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CHAPITRE PREMIER

rore, se bâtait-on d’abandonner cet affreux séjour des frimas. En descendant, le voyageur retrouvait bientôt une nature animée, et pouvait se féliciter d’avoir échappé au péril.

A mesure que l’on avance en Italie, les productions deviennent même plus hautes et plus belles. Suivant l’expression de Heeren, le soleil se montre plus brillant, l’air plus pur, le ciel plus bleu. Des formes plus élevées viennent remplacer les humbles témoins que les familles végétales ou animales conservent dans les pays septentrionaux. De hautes composées, de grandes mauves, un roseau majestueux, se substituent à nos espèces réduites et peu apparentes. Sur les rivages de la Méditerranée, paraît pour la première fois la forme des palmiers.

Les Alpes ne sont pas seulement la séparation des races d’hommes et des établissements humains. Par leur direction à peu près est-ouest, elles font aussi la démarcation des climats et des flores. Cette disposition leur donne ainsi une grande importance dans l’histoire physique et politique de notre continent. Cette longue arête n’a donné passage aux migrations et aux conquêtes que par un petit nombre de débouchés. Nous suivrons d’abord l’arête principale, pour passer ensuite aux chaînes latérales et aux rides adventives. Nous diviserons l’arête principale elle-même en deux sections, séparées par la dépression profonde que marque le passage du Brenner. Cette route, qui nous sert à partager le faîte en deux portions égales, est celle qui va d’Inspruck à Vérone, de la vallée de l’Inn à celle de l’Adige. C’est la communication la plus importante de toutes les Alpes, et la seule qui fût praticable aux chariots dès la plus haute antiquité.

alpes principales; section de l’ouest.

L’éperon occidental de la ride des grandes Alpes commence dans la Savoie, près d’Àix et de Chambéry. Les Alpes viennent, de ce côté, à peu de distance du Jura. Mais l’action souterraine se prolonge incontestablement beaucoup plus loin vers l’occi-

LES ALPES

dent, à travers la partie centrale de la France. Les observations du pendule, qui donnent la mesure de l’intensité locale de la pesanteur, et qui nous instruisent ainsi de la densité des matières souterraines, attestent en effet un surcroît de roches denses et très-pesantes dans cette direction. On peut admettre par conséquent que le bourrelet de roches ignées d’une forte densité, qui a fait saillir les Alpes, se prolonge souterrainement, par-dessous le sol de la France, vers l’Atlantique.

Les Alpes s’élèvent lentement, en Savoie, derrière la rive méridionale du lac de Genève. Cette grande pièce d’eau, qui n’est qu’un épanouissement du cours du Rhône, est admirablement située. Elle est encadrée d’un côté par les collines douces et arrondies du pays de Vaud, parsemées de vignobles, et de l’autre par le versant plus rude et plus sévère des Alpes. Mais ce n’est guère qu’au Mont-Blanc que la ride prend toute son ampleur. Ici, le soulèvement des grandes Alpes recoupe subitement celui des Alpes occidentales, que nous considérerons dans un autre chapitre. Le nœud forme le colosse de notre continent. Du haut du Mont-Blanc, la vue peut porter effectivement à des distances énormes. La chaîne du Jura, les Alpes occidentales et celles du Mont-Viso, les campagnes du Piémonl jusqu’à la naissance de l’Apennin, composent un horizon immense.

Le nœud de deux chaînes est naturellement limité par quatre cols ou passages : deux dans l’arête ancienne, quand on considère le nœud comme appartenant à celle-ci, et deux autres dans l’arête récente, lorsqu’on le prend pour un de ses massifs. En franchissant successivement ces quatre passages, séparés par les dépressions intermédiaires qui sont à la naissance des secteurs, on peut faire le tour du colosse et prendre une idée de ses dimensions. Plus on se rapproche du point culminant, et plus les passages sont élevés et le trajet difficile. Si l’on a recours aux dépressions maxima, qui ne se présentent dans les rides qu’à plusieurs lieues du nœud lui-même, il faut déjà dix ou douze jours de marche pour accomplir ce circuit. Il faut passer plusieurs fois à peu de distance des neiges perpétuelles,

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