CHAPITRE VIII
des Portes-de-Fer d’Orsova, dans la Mœsie (u® siècle). Peu de temps après, les Goths venaient se superposer aux Marcomans; en abandonnant les rivages de la Baltique, où ils avaient été liés au mouvement Scandinave, ils étaient descendus vers la Hongrie et le Danube. Dans la seconde moitié du ii® siècle, nous les trouvons répandus jusqu’à la mer Noire. Il s’agissait ici d’un véritable déplacement de population ; les historiens estiment, par exemple, à un million d’âmes le nombre des Goths qui passèrent le Danube, vers le milieu du iv siècle, lorsque l’empereur Valence leur octroya les terres comprises entre ce fleuve et le Balkhan.
La grande nation gothique se composait de différents peuples qui formèrent des colonnes d’envahissement différentes, dans la célèbre invasion du moyen âge. Lorsque le mouvement des Houns, dont il sera question tout à l’heure, refoula vers l’occident toutes ces populations de l’Europe orientale, les exilés se mirent en marche séparément, et dans différentes directions. Les Visigoths, qui étaient les plus rapprochés de nous, passèrent les premiers les Alpes orientales (404), poussèrent leurs incursions en Italie, et vinrent mettre Rome au pillage (410). Mais ils se retirèrent bientôt vers les Alpes. Ils se rendirent, par la route de la Corniche, dans la Gaule méditerranéenne, dans le bassin de l’Aquitaine, qui fut longtemps le siège de leur puissance, et enfin, par l’éperon des Pyrénées, dans l'Espagne orientale.
Les Vandales remontèrent, au contraire, le sillon du Danube, parvinrent en Franconie, et se répandirent dans la Gaule par la frontière du Rhin. Ils avaient avec eux les Alains , l’une de ces nations blondes d’Asie qui étaient demeurées aux bords delà Caspienne, et qui conservaient des mœurs à demi nomades. Les Alains vivaient sur des chariots qu’ils disposaient en cercle lorsqu’ils s’arrêtaient, et dont ils faisaient en quelque sorte des villes mobiles. Ils n’avaient pas de culte, et se contentaient de révérer une épée nue, plantée eu terre.
Les Vandales, les Alains, et une autre peuplade germaine qui portait le vieux nom de Suèves, envahirent la Gaule, au com-
MOUVEMENTS DE PEUPLES
mencemcnt du v* siècle. Ils passèrent ensuite en Espagne, par Perpignan. Les Alains, unis aux Visigoths, fondèrent la Goth- Alanie, d’où nous avons fait Catalogne. Les Suèves demeurèrent aussi en Espagne. Les Vandales s’arrêtèrent quelque temps dans le bassin de Cordoue et de Séville, que l’on appela Vandalicie, et par corruption Andalousie.
On connaît la suite de leur marche. Ils s’embarquent au nombre de quarante mille hommes, sur les vaisseaux de Boniface, gouverneur d’Afrique, qui voulait se rendre indépendant de Home (428). De leur centre temporaire de Carthage, Us passent à la côte italienne (455), et mettent Rome au pillage pendant quatorze jours et autant de nuits.
Les Bourgondes s’étaient élevés, en même temps que les Vandales, vers les régions au nord du Danube. Après avoir été combattus par Probus (111e siècle), ils remontèrent le fleuve vers la Bavière, d’où ils gagnèrent les régions du Rhin et du Main. Ils s’étaient jetés alors dans la Gaule. Mais, s’étant christianisés sur le Rhin , ils fondèrent un puissant royaume entre le Jura et la Côte d’Or. Leur puissance s’exerça dans ce grand bassin longitudinal, qui est fermé d’un côté par les Alpes occidentales et par les arêtes du Jura et des Vosges, et de l’autre par les Cévennes, le Cbarolais, la Côte d’Or et l’Argonne. C’est la vallée du Rhône inférieur et de la Saône, espèce de canal sud-nord de grande dimension, qui mène de la Provence à la Lorraine.
Les Ostrogoths s’étendaient, au iva siècle, le long des rivages de la mer Noire, jusqu’au fleuve du Don, où ils confinaient aux Alains. Quand ceux-ci se réunirent à l’invasion des Houns, l'empire ostrogoth s’écroula (376). Sa puissance ne devait se relever qu’après les expéditions d’Attila. Ce furent les Ostrogoths du bas Danube qui portèrent les derniers coups aux hordes vaincues des Houns. Accompagnés des Héroules, les Goths reprirent alors possession de la Hongrie, et ne tardèrent pas à élever un nouvel empire.
Sous la bannière de Théodorie, ils firent la conquête de l’Italie (495), et soumirent à leur puissance toute l’étendue corn-