CHAPITRE IV
partie de la région du sud-est, compose un seul groupe général. C’est une des quatre sections géographiques de la Gaule. En effet, si l’on mène deux droites déterminées, qui se coupent près de Poitiers, on divisera la France en quatre régions très-naturelles et très-tranchées.
Traçons la première droite de Carcassonne à Poitiers, en la prolongeant de Poitiers à Caen. Nous laisserons à l’est le noyau central schisto-cristallin, et toutes les arêtes, généralement couronnées de roches cristalloïdes, dont nous venons de nous occuper. Nous laisserons à l’ouest le grand bassin de la Garonne, dont les jardins et les champs reposent sur des plaines tertiaires. Ses bords sont enveloppés de lisières secondaires, crétacées ou jurassiques, qui marquent pas à pas l’histoire des rétrécissements du bassin. La Garonne recueille les eaux de cette vaste surface; à Toulouse, elle débite encore 80 mètres cubiques par seconde, dans ses basses eaux. A Bordeaux, où la marée se fait déjà sentir, le dernier pont de pierre que porte le fleuve est composé de dix-sept arches, et présente 486 mètres de longueur.
Des landes basses et sablonneuses terminent insensiblement les plaines du côté du golfe de Biscaye ; elles n’offrent qu’un rivage bas, où les vents ont élevé des dunes de quinze à vingt mètres. C’est seulement depuis le commencement de ce siècle que l’ingénieur Bremontier a enseigné le moyen de fixer ces dunes envahissantes, par des semis de pins maritimes.
Mais si nous faisons passer une seconde ligne, de la Rochelle à Poitiers, et de ce point à Langres, nous limiterons les terrains ignés ou métamorphiques et les terrains de sédiment. Ainsi la ligne de la Rochelle à Poitiers 'fermera au nord le bassin de l’Aquitaine; et celle de Poitiers à Langres limitera le noyau cristallin. En outre, deux régions analogues se présenteront au nord : d’un côté le massif de Bretagne, et de l’autre le bassin de Paris. Le premier est igné et cristalloïde comme l’Auvergne; le second est composé d’une grande plaine tertiaire, avec des bordures concentriques secondaires, comme le bassin du Midi.
LA GAULE
Ce que Toulouse est dans la Gascogne, Paris l’est à son tour dans l’Ile-de-France. Au lieu de la convergence de la Garonne, de la Lèze, de l’Ariége, du Lers, qui se réunissent près de Toulouse, Paris voit celle de la Seine, de la Marne, de l’Oise et de leurs principaux affluents, qui semblent presque tous dirigés vers cette grande ville. Bordeaux e,st ta place maritime du bassin de Toulouse, comme le Havre est celle du bassin de Paris. La ligne tracée de Caen à Poitiers sépare cette dernière région dès formations anciennes de Bretagne.
Nous avons déjà dit comment le noyau cristalloïde d’Auvergne, avec toutes ses dépendances, force les communications de Paris avec le midi de la France à se diviser entre deux routes. Ces voies enveloppent la France centrale comme deux bras. D’un côté, nous avons vu la circulation se diriger vers la vallée de la Saône par la Bourgogne et Dijon ; ou bien traverser le Bourbonnais et passer en dernier lieu le col de Pain-Bouchain, après avoir remonté quelque temps la Loire. Lyon est sur la grande communication vers l’Italie et la Méditerranée. De l’autre côté, Poitiers est assis sur une espèce de détroit formé de couches secondaires à peine dérangées, entre les promontoires anciens et peu éloignés du Limousin et de la Vendée. Poitiers devait se trouver comme Lyon sur le parcours des grandes routes et des chemins de fer. Il est le point de passage du sud-ouest, comme Lyon est celui du sud-est.
La dépression du Poitou établit donc, par un seuil bas et enrichi de cultures, le rapport du bassin de l’Aquitaine avec celui de Paris. Cette ouverture, où le seuil ne dépasse pas 170 mètres d’altitude, ne pouvait manquer de déterminer les relations des deux bassins entre eux; et c’est par là qu’elles se sont dirigées, en efFet, lorsque la Gascogne et la France septentrionale luttaient entre elles. Ainsi le détroit du Poitou servit de ligne d’opération au roi de Navarre, depuis Henri IV, et à l’armée de Joyeuse que Henri III envoya contre lui. C’est dans cet espace, depuis Libourne jusqu’à Tours sur la Loire, que les huguenots s’avancèrent et se retirèrent tour à tour (1587).
Le bassin de Paris ou de la France septentrionale s’appuie