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CHAPITRE VIII

toute l’étendue du tronc européen. Mais, dans le bassin de la Méditerranée, elle avait trouvé d’autres peuples de la race blanche, dont l’arrivée avait été sans doute à peu près simultanée, et dont l’état social n’était pas d’abord très-différent du sien.

En Italie, ces peuples primitifs nous apparaissent sous les traits des Ombriens, des OEnotriens et des Siculiens. Dans des temps qui précèdent notablement la fondation de Rome , les Ombriens occupaient le bassin de Lombardie, des Alpes à l’Apennin, celui de l’Arno et celui du Tibre. Les OEnotriens venaient ensuite, dans la Calabre; ils s’étendaient, le long de l’arête calabraise, jusqu’au promontoire de la Gargane. Enfin les Siculiens, poussés du nord au sud par les peuplades précédentes ou par d’autres qui s’y rattachaient, avaient cheminé au pied de l’Apennin, le long de l’Adriatique; ils étaient passés en Sicile, à marée basse, sur des radeaux, et repoussaient peu à peu les Ibériens.

D’autres peuples, alors moins importants, tels que les Latins et les Sabins, se rattachaient à cette famille, qui était certainement une alliée très-proche de la race grecque. On peut résumer la première civilisation de la Grèce et de l’Italie, dans le développement d’une race gréco-latine, parallèle au rameau celtique. Ses premiers établissements, sur le soi de la Grèce, remontent à plus de trois mille ans de distance de l’époque actuelle. Ils furent peut-être un peu plus tardifs dans la péninsule italique. Toutefois ils durent s’opérer à peu près à la même époque où les Celtes se répandaient dans le Nord.

Si les Celtes, qui avaient le Danube pour voie d’opération, sont venus en Italie par les Alpes, les peuples gréco-latins y étaient, au contraire, arrivés par la mer. C’est par les rivages qu’ils ont commencé à peupler la presqu’île. Des immigrations successives apportaient sans cesse de nouveaux colons. La péninsule, en se projetant au milieu de la Méditerranée, devait pour ainsi dire recueillir au passage les effluves continuels des nations du Levant.

Le beau climat de l'Italie se prêtait au développement des

MOUVEMENTS DE PEUPLES. *37

civilisations naissantes. On vit partir la lumière de plusieurs centres différents. La première manifestation fut celle des Toscans ou Étrusques , dont le foyer principal était le bassin de l’Arno. Ils s’étendaient d’ailleurs par delà l’Apennin, dans la Lombardie, lis allaient jusqu’au pied des Alpes, et à la passe sacrée du Brenner.

Les Étrusques avaient quelque chose de sévère et de sombre dans le caractère. Ils étaient partagés en castes , parmi lesquelles celle des prêtres exerçait une influence puissante. Leurs fulgurateurs observaient les éclairs, et cherchaient à se rendre maîtres de la foudre, en plantant dans le sol des épées d’airain. Leurs aquiléges faisaient tomber la pluie et jaillir les sources. Ge peuple était vêtu d’une toge qui montait jusqu’à la partie supérieure de la tête, et à laquelle les femmes ajoutaient souvent une large ceinture bouclée. Il s’adonnait à l>grieulture, et, s’il faut s’en rapporter aux couleurs dont les armures et les boucliers sont peints sur les sarcophages, il aurait connu l’usage du fer.

Presque à la même époque où les Étrusques étaient venus s’établir en Italie, les Pélasges, et plus tard les Grecs proprement dits, débarquaient sur les côtes de l’Est et du Midi. Partis de la Thessalie et de l’IIellade, ils vinrent successivement envelopper toute la Péninsule italique comme d’une ceinture littorale. Ils trouvèrent, au midi de l’arête des Calabres, une première civilisation naissante, celle des Opiques ou Oscans, dont le poêle Eunius fut la dernière étincelle. Ces débordements remontaient à peu près à la fondation de Rome, et se prolongèrent jusque vers l’époque des guerres puniques.

Rome grandit lentement. Mais, lorsqu’elle eut centralisé les forces matérielles et intellectuelles de l’Italie, sa puissance devint immense et irrésistible. Au n* siècle avant notre ère, l’Italie s’était fondue dans un seul tout. Elle avait pris dès lors son unité physique, si l’on peut parler ainsi. Par la puissance d’une civilisation complète, qui inféode l’homme au sol, cette unité était indestructible. Elle a survécu à toutes les conquêtes, et nous la retrouvons vivace aujourd’hui.

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