SS
eoiToboré de tontes les circonstances à l'appui, des noms propres aussi bien que de Tautorité locale^ était une imposture; mais cette imposture peut relever le moral des troupes. En adversaire peu loyal, I>tifour, dans l'intérêt même de rhonneur suisse, ne s'occupe point de la démentir. Pu côté de Berne, on agissait sur Tesprit public par la pitié; du côté de Lausanne , on crut devoir agir par la terreur. Le Nem- ^vellisie tmudois imprima que le gouvernement de Fribourg avait fait distribuer des paquets de poison et qu'il était or-^ donné dans les villages de mêler ce poison aux aliments des soldats envahisseurs. On répandait sur toute la ligne que les prêtres^ les Jésuites notamment, avaient fanatisé le peuple au delà de toute expression, et que , pour lui donner l'exemple de la cruauté, ils égorgeaient eux-mêmes les sentinelles ennemies et les patriotes.
Pe pareils outrages à la bonne foi ne se trouvaient que so^S la plume des mercenaires du Radicalisme ou des manœuvres littéraires des Sociétés secrètes. L'opinion des enrôlés par la force , qu'on appelait volontaires , se montrait rebelle à ces fables; la démagogie espéra être plus heureuse en annonçant que le peuple fidèle ne marchait au combat que sous la promesse d'un miracle perpétuel et toujours nouveau. Les feuilles radicales de l'Helvétie eurent bientôt un prodige à enregistrer chaque jour. Elles l'inventaient, elles le vendaient, et, le 18 octobre 1847, la Réforme de MM. Ledru-Rollin , Flocon et Louis Blanc résume en quelques lignes toute cette fantasmagorie. ** Que voyez-vous , disait ce journal, derrière les Jésuites? de pauvres paysans fanatisés qui comptent fermement ressusciter comme autrefois nos Vendéens , ressusciter trois jours après leur mort , ressusciter en chair et en os , s'ils sont tués en combattant pour la plus grande gloire des enfants de Loyola ?„
Les Suisses, comme les Vendéens, savaient très-bien que les victimes frappées par la Révolution ne ressuscitent guère. La Révolution a des moyens infaillibles pour empêcher ce prodige; mais, avec une foi que les moqueries de Fincrédulité ne parvinrent jamais à ébranler, ils s'avouaient que le courage était le plus grand , le plus indispensable des miracles. Ils n'eurent pas à en demander d'autres,
Fribourg était enveloppé d'un cercle de feu, et, comme les baïonnettes étaient trop intelligentes, on affaiblissait cette sagacité à coups de calomnie. Durant ce temps , les
généraujt qui, dans leurs innombrables proclamations, portent le deuil de la patrie , noyaient cette douleur officielle dans des idylles de reconnaissance. ^ Je n'oublierai jamais, raconte RilUet Constant ^, la noble et généreuse ammation de Lausanne pendant ces jours de préparations , le passage continuel des troupes , la levée instantanée de ces bataillons de réserve, qui, à leurs affaires à midi, partaient à deux heures avec armes et bagages, et les jeunes élèves et les vieux volontaires qui s'exerçaient avec ardeur, et la belle musique qui me gratifiait chaque soir de ses joyeux concerts , et le bateau à vapeur qui circulait chargé de troupes. Des sentiments généreux, des cœurs bien dispçsés, l'oubli de mesquines rivalités ^ , de chétives querelles , et Dieu éclairant tout cela par un brillant soleil; beaux moments, trop tôt passés ! „
Rilliet Constant songe à tout , même à la belle musique qui le gratifiait chaque soir de ses joyeux concerts ; il n'a oublié qu'une chose , c'est de démentir les impostures qui circulaient sous ses auspices comme un auxiliaire du Libéralisme.
^ FrUiourg, VaUais ei la première tUtitùm, p. 9.
' A la page 8 de son récil, le colonel écrivain avance qne Dien éclairait 1 oubli des mesquines rivalités; mais nous croyons qne M. Rilliet ne jugera pas de mauvaise guerre révocation d'un autre passage de sa brochure où le soleil de l'oubli n'apparaît pas tout à fait aussi éclatant. Nous lisons à la page vi de favant-propos : ^ J'aurais pu enfin , soulevant le voile qui enveloppe certains actes , faire on tableau piquant et instructif des délibérations inoficielles de la majorité de la Diète. Il faudra bien que ces pages de notre histoire s'écrivent un jour; je ne renonce pas i le faire. Il faut que Ton sache comment se préparent les grands événements et les grands hommes; je suis en mesure de le raconter. Mais le moment n-est pas venu. „
Ce moment où les chéHves quertllet doivent reparaître n'était pas venu pour le colonel fédéral en 1848. Nous loi demandons y en lb50, s'il est disposé à jeter la lumière sur cette période de l'histoire^. ** en donnant, comme il l'écrit avec tant de naïveté, beaucoup de aétails sur les faits particuliers, en recueillant et en colportant des anecdotes plus ou moins authentiques ou en faisant du scandale. Je n'avait pour cela, ajoute-t-il, qu'à puiser dans ma volumineuse correspondance , où j'aurais retrouvé des lettres bien extraordinaires. £t vraiment je ne puis assez m'étonner de la faculté d'oublier dont certains hommes ont le bonheur d'être doués. On peut toujours nier une eoaversation, mais nne lettrt, comment oublier qu'on l'a écrite? „
Pressé de tous côtés, Fribourg n'avait aucune aide à es-
Sérer de ses alliés. Les Vallaisans seuls pouvaient marcher son secours , et Kalbermatten à Saint-Maurice ne demandait pas mieux que de forcer le passag^e sur le tenitoire vaudois. Les dispositions des Vallaisans étaient excellentes; mais, au sein même du Conseil d'Etat de Sion, Rilliet Constant avait des affidés et par eux il savait que Kalbermatten pourrait être entravé au moment de Taction. Rassuré sur ce point, on se contenta d'y envoyer une faible brigade^ puis l'armée s'avam^a contre le canton catholique. Les première et deuxième divisions , une partie de la troisième , toute rartillerie de réserve et la septième division se concentrèrent sur Fribourg. Ochsenbein était né avocat. Sa défaite de Lucerne lui persuada qu'il pouvait s'improviser général. Pour complaire à celte innocente monomanie qui tournait à l'avantage de l'ennemi, la Diète et le club de l'Ours n'eurent rien à refuser à leur président. On lui donna la septième division à conduire au triomphe des corps francs. Quarante-un mille hommes se trouvèrent bientôt en vue de Fribourg. Ils étaient appuyés sur une forte armée de réserve destinée à soutenir le second choc et à repousser vers la ville assiégée les fuyards que les impostures des Sociétés secrètes n'avaient pas convaincus de la justice d'une pareille entreprise.
En apprenant que l'ennemi s'avançait, il y eut dans le canton de Fribourg un ipouvement électrique. Un seul cri s'élança de tous les cœurs. On ne tint compte ni des forces de l'armée radicale , ni de l'infériorité numérique. Les soldats, le landsturm , les femmes elles-mêmes demandent à courir au combat. Chacun sent la nécessité d'une attaque qui empêchera la jonction de l'armée de Dufour et qui, par un premier succès enlevé , pourra décider une crise parmi ces troupes dont le mécontentement n'échappe à personne. Les officiers, les membres les plus populaires du Conseil d'Etat partageaient cet avis ; M. de Maillardoz en ouvrit un tout opposé. Il annonça un plan infaillible; mais il fallait lui laisser le choix du moment pour l'appliquer dans son ensemble. Les Fribourgeois savent par la position même de leur ville qu'elle est dans l'impossibilité de soutenir un siège; ils veulent donc trancher la question en rase campagne; Maillardoz paralyse ce vOeu. Le 9 novembre , une fausse alerte se répand dans la cité. La générale bat. Les soldats épuisés
courent aux armes , et , pleins d'ardeur , ils demandent <ia'enfin on exauce leur prière^. Le lendemain, Maillardoz répond par sa démission à cet enthousiasme qu'une nuit passée dans la neige n'a pu calmer. Maillardoz a été solli*cité, supplié d'écouter la voix du peuple et de sauyer le pays; il croit que sa démission qui n'est pas acceptée suffit pour arrêter les plaintes dont il est l'objet. Des officiers supérieurs et notamment Pierre Albiez. proposent de s'élancer à la^tête de quelques compagnies d'élite, de tomber sur Içs corps isolés, de les séparer de l'armée, d'enlever une partie de l'artillerie et d'empêcher la jonction de toutes les forces, jonction qui s'opère avec lenteur. Ils garantissent sur leur vie qu'ils sont certain du succès et que, dans tous leâ cas, ils ramèneront sains et saufs les volontaires de l'expédition. Un refus obstiné étouffe ce projet.
Néanmoins , Maillardoz se décide à donner signe d'existence. Il parle d'une sortie pour la nuit. Au lieu de l'ordre impatiemment attendu , c'est un contre-ordre qui arrive et qui prescrit de se replier vers la ville. A mesure que l'ennemi approchait, les Fribourgeois battaient en retraite malgré eux. Le landsturm , si terrible dans sa guerre de partisans, voyait ses faux et ses sabres s'émousser sur Tartillerie. Il était annihilé dans son action el cependant il ne se décourageait pas. Enfin, le 12 novembre, les soldats, bivouaquant sur les hauteurs aux environs de la cité, découvrent dans tout son pourtour l'ennemi qui s'avance en masses serrées jusqu'à la portée du canon des redoutes. Maillardoz ne lève pas même alors l'injonction qu'il a signifiée de n'ouvrir le feu que sur son exprès commandement. La ville est cernée; les assiégeants ont fait leurs préparatifs d'attaque. A ce moment, Maillardoz renonce, le 13 novembre, aux fonctions de général en chef, et il déclare ne plus pouvoir défendre sa patrie.
Le canton était à la merci des Radicaux de Dufour; ils l'occupaient sur tous les points , et les otages qu'ils avaient pris ne se trouvaient plus sur le territoire fribourgeois. Un échec ou un succès aux portes de la cité ruinait également
^ Cette ardeur des soldats et du peuple est si bien avérée , que le Narrateur fribourgeois , journal ultra-démagogue, en rendant compte, après la prise de la ville, des mouvements militaires, dit au 9 novembre : " 4 heures. Deux bataillons partent en chantant et en poussant de longs cris de joie. Ils Vont prendre position.
le peuple. Sor la proposition dont Dufoiir prit l'initiative pnr un parlementaire, un armistice de vingt-quatre heures est conclu. Dans la soirée, cet armistice fut violé. Le bois des Daillettes était occupé par les Fribourgeois. Point imporla^it dans la défense de la ville, il en fermait Taccés. On raconte que Jules Eytel, député de Vaud à la Diète et capitaine dans l'armée des douze cantons , ne voulut pas se prêter à une transaction qui ne satisfaisait plus sa belliqueuse éloquence. On ajoute qu'il donna l'ordre de faire feu. Un soldat, tout radical qu'il eût été, n'aurait jamais osé entacher son honneur par un acte que réprouvent les lois militaires ; un député de la Diète pouvait seul assumer la responsabilité d'une trahison nouvelle. Elle était flagrante, on essaya d'en profiter , sauf à en rejeter l'odieux sur les Fribourgeois. Mais ce qui prouve jusqu'à l'évidence que la violation de l'armistice ne peut leur être attribuée, c'est que Rilliet-Constant et Dufour se sont bien gardés de les accuser. Le colonel Rilliet écrit au général: "Votre lettre de cette nuit ne parle point du combat d'hier, qui a été une affaire malheureusement engagée. Nous avons des morts et des blessés; une fatalité incompréhensible a voulu que cette affaire s'engageât précisément au moment oii j'étais en route pour aller vous rejoindre. „
Dans son rapport général , Dufour n'est pas moins circonspect: "Il y a eu, dit-il, de la fatalité dans cette affaire, et il paraît que ce sont des coups de fusil partis d'un bois voisin qui ont fait croire aux défenseurs de la redoute qu'ils étaient tournés et allaient être pris par la gorge, et les ont engagés à commencer le feu. C'est du moins ce qui résulte de l'enquête ordonnée par le commandant en cheH , qui fut bien péniblement affecté de cette échauffourée.„
Quand les Révolutionnaires ont un prétexte, quelque peu plausible qu'il soit , pour accuser les conservateurs , ils ne songent guère à invoquer la fatalité. Ils trouvent d'autres paroles sous leur plume , des armes plus envenimées dans leur arsenal. Cette explication embarrassée que Dufour et Rilliet présentent est un aveu qui ne trompera personne.
^ Le 17 novembre, un ordre du jour daté d'Aarau ordonne une enquête pour découvrir Tauteur de l'attaque. Cet ordre du jour la flétrit sans le nonomer. Ce fut une concession à la conscience mlUtaire. Elle fut étouirée dans les joies du Radicalisme.
Digitize4b7G00gle
Les Radicaux violaient la foi jurée; ils eurent à s'en repentir. Ils croyaient surprendre la redoute de Saint- Jacques; à un signal convenu , ils coururent pour l'enlever. Un coup de canon donna Talarme. Le bataillon Bollens , aux ordres du brigadier Frédéric Veillon , les carabiniers de Jules Eytel et la batterie d'Haubenreiser s'avancent pour soutenir l'honneur de Vaud si tristement compromis par la fatalité. Un fossé les sépare des Fribourgeois; ils n'osent le franchir, et après une chauàe escarmouche, ils se replient sur leurs positions , en laissant aux Jésuites et aux prêtres le soin de ramasser les blessés sur le champ de bataille ^. Les morts avaient été enlevés afin d'en cacher le nombre. Cette affaii'e d'avant postes fut un échec pour l'armée des Douze *.
Au bruit du canon , les assiégés avaient exigé une lutte suprême. Aucun officier ne voulut rompre l'armistice. On disait qu'une terreur panique s'était emparée des Genevois et des Vaudois , qu'ils croyaient êtrq, tombés dans un piégé, et que rien ne serait plus facile que d'avoir raison de cette armée composée de pièces et de morceaux. On lui avait laissé le temps de s'agglomérer , d'acculer dans un étroit espace le peu de troupes qui, par un trait audacieux, pouvaient la disperser en détail. Il n'était plus possible de songer à la victoire. Les officiers appelés au sein du conseil d'Etat furent presque unanimes pour faire cet aveu. On résolut donc d'entamer les négociations. Dans ces cisconstances difficiles , les avis fuf ent partagés : les uns voulaient demander qu'on conservât les institutions existantes, les autres qu'on garantît la sûreté des personnes et des choses, ainsi que la mise des troupes d'occupation à la disposition de l'autorité constituée. Ces dernières bases furent adoptées , et on nomma deux commissaires pour les présenter au général Dufour. Le 14 novembre, la capitulation eut lieu, et Fribourg se trouva au pouvoir des Radicaux. Cette capitulation porte :
^ A peine entré dans la ville de Fribourg, le député à la Diète Jules Eytel ae glorifia de son exploit à FOchsenbein. Il avait été battu; quelques femmes, rares suppôts du radicalisme àFribottrg, n*eurent
Sas honte de lui décerner un drapeau d'honneur aux couleurs vau- Oises. On lisait sur les plis de ce monument de coton : Fort Saint- Jacques, 14 novembre iSi?. Aux Carabiniers d'élite n* 4, les Dames de Fribourg.
^ Voye» appendice. Note 3' de Tédiieur.
^^ 1<> Le gouvernement de Fribourg prend ici rengagement formel de renoncer absolument a Tailiance dite du Sonderbund.
„ 20 Les troupes fédérales prendront possession de la ville de Fribourg dans la journée, en commençant par les forts extérieurs qui seront occupés dans la matinée , puis les portes de la vill€ et ensuite les postes intérieurs.
,, 30 La ville fournira les logements et la subsistance nécessaires d'après les règlements fédéraux.
,, 40 Le gouvernement de Fribourg licenciera immédiatement ses troupes. Les armes du landsturm devront être déposées à Tarsenal, et un inventaire en sera dressé pour être remis à l'autorité fédérale.
jt 50 Les troupes fédérales garniront tous les postes occupés, garantiront la sûreté des personnes et des propriétés , et prêteront main forte aux autorités constituées pour le maintien de Tordre public.
y 60 S'il devait s'élever des difficultés , autres que celles qui sont du ressort militaire , elles seront décidées par la haute Diète.
„ Fait en double à Belfaux , le 14 novembre 1847. „
Le colonel Rilliet Constant était chargé d'occuper la ville, et à la page 40 de son récit, quand il parle des dépêches qu'il reçut du général en chef relatives à cette occupation, il dit : " Il est vrai que j'interprétai lasgement ces lettres, et comme elles ne m'interdisaient pas formellement l'entrée de toute la division à Fribourg, Je voulus donner cette satisfaction à des troupes, dont une partie avait combattu et dont toutes avaient tenu une conduite exemplaire. „
Jusqu*ici Dufour et Rilliet ne font que s'excuser. Ils se sont d'abord rejetés sur une incompréhensible fatalité; maintenant Rilliet , qui ne croit pas trouver une interdiction formelle dans les dépêches de son chef hiérarchique, veut offrir une satisfaction à des troupes qui ont tenu une conduite exemplaire. On va les voir à l'œuvre, et on aoprendra quelles sont les petites satisfactions qu'exigent des révolutionnaires en campagne.
Le Conseil d'Etat était la seule autorité constituée. Il réclama, le 14 novembre au soir, Texécution de la parole jurée , et fit tenir au général Dufour la lettre suivante :
^ Monsieur le général, l'article 5 de la capitulation que nous avons conclue avec Votre Excellence, sous date de-ce
jour , contient la disposition que les troupes fédérales prêteront main forte aux autorités constituées pour le maintien de l'ordre public, jusqu'à ce que le Grand-Conseil du canton de Fribourg ait pu être convoqué pour statuer des mesures que réclament les intérêts du pays. Nous croyons devoir continuer nos pénibles fonctions, et désirons apprendre de Votre Excellence jusqu'à quel point nous pouvons compter sur l'appui qui nous est assuré par la disposition précitée. „
Dans la prévision de ce qui allait arriver et peut-être afin de laisser à Rilliet Constant, son rival de Genève, l'odieux de la responsabilité , Dufour est parti en toute hâte. Le Conseil d'Etat ne se tient pas pour battu. Il envoie , le 15 novembre, une députation au colonel Rilliet. Celte députation fait les mêmes offres qu'à Dufour. Rilliet élude la demande en prétextant que c'est là un objet qui relève de la Diète. La capitulation reconnaît l'autorité souveraine et constituée; le même jour, Rilliet viole cette capitulation, en protégeant une réunion démagogique. Mais le même jour aussi il reçoit de Dufour la lettre suivante : " J'ai voulu sincèrement maintenir l'ordre dans l'intérieur de la ville et garantir les propriétés publiques et particulières aussi bien que la sûreté des personnes, et pour cela fournir aux autorités reconnues les gardes ou postes militaires , les sauvegardes , etc., qu'elles demanderaient , et par autorités constituées j'entendais bien celles avec lesquelles je traitais. „
Ces autorités demandent l'appui qui leur est nécessaire pour préserver Fribourg d'un sac radical ; on leur répond en lâchant dans la ville tous les insurgés de janvier 1847 et en ouvrant les prisons. Ces réfugiés s'associèrent à quelques radicaux du canton , à un certain nombre d'agents des Sociétés secrètes , vautours qui flairent toutes les proies. Ainsi accouplés , ils firent leur entrée dans la ville précédés d'une -bannière sur le fond de laquelle se détachait l'image de Pie IX , au milieu des impuretés de la Révolution. Aux cris de : ^ Mort à la Religion ! vive notre pape Pie IX! „ ces réfugiés se chargèrent de représenter le peuple de'Fribourg et de lui nommer un gouvernement provisoire qui absorba le pouvoir constituant, législatif et exécutif. Ce pouvoir était une dérision. Rilliet Constant s'empresse de le reconnaître avec le même sérieux que la Diète de Berne crut devoir y mettre.
Au nom de ce qui s'appelle encore l'autorité fédérale, Rilliet Constant sanctionne l'opprobre jeté à la capitulation : dans le même temps , cette capitulation se trouve enfreinte par des actes encore plus déplorables.
Quatorze mille hommes occupaient une ville qui ne compte pas dix mille habitants. La sécurité des personnes et des propriétés était garantie; et, des le premier moment , les Voraces du Radicalisme mettent le pillage à l'ordre du joui". Les chefs ont violé l'armistice du 13 novembre ; les subordonnés violent la capitulation du 14. Le pensionnat de Fribourg était veuf de ses élèves. Dans sa sollicitude , M. de Bois-le-Comte s'était entendu avec les Jésuites pour mettre ces jeunes gens à l'abri de tout danger, et les diriger sur Berne. L'établissement restait sous la protection de l'honneur militaire. Plusieurs élèves et quelques Pères de la Compagnie trouvèrent chez l'évêque, monseigneur Marilley, une courageuse hospitalité. Les Vaudois et les Bernois, Justes de Weitling qui protestaient contre toutes les religions, se précipitent sur le pensionnat. Il est mis à sac. Depuis la cave jusqu'au grenier , on ne laisse rien debout, ou ne respecte rien; et le Communisme prouva qu'en fait de déprédation il était décidé à laisser très-loin derrière lui les Vandales des temps passés. La brutalité de ces sauvages enrégimentés ne le cédait qu'à leur ignorance. Le désordre fut poussé si loin, qu'au témoignage du colonel Rilliet ^ le légitimant par son Siilence, il se rencontra de braves soldats qui s'écrièrent avec une douleur amère et naïve : „ Nous n'oserons plus retourner chez nous. „
Ces Suisses avaient une patrie et une famille; ils com-
Îirenaient ce que c'est que le sens moral. Ils le révélaient à eur chef qui paraît l'avoir oublié. Dans cet affreux instant, ses soldats n'avaient pu , par leur indignation, lui donner du courage contre de pareils excès qui s'attachaient aussi bien aux choses de la terre qu'aux souvenirs du ciel. Le 18 novembre, trois représentants fédéraux en mission à Fribourg, Stockmar, Reinert et Grivaz , lui écrivent:
^ Nous venons de visiter le pensionnat des Jésuites, et nous sommes affligés du spectacle qu'il présente en ce moment. Tous les appartements sont ouverts , et le mobilier, les habillements, les livres, les tableaux, tout enfm gît péle-
^ Fribourg^ Valiais et la première division, p. 50. '
mêle à la merci des militaires et même des bourgeois qui en foulent une partie aux pieds.
„ Que ces désordres soient arrivés le premier et même le second jour de Toccupation, nous le concevons facilement; mais après quatre jours cela est déplorable. Comme cet établissement est sous l'administration militaire , nous venons remplir un devoir en vous signalant ces faits, persuadés que vous y mettrez promptement ordre, soit en faisant placer ce mobilier en lieu de sûreté dans les chapelles , qui seront fermées et ensuite gardées; soit en remettant les bâtiments même et ce qu'ils contiennent sous la garde du gouvernement provisoire. „
Le pensionnat des Jésuites était saccagé, leur collège eut son tour. Mais, le 15 novembre, quand l'ordre dut régner à Fribourg sous la protection des baïonnettes radicales, quand surtout les Communistes vaudois et étrangers sentirent que l'impunité était acquise , leur soif de pillage ne connut plus de frein. La maison de M. Louis Four.nier, membre du gouvernement, fut dévastée de fond en comble. Lorsque le êadicalisme était le plus faible, il s'insurgeait; à l'aide d'une armée ennemie , il se croit le plus fort , il écrase. Le nom de la liberté est écrit sur son drapeau; il y substitue par ses actes la tyrannie. Elle trônait sous le sabre du Radicalisme; l'anarchie menaça de mort les uns, elle proscrivit les autres. Elle frappait ici; là elle massacrait un vieillard septuagénaire, ailleurs M. le chapelain Duc *; plus loin le chanoine Wuilleret, arraché d'une maison particulière était criblé de coups. Les prêtres succombaient, martyrs de ces janissaires du club de l'Ours, les femmes et les jeunes tilles subirent le même sort. Il était réservé à tout ce qui portait un cachet religieux. Les Ligoriens ou Rédemptoristes virent le pillage prendre ses ébats dans leur couvent. On les bannissait; on voulut leur donner un avant-goût de ce qu'allait devenir la liberté de conscience sous de pareils maîtres. On
♦ * L'abbé Duc,' dont le cadavre fut chargé d'outrages, avait été assassiné par des Bernois ayant à leur tête un membre du gouvernement de Berne. On les arrêta pour la forme, et ils furent acquittés par le tribunal fédéral, vu les circonstances atténuantes. Ces circonstances se résumaient dans un seul fait. L'ecclésiasticjue égorgé portait une tonsure. Le tribunal prétendit qu'elle avait bien pu exciter la cruauté des sans-culottes bernois, qui l'auront pris pour un- Jésuite.
bri^a les ostensoirs, on profana les calices, on lacéra les ornements de TËglise, puis les filles perdues accoururent mener des danses impures au milieu du sanctuaire dévasté. Le règne du Radicalisme commençait; les Rédemptoristes proscrits furent dépouillés de tout ce qu'ils possédaient, et chaque corps franc devint un çeôlier , arrêtant et emprisonnant sur la route de l'exil Tes prêtres qu'on livrait aux brutalités.
Ce qui se passait au sein de la ville, sous les yeux de l'autorité militaire , dont l'impuissance calculée était une complicité morale, se renouvelait dans chaque village de la partie allemande du canton. Là, les corps francs pouvaient se livrer à toutes les excitations du mal. Leurs chefs même lejs y encourageaient par leur exemple. Le landsturm était désarmé. Il n'y avait plus à braver que des larmes de femmes, que des supplications d'enfants. On affronta ces périls avec une intrépidité de jacquerie. La rapine et la profanation se donnèrent les mains dans<;es terribles journées. On rançonna les agriculteurs , on traqua les prêtres comme des bêtes fauves. On poursuivit les paysans dans les bois et dans la campagne , on en massacra plusieurs.
A peine le gouvernement provisoire se fut-il voté à luimême l'investiture du sang que la ville tomba sous le joug de la terreur. Le brassard fédéral était un passe-partout qui ouvrait les portes et les meubles , qui permettait toutes les exactions domiciliaires, tous les vols et toutes les orgies. Les religieux des divers ordres ne furent pas plus à l'abri de l'orage que les Jésuites et les Redemptoristes. Le sacrilège s'unit à la débauche. Rilliet-Constant avait fait placarder sur les églises une sauvegarde dérisoire. Les soldats pouvaient la respecter; les Communistes ne la regardèrent pas comme suffisante. Enfin, le 16 novembre, à trois heures du soir, RilUet-Constant, débordé, crut devoir mettre la ville en était de siège pour l'arracher au pillage général qu'il pressentait. Les étrangers non militaires n eurent qu'une heure pour sortir de Fribourg, et on les menaça de la peine de mort en cas de résistance.
La campagne de cette armée fédéralisée en corps francs s'était ouverte pe^ la calomnie. Elle eut son heure de trahison au fort Saint- Jacques; elle se termina par des désordres que Rilliet-Constant se vit obligé de maudire; mais ces désordres n'auraient point eu la saveur espérée, si l'impos-
ture n'y eût mêlé son venin. Les troupes régulières laissaient aux corps francs, aux réfugiés et aux carabiniers des tirs, l'odieux du sac de cette vilte. Elles ne l'arrêtaient pas, mais elles répugnaient à y participer. Avec des chefs plus maîtres de leurs volontés , elles auraient été heureuses de s'y opposer. Le Radicalisme prenait ses ébats fraternels; il ne parvenait point à entraîner l'armée dans ses saturnales; il calomnia pour exciter le courroux des soldats. Le Narrateur^ organe du gouvernement provisoire, annonça, le 16 novembre, au milieu même de Texaspération, cette nouvelle qui circula bientôt dans les rangs: ''Il vient d'être constaté que parmi les balles trouvées dans les gibernes des troupes fribourgeoises, il s'en trouve beaucoup d'empoisonnées. Il est facile déjuger de l'effet que cette découverte a produit ^.„
Le 16 novembre, la constatation des balles empoisonnées ne souffre aucun doute de la part des Radicaux poussant aux derniers excès. Le 19 novembre, sur le démenti donné par Perrier-^Landerset, major-commandant du génie dans l'armée fribourgeoise, le Narrateur se dit " heureux d'annoncer que la nouvelle des balles empoisonnées est entièrement fausse.„ Ces balles ont été soumises à des experts et on n'y a pas découvert de poison. La calomnie restait seule debout sur les ruines. Elle était odieuse dans cette circonstance; la Revue de Genève du 24 novembre s'apprête à lui donner un petit parfum de ridicule. Le journal de James Fazy publia :
" Comme au sac de l'archevêché, en 1831 , à Paris, on a trouvé dans les maisons jésuites des documents très-curieux, entre autres beaucoup de lettres particulières à eux adressées , qui pourront éclaircir beaucoup le genre de rapports qu'ils entretenafent avec des personnages de tous les rangs, de toutes les conditions et de tous les cultes. On cite parmi les objets découverts des cordes en tout semblables à celles que Charles-le-Téméraire avait apportée^ avec lui, lors de son invasion de la Suisse, et qui étaient destinées à attacher les prisonniers. Ces cordes, d'une longueur de deux à trois
* Par un ordre du jour daté du 16 novembre, le colonel commandant de la première diviision invite tous lés militaires sous ses ordres " qui auraient en leur possession des balles prétendues empoisonnées et saisies sur des hommes du Landsturm , à en déposer dans la journée au moins une au bureau de la place. „
Cet avis était une ironie et un acte d'incrédulité. H fit tomber un pareil bruit.
pieds, sont munies d'un côté d'un anneau en fer, et de l'autre d'un crochet. L'anneau est destiné à faire un nœud coulant qu'on attache au cou du prisonnier, tandi» que de l'autre on fait adhérer par le crochet la corde à une autre grande corde destinée à recevoir et à traîner à la file les prisonniers ainsi retenus. A quoi pensaient les PP. Jésuites en ayant en leur possession des cordes semblables, c'est ce dont il est impossible de se rendre compte. „
Si le parti révolutionnaire , comme l'a défini l'empereur Napoléon , n'était pas composé de niais qui ne sont capables de rien et de méchants qui sont capables de tout, la Revue de Genève et son dictateur Fazy n'auraient pas trouvé d'impossibilité à se rendre compte de ces cordes , en tout semblables à celles que Charles- le-Téméraire avait apportées. En les décrivant même, chacun leur aurait dit que ces liens à la Charles-le-Téméraire n'étaient que d'inoffensifs instruments de gymnastique ou la corde qui servait aux traîneaux des élèves. Mais une explication si simple ne pouvait pas satisfaire les robustes crédulités du Radicalisme. Les Jésuites avaient voulu empoisonner pendant le combat, ils durent avoir conçu l'idée de pendre après la victoire.
Tels furent les premiers bienfaits légués à Fribourg par les troupes fédérales que les Sociétés secrètes avaient formées. Dans ce sac d'une ville, dont la capitulation a été spontanée et, pour mieux dire, inspirée même par les généraux ennemis, il n'y eut que les forçats qui gardèrent un reste de dignité humaine. Les corps francs leur proposèrent la liberté à condition de se joindre à eux et de les imiter. Sous la défroque de l'opprobre légal , les galériens eurent encore dans l'àme assez de juste indignation pour repousser cet outrage.
Le gouvernement provisoire n'avait pas , lui , de pareilles délicatesses de conscience. Acclamé par quelques comparses du Radicalisme que le colonel Rilliet laissa se réunir dans la salle de spectacle , où ils devaient figurer le peuple , ce gouvernement était composé de Julien Schaller, Pittet, Broie , colonel Wicky, Robadey, Chattoney et André Castella. Conspirateurs de la veille pour le triomphe de la liberté indéfinie , ils avaient dans le caractère et dans le cœur tout ce qu'il fallait pour devenir despotes le lendemain. Ils inventèrent la proscription et la spoliation comme auxiliaires de leur décrets d'amnistie. On n'avait fait la guerre qu'aux
Jésuites. A peine installés au pouvoir qu ils usurpent sous le patronage de Tarmée des Douze, on voit les Libéraux expulser du territoire fribourgeois les adversaires qui leur firent tant d'ombrage. Les Pères de l'Ordre de Jésus sont bannis et à perpétuité bien entendu. Ce mot sacramentel des Révolutionnaires j et dont la Providence s'est si souvent plu à déjouer les impitoyables calculs, ne s'adresse plus seulement aux Jésuites. Ils doivent avoir, ils ont des affiliés.
Le décret frappe de la même peine, c'est-à-dire du même honneur, les Rédemptoristes , les Marianites, les frères de la Doctrine chrétienne, les sœurs de Saint- Joseph, les sœurs de Saint- Vincent-de-Paul et les dames du Sacré-Cœur. Les biens de ces Ordres sont confisqués comme la liberté individuelle, comme la liberté politique, comme le droit électoral, comme tous les droits du peuple. On lui dit qu'il est souverain, mais on redoute sa rude franchise et sa loyale indépendance; par des menaces ou par des édits on l'écarté de l'urne des scrutins. Tout se fait contre lui et sans lui. Le pillage des corps francs n'a duré que trois jours , celui que régularise le gouvernement provisoire ne s'arrêtera pas si vite. Le 15 novembre, il a pris une résolution populaire, ce qui, en langage radical, équivaut à une Constitution. Aux termes .des articles 6 et 7, il met en accusation comme prévenus soit de Kaute trahison, soit de complicité dans ce crime, et passibles d'indemnités envers rElàt,tous les fonctionnaires, tous les magistrats, tous les officiers, tous les membres des conseils qui composaient la majorité. Cette Saint-Rarthélemy des plus honorables familles du canton se fait sous les yeux de la Diète.
L'Assemblée qui s'accorde l'omnipotence sous le bon plaisir du club de l'Ours déclare , le 21 novembre , par ses cogimissaires fédéraux, ^ qu'il est temps de laisser à ce gouvernement f provisoire de Fribourg), ainsi qu'à tous les pouvoirs constitués, leur liberté légale d'action.,, Le gouvernement en use pour juger sans débats , pour confisquer et pour ouvrir d interminables listes de prévenus ou de suspects. Mais la Diète respecte sa liberté légale d'action. La Diète fait livrer Fribourg au pillage , parce que , canton souverain, il sut maintenir ses droits. Pour les magistrats élus par le peuple, on a la ruiné^ et l'exil; pour les usur-
'Par décret da 20 janvier 1848, le gouvernement provisoire de Fribourg arrêta que sur les biens confisqués et le produit des impôts,
— 2SSa —
pateurs révolutionnaires, on prodigue les paroles de félicitations et de fraternité. On avait violé la liberté chez les uns, on applaudit à la licence chez les autres. La licence fut poussée si loin qu'un décret signé par Schaller et Berchtold mit la dénonciation à l'ordro du jour K
Le général Dufour, qui a garanti la sûreté des personnes et des propriétés, se tient muet ou indifférent. La Diète lui vote un apanage. Elle est dans les fêtes qu'on offre à ce Cincinnatus, dont la couroiine murale "se change en une bourse de soixante mille francs. Au même moment la confiscation avec l'exil, mais une confiscation véritablement radicale, devient le partage de ceux qui crurent à l'honneur d'un soldat.
Pendant trois jours et trois nuits, une ville, dont les magistrats et le peuple ont capitulé, le désespoir dans l'âme, mais l'honneur sauf, reste au pouvoir d'anciens confédérés^ d'amis , de frères de la veille. Cette cité a des chefs auxquels elle accorde sa confiance et qu'elle s'est librement choisis. Elle veut défendre sa souveraineté qu'elle croit en
on prélèverait une indemnité provisoire qni serait distribuée aux corps francs qui, le 7 janvier 1847, avaient envahi le canton. Cette indemnité s'éleva à 150,000 francs. On payait les uns, on faisait aux autres litière des fonctionl'pu()lique5. Un mois auparavant, le 21 décembre, le gouvernement déclarait qu'il ne croyait pas pouvoir s'en occuper lui-même, vu la part que prirent plusieurs de ses membres aux expéditions des corps francs.
* Ce décret du 25 novembre est ainsi conçu : " 1" Les préfets, les syndics et tous les employés publics en général sont chargés de dénoncer à qui de droit toutes les personnes qui par leurs paroles ou par leurs actes se rendront coupables de manifestations hostiles à l'ordre public, aux autorités fédérales ou cantonales, aux nouvelles institutions politiques du canton pt aux mesures adoptées par le souvernemenL 2*> Ces dénonciations seront soumises à la chambre a'accùsation, qui, sur le rapport du procureur général, décidera si ces transgressions de la loi doivent être poursuivies comme contraventions de police ou délits correctionnels, ou si elles devront être ré^ primées à teneur de l'article 127 du code criminel concernant la punition des séditieux et des rebelles. „
Ce Schaller et ce Berchtold sont deux conspirateurs émérites qui n'ont pas cessé un seul instant de leur vie de faire la plus violente, la plus injuste opposition au gouvernement élu par le peuple. Ils régnent par l'appui des baïonnettes étrangères ; leur premier soin est d'interdire par la terreur toute opposition à leur système. La liberté telle ^ue le Radicalisme la comprend est établie à Fribourg. Elle prêtent les dénonciations, elle punit les dénoncés.
péril, son indépendance et sa foi que menacent une Diète usurpatrice et aes Sociétés secrètes dont le but est de tout niveler. Accablée sous le nombre , après avoir été condamnée à la prostration, malgré le courage de ses défenseurs *, cette cité renferme dans ses murs plus de soldats fédéraux que d'habitants. Ces soldats doivent être soumis à une discipline d'autant plus rigoureuse qu'ils n'entrent ni en vainqueurs ni en adversaires. Ils ont à leur tête un général et des officiers supérieurs qui ne cessent de parler de modération, de justice et de devoirs accomplis. Néanmoins, durant plus de soixante-douze heures, la dévastation, le sacrilège et la mort planent sur ce canton. Quand les corps francs sont épuisés des fatigues et de l'orgie du pillage, lorsque, rassasiés de vin et de profanations, ils dorment sur les ruines entassées par eux et qu'ils dorment avec la certitude que le gouvernement provisoire de leur choix veille pour en accumuler de plus tristes encore, l'autorité militaire sort de son apathie. Le 18 novembre 1847, le général Dufour se trouve saisi d'une vertueuse colère, et, de son quartier d'Aarau, il mande au colonel Rilliet:
^ Je partage votre indignation au sujet des désordres sans exemple qui ont été commis àFribourg, malgré nos instantes recommandations. Il n'y manque qu^le meurtre; mais nos ennemis auront soin de l'y ajouter 2,
^ Le gouvernement provisoire s'est vu lui«-mêDie obligé de rendre justice a l'armée qui avait professé un si magnifique dédain pour les hommes de ce gouvernement. Le 24 novembre, Wicky, directeur de la ffuerre, qui, à force de supplications, était parvenu à capter la connance de quelques- membres du Conseif d'Etat, et avait ainsi obtenu un commandement au service du Sonderbund, adressa une it^roclamation à cette armée dont la fidélité doit être pour lui un remords. On y lit : " Soldats , appelés à" défendre la patrie , vous avez marché sans hésiter et au premier signal contre une armée trois fois plus nombreuse. Dans cette crise suprême vous avez, montré un dévouement au-dessus de tout éloge. La fortune a trahi votre courage, et en baissant le drapeau national que vous avez juré de défendre , vous vous êtes éloignés consternés et brisés de douleur. „
2 Ce soin n'a pas été nécessaire, et le général Dufour doit savoir fhaintenant que ses ennemis n'ont rien à ajouter. Les cadavres des victimes parlent plus haut que toutes les dénégations sans preuves. Ce ne sont pas les ennemis de MM. Dufour et nilliet qui inventèrent les deux Bernois massacrés et les balles empoisonnées ; ce ne sont pas eux qui attaquèrent au mépris de l'armistice; mais ce sont eux
3ui souffrirent de tous ces excès; et le général n'a le temps de les étrir qiie lorsqu'ils sont irréparables.
^ Je ne crois pas qu'une bataille perdue nous eût fait plus de tort.
„ J'approuve hautement toutes les mesures énergiques que vous avez prises pour ramener Tordre troublé. Persistez et tâchez de vous débarrasser de tous les fauteurs de troubles et de désordres qui se soucient fort peu de l'honneur de l'armée, et qui ne cherchent qu'à exercer des vengeances ou des réactions.,,
Ces aveux et ces conseils ont quelque chose de lamentable, lis révèlent l'affreuse position dans laquelle le colonel fédéral Dufour , conservateur genevois , s'était placé pour devenir le général en chef de l'armée au service des Sociétés secrètes. Il avait commis plus qu'une faute en laissant le Radicalisme disposer de son épée ; la lettre qu'on vient de lire est un commencement d'expiation. Cette lettre ne pouvait produire alors aucun résultat. Le général recommande au colotiel Rilliet de se débarrasser de tous les fauteurs de troubles et de désordres. 11 ne veut pas de vengeance ou de réaction, et les hommes à qui Rilliet laisse prendre les rênes du gouvernemeut sont les fauteurs les plus ardents du meurtre , de la spoliation et de la proscription.