CHAPITRE VIII
cheveux roides et la rareté de la barbe, rappellent suffisamment le type mongol. L’intelligence ne s’élève pas plus haut qu’un grossier matérialisme. Le fétichisme en est la traduction religieuse; la sorcellerie forme l’objet des pratiques du culte. Les prêtres ou wizards, dont le type n’a pas encore entièrement disparu, se lacéraient le corps et se montraient possédés du démon. Ce sont leurs successeurs, les sorciers de Laponie, qui font commerce de vendre le vent aux baleiniers anglais.
La race finnoise est encore liée, dans le nord de l’Europe, par une suite ininterrompue de tribus à demi barbares, avec les nations mongoliques d’Asie. On aperçoit par là sa filiation et ses liens. On reconnaît son berceau et la direction de sa progression ancienne. Avant l’arrivée des peuples blancs, son aire d’expansion était fort étendue. Elle venait au midi jusqu’aux rivages du Pont-Euxin , où ses tribus nomades étaient confondues sous le nom de Scythes. On trouvait des tumulus, qui semblent rappeler les tombeaux finnois, jusque sur le sol de la Grèce, et même dans le Péloponèse (1).
Ces sépultures finnoises, que l’on a longtemps confondues avec celles des Celtes, sont d’ailleurs très-répandues dans toute la moitié septentrionale de l’Europe, et particulièrement dans la grande plaine du Nord. Ce sont des tertres, à l’intérieur desquels on retrouve une chambre construite en pierres plates, où sont déposés dix à vingt squelettes entiers. A côté des dépouilles humaines se rencontrent des ornements d’ambre, des armes de pierre ou d’os.
Comme pour tous les peuples qui n’ont pas d’écriture, ni par conséquent d’histoire nationale, les mouvements des Finnois de l’ancienne Europe, ne nous sont connus que par les traditions des nations qui les ont repoussés. Dès l’arrivée de la race celtique , ils avaient abandonné sans doute la Gaule et l’intérieur de la Germanie. Strabon , qui les mentionne, les place dans la plaine du Nord. Ce fut dans cette plaine et dans la pé-
(1; Atbênéx, lib. XIV, cap. 5. *
MOUVEMENTS DE PEUPLES. 431
ninsule Scandinave qu’ils luttèrent, pendant une longue suite de temps, contre les peuplades germaines. Au vi* siècle, Procope nous les montre habitant Thulé. Au vnr, Paul fils de Warnefrid, les place dans le Danemark. Au xi* siècle, Adam de Brême raconte qu’il descendait parfois des montagnes, au milieu des peuples danois, des sauvages grossiers et féroces, vêtus de peaux de bêles, et parlant une langue inconnue. Peu à peu ces hordes sauvages se retirent dans l’arête des Alpes Scandinaves, et finalement en Laponie, où nous en observons aujourd’hui les derniers rejetons.
Les peuples slaves ont eu également à refouler les tribus finnoises. Ils nous les ont représentées campées depuis le golfe de Livonie jusqu’à l’Oural. Dans les Sagas, la terre des Géants ou Jotons était située au delà de la Duna orientale, au nordest de Koungour et de Perm. La race finnoise nous apparaît ainsi, durant la période historique, dans un mouvement continu de retraite. Mais ce mouvement même suppose une extension antérieure, apparemment beaucoup plus ancienne. Si l’on suit la dispersion des monuments finnois, on sera tenté d’admettre que ce rameau des peuples mongoliques s’est étendu autrefois jusqu’au Danube, et peut-être jusqu’à l’Adriatique d’une part, et jusqu’au noyau central de la France d’autre part.
L’expansion des Finnois est contemporaine de celle des Euskaldunes; elle se rapporte du moins à une même époque antétraditionnelle, dans laquelle nous confondons l’arrivée et l’installation des deux peuples. Le caractère, le type physique, le langage, le développement social sont sur la même ligne. Nous ne connaissons point d’autre peuple ni d’autre société, qui s’interpose entre cette époque antique et l’apparition des Celtes et des Germains.