PÉRIODE SECONDAIRE
A l’expiration de la période primaire, l’Europe se composait déjà de pièces étendues. Elle offrait dans le nord un véritable continent, avec ses appendices; dans le centre, de vastes terres, séparées par des bras de mer étroits ; et vers le couchant, de grandes lies, d’une structure compliquée, qui comprenaient les noyaux anciens du Royaume-Uni, de la Bretagne française et de la Normandie. C’est autour de ces centres divers que les dépôts plus récents paraîtront un jour au-dessus des eaux. Les terres commencent dans des points isolés et distincts, où des soulèvements divers s’enchevêtrent comme des bâtons éparpillés. Par la suite, à mesure qu’ils s’étendent, les centres continentaux gagnent les uns vers les autres, et vont se souder entre eux. Ce travail rappelle, non pas par ses causes intimes, mais par son mode de progrès, certaines expériences de cristallisation. En effet, dans les solutions salines qu’on laisse évaporer sur une plaque de verre, les cristaux se montrent d’abord dans un petit nombre de points disséminés; puis ils s’étendent, en se recoupant sous des angles divers, à l’entour de ces points d’apparition première.
C’est à peu près ainsi que les terres sèches se sont progressivement étendues par la connexion de rides nouvelles. Les surfaces émergées gagnaient peut-être en développement , non-seulement par l’effet des soulèvements brusques et pour ainsi dire instantanés qui les affectaient, mais aussi par les mouvements lents qui s’exerçaient dans le même sens. Si les secousses principales des tremblements de terre sont souvent accompagnées de secousses plus faibles, dont le nombre est parfois très-considérable, les plissements de l’écorce du globe pouvaient, de leur côté, entraîner des accidents connexes, se rattachant à la principale action. Plus on avance dans la série des temps, et mieux on reconnaît que le jeu des voussoirs de l’écorce terrestre s’est souvent prolongé par de lentes flexions.
D’ailleurs tous les effets de ridement n’ont pas été constamment des élévations de terrain. Le résultat général d’un plisse- ' ment de la croûte est sans doute un exhaussement des masses affectées, par rapport à celles qui ne le sont pas. Mais comme effets accessoires et accidentels, on ne peut manquer de rencontrer des plis concaves avec enfoncement, dans le voisinage des plis convexes avec élévation. L’observation des dépôts de sédiment atteste en maints endroits le retour de la mer, sur des surfaces émergées pendant quelque temps; l’absence des strates qui correspondent à la période d’émersion nous en fournit la preuve. De pareils affaissements ont repris aux terres, par intervalles, des morceaux de continents ou des îles qu’elles avaient acquis auparavant.
On voit un exemple remarquable d’une chute de voussoir dans le système du Rhin, qui se place à l’époque où l’on est convenu de terminer la période primaire, et de commencer la période secondaire. Le plissement du sol y a donné lieu à l’élévation de deux crêtes, les Vosges et la Forêt-Noire, entre les-
quelles il existe une portion de terrain abaissée. Des dépôts beaucoup plus récents recouvrent cette portion, qui constitue la plaine du Rhin, dans l’Alsace et le pays de Bade. La côte orientale de l’Irlande, et la côte occidentale de l’Écosse, avec les îles Hébrides, sont dues à des failles du système du Rhin. On trouve aussi des traces de ce système en Scandinavie.
Les Vosges et la Forêt-Noire, avec leurs prolongements respectifs, offrent déjà des rides d’une étendue moyenne et d’un relief assez important. Les Ballons, que le soulèvement des Vosges a rencontrés vers l’extrémité méridionale de son parcours, ont reçu, dans cet événement, un exhaussement addi-