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CHAPITRE PREMIER

dans des régions qui en conservent les trois quarts de l’année.

Par exemple, en partant de Saint-Maurice sur le Rhône, un peu au-dessus de l’origine supérieure du lac Léman, on s’élèvera par le val d’Illies vers le col de Couz (1970°°) ; on pénétrera ainsi dans le secteur où l’Arve circule. Le col du Bonhomme (2446“), qui est considérablement plus élevé, franchit la grande chaîne; il conduit dans un nouveau secteur, qui renferme l’Isère. Le petit Saint-Bernard (2206m) nous amène ensuite dans le secteur piémonlais, à la vallée de la Doria, en séparant du Mont-Blanc les sommités des Alpes occidentales. Enfin le grand Saint-Bernard (2485”) sert à revenir dans la vallée du Rhône et dans le secteur du Valais, en passant encore la grande chaîne, au point le plus élevé de notre circuit.

Le col du grand Saint-Bernard est le premier passage important des grandes Alpes ; il a été fréquenté dans l’antiquité : il servait de communication entre la voie romaine qui parcourait le Piémont jusqu’à la petite ville d’Aoste, et celle qui descendait les bords du Rhône au-dessous de Martigny. La vallée du Rhône occupe l’angle rentrant entre l’arête granitoïde et la chaîne latérale calcaire. C’est un pli longitudinal, qui forme le canton suisse du Valais. En se détachant du Rhône à angle droit, les routes franchissent la ride dans sa moindre épaisseur, et viennent descendre les vallées qui sillonnent, suivant la plus grande pente, le versant italien. Malgré l’antiquité de la communication, le col du grand Saint-Bernard n’est pas encore praticable aux charrois.

Le passage du faîte en cet endroit, par le premier consul Bonaparte, au mois de mai 1800, est un événement trop connu pour le rappeler en détail. Il s’agissait d’arriver sur les derrières de l’armée autrichienne de Mêlas, alors maîtresse du bassin du Pô, et qui s’était même aventurée jusqu’à Nice, où elle coupait les communications de Masséna, bloqué dans Gênes. La marche du premier consul fut assez rapide pour l’amener à Milan 28 jours après son départ de Paris. Parti du point de réunion de Besançon, il franchit le Jura par les routes connues de Pontarlier à Orbe et de Lyon à Genève, qui n’offrent

LES ALPES

pas d’ailleurs de difficultés sérieuses, lorsqu’elles ne sont pas défendues. La France étant à cette époque maîtresse de la Suisse, il s’engagea sans obstacle dans la haute vallée du Rhône. Le passage du grand Saint-Bernard fut effectué en une semaine. Mais cette marche était le fruit de la mobilité que l’on est parvenu à donner aux armées modernes, beaucoup plus que le résultat des travaux exécutés pour frayer le chemin.

Le célèbre passage du premier consul n’est pas d’ailleurs l’exemple unique de la traversée du grand Saint-Bernard par un corps d’armée. C’est par ce col élevé que Bonnivet ramena l’armée de François Ier, vaincue et découragée, peu de jours après la mort du chevalier Bayard. Neuf ans auparavant, les Français avaient pénétré en Italie, en effectuant le passage aussi hardi que remarquable du col de l’Argentière, dont il’sera question dans le chapitre suivant. En mai 1524, les débris de l’expédition se repliaient sur la Suisse, harcelés par les Espagnols, en remontant le grand Saint-Bernard.

Plus anciennement encore les légions romaines avaient franchi plusieurs fois l’arête des grandes Alpes, en traversant le passage d’Aoste à Martigny, malgré les difficultés qu’il présente. La ride est, en effet, fort peu accessible dans la portion qui longe le haut Valais, et surtout à l’orient du grand Saint- Bernard. Là s’élève le massif du Combin, dont les trois hui- * tièmes en hauteur sont ensevelis sous les neiges éternelles ; et le massif du Mont-Rosa, presque aussi élevé que le Mont- Blanc. Deux passes, très-pénibles et à peine fréquentées, praticables aux piétons seulement, et qui vont l’une et l’autre jusqu’aux neiges perpétuelles, traversent le faîte des deux côtés du Mont-Rosa. Il faut gagner la chaussée du Simplon, pour rencontrer la première voie praticable aux voitures. Encore celle-ci est-elle moderne. Elle n’offrait jusqu’au commencement de ce siècle qu’un chemin difficile et tortueux, à peine accessible aux bêtes de somme. Nous l’avons décrite dans la première partie de cet ouvrage (1), comme l’un des plus beaux

(1) Chap. Il, p. 83.

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