CHAPITRE VIII
l’espace compris entre Besançon, Tongres et Orléans. Mais cette expédition, qui s’élevait, dit-on, à un demi-million de têtes, fut bientôt vaincue en Champagne, sur le champ de bataille de Valmy (1).
Les Houns se retirent donc. Ils rentrent dans leur foyer du Danube. Mais c’est pour en ressortir par la grande voie qui mène de Vienne à l’Adriatique, et pour franchir les Alpes orientales au col d’Adelsberg, entre Laibach et Trieste (432). Ils se répandent alors dans tout le bassin lombardo-véniticn , entre les Alpes et l’Apennin, jusqu’à Milan et Turin. Mais celte conquête ne fut pas non plus de longue durée ; Attila périt sous le fer d’une Judith italienne (433), et la puissance des Houns déclina rapidement.
Bientôt nous voyons celte nation , un moment si puissante, retirée sur les rivages de la mer Noire. C’est apparemment de ses débris que se forma le grand état de Boulgarie, qui posséda longtemps une métropole puissante, et presque à demi civilisée, sur le Wolga. On voit encore ses ruines à Bolgari, près de Kazan. On sait qu’elle a fait longtemps le commerce avec les Slaves et les Arabes. Les voyageurs Plan Carpin et Guillaume de Ruysbroeck l’ont encore visitée au xm* siècle. C’était, dit celui-ci, la dernière ville que l’on rencontrât, avant de pénétrer dans les immenses plaines à pasteurs.
A l’origine, l’état boulgare s’étendait jusqu’à la mer Noire. Des expéditions passagères avaient franchi le Danube (à partir de 487). Plus tard même (678) , il se fonda un petit état boulgare dans les belles plaines qui s’étendent au midi de ce fleuve, vers le Balkhan. A la suite d’immigrations véritables, l’élément mongolique avait fini par y dominer comme population.
Après la retraite des Houns, la race germaine avait repris possession pleine et entière de l’Europe intérieure, et les Lombards défendaient les passages des Carpathes, dans la Hongrie. Mais, en dehors de cette barrière, les mouvements tumultueux continuaient parmi les peuples de la race jaune.
(i) Deuxième partie, chap. IV, p. 303.
MOUVEMENTS DE PEUPLES
Les Avares, qui étaient les proches alliés des Houns, soumirent d’abord les Boulgares du Danube (558) ; puis ils percèrent la ligne de défense des Lombards, et remontèrent le sillon du grand fleuve à la suite de ce peuple germanique. Tandis qu’ils rejetaient les vaincus sur leur gauche, dans les Alpes, où nous les avons vus cheminer par la célèbre passe du Brenner, les Avares poussaient droit vers la France, où Sigebert parvint à les arrêter (566).
Ils retournèrent alors vers les plaines autrichiennes et hongroises du Danube. A cette époque, leur empire s’étendait du Wolga jusqu’en Moravie. Vers la fin du vie siècle, ils poussèrent leurs conquêtes jusqu’à l’Elbe, et finirent même (626) par mettre le siège devant Byzance , qui s’était déjà reconnue leur tributaire.
Mais enfin la race germaine se constitue en une puissante unité, sous Charlemagne. Cet empereur franchit l’Elbe (791), et subjugue l’élément mongolique, jusqu’au coude du Danube à Waitzen, et même jusqu’au bassin de la Theiss. Il ne reste plus aujourd’hui, des Avares, qu’une petite peuplade ignorée, perdue dans une vallée obscure du Caucase.
Nous ne parlerons que pour mémoire des Khazars, des Petchenègues, des Comans, qui du vue siècle au xm* se succédèrent dans la domination du sud de la Russie. Ils venaient jusqu’au pied des Carpathes, comme les flots d’une mer agitée qui battent un rivage escarpé; mais ils ne faisaient plus d’incursions dans l’Europe intérieure. La race slave s’interposait déjà entre l’élément germanique et l’élément mongol. Deux expéditions seulement furent les dernières traces affaiblies de ce grand débordement de peuples jaunes. La première se fit par le sud, et par conséquent par Orsova : ce fut celle des Madjiares. La seconde suivit la plaine du Nord, en se détournant aux Carpathes : ce fut celle des Mongols proprement dits.
A l’arrivée des Petchenègues et des Khazars , les tribus qui habitaient la Russie méridionale, dans le bassin inférieur du Wolga, avaient été forcées de se mettre en marche. Elles se dirigent vers le bas Danube, qu’elles franchissent l’an 750, et