CHAPITRE PREMIER
blable influence sur l’aspect de notre continent, par son importance et son étendue. Il venait relier dans une seule chaîne les anneaux épars du tronc; il venait imprimer à ce tronc luimême son unité. Beaucoup d’îles, de promontoires et de petites arêtes existaient auparavant sur son parcours. Il a rattaché ces saillies entre elles, en marquant le cœur de l’Europe d’une puissante arête dorsale.
Les couches redressées ont élevé sur leur tête les reliefs antérieurs. Ailleurs, la croûte s’est profondément déchirée, en laissant passer par l’échancrure les formations inférieures. Une crête saillante de granité ou de gneiss se dresse par les ouvertures. Elle a rejeté sur ses flancs des masses latérales, jurassiques ou crétacées. La section de la ride présente donc, en certains endroits, la figure de trois rides parallèles entre elles. La plus élevée se trouve au centre, et se compose de terrains ignés ou cristallins; les autres, généralement calcaires, sont manifestement stratifiées et d’une moindre élévation. Dans
les angles rentrants qui séparent le noyau schisto-cristallin de ses enveloppes calcaires, s’ouvrent des vallées longitudinales décrites par des cours d’eau, ou bien occupées par des lacs.
Toutefois cette disposition générale, qui fournit une idée théorique de la structure des Alpes, n’est pas toujours réalisée dans tous ses détails. La chaîne latérale du nord est assez constante : elle se retrouve à peu près dans toute, l’étendue des grandes Alpes. Celle du sud est moins habituelle, et souvent moins élevée. Dans l’un et l’autre cas, le pli inférieur des strates et le raccordement des versants avec la plaine, marquent le terme des grands efforts locaux du soulèvement. Studer et Escher ont tracé le pli septentrional sur leur carte géologique
LES ALPES
de Suisse, depuis les environs de Fribourg jusqu’en Bavière. Ils font passer cette ligne au sud-est de Fribourg, entre Thoun et Berne, le long de l’Emmen, à Lucerne même, un peu au midi de Zug, le long des rivages sud et est du lac de Zurich, au midi deSaint-Gall, à la pointe méridionale du lac de Constance. Ces géologues ont figuré de même, dans une partie du versant italien, la ligne où le gneiss peu incliné succède au gneiss à peu près vertical. Cette ligne passe un peu au nord de Duomo d’Ossola et de Bellinzona, en se dirigeant vers Chiavenna.
Leslimites du redressement principal se trouvent ainsi fixées. Mais le soulèvement des grandes Alpes a entraîné des marges dans son mouvement, et celles-ci se prolongent au loin, en Suisse, en Bavière, en Autriche, et d’autre part en Piémont et en Lombardie. Les dernières eaux géologiques , en abandonnant les plaines, y ont laissé des traces puissantes de leurs ravages : elles n’ont pas seulement recouvert le sol de limon et de cailloux roulés ; elles y ont découpé des canaux d’érosion gigantesques. Les ravins qui descendent des montagnes ont donné passage à des torrents boueux, gorgés de liquide à plusieurs centaines de mètres d’élévation , si l’on en juge par le niveau que les cailloux et les débris occupent sur leurs berges. Ces cailloux erratiques, qui proviennent des noyaux alpins, n’ont pas été seulement répandus sur la plaine : ils se retrouvent en face des Alpes, dans le Jura. Ils y sont portés à peu près au même niveau qu’ils atteignent dans les débouchés des torrents des Alpes, comme si la nappe eût été continue, à un certain instant, entre les deux rides.
De ces grands mouvements hydrauliques sont nécessairement résultées des érosions profondes. Les lacs situés au pied des versants comme ceux de Thoun et de Genève, ont peut-être été creusés par un effet d’affouillement. S’ils eussent formé des cavités préexistantes, ouvertes dans l’acte du redressement des couches, le phénomène diluvien les aurait plutôt comblés. Il est vrai qu’ils auraient pu être occupés, à cette époque, par des glaciers, dont la masse solide se serait opposée au remplissage du creux. Mais le développement des glaciers modernes est trop