‹ Histoire du sol de l'EuropeChapitre 330 sur 349 · CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH

remontent ensuite le long de ce grand fleuve. C’est dans cette première invasion qu’elles poussent la dévastation et le pillage jusqu’en Helvétie (1).

Cependant cette première course n’eut aucun résultat permanent. C’est seulement sous le règne de l’empereur grec Théophile, entre les années 829 et 842, que ces derniers représentants de la race mongolique s’établirent dans la Dacie. Les Russes les appelaient Ougres, d’où nous avons fait Hongrois, bien que leur propre appellation nationale soitMadjiares. Leurs tribus n’étaient pas montées. C’étaient des hordes de pécheurs et de chasseurs, n’ayant d’autres instruments que des filets, des arcs et des flèches. Mais on pouvait prévoir à leur énergie, à leur courage, à la supériorité de leurs qualités physiques et intellectuelles, l’importance que cette nation acquerrait un jour.

Ayant fait alliance avec les tribus germaines qui existaient encore en Dacie, les Madjiares se tournent contre l’élément slave. Ils franchissent les portes de fer d’Orsova et pénètrent dans la Pannonie, qui a pris depuis ce temps le nom de Hongrie. Ils y refoulent devant eux près de deux millions de Slovaques (894) , et s’établissent définitivement dans le bassin inférieur de la Theiss (898). C’est de ce centre qu’ils poussèrent durant quelque temps des expéditions guerrières, qui n’eurent d’ailleurs aucune suite importante; c’est de là qu’ils s’étaient avancés jusqu’en Italie (899).

Mais, quand les Hongrois ou Madjiares se furent implantés ainsi au milieu de l'Europe civilisée, ils subirent insensiblement l'influence de ce nouveau milieu. Ils commencèrent par embrasser le christianisme (973). Au milieu du xu* siècle, ils passaient encore l’été et l’automne sous- des tentes. Mais bientôt ils se fixèrent au sol et s’adonnèrent à la culture. La fertilité des plaines de la Theiss, qui produisent du vin et du blé, les rendit plus heureux et plus forts. Ils entrèrent peu à peu dans le mouvement général de notre civilisation. En même temps ils deve-

(1) Klaproth, Tableaux historique s de l’Asie, p. 278.

MOUVEMENTS DE PEUPLES

naient un beau peuple, et s’élevaient progressivement au nombre de trois millions et demi d’habitants. Sans perdre leur caractère distinctif, ni les cheveux noirs par lesquels ils tranchent sur les populations slaves, ils prenaient cependant des formes plus belles et des traits plus réguliers.

Sentinelles avancées et pour ainsi dire perdues de la race mongolique, les Madjiares sont devenus de vrais Européens. Ils participent de notre vie et de notre esprit. Ils nous ont prouvé qu’il n’y a pas de race déshéritée ni de race privilégiée dans la nature, et qu’ils sont nos dignes émules et nos égaux.

Enfin, on vit s’élever, des extrémités de l’Asie, la puissance de Djenghiz-Khan. Une terreur subite se répandit de nouveau en Europe, à l’approche de cette dernière invasion. En vingtsix ans, les Mongols, partis de la Chine, firent la conquête de la Tarlarie, de la Russie méridionale, et des plaines baltiques jusqu’à l’Oder. Une de leurs colonnes, sans essayer de franchir les Carpathes, se disposait à longer l’arête hercynienne, lorsqu’elle fut arrêtée et vaincue à Wahlstadt, près de Liegnitz, dans la Silésie. L’autre pénétra en Hongrie, passa les branches extrêmes des Alpes, et s’étendit, comme un flot qui meurt en s’affaiblissant, vers les rivages de l’Adriatique (1244).

De tous ces peuples de race jaune, un seul, celui des Madjiares, est parvenu à s’établir définitivement en Europe, et à conserver en fait son individualité nationale. Les autres n’ont figuré sur la scène que comme de simples flots passagers. Leurs derniers rejetons sont fondus avec les Slaves sur les rives inférieures du Danube; ou bien ils sont christianisés par les Russes, sur le Wolga. Aucune de ces nations n’était animée d’un but élevé; aucune ne faisait de propagande civilisatrice ni religieuse. Toutes ont subi l’ascendant du monde romain.

Page 1