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CARTE DE L’EUROPE

Après avoir réuni nos matériaux, nous n’avons pas voulu nous contenter de porter les altitudes sur une carte existante : nous avons au contraire construit de toutes pièces un cadre nouveau, en prenant pour base les triangulations des divers pays. Le soin de dessiner à nouveau une carte d’Europe était peut-être superflu pour le tracé des côtes; mais il ne l’était certainement pas pour la situation des points culminants, principalement dans les arêtes de médiocre hauteur. Notre dessin a été entrepris à l’échelle du millionième, qui donne un rapport simple entre la carte et le terrain ; un kilomètre y est représenté par une longueur d’un millimètre. Nous avons porté sur la carte, d’après leurs positions, les cotes de hauteur, et à l’aide de ces cotes, nous avons tracé enfin les lignes de niveau.

L’Europe n’était pas comprise tout entière dans le travail de Berghaus. Le Portugal, par exemple, et la partie occidentale de l’Espagne y faisaient défaut. Nous avons cru qu’il était utile de compléter de ce côté la partie représentée du continent. Mais il nous a semblé moins important d’embrasser la Russie et même la Scandinavie, dont le relief est très-bas ou bien peu compliqué. En Russie particulièrement, d’immenses surfaces n’auraient été traversées que par une ou deux courbes seulement.

Malgré cette suppression, notre carte offrait encore des dimensions considérables. Elle s’étendait en latitude du 35' au 56’ degré; et, en longitude, du 16e degré à l’occident au 28" degré à l’orient; ce qui lui donnait près de deux mètres et demi de hauteur sur plus de trois mètres et demi de large. Même avec ces dimensions, nous ne pouvions pas songer à l’insérer dans ce volume. Nous en avons joint ici une réduction au cinquième, exécutée au pantographe, et dont l’échelle est par conséquent du cinq-millionième. Mais le tracé qui a servi de base

GÉNÉRALITÉS

a été exécuté tout entier à l’cchelle primitive, et permet ainsi de compter sur l’exactitude rigoureuse des détails.

L’absence de renseignements suffisants nous avertit d’attribuer une valeur moindre à certaines contrées. Voici les régions de l’Europe pour lesquelles l’étude du relief est à peu près complète, relativement aux grands traits que nous avions seuls à considérer : c’est, en allant de l’ouest à l’est, l’Angleterre, la France, l’Allemagne presque tout entière et dans son acception la plus générale, la Suisse, le Piémont, la Lombardie. Dans les autres régions, le tracé des courbes est appuyé sur des matériaux moins nombreux et moins certains.

La carte de Berghaus ne divisait le sol de l’Europe qu’en tranches horizontales de mille pieds de Paris d’épaisseur, ou de 325 mètres. Elle subdivisait cependant la première tranche en deux autres de cinq cents pieds. Nous avons adopté pour intervalle constant entre nos courbes une différence de niveau de 200 mètres. Il s’en trouve ainsi vingt-quatre avant de parvenir au plateau supérieur du Mont-Blanc.

Dans certaines circonstances, les courbes de 200 mètres, avec l’échelle de notre carte réduite, sont fort serrées sur le dessin. Mais ce grand rapprochement des lignes est précisément utile pour indiquer à l’œil les pentes roides. Il fallait seulement distinguer facilement le rang des courbes; et c’est dans ce but que nous avons tracé des lignes plus épaisses de mille en mille mètres. Au centre des îles supérieures, qui forment les proéminences les plus élevées d’un faite, des points cotés indiquent la situation et l’altitude des véritables sommets.

Le relief général de la portion la plus importante de l’Europe se trouve représenté de cette manière. Nous disons le relief général, parce qu’on ne peut pas attendre d’une carte, même au millionième, le tracé de tous les accidents du terrain et l’indication des vallons et des ravins. Il est évident que, dans une carte générale, il faut faire abstraction des détails. On ne peut y rendre sensibles les érosions locales des cours d’eau, ni les entailles formées par les petites rivières dans le flanc des rides, ni les crevasses étroites ouvertes dans l’épais-

tso

SECONDE PARTIE

seur des rochers. Il faut faire, par exemple, abstraction de toutes les particularités du lavage du sol par les eaux courantes , pour n’en conserver que les traits principaux.

Ainsi, quand un passage de montagne traverse des gorges profondes, on n’a pas pu représenter les escarpements de ces gorges : on a dû supposer les flancs de la ride ininterrompus. De même, dans les grandes vallées, on a dû conserver au terrain toute l’altitude générale de la plaine, sans s’attacher à l’encaissement local du cours d’eau. 11 ne faut donc pas prendre pour le niveau de l’eau courante des rivières et des fleuves la cote qui appartient aux lignes du niveau, dans les endroits où ces lignes coupent les thalwegs. L’eau elle-même est toujours au-dessous de cette altitude; mais la plaine environnante y répond.

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