandinavie, entre Upsal et le Cattegat, se reliaient sous forme d’appendice à ce dernier groupe.
Tout le reste de l’Europe demeurait encore sous les eaux. C’est ce qu’atteste la positiou des dépôts plus récents, qui rattachent aujourd’hui ces différentes régions entre elles. Les dépôts dont il s’agit empâtent les reliefs cités; ils s’appuient sur les strates constituantes de ces reliefs. On le reconnaît nettement sur le terrain. En allant de Limoges à Nantes par exemple, on ne peut pas se méprendre sur l’existence de l’ancien détroit, occupé maintenant par les plaines célèbres de Poitiers; l'observateur ne peut pas récuser la superposition, et par suite la postériorité des sédiments presque horizontaux, qui rattachent entre eux les reliefs du Limousin et de la Vendée.
Il en est de même dans les autres espaces intermédiaires. Mais un fait nous frappe dans la distribution des terres à cette époque ancienne : c’est la priorité du nord de l’Europe sur le midi. Il faudrait se garder toutefois d’accorder une valeur trop générale à cette donnée géologique ; car il existe aussi beaucoup de terres anciennes, dans le voisinage de l’équateur. Ce n’est pas la position des zones vers le sud qui rend plus rares les terrains anciens, dans l’Europe méridionale : c’est le voisinage de la cavité méditerranéenne qui semble les écarter. Il y a fort peu de terrains primaires, soit à l’entour, soit au milieu de la Méditerranée.
Cinq systèmes de soulèvement ont déjà passé sous nos yeux. Il en reste encore à peu près autant pour arriver au terme de la période primaire. Il faut mentionner en premier lieu le système des Ballotw, qui a relevé le front méridional de l’Ardenne, en se greffant sur le système du Hunsrück ; et qui a émergé d’autre part les Ballons des Vosges, que le soulèvement propre de cette petite arête est venu recouper plus tard. Les Ballons forment une ride transversale aux Vosges proprement dites, entre Belfort et Épinal. Le Ballon d’Alsace, qui dominait celte chaîne, était alors le géant de l’Europe. Cependant il avait à peine 800 mètres d’altitude, au-dessus des mers contemporaines. Telle était la mesure des efforts de dislocation, dans cette antiquité reculée. Mais cette mesure sera bien élargie durant les périodes qui suivront.