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CHAPITRE VIII

des lois. Au lieu de se policer, comme les barbares, après la conquête de l’Occident, il s’était développé avant son départ(l).

Il est inutile de rappeler comment les Arabes, tandis qu’ils se constituaient en corps de nation, avaient été initiés par les Syriens aux sciences et à la littérature grecques. Plus brillants par l’imagination que profonds par la pensée, ils surent pourtant recueillir les connaissances et les arts répandus chez les peuples nombreux qui les entouraient. Ils puisèrent aux sources orientales comme aux sources grecques pour composer un seul faisceau; ils sauvegardèrent en un mot le précieux dépôt des connaissances humaines, dans un moment où l'Europe était devenue trop ignorante et trop grossière pour s’en charger.

C’était d’ailleurs un peuple d’une belle nature, au front large et élevé, aux yeux noirs et vifs, à la bouche bien découpée, aux dents d’une blancheur éclatante. Il avait déjîi des villes en Arabie, et un état tolérable de société, lorsqu’il prit (au vu» siècle) l’expansion rapide qui le porta jusqu’aux montagnes de l’Inde et jusqu’aux Colonnes d’Hercule.

Pour parvenir en Europe, il chemina d’abord le long du rivage d’Afrique. Puis il franchit le détroit de Gibraltar du sud au nord (711), et pénétra en Espagne. L’élément germain y conservait encore la domination qu’il s’était arrogée par la conquête, sur la vieille population cellibère. Les Arabes poussèrent rapidement vers les Pyrénées. Cette arête préserva cependant les habitants, qui s’étaient retirés sur le versant septentrional. Les Arabes ne dépassèrent pas le faite des Pyrénées occidentales, ni celui de la petite arête d’Elstredo.

Mais, à l’Orient, ils doublèrent l’éperon de Perpignan pour s’introduire dans le beau bassin de l’Aquitaine (718). Se détournant alors, afin d’éviter l’îlot granitoïde de la France centrale, ils remontaient le détroit naturel de Poitiers, lorsqu’ils furent arrêtés par les armes de Charles Martel (732).

(1) H. Rittek, Geschichte der christlichen Philosophie, Ablh. III, S 669-

MOUVEMENTS DE PEUPLES

Une seconde voie avait amené la race arabe en Europe : c’est celle des îles de la mer Tyrrhénienne, qui semblent destinées à réunir Bone à Toulon. Ils s’établirent d’abord en Sicile, où leur langue persista pendant plusieurs siècles; ils firent la conquête de la Sardaigne et de la Corse; ils passèrent en Ligurie et en Provence, et même ils franchirent l’Apennin. On les voit un instant dans le bassin supérieur du Pô, où ils mettent Turin au pillage (906); et l’on rapporte qu’ils perçurent quelque temps un tribut (milieu du x* siècle), sur les passages des Alpes occidentales et du Mont-Viso (I).

Dans l’orient de l’Europe, leurs conquêtes n’ont pas eu la même extension. Ils ne se sont jamais emparés de Constantinople. Mais leur influence morale s’était étendue jusque dans l’État boulgare du Wolga, où les populations s’étaient converties à l’islamisme (xe siècle).

Au reste, les Arabes, en se trouvant en contact avec les peuples civilisés de l’Europe, avaient perdu une partie de leur intolérance religieuse. En Sicile, et même à Cordoue, des évêques catholiques avaient repris l’exercice de leur ministère. En sorte que la source arabe et la source romane se sont réunies, pour produire un fleuve plus puissant et plus beau.

Mais, lorsque l’élémentarabe eut perdu sa vigueur, il fut refoulé vers l’Afrique. Les Espagnols, en reprenant Grenade (1483), y trouvèrent des plantations de canne à sucre, et des moulins à presser (2). Les plantations de dattiers et de bananiers; la culture du coton, du riz, du sésame; les pistaches, les oranges, les citrons ; enfin l’exploitation des vers à soie, resteront comme un tribut immortel payé à l’agriculture du midi de l’Europe.

(1) Muratori, Annali d’italia, tome VIII, p. 63.

(2) Al. de Laborbe, Itinéraire descriptif de l'Espagne, 2* édit. ; tome lit, p. 387.

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