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COULEUR DES EAUX

Nous ne nous arrêterons pas à décrire les accidents particuliers des glaciers; leur embranchement les uns dans les autres, comme les confluents des rivières; leur largeur, toujours très-grande relativement à celle de la veine liquide qu’ils produisent; les craquements dont ils font retentir les hauts vallons. Mais il est un fait qui nous intéresse, parce qu’il est dans un certain rapport avec le relief du sol, c’est la couleur des glaciers et des eaux.

Les glaciers sont bleus ; cette couleur frappe l’œil le plus inattentif, et constitue un des caractères les plus remarquables de ces objets. Davy a soutenu que l’azur est la couleur naturelle de l’eau pure, prise en grande épaisseur, comme elle est aussi celle de l'air atmosphérique. Les rivières et les lacs sont bleus, dit ce célèbre physicien, tant qu’ils ne sont mêlés ni de matière organique ni de limon ; et si la mer est verte, c’est que le bleu naturel de l’eau s’y combine avec le jaune que lui donnent nécessairement l’iode et le brome, qui proviennent de la décomposition des plantes marines (1).

Quoi qu’il en soit de cette théorie, il est certain que la teinte des eaux courantes dépend de leur provenance. Les eaux louches et grisâtres des pays crayeux, les eaux jaunes de nos campagnes limoneuses, ne ressemblent pas aux eaux bleues ou vertes des Alpes. La différence est si profonde, que l’habitant des plaines, qui rencontre pour la première fois une rivière descendue des hautes montagnes, est forcé d’introduire dans son esprit une notion nouvelle, et se demande avec étonnement si la teinte qui le frappe n’est pas un effet de l’art.

En général, les rivières qui ont pris naissance dans les hautes régions sont fortement colorées en vert ou en bleu verdâtre. Il est incontestable que la teinte vert d’herbe est due à la sus-

(1) Edinburgh journal of Science; 1828, n° xvm.

DES FORMES DU SOL

pension de détritus organiques. Il ne faut pas attribuer uniquement la richesse en débris à l’étendue des forêts traversées, ou à l’abondance des pâturages entretenus par la fonte des neiges éternelles; elle provient surtout de la grande vitesse des torrents, et du long développement des veines supérieures, qui sont toujours les plus rapides. Ainsi, à considérer l’eau d’une rivière, on peut facilement reconnaître si la source est située dans les montagnes ou dans la plaine. Les eaux de l’Isar, qui traversent Munich, ne ressemblent pas à celles des petits ruisseaux qui ont pris naissance dans les plaines de la Bavière ; elles descendent en effet des grandes Alpes.

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