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CHAPITRE III

Quelques Ilots de terrain primaire étaient probablement à sec, dans le parcours de cette longue faille. La végétation houillère s’était développée sur quelques portions isolées de rivages, notamment dans les Asturies, où l’industrie l’exploite aujourd’hui.

L’aspect des Pyrénées est grandiose et majestueux. Les campagnes qui s’étendent à leur base méridionale sont couvertes de mûriers, d’oliviers, d’orangers ; elles forment de riches jardins séparés par des haies de grenadiers. Sur les terrains incultes et les premiers coteaux, croissent des buissons de grenadiers, et des touffes de plantes aromatiques, comme le serpolet, le romarin, la lavande. Ces humbles labiées commencent à remplacer les caryophyllées et les cistes odoriférants du midi. Cependant la vigne prospère; le tamarin et le laurierrose (1) ornent les vallons.

Mais si l’on passe de l’autre côté de la chaîne, la différence des climats et des productions est bien marquée. Il n’y a plus de cistes ni de lauriers-roses ; la vigne n’est cultivée que dans les parties basses de la plaine; l’olivier et l’oranger diminuent. C’est surtout le long du rivage du golfe de Gascogne qu’on peut s’apercevoir de ces changements. Déjà sur cette côte le pommier s’allie à la vigne, et l’usage du cidre balance celui du vin.

C’est le versant septentrional qui porte les plus belles forêts, les pâturages les plus fournis. Réunissant la fraîcheur de nos étés à la précocité des printemps et à la richesse générale de la nature du midi, ces pâturages sont de brillants tapis de fleurs. Des forêts habitées par des ours nombreux les encadrent. Aux bouleaux et aux pins de nos régions s’y joignent, comme dans toute la Péninsule, d’admirables châtaigniers séculaires. L’if (2) et le pin cembrot (3) sont les derniers arbres. On est alors à 2300 ou 2350“ d’altitude. Les beaux rhododendrons, ces roses des montagnes, décorent les régions élevées,

(1) Nerium oleander.

(2) Taxm baccata.

(3) Pintu cembra.

comme daDS les Alpes, jusqu’à 1700 à 1750m. Les ruisseaux torrentueux qui arrosent les pâturages supérieurs proviennent de sources. Il y a peu de glaciers. Ceux-ci, toujours médiocrement étendus, sont bornés au versant septentrional. Les neiges ne forment pas même une frange absolument continue. Elles subsistent par amas dans les expositions froides. A la fin de l’été, lorsqu’elles sont le plus resserrées, on ne les rencontre guère au versant méridional ; mais sur l’autre versant elles commencent, en moyenne, à 2700m. Elles se maintiennent surtout dans trois saillies de la chaîne : dans les Asturies, au nœud des Pyrénées avec l’arête d’Elstredo ; sur les Penas de Europa ou pics d’Europe, au sud-ouest de Santander ; enfin dans le centre du grand massif, entre la France et l’Espagne.

Les Pyrénées ont réellement deux points culminants : l’un, au cœur de la muraille franco-espagnole, au sud de Saint- Gaudens et de Tarbes; l'autre dans les Asturies, au nœud de Penaranda, au sud-ouest d'Oviédo. Entre les deux, le faite . subit une dépression profonde, entre le fond du golfe de Gascogne et la petite ville espagnole de Vittoria. Non-seulement le noyau granitique n’a pas percé les niasses dans cet endroit, mais les couches crétacées elles-mêmes n’y sont pas déchirées, et ne composent qu’un dos surbaissé. Là se trouve donc l’entrée naturelle de l’Espagne, et la route invariable de Paris à Madrid.

La dépression de Vittoria divise l’arête des Pyrénées en deux sections. Celle de l’occident, qui est exclusivement espagnole, commence aux falaises du cap Finisterre, l’un des angles les mieux marqués et les plus saillants de la Péninsule. L’arête ne s’élève avec vigueur qu’au delà du célèbre Saint-Jacques de Compostelle (Santiago de Compostella). Mais à peine s’est-elle exhaussée, qu’elle est brisée par une faille transversale, qui donne passage au fleuve du Minho. C’est dans un endroit nommé Puerto-Marin ou passage des eaux, que le courant franchit une digue gigantesque, coupée par une faille d’écartement pleine de grandeur. Le massif, couronné de croupes schisteuses, se poursuit alors jusqu’au nœud de la Sierra d’Elstredo, qui atteint 3326". Dans l’intervalle, il porte la chaussée de

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