CHAPITRE IV
tionnel. Le système du Thuringerwald a fourni des rides encore plus remarquables et plus développées. Le type de ce nouveau système se compose de la longue arête qui enferme la Bohême au sud-ouest, et se prolonge vers les plaines de la Westphalie. La ride s’étend à peu près depuis Linz sur le Danube jusqu’aux environs de Minden.
Le même système a fait surgir, en stries parallèles, les terres qui paraissent les plus anciennes dans l’Europe orientale : telles sont la ride côtière de la mer Noire, entre Constantinople et Aïdos; le Rhodope ou Despotodagh ; la petite chaîne du mont Athos; celle plus considérable de l’Olympe et du Pélion, prolongée par l’arête de Négrepont, et par une série de protubérances insulaires qui s’étendent jusqu’à Searpenthos, entre les îles de Rhodes et de Candie. Enfin c’est encore dans une direction parallèle que surgit l’Altique. Ainsi le système du Thüringervvald paraît le plissement le plus ancien auquel se rattachent les sommets émergés dans le sud-est de l’Europe, et particulièrement dans la Roumélie et la Grèce. Les terres de cette région se sont montrées, dès cet instant, sur d’assez vastes proportions.
Le système de la Côte-d’Or eut un peu plus tard des conséquences analogues dans l’Occident. Il étendit le midi de l’Angleterre; il fit sortir des eaux, sur différents points, des pans assez étendus, qui servaient pour ainsi dire de marges aux rides soulevées. C’est ainsi que les pièces, toujours plus rigides et plus résistantes de l’écorce, se trouvent en quelque sorte entraînées, dans les espaces a b, b' a, au pied du ridement b m b'.
La petite arête de la Côte-d’Or n’est pas le principal soulèvement produit par ce système. C’est plutôt la ride du Jura, qui
s’étend non-seulement en France et en Suisse, mais qui se prolonge au loin en Allemagne. Le Jura allemand a recoupé l’arête préexistante du Thiiringerwald, en produisant un nœud fort remarquable, appelé Fichtelgebirge ou « Montagne des pins. » Il se poursuit encore par delà, et sépare la Bohême de la Saxe, sous le nom de Erzgebirge ou « Chaîne des mines. » De l’autre côté, l’axe du Jura se confond sensiblement avec celui des Cévennes, qui se greffent elles-mêmes à la Montagne-Noire sous un angle extrêmement ouvert.
A la suite de ces mouvements, l’Europe moyenne a possédé aussi un véritable continent. En partant de l’extrémité de l’Écosse, les terres se tenaient d’une seule pièce jusqu’à Montpellier d’une part, et jusqu’à Cracovie d’autre part. La mer du Nord était plus vaste qu’aujourd’hui.car elle recouvrait encore les provinces orientales de l’Angleterre, y compris le bassin de Londres. Elle occupait aussi l’emplacement du Danemark. La Pologne, la Prusse, la Westphalie, les Pays-Bas étaient encore sous les eaux, laissant une entrée libre et profonde à la mer Baltique. Le Pas de Calais n’existait pas à l’état de détroit, mais à celui d’un large passage, qui s’étendait de l’Ardenne jusqu’aux plaines célèbres de Salisbury. 11 ne donnait pas entrée dans un bras de mer ouvert à son autre extrémité, comme la Manche; il conduisait seulement dans un vaste golfe, qui ressemblait, sur de plus grandes proportions, à la partie postérieure de notre Zuyderzée. Ce golfe confondait, dans une même continuité, les dépôts sédimentaires qui ont empâté à la fois les bassins de Londres et de Paris. Ses eaux pénétraient jusqu’au pied des reliefs de la Bretagne, du Limousin, de la Côte-d’Or et des Vosges. Mais elles étaient séparées des eaux de l’Océan, soit par l’arête qui existait entre Dorchester et Cherbourg, soit par le fond, dès lors soulevé, de l’ancien détroit de Poitiers.
Ainsi l’Angleterre tenait alors au continent. La mer du Nord et la mer Baltique étaient confondues dans une vaste nappe d’eau. Les terres de l’Europe moyenne présentaient à peu près la figure d’un V qui, partant des îles Orcades, aurait eu sa