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CHAPITRE III

ROCHES GRANITOÏDES.

Ainsi dans les roches granitoïdes les parties hétérogènes sont distinctes. On reconnaît au premier coup d’œil les cristaux divers qui sont associés pour former l’ensemble. C’est une agglomération de grains ou plutôt de particules anguleuses et prismatiques, de différentes couleurs, d’où vient le nom même de granité. Non-seulement les cristaux y sont distincts, mais ceux du principal silicate constituant, le feldspath orthose, peuvent se diviser ou, comme on dit, se cliver par grandes lames.

Ce feldspath orthose est un trisilicate d’alumine et de potasse. Outre l’alumine, les roches granitoïdes sont donc à base potassique. Elles renferment d’ailleurs un excès d’acide silicique ou quartz, également cristallisé. Enfin une troisième substance s’y mêle, qui est aussi un silicate à base multiple. Mais la nature de cette dernière substance les différencie en plusieurs genres.

Dans les granités proprement dits, le troisième élément est le mica, silicate à base multiple d’alumine, de peroxyde de fer et de magnésie. Ce mica s’effeuille en parcelles, parfois aussi transparentes que des lames de corne. Mais coloré par le fer, il présente souvent dans la masse granitique l’aspect de facettes foncées. Il donne, par exemple, à toute la roche une teinte d’un gris verdâtre , comme dans le granité de Bretagne qui sert à paver les trottoirs de Paris. D’autres fois l’orthose, teintée de rouge, détermine la nuance générale , comme dans le granité des vieux monuments égyptiens.

Aux granités se lient les protogines, dans lesquelles le mica est substitué par des silicates essentiellement magnésiens. Ceux-ci sont des talcs blanc de lait ou verdâtres ; ils se clivent aussi en feuillets, mais sans transparence habituelle; le toucher en est onctueux et laisse une marque blanche. Souvent le quartz figure dans les protogines en prismes aussi clairs que

DE LA NATURE DU SOL

du verre; le feldspath orthose y entre par grands cristaux. Les hautes cimes des Alpes, au Saint-Gothard, au Mont-Blanc, sont composées de roches de ce genre.

Enfin, quand le troisième élément cristallin devient un silicate de chaux et de fer, que les minéralogistes nomment amphibole actinote, les roches granitoïdes sont des syénites. Cette amphibole est généralement de couleur verte, et sa présence commence h donner une teinte plus accusée aux roches qui la renferment. On en voit de beaux types au Reliberg, dans le Harz.

Mais ces trois genres de roches subissent ensuite beaucoup de modifications secondaires, et passent même insensiblement les uns dans les autres, quand la substitution du troisième terme n’est que partiellement opérée (1). Il en est ici comme de tous les mélanges, dont on peut seulement donner des types, mais dont la nature a formé toutes les proportions avec une inépuisable richesse. Malgré ces variations, on retrouvera pourtant dans toutes les roches granitoïdes trois éléments toujours distincts : du quartz ou acide silicique, presque dominant; du feldspath orthose, en cristaux divisibles par lames; enfin un autre silicate dont la base principale sera l’alumine dans les granités, la magnésie dans les protogines, la chaux dans les syénites.

PATS GRANITIQUES.

Maintenant quel est l’aspect des pays granitiques? Les roches granitoïdes se sont généralement épanchées à l’état pâteux. Elles forment des protubérances arrondies, nues et monotones. Par leur nature cristalline, par la cohérence de leurs matériaux, elles offrent peu d’accès aux agents météoriques, entre autres à l’eau courante.

Aussi leurs anfractuosités et leurs déchirures ne proviennent-

(t) «La plupart des sortes de roches passent les unes aux autres par des nuances insensibles. » (Ai. Broncniart, Classification et caractères minéralogiques des roches, p. 12.)

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