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TABLEAUX OROGRAPHIQUES

Pour exprimer d’une manière simple les principaux éléments des rides , nous avons réuni dans des tableaux particuliers, à la suite de chaque description, le nivellement général des lignes de faite. Ce nivellement renferme la liste des points physiques, tels que nous les avons définis précédemment (1). Les tableaux contiennent tous les éléments nécessaires pour fixer les points sur les cartes. Ils fournissent alternativement une sommité et un col. Les points culminants que nous citons sont cotés sur notre carte hypsométrique d’Europe, et pourront y être facilement trouvés.

La première colonne des tableaux donne le nom du point, soit culminant, soit minimum. L’orthographe de ces noms, si souvent défigurée dans le passage d’une langue à une autre, a fait l’objet d’un soin particulier. En général , les noms ont été écrits dans la langue qui est parlée au lieu qu’ils occupent. Les traductions d’appellations géographiques ont été évitées, à l’exception de celles qui sont tellement passées dans l’usage, en fran-

(I) Première partie, chap. II, p. 86.

GÉNÉRALITÉS

çais, qu’il serait ridicule de ne point y avoir recours. On a joint alors le véritable nom local , entre parenthèses. Mais il serait absurde de parler du Fichtelgebirge sous le nom de Mont-des- Pins, et du Monte-Calvo sous celui de Mont-Chauve.

Les deux colonnes suivantes fournissent la latitude et la longitude. Ces données sont ordinairement aussi négligées par ceux qui s’occupent de listes de hauteurs, que les hauteurs le sont en revanche par les faiseurs de cartes. Nous avons pris le parti de les insérer dans ces tableaux, non-seulement parce qu’elles fournissent le moyen le plus rigoureux et le plus expéditif de déterminer la situation des points, mais surtout parce qu’elles ont un véritable intérêt scientifique. En effet, si l'on veut calculer l’étendue exacte d’une ride en longueur, si l’on veut examiner les écarts de son faite par rapport à l’alignement rectiligne, enfin si l’on essaye de déterminer parle calcul l’orientation du grand cercle qui répond le mieux à la situation des points, il faut recourir aux bases numériques, qui sont les coordonnées horizontales. Notre travail prépare donc à cet égard les premiers documents exacts qu’on ait réunis systématiquement, pour résoudre ces différentes questions, dont les solutions rigoureuses exigent l’emploi des chiffres (1). Seulement il importait de présenter des éléments aussi exacts que possible, il fallait donc recourir aux différentes triangulations dont les résultats sont publiés, et en l’absence des travaux géodesiques, il fallait tirer parti des meilleures caries existantes, rapportées à des repères bien déterminés.

Il nous a paru inutile d’aller au delà de la minute de degré, même pour les points dont la latitude ou la longitude sont connues à quelques secondes. Les calculs de géologie n’exigent pas une pareille précision. Les sommets et les cols des rides montagneuses ne sont pas d’ailleurs des points si étroitement limités, qu’il faille établir leur situation vers le nord ou le sud, vers l’est ou l’ouest, à la précision de quelques décamètres. Les lati-

(I) Voyez notre Mémoire sur les soulèvements du sol de la Belgique, p. 7, dansSe t. XXIX des Mémoires de l'Académie de Belgique.

SECONDE PARTIE

tudes et les longitudes d’un petit nombre de points ne sont pas parfaitement sûres, mais elles sont au moins fort approchées. Dans l’orient et dans le midi de l’Europe, la géographie de précision est encore presque tout entière à créer.

Après les coordonnées horizontales, nos tableaux présentent l’altitude, ou hauteur verticale au-dessus du niveau moyen de la mer. On a vérifié aujourd’hui que toutes les parties de la * Méditerranée, de l’Océan et des mers du Nord qui baignent l’Europe, sonL sensiblement de niveau entre elles. Des opérations très-délicates, qui forment des coupes de nivellement à travers différentes parties de notre continent, ont établi ce point fondamental. Tout point de départ au niveau moyen des eaux, sur un rivage quelconque de l’Europe, sera donc comparable à tous les autres. Nous disons niveau moyen , c’est-à-dire intermédiaire entre les hautes et les basses marées, parce que l’égalité ne subsiste plus pour les termes extrêmes. Il y a des ports dans lesquels l’amplitude des marées est de six mètres, et d’autres où elle s’élève à peine à quelques décimètres. Si l’on comparait les niveaux des deux mers dans les basses eaux par exemple, on trouverait entre eux plusieurs mètres de différence.

Le niveau moyen de la mer est la surface d’équilibre de la nappe liquide; c’est une donnée qui jouit d’une véritable généralité. La basse ou la haute mer ont des niveaux inégaux suivant les lieux, et variables même d’un jour à un autre. Tous les travaux des cartes de France, de Prusse, du vaste empire d’Autriche, et ceux qui s’y rattachent en Suisse, en Bavière, et dans d’autres États, sont appuyés sur le niveau moyen. Les Anglais, par une anomalie singulière, sont partis d’une basse mer particulière ; non pas même de celle qu’on pourrait observer dans quelque port très-fréquente ; mais de la basse mer arrivée à une certaine époque au pied d’un rocher désert de la côte du Kent. Toute la carte exécutée par leurs ingénieurs de l’ordonnance, et les innombrables nivellements de leurs chemins de fer, partent par hypothèse de ce zéro artificiel, qu’il serait fort difficile de retrouver aujourd’hui. Nous avons supposé, d’après des données incomplètes, et les seules que les

GÉNÉRALITÉS

documents anglais nous transmettent, que ce plan de départ est situé à2“,7 au-dessous du niveau moyen de la mer.

L’inconvénient qui résulte de cette manière de procéder n’est pas très-grand pour notre objet. Nous le mentionnons seulement pour expliquer les différences que l’on rencontrera entre les chiffres que nous rapportons et ceux qui figurent dans les publications anglaises. La même observation doit s’appliquer, en outre, aux publications officielles de Belgique. Car, dans notre pays, les ingénieurs ont eu aussi l’idée malencontreuse de prendre pour point de départ des nivellements de tout genre une certaine basse mer d’Ostende ; et ils ne sont même pas d’accord sur la correspondance de cette basse mer avec les divisions de l’échelle du pilotage, fixée à l’entrée du port. Nous avons admis 2”\4 pour l’abaissement du zéro fictif adopté aux travaux publics et au département de la guerre; mais nous ignorons si la réduction de 2m,2, proposée par quelques-uns, ne serait pas en effet préférable.

Ces complications, introduites fort inutilement dans u'ne question des plus simples, nous montrent avec quelles précautions il faut faire usage de documents qui proviennent de sources différentes. Au reste, il arrive souvent que l’incertitude devient encore plus grande sur les altitudes mêmes qui résultent des nivellements. Ici la précision ne dépend pas seulement des soins apportés par l’observateur, mais avant tout de la rigueur dont la méthode employée était susceptible.

S’il s’agit de nivellements faits à coups de niveau, qui établissent une liaison continue entre un point de départ bien connu et un autre point à déterminer, l’erreur demeurera toujours dans des limites fort resserrées. Tels sont les nivellements conduits dans presque tous les pays par les administrations des ponts et chaussées, le long des rivières et des principales voies de communication. Tels sont aussi les nivellements géodésiques exécutés par des corps spéciaux d’ingénieurs géographes. Dans ce dernier cas, les portées sont plus grandes, il est vrai, mais les procédés d’observation sont très-précis, et l’on se ménage pour l’ordinaire des moyens de vérification.

SECONDE PARTIE

Ainsi, eu France, en Autriche, en Prusse, en Piémont, les différences de niveau fournies par la triangulation, et celles que l’on avait obtenues entre les mêmes repères par les' cheminements à coups de niveau, s’accordent en général à moins de deux mètres, après des centaines de lieues de parcours.

Mais quand les mesures ont été prises au baromètre, l’incertitude devient plus grande. Toutefois un bon nivellement barométrique fournit encore, dans la plupart des cas, des altitudes dont les erreurs restent comprises dans des limites de 15 mètres, en deçà ou au delà. La précision peut même être beaucoup plus grande, lorsqu’il s’agit de longues séries d’observations. En revanche on a vu des observateurs, munis d’instruments peu sensibles , qu’ils mettaient en expérience dans de mauvaises conditions, et dont ils calculaient les données par des formules ou des tables peu exactes, accumuler ainsi les erreurs d’une manière singulière. En général les hauteurs, dont diverses circonstances nous avertissent de nous défier, sont trouvées trop fortes, lorsqu’on vient plus tard à les vérifier. 11 semble que les observateurs peu scrupuleux aiment à s’exagérer l’altitude des cimes qu’ils ont gravies.

Dans le choix immense de plus de douze mille cotes barométriques que nous avions classées, nous avons adopté de préférence les séries qui s’accordaient le mieux, sur les points de comparaison, avec les mesures géodésiques. Il y avait lieu de croire qu’elles avaient été exécutées dans de meilleures conditions.

Malgré le nombre des documents, il reste encore des cimes ou des passages dont on ne possède pas de mesure exacte, ou dont nous ne connaissons pas les mesures. Alors, il nous restait pour l’ordinaire des points voisins ; souvent aussi nous possédions sur leur altitude divers indices. Par exemple, sur le thalweg des cours d’eau, nous pouvions généralement interpoler entre des points plus ou moins rapprochés. Nous avons hasardé alors des cotes approximatives, qui sont toujours suivies d’un point d’interrogation.

En outre, dans ces circonstances, la colonne destinée à faire connaître l’autorité n’est pas remplie. Cette colonne contient,

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dans les autres cas, le nom de l’observateur. Un signe particulier y indique la méthode de nivellement employée. Nous avons adopté i— > pour désigner les nivellements par cheminements et par coups de niveau, a pour les nivellements géodésiques et 4 pour ceux barométriques. Enfin, quand la méthode n’a pas été indiquée par l’auteur que nous citons, nous substituons des guillemets («) à ces divers signes.

Nous avions à mentionner, parmi les autorités, tantôt des observateurs individuels, et tantôt des corps d’ingénieurs. Dans le dernier cas, nous avons fait simplement usage du nom national. Nous désignons par exemple par a Autrichiens les altitudes géodésiques déterminées par les officiers d’état-major au service d’Autriche.

D’autres fois nous n’avons pas pu nous procurer les documents originaux, et nous avons cité d’après des sources indirectes. Le nom de l’auteur auquel nous faisons l’emprunt se trouve alors renfermé entre parenthèses. Voici l’indication des principaux recueils auxquels nous avons eu recours :

Berghaus, Physikalischer Atlas ; Bory de Saint-Vincent, Guide du voyageur en Espagne ; Bolê, la Turquie d’Europe; Bradshaw, Maps of the canals of England; Bruguière, Orographie de l’Europe ; Fôrster, Aügemeine Bauzeitung ; Malte- Brun, Précis de géographie universelle, dern. édit.; Patria, partie géographique ; Vôlter, Erlâuterungen zu der Wand- Charte von Deulschland; Whisahw, The railways of Great Brilain and Ireland.

Le choix des points que nous avons cités est le résultat d’un examen comparatif de toutes les altitudes. La principale cote, bien constatée, dans chaque massif, nous a fourni le point culminant; et la plus faible élévation entre deux massifs a été adoptée pour déterminer le point de séparation. Il est arrivé dans plusieurs circonstances, qu’à la suite de mesures plus complètes, les sommités les plus connues et les plus apparentes d’un massif ont été dépossédées du premier rang, qu’elles étaient censées occuper. C’est ainsi que le massif du mont Pelvoux, près de Grenoble, possède un point culminant plus élevé

SECONDE PARTIE

encore que le Pelvoux lui-même. Il en est de même dans un grand nombre de cas. Plusieurs de nos points culminants seront sujets aussi, sans doute, à se trouver transportés à des sommets voisins, par le progrès de la géographie de précision. Il serait donc préférable de désigner les massifs par des noms génériques, comme ceux d’Alpes glarides, d’Alpes surènes ou de Monts Arr^e. Mais de pareils noms manquent souvent; et plutôt que d’en créer nous-mêmes, nous avous préféré appliquer provisoirement, à la plupart des massifs, les appellations des points que l’on peut regarder jusqu’ici comme les points dominants.

Lorsque des sommités célèbres, dépassées par des proéminences voisines, auraient dû être exclues des tableaux, nous les avons données en italique, à côté des points culminants euxmêmes, dans l’article relatif au massif dont elles font partie.

Si nous pouvions mettre sous les yeux du lecteur la masse des documents que nous avons dépouillés, on se ferait une idée du désordre orographique dans lequel les matériaux sont presque toujours publiés. Que l’on preune seulement pour exemple le principal document officiel concernant le relief de notre pays: Rapport décennal sur la situation de la Belgique, 1841 à 1830, chap. Ier. En présence d’un arrangement si peu systématique dans les données, on se sentirait sans doute disposé à excuser les inadvertances qui peuvent rester encore dans notre travail.

LES ALPES

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