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CHAPITRE VI

du Main, le second k celle du Neckar, ces deux généraux se donnaient la main, se présentaient aux avenues centrales de l’Allemagne avec une force imposante, et coupaient en deux la longue chaîne autrichienne qui gardait la rive droite du Rhin, isolant Clairfayt au nord et Wurmser au midi. Mais Clairfayt, qui avait le commandement supérieur, reconnut le danger; il eut le mérite de le conjurer en ordonnant une concentration rapide des forces autrichiennes sur Heidelberg, et sur les débouchés du Neckar et du Main.

L’année suivante (1796), au mois de juin, les mêmes armées de la république française, sous Jourdan et Moreau, recommencèrent le même mouvement offensif. Cette fois les Autrichiens, commandés par le jeune archiduc Charles, ne se concentrèrent pas au premier moment. Ébranlés dans plusieurs rencontres partielles, ils abandonnèrent d’abord le terrain, ouvrirent les avenues de la Franconie aux Français, et firent leur retraite jusqu’au Danube, sauf à profiter, après réflexion, de l’isolement des deux corps ennemis.

Enfin le même mouvement fut encore répété dans la campagne suivante (1797). L’armée de Moreau n’était pas encore en marche; mais celleduRhin inférieur, confiée cette fois au général Hoche, pénétra dans la vallée du Main, en repoussant le maréchal de Kray. Étendant leur droite pour le couper de ses communications et lui fermer le Jura franconien, les Français allaient l’acculer aux hauteurs qui prolongent de ce côté la Forêt-Noire, lorsqu’ils furent arrêtés par les préliminaires de LéobeD, que le général Bonaparte, toujours exclusif, s’était trop empressé de signer.

L’emplacement du pont de Brisach a été déterminé par la route dite du Val d’Enfer (die Hôlle), qui traverse la Forêt- Noire au-dessus'de Fribourg-en-Brisgau. Cette route conduit à volonté vers le lac de Constance ou vers le Danube. Mais sa position est trop écartée pour servir aux grandes communications de la France avec la Bavière. Au contraire, la vallée du Rinzig, qoi s’élève obliquement en face de Strasbourg, et qui conduit k peu de distance de la source du Danube, forme la route

LA GERMANtE.

la plus directe entre Paris et Vienne. Elle a l'avantage de passer le Jura allemand dans la vallée même ou coupure du Danube, en sorte qu’elle n’offre en réalité qu’une ride à surmonter. Le maréchal Viilars en avait parfaitement reconnu les avantages en mai 1703. Il venait de traverser le Rhin, et en emportant le château de Hornberg, qui défend la partie supérieure de la vallée du Rinzig, il s’était ouvert le chemin du Danube. Dans la plaine de Bavière, il opéra sa jonction avec l’électeur; et s’il n’eût été contrarié par la cour dans ses projets , il allait fondre sur l’Autriche : « Votre Majesté saura un jour, écrivit- « il à Louis XIV, que l’empereur était perdu, si nous eussions « marché sur Vienne. » Des exemples récents et mémorables confirment d’ailleurs celte opinion. Telle est la marche des Français, en 1803, après la capitulation de l’armée autrichienne du général Mack, réunie à Ulm.

Au delà des bains de Baden et de leur vieux château, si connus pour leurs sites à la fois doux et pittoresques, la ride de la Forêt-Noire se déprime sensiblement. On dirait qu’elle n’y fut longtemps qu’une arête sous-marine, basse, mais aujourd’hui surchargée de dépôts postérieurs. C’est par les routes de cette partie abaissée, notamment par celle de Carlsruhe à Pforzheim, comme aussi par la coupure duNeckar, que les corps de la grande armée passèrent de la vallée du Rhin dans le Wurtemberg, en septembre 1803. Pendant cette marche, une fausse attaque attirait l’attention de l’ennemi vers les routes qui s’élèvent de Fribourg et d’Offenbourg, à travers la partie haute de l’arête.

Viennent ensuite les percées du Neckar et du Main, séparées parle petit massif de l’Odenwald ou Forêt d’Odin, que couronne une crête de syénite et de granité. Celle du Neckar sert au passage du chemin de fer de Mannheim à Stuttgart; celle du Main, à celui de Mayence vers la haute Franconie. Enfin l’arête se termine par un promontoire peu élevé, qu’accompagnent d’anciens accidents volcaniques. Le petit contre-fort saillant du Vogelsgebirge s’en détache, entre Hanau et Fulda, comme une haute nappe basaltique. La crête du Rhôuegebirge ou

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