DISTINCTION DES SOLS
En contemplant le globe terrestre à vol d’oiseau, on trouve sa surface sillonnée par des rides, qui découpent les continents en bassins. Ces rides ne diffèrent pas seulement entre elles par leur élévation ou leur largeur, mais aussi par leur structure intime. En sorte que l’aspect et les difficultés qu’elles nous présentent dépendent encore d’autre chose que des proportions de leur relief. Ils dépendent surtout de la nature du terrain constituant. Ses formes âpres et arrondies, ses surfaces rocailleuses ou désagrégées , ses plateaux fangeux ou perméables à l’eau, toutes les conditions qui tiennent à la nature des matières, changent considérablement l’aspect externe, et jusqu’à la végétation.
Qui n’a pas assez voyagé pour remarquer, ne fût-ce que dans l’état des chemins de campagne, ces différences importantes des sols? Ici ce sont des sables, qui forment des allées douces et unies, toujours sèches, parce que les eaux pluviales s’y enterrent par les interstices, toujours fermes sous le pied des hommes et des animaux. Là ce sont au contraire des chemins marneux, que les moindres pluies détrempent et transforment
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en une boue grisâtre, mêlée d’argile et de chaux ; les charrois les effondrent; une eau louche et blanchâtre y demeure dans les trous; et quand la sécheresse est enfin revenue, cette pâte acquiert une extrême dureté et reste moulée dans les inégalités raboteuses des ornières , jusqu’au moment où le roulage la réduit en une poussière fine et brûlante, aussi désagréable que la boue.
Ces différences, que nous citons parce qu’elles sont les plus familières pour les habitants de la plupart des pays de plaines, sont loin d’ailleurs d’être les seules. Quiconque a voyagé en Ardenne se rappelle, par exemple, ces chemins tracés sur des masses feuilletées, analogues aux ardoises, et dans lesquels le pied repose pour ainsi dire sur les tranchants émoussés d’innombrables couteaux. Dans les pays volcanisés, comme le Vivarais et une partie de l’Auvergne, il y a des chemins ouverts sur la tête des colonnades basaltiques, que l’on prendrait pour un parquet ou plutôt pour un carrelage fait de main d’homme.
Or, quand des différences semblables se produisent dans les chemins, c’est-à-dire pour l’homme qui daigne seulement regarder à ses pieds, peut-on douter qu’il n’y ait des distinctions capitales dans l’ensemble des caractères de la contrée? C’est ce qui conduisit un grand observateur, Monnet, à distinguer les pays entre eux d’après leur constitution minéralogique essentielle, et à dire, par exemple : « les pays à craie, les pays à marbre, les pays à ardoise, etc. (1). »