CHAPITRE IV
sur les dernières pentes du Morvan et de la Côte-d’Or. Il est fermé ensuite par les Vosges, derrière Nancy et Metz, et au nord par l’Ardenne, près de Mézières et de Luxembourg. En deçà de cette ceinture, les différentes formations des terrains secondaires s’emboîtent les unes dans les autres, et nous représentent les laisses successives de la mer. Mais les couches les plus solides ne s’appliquent pas par une terminaison insensible sur les couches précédentes. Comme elles ont résisté au lavage mieux que celles-ci, elles offrent des degrés saillants, dont on prendra une idée dans la figure ci-jointe.
Lesangles rentrants intermédiaires servent ordinairementde sillons à des cours d’eau. C’est ainsi que la Meuse coule, depuis Ncufchàleau jusqu’à Sedan, entre des formations concentriques, et sert pour ainsi dire de fossé aux circonvallations du bassin parisien. A quelque distance de sa rive gauche, l'un des degrés voisins est formé par l’Argonne, qui se compose de la tranche extrême des terrains crétacés, et qui forme une petite crête entre l’Aire et l’Aisne. Aussi longtemps que la France n’a pas eu sa frontière aux Vosges, les armées d’invasion ont pu se réunir en deçà de cette arête, et marcher sans difficulté sur Paris. C’est ce que fit, entre autres, Charles-Quint, en juillet 1554. Après avoir concentré son armée à Metz, et passé la Meuse à Commercy, il n’avait qu’à franchir le petit faîte de l’Argonne (370 mètres), entre Commercy et Ligny, pour descendre dans le bassin parisien. La roule qu’il suivit, vers Saint-Dizier et Vitry-le-Français, est celle même que le chemin de fer de Strasbourg à Paris a adoptée.
L’Argonne se compose de terrains argileux, et tranche par
LA GAULE
sa nature avec les calcaires qui l’enveloppent h l’extérieur, et avec la craie de la Champagne pouilleuse. C’est une lisière ombragée de forêts, entrecoupée de quelques marécages. Cette ligne d’enceinte a joué plusieurs fois un rôle important dans la défense de la France. Attila, après avoir été arrêté par la Loire, l’avait à dos lorsqu’il fut obligé de suspendre sa retraite, pour faire face à la poursuite d’Aétius, de Théodoric, de Mérovée. C’est là, dans la plaine de Châlons,dansces champs catalauniens où s’élève aujourd’hui la pyramide de Valmy, que le chef des Huns laissa sur le terrain le quart des cinq cent mille barbares qu’il avait amenés dans la Gaule.
Le carnage qui suivit sa défaite fut favorisé par le rétrécissement des débouchés, c’est-à-dire par l’obstacle de l’Argonne. Dumouriez se servit au contraire de ce même obstacle, en septembre 1792, d’une manière bien remarquable. Il essaya d’abord d’occuper les chemins de l’Argonne et de les disputer aux Austrcr-Prussiens. Mais, trop faible pour y réussir, et bientôt tourné par le nôrd par les Autrichiens de Clerfayt, puis par les Prussiens de Brunswick, il fit volte-face dans les passages du sud, présentant le front aux plaines de Chûlons, où débouchait l’armée d’invasion tout entière. Dans celte situation, il reçut sans être ébranlé la bataille de Valmy, et en se maintenant fortement sur les derrières des Austro-Prussiens, il les obligeait à la retraite.
Le champ de bataille de Valmy est, comme ceux de Vitry-le- Français, de Brienne et de Troyes, sur l’avant-dernière circonvallation. La dernière ligne de défense, la dernière ressource de Paris, est marquée par les noms de Montereau, de Sézanne, de Champaubert, de Craonne, de Laon (1).
Deux petites protubérances du système des Pyrénées viennent interrompre l’uniformité du bassin central de Paris. L’une est la petite arête du pays de Bray, entre Dieppe et Beauvais. Ses terrains argileux, analogues à ceux de l’Argonne, ont donné
(I) Di'frénov et Élie de Beaumoxt, Explication de la carte géologique de France, tome 1", p. 20.