CHAPITRE VIII
langue s’étendait au loin vers le nord (1). Les Ibériens occupaient non-seulement les Pyrénées, mais iis avaient descendu le revers septentrional de celte arête. Sous le nom de Cantabres, ils peuplaient les Asturies. Sous celui de Vascons, dont nous avons fait tantôt Basques et tantôt Gascons, ils s’étendaient dans le bassin de l’Aquitaine. C’est encore en Biscaye, sur ce versant des Pyrénées, que leur langue s’est conservée à travers les siècles, et malgré toutes les invasions.
Le bassin de l’Aquitaine avait été sans doute le terme le plus reculé de leur expansion vers le nord. En effet, au delà de la Garonne, les noms basques sont remplacés par des noms celtiques. La race ibérienne ne paraît pas avoir laissé des traces saisissables au delà du grand bassin tertiaire de Toulouse : elle s’arrêtait sans doute au pied du massif de la France centrale.
Mais, le long des rivages de la Méditerranée, elle s’était librement répandue. Elle s’était substituée à la race nègre sur le pourtour de la mer des Baléares, de la Sardaigne et de la Corse. Si l’on s’en rapporte même à une tradition que Thucydide nous a conservée (2), les Ibériens auraient été poussés de la Ligurie en Italie, par une soudaine invasion de peuples. Ils durent descendre alors la péninsule italique dans toute sa longueur, et passer de là, sous le nom de Sicaniens, dans la Sicile, qu’ils trouvèrent inhabitée. L’historien grec dit que ce mouvement s’était opéré antérieurement à l’arrivée des réfugiés troyens en Sicile (3), et antérieurement aussi à l’invasion de la peuplade italienne des Siculiens, qui a refoulé les tribus euskaldunes vers la pointe occidentale de l’île.
La Corse ni la Sardaigne n’avaient pas échappé à la progression des peuplades ibériennes. C’est vraisemblablement de la côte
(1) Tout le monde sait que les appellations topographiques conservent les marques du langage originel dans lequel files ont été créées. Les mots asla roc, tria ville, ura eau, ilurria fontaine, sont au nombre des principales caractéristiques ibériennes.
(2) Thucydide, lib. VI, cap. 2.
(3) Par conséquent, antérieurement au xn® siècle avant notre ère.
MOUVEMENTS DE PEUPLES
de Gènes qu’elles ont rayonné d’abord vers la Corse, et de là vers la Sardaigne. Du temps du philosophe Sénèque (i,r siècle), les Corses rappelaient encore les Cantabres par leur vêtement, et conservaient en partie le vieux langage des Ibères, bien que l’île fut alors fréquentée par les Liguriens et les Grecs.
En Sardaigne, les Phéniciens avaient trouvé déjà, à leur arrivée (xn* siècle avant notre ère), des aborigènes à demi sauvages, ignorants de l’agriculture, qui composaient des hordes de pillards, et se réfugiaient dans les cavernes. Les conquérants jles avaient refoulés dans les montagnes; cependant ces premiers habitants n'étaient plus même de purs Ibériens ; ils avaient déjà reçu , au rapport des traditions latines, des immigrations liguriennes.
Ainsi , sur le pourtour européen de la mer de Sardaigne et des Baléares, et dans les Iles qui appartiennent à ce grand bassin naturel, nous voyons s’épandre, dans l’àge historique le plus reculé, les rameaux de la race ibérienne. Cette race semble avoir marché de l’ouest à l’est, comme si elle fût parvenue d’abord en Europe par les Colonnes d’Hercule, et par conséquent après avoir longé, au midi de la Méditerranée, la côte de Libye. Mais ce qui est beaucoup plus certain, c’est qu’au bout d’un laps de temps que l’on ne pourrait pas préciser, la race ibérienne a été presque partout absorbée par l’élément celtique, qui est arrivé comme un flot nouveau.
Avant d’envisager l’invasion des Celtes, nous devons dire quelques mots de l’autre rameau mongolique, qui s’était installé et largement dispersé dans le nord de l’Europe : nous voulons désigner les Ougres ou Finnois. S’il n’existe plus, dans les vallées des Pyrénées, qu’un très-petit nombre de Basques, dont les traits nationaux sont d’ailleurs altérés, nous trouvons en revanche, dans le nord de l’Europe, des témoins plus nombreux et mieux conservés des peuplades finnoises. Ce sont des hommes petits, mais forts et bien membrés; ils sont alertes, vifs à la course, habiles nageurs. Leurs têtes très-grosses portent un front proéminent, sous lequel s’ouvrent des yeux larges et profonds. Un nez court et plat, une grande bouche, des
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