CHAPITRE PREMIER
monuments de l’art du génie. Décrétée par le gouvernement français, sous le Consulat, elle a été exécutée de 1801 à 1805.
Depuis le lac du Bourget, près d’Aix en Savoie, où la ride des grandes Alpes commence, jusqu’au passage du Simplon, il existe une longueur d’arête de 170 kilomètres, sans un passage praticable pour les voitures. A partir du Simplon, il y a une pareille étendue de 70 kilomètres jusqu’au col du Saint-Gothard, où la circulation des charrois est toute moderne. Ces faitsdonnerontune idée des obstacles que les Alpes présentaient à la viabilité, jusqu’à la fin du dernier siècle.
Au Saint-Gothard, les vallées qui s’élèvent par le versant septentrional de la grande chaîne ne partent plus du Valais ; ce sont, comme au versant méridional, de simples vallées transversales. Le passage du Saint-Gothard conduit d’Amsteg sur la Reuss à Airoio sur le Tessin ou Ticino; il en est déjà fait mention au commencement du xiv° siècle. Cependant ce n’était pas une route carrossable, mais praticable seulement aux mulets. On ignore l’époque précise de sa construction ; on sait seulement que les cantons suisses l’ont améliorée. En hiver, quand six ou huit mètres de neige l’obstruent, les habitants des vallées voisines s’emploient à la déblayer, et perçoivent alors, >pour ce service, une redevance sur les passants. Enfin, dans ces dernières années, la Confédération y a fait exécuter de grands travaux, qui ont fini par la rendre praticable aux voitures.
La chaussée est magnifiquement pavée de granité; mais elle n’a pas cinq mètres de largeur; il y a peu de temps encore, elle se réduisait souvent à trois et demi. En partant d’Amsteg, elle suit la vallée de la Reuss, qu’elle franchit, ainsi que d’affreux précipices transversaux, sur des ponts hardis. Elle passe sous une galerie souterraine de 65ra de long : c’est le Urner- Loch ou trou d’Uri, percé eu 1707 aux frais du canton d’Uri. Au sommet, une auberge a remplacé l’ancien couvent des capucins. De l’autre côté, la roule descend à Airoio dans le lit d’un torrent.
Le Saint-Gothard et le col du Simplon surpassent faiblement
LES ALPES
l’altitude de deux mille mètres. Ces passages s’élèvent ainsi au-dessus de la région des arbres, mais ils restent compris dans celle des arbrisseaux alpins. Le col de Luckmanier est situé encore un peu plus bas. On se propose d’y faire passer en souterrain le premier railway qui franchira les grandes Alpes, celui de Munich et du lac de Constance à Milan (1).
Le Rhin, avant son épanouissement dans le lac de Constance (Bodensee), provient d’une vallée transversale des Alpes calcaires, qui se termine à Coire (Chur). De cette ville on peut remonter le fleuve suivant deux bras. L’un, le Rhin occidental ou Rhin antérieur (Vorder-Rhein), conduit au val de Médels, au passage de Luckmanier, et de là à Santa-Maria dans le Tessin et au lac Majeur. L’autre est le Rhin oriental ou postérieur (Hinter-Rhein), qui décrit dans sa partie la plus élevée une vallée parallèle à l’arête. Du fond de cette vallée part le col du Bernardino, aussi élevé que le Saint-Gothard, praticable également aux voilures, et qui mène comme le Luckmanier vers le lac Majeur. D’un point un peu inférieur de la vallée se détache la route du Splügen, qui conduit en Italie par le ravin de la Lira, et qui forme la grande chaussée du canton des Grisons vers la Lombardie.
Par le col du Splügen passe la plus élevée de toutes les roules carrossables qui traversent l’arête principale des grandes Alpes. Bien qu’il reste un peu plus bas que le grand Saint-Bernard, il n’en présente pas moins de grandes difficultés à la marche d’une armée. Aussi le passage de ce col par Macdonald, en décembre 1800, offrait-il des difficultés bien supérieures à l’entreprise que le général Bonaparte avait accomplie au printemps précédent. C’est par là que Macdonald se porta, au fort de l’hiver, et à travers des masses profondes de neige, des vallées du Rhin supérieur en Italie, et que venant tourner le contre-fort méridional, il put pénétrer dans la vallée de l’Adige, en fermer les débouchés, et protéger les opérations de l’armée d’Italie.
(I) Le projet fait passer ee railway h la eute maxima de 171im. Ce chemin de fer serait ainsi le plus élevé de tous ceux de l’Europe.