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CHAPITRE III

20 à 25 kilomètres (1). Le faîte de cette digue atteint 400 ou 500 mètres d’altitude. La constitution des roches y est massive: ce sont principalement des calcaires compactes, dont les assises lourdes et roides ont pourtant été brisées par un effort de géant. Jamais les deux mers n’eussent conservé de communication, si ce massif ancien ne se fût déchiré au moment du soulèvement des chaînes voisines.

A cette époque, le sol de l’Afrique septentrionale était encore caché sous les eaux ; l’Espagne n’existait qu’en vestige, présentant seulement çà et là quelques archipels. L’aréte de Gibraltar et de Tanger formait une île surbaissée, jetée au milieu d’un océan continu, comme aujourd’hui Madère ou la Sardaigne. C’est l’instant du soulèvement des grandes Alpes qui vint changer ces aspects. Alors, l’île de Tanger se trouva pour ainsi dire à cheval sur deux rides nouvelles, l’Atlas et la Sierra Nevada. Ces rides, en se dressant, inclinaient au loin de vastes pans de terre, qui les accompagnaient comme des marges, et qui forment les parties basses des continents. Si la Sardaigne venait à se souder aujourd’hui à Tunis d’un côté et à Rome de l’autre, la mer Tyrrhénienne serait pareillement séparée de celle des Baléares.

Ainsi l’apparition des larges surfaces de l’Afrique septentrionale et de l’Espagne fît pour la première fois de la Méditerranée une mer intérieure, en la séparant de l’Océan. Il restait bien un canal profond, une fente remplie d’eau, entre Oran et Carthagène, dans le sens longitudinal des rides. Mais l’ile préexistante de Tanger s’était trouvée dans le tracé de ce canal, et le barrait comme une digue. Si cette île n’eût cédé en aucun point de sa longueur, la Méditerranée serait demeurée un lac fermé, une grande Caspienne.

Or, il arriva que l’ile de Tanger céda, au contraire, aux mêmes forces qui obligeaient les couches ébranlées à ouvrir

(t) De Carthagène à Mostaganem il y a 210 kilomètres ; d’Almeria à Melilla, 190; de Gibraltar h Ceuta, entre les pointes d’Europe et d’Afrique, il n’y en a plus que 23.

entre elles un canal. Elle se sépara en deux segments, dont l’un resta coüé à la Sierra Nevada, et dont l’autre fut soudé aux prolongements de l’Atlas. Tel a été le phénomène de l’ouverture des Colonnes d’Hercule. Il ne fut pas postérieur à l’isolement de la Méditerranée, puisque la fracture profonde entre Gibraltar et Ceuta est contemporaine de .l’apparition des grandes terres de l’Afrique septentrionale et dé l’Espagne. Il ne mit pas un terme à cet isolement ; il maintint au contraire la dernière communication, à mesure que la Méditerranée se circonscrivait.

La séparation des Colonnes ne fut donc pas un travail humain. L’ouverture de ces rochers compactes aux couches puissantes, de cette brèche de cinq lieues de largeur coupée dans un faîte de plus de 400 mètres de hauteur, ne peut être que l’œuvre de la nature. La fable d’Hercule a été inspirée par l’aspect des lieux, mais elle ne rappelle pas plus un souvenir historique que celle du saint personnage Kasyâpa, ouvrant de sa main puissante la montagne de Baramaulch, et faisant écouler les eaux qui recouvraient la belle vallée du Cachemire.

L’homme fut-il seulement témoin de l’accident géologique? On pourrait le croire, s’il est vrai que les brèches osseuses, dans lesquelles on retrouve les plus anciens restes humains, font partie du diluvium des grandes Alpes. Mais que sa pré- ' sence sur la terre remonte même à l’époque de cet événement, il n’en résultera pas pourtant que la tradition pût conserver ce souvenir. Les configurations ont tellement changé, dans cette partie de l’Europe et de l’Afrique, que l’homme n’aurait pas pu se rendre compte des faits, lors même qu’il eût échappé, dans le voisinage, aux bouleversements. Les Romains n’ont jamais connu l’Espagne que sous les représentations les plus fausses, dans les dessins le plus étrangement déformés; et cependant l’Espagne ne changeait plus; sa configuration était arrêtée. Comment des peuples fort antérieurs auraient-ils pu rapprocher deux États de figure très-différents entre eux?

Dans la création de la fable d’Hercule, la tradition était donc

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