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CHAPITRE VIII

pies blancs. C’est la civilisation qui vient succéder à la sauvagerie. Les premiers habitants ne cultivaient pas le sol, tandis que les nouveaux venus sont agriculteurs. Les populations nomades sont chassées au profit de populations fixées. A la lutte contre les animaux sauvages, à la chasse de l’élan , de l’aurochs et du renne, succèdent l’importation et le service des animaux domestiques. Les pratiques grossières de la sorcellerie et d’un culte sauvage sont remplacées par la religion païenne. L’écriture perpétue les traditions, lie les générations entre elles, et donne véritablement une conscience aux nations.

Les caractères physiques de la race blanche sont assez connus. Elle se distingue par la forme ovoïde du crâne, la rondeur de la tête, l’élévation du front; les os maxillaires, les arcades zygomatiques, les pommettes, ne font point de saillie hors de la masse générale; les dents supérieures sont verticales. Mais c’est principalement par son état précoce de civilisation, que cette race s’est distinguée en Europe. Les Celtes ont apporté avec eux les céréales, et par suite l’usage du pain de blé. Ils ont amené les premiers animaux domestiques, notamment le cheval, le bœuf et le porc, qui sont originaires d’Asie (1). Il est vraisemblable qu’ils ne possédaient pas encore l’usage du fer ; mais l’or et l’argent leur étaient connus.

Cet état industriel plus avancé témoigne d’une séparation plus tardive des grands centres de progrès, qui existaient dans l’Orient et dans le Midi. Les nations celtiques étant agricoles, furent des nations fixées. Les familles s’abritaient sous des maisons de bois de forme ronde, couvertes de grands toits. Les champs et les vignobles les entouraient. En été, le Celte accompagnait ses troupeaux dans les pâturages, et se contentait de dormir sur le sol. Il se nourrissait de lait et de viande. Son vêtement national était le sagum, espèce de blouse brodée,

(I) Dans notre Essai d’une Géographie physique de la Belgique, p. 241, nous avons donné le sanglier, sur l’autorité de Cuvier, comme le type primitif du cochon domestique. Mais Dureau de la Malle a pleinement établi que notre porc descend du porc des Indes.

MOUVEMENTS DE PEUPLES

bariolée de diverses couleurs. Sa principale parure consistait dans les bracelets qu’il portait aux bras. Ses longs cheveux blonds flottaient sur ses épaules; ses armes reposaient à ses côtés.

Tel était le Celte primitif. D’un caractère irascible et impétueux, il se montrait toujours prêt à combattre ; mais, prompt à embrasser une querelle, il était également prompt à l’abandonner. Une certaine inconstance, une sorte de légèreté dans le caractère, l’empêchaient de retirer tout le fruit de ses élans énergiques et pleins d’enthousiasme (1). C’était un peuple accessible aux grands sentiments et aux grandes idées. Ses bardes développaient l’élément poétique de son caractère. Les femmes exerçaient sur lui un notable empire. La musique, dit Scymnus de Chio, modérait ses instincts encore à demi sauvages, et faisait naître des sentiments plus doux dans son cœur. En un mot, nous voyons chez les Celtes la société naissante, telle que nous la concevons dans les premiers colons agriculteurs.

C’est, en effet, à la race celtique qu’appartient la première population agricole du tronc européen. A l’époque des plus anciennes traditions grecques et latines, c’est-à-dire dans une antiquité d’environ trois mille ans, nous trouvons cette race répandue depuis la mer Noire jusqu’à l’Océan. Le sillon du Danube était sa grande voie naturelle d’opération. Elle arrivait par ce sillon en Souabe, passait le Rhin , et se répandait dans la Gaule et jusqu’en Angleterre.

Par cette marche centrale, les Celtes ont coupé en deux les populations mongoliques qui les avaient précédés : les Finnois furent rejetés au nord, et les Ibériens au midi. Ces premières nations, qui vivaient à l’état sauvage, comme les Indiens de l’Amérique du Nord, ne furent pas en état de résister à des peuples mieux pourvus et d’un développement plus avancé. Leurs tribus se retirèrent dans les endroits écartés, où elles continuèrent à mener une existence sauvage. Quelquefois elles se mêlèrent aux Celtes, comme en Espagne, et subirent l’in-

(1) Yaniloquum Celtœ yenus et mutabüe mentis (Siuus Italicus, VIII).

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