CHAPITRE VI
ordres de Dohna, pour venir appuyer le roi huguenot de Navarre (plus tard Henri IV); et une fois au delà des Vosges, cette armée put pénétrer jusqu’à la Loire. La partie élevée de l’arête est couronnée de hêtres mêlés de sapins (1), et entrecoupée de hauts dômes gazonnés.
Mais après la porte de la France orientale à Saverne, il n’existe plus de route importante, si ce n’est peut-être celle de Saint-Dié à Sainte-Marie-aux-Mines, qui descend en face de Schélestadt et de Colmar. En revanche, les Vosges finissent brusquement du côté de la Franche-Comté, et ne se rattachent au midi à aucune arête. Il reste donc un large vide, une nouvelle porte, entre l’extrémité de la ride que nous considérons et l’arête oblique du Jura. Dans ce vide a été tracé le canal du Rhône au Rhin, décrété en 1806, qui n’y rencontre qu’une espèce de palier, en forme de petit plateau. En décembre 1674, Turenne avait été frappé de l’existence de cette ouverture, et il en avait profité pour attaquer et battre les Impériaux. Il venait d’évacuer l’Alsace devant eux, en se retirant par le col de Saverne ; il semblait leur abandonner ce pays pour y prendre leurs quartiers d’hiver, lorsqu’il revint à la charge à l’improviste, par la route de Belfort, et en descendant ensuite la vallée du Rhin. Mais en janvier 1814, la même porte ouvrait la France aux Austro - russes , sous les ordres de Schwartzenberg.
A leur extrémité méridionale, les Vosges recroisent un soulèvement plus ancien, celui des Ballons, où les masses avaient été soulevées par une éruption de syénite, dirigée de Than à Faucognay. Mais, quant au relief général, celte ride transverse ne sert qu’à donner un peu plus de largeur et d’élévation à cette partie des Vosges, et surtout à en dessiner le front plus carrément du côté du midi.
Si, des campagnes de la Bourgogne, nous passons, le long du canal du Rhône au Rhin, le petit plateau de Montbelliard et d’Altkirch, nous rentrons dans la vallée du Rhin près d’Hu-
(I) Abiet pectinata.
LA GERMANIE
ningue et de Bâle, et nous voyons se dresser devant nous la Forêt-Noire, en allemand Schwartz- W'ald, la Sylva Martiana des anciens. Cette arête doit son nom aux pins et aux chênes qui en revêtent les pentes, et qui lui donnent effectivement, dans le lointain, un aspect sévère et obscur.
A sa naissance, la Forêt-Noire s’adosse au Jura allemand sous un angle assez aigu. Elle ne forme pas précisément un noeud avec le Jura, mais elle s’étend jusqu’à cette arête même, en sorte que les deux rides se touchent, et ne forment en ce point qu’un même plateau. Cependant il est bon d’observer que leur constitution géologique est très-différente; tandis que l’une est formée de calcaires jurassiques, l’autre se compose de grès pénéens surmontés d’une large intumescence granitique.
L’ouverture de l’angle entre la Forêt-Noire et le Jura allemand est occupée par le petit bassin du Wurtemberg, qui se trouve ainsi encaissé, presque fermé de toutes parts, et qui offre en creux la figure d’un coin. L’arête de la Forêt-Noire, plus longue que les Vosges, se poursuit, sous des noms différents, jusqu’à la rencontre du Thüringerwald. Dans ce long intervalle, cette chaîne riveraine est percée par deux cours d’eau, le Neckar et le Main. Les deux passages ou voies que ces rivières découpent aboutissent perpendiculairement au Rhin, et forment ainsi les entrées naturelles de la Franconie, pour passer des Gaules en Germanie. Mannheim et Mayence marquent les deux confluents, et sont, sur le Rhin, les points de départ de ces deux voies. Rapprochées d’ailleurs l’une de l’autre, séparées seulement par un massif de moyenne élévation, mais confondant leurs bassins au-dessus et au-dessous de cette protubérance, les voies du Neckar et du Main composent l’avenue centrale de l’Allemagne. C’est ce que les Français reconnurent pour la première fois, avec le développement de la grande guerre, au passage du Rhin de septembre 4795. Jourdan était dans les provinces rhénanes, avec l’armée de Sambre-et- Meuse; Pichegru en Alsace et dans le Paiaiinat, avec l’armée du Rhin. En se concentrant rapidement, le premier à la bouche