VENDREDI D JUILLET
La séance est ouverte à une heure et demie.
Prière de M. Delmas père.
On communique ensuite à l'assemblée :
l° Une lettre de M. le pasteur de Melle, qui l’informe que, contrairement à ce qui a été dit au Synode, le Conseil presbytéral de son Eglise n’a point émis le vœu que l’on formulât une confession de foi.
2° Une lettre du comité de la Société de l'Histoire du Protestantisme frantais, qui remercie l’assemblée du témoignage de sympathie qu’elle lui a donné.
Enfin, en troisième lieu, une proposition relative aux Eglises réformées deyl’Algérie, et signée de MM. Teule, Besançon et Nouguier. Cette proposition est renvoyée à la commission d'organisation ecclésiastique.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
M. ScxicxLer donne lecture de la proposition suivante :
« Considérant que la situation actuelle des aliénés protestants, disséminés dans des asiles publics où ils ne peuvent recevoir les soins moraux et religieux
nécessaires, est regrettable à tous les points de vue et surtout à celui du rétablissement possible de leur santé ;
« Considérant que les Eglises protestantes ne pourraient encore subvenir aux frais d'établissements spéciaux, qui seuls remédieraient à cette fàcheuse situation ;
« Considérant que l'Etat s’est toujours montré favorable aux mesures qui peuvent remédier à cette situation, ainsi qu'il ressort d’une circulaire du ministre de l'intérieur aux Conseils généraux, en date du 12 août 1867;
« Le Synode général invite les Synodes particuliers à étudier le mode de groupement possible des aliénés protestants dans un seul asile d’une région déterminée, suivant la méthode qui a déjà reçu la sanction de l'expérience dans la région du sud-est.
« Les Synodes particuliers s’entendraient, d’une part avec les Consistoires, d'autre part avec les Conseils généraux, pour l'exécution du plan adopté, qui doit dans tous les cas respecter les vœux des familles intéressées.
« Signé : Fernand Schickler, J. de Seynes, »
Après un discours de M. Schickler, en faveur des aliénés protestants, la proposition, mise aux voix, est adoptée à l'unanimité.
M. Cawzze RapauD dépose une proposition ainsi conçue :
« Nous, soussignés, impérieusement obligés de rentrer dans nos Eglises, demandons au Synode de prononcer lundi prochain, 8 juillet, la clôture de la
il 13
session, et d’ajourner à la session suivante la fin de ses travaux. »
Cette proposition, signée de MM. Rabaud, Grotz, Lamarche, Basile Rives, François Corbière, Gachon, Philippe Corbière et Gache, est renvoyée à la commission des vœux.
L'ordre du jour appelle la continuation de la discussion sur la loi organique.
M. Er. CoqQuEREL présente un PATES additionnel à l’article 11.
M. Jaragerr demande que l’on consulte l’assemblée afin de savoir si elle veut continuer la discussion de la loi organique, ou passer immédiatement à la discussion de la proposition de M. Cambefort, ainsi que cela avait été décidé.
L'assemblée décide que la proposition Cambefort sera mise immédiatement en discussion.
M. Laurens, rapporteur, rappelle qu'elle avait deux objets, l’un relatif aux candidats au saint ministère, l’autre aux pasteurs en exercice. M. Cambefort ayant retiré cette seconde partie de sa proposition, s’est rattaché d'autant plus à la première, et y à ajouté un formulaire de consécration qui n'est autre que la déclaration de foi votée par le Synode, le 20 juin dernier.
Cette proposition a été examinée avec le plus grand soin par la commission, et il a été reconnu qu’un formulaire était nécessaire, mais qu’il convenait d'en renvoyer l'étude à la session prochaine. Cette question ayant été vidée, la majorité de la commission a été d'avis d'exiger des candidats au saint ministère leur adhésion à la foi de l'Eglise, et de
s’en tenir provisoirement aux formulaires de consécration actuellement en usage dans l'Eglise. Voici la proposition telle qu’elle a été arrêtée par la commission !:
« Tout candidat au saint ministère devra, avant de recevoir la consécration, déclarer qu'il adhère à la foi de l'Eglise telle qu’elle est constatée par le Synode général.
« On se servira pour la consécration au saint ministère d’un formulaire approuvé par le Synode. L'usage du formulaire, dit de Montauban, -et du formulaire dit des conférences du Gard, est provisoirement autorisé, »
M. Cambefort a déclaré se rallier à la proposition de la commission.
M. Camgerorr dit qu’en déposant sa proposition, son but était d'obtenir des garanties de sécurité pour l'avenir de l'Eglise, et de prévenir le retour des désordres qui l'ont troublée. Ce qu'il voulait, c'était poser une limite. Il croyait qu’il n’en pouvait exister d'autre que la déclaration de foi du 20 juin. Il a pourtant rencontré des hésitations, et à compris qu'il valait mieux se rallier à une proposition plus générale. Aussi, at-il retiré celle qu'il avait présentée, étant d'accord sur le fond avec la commission. Il accepte le premier paragraphe de la proposition qui vient d'être lue par M. Laurens, mais fait ses réserves sur les deux derniers, relatifs aux formulaires de consécration.
M. Marrin-Pasonoub a entendu le précédent orateur parler de désordre, et il a à cœur de dire quelques mots sur ce sujet. On veut imposer une décla:
ration de foi aux futurs pasteurs. Voici ce qu'en pensait Samuel Vincent :
« Dans la situation actuelle de nos Eglises, avec l'esprit qui anime la presque totalité de leurs membres, la remise en vigueur de la discipline et de la confession de foi serait une véritable innovation, une révolution radicale, qui occasionnerait les plus graves inquiétudes et les troubles les plus sérieux. Parler d’exhumer notre antique discipline dans ces circonstances, c’est, je ne crains pas de le dire, anéantir notre religion. »
Samuel Vincent avait raison. Nous voulons tous améliorer et non détruire notre Eglise. Si les séditions du présent contre le passé sont parfois funestes, celles du passé contre le présent le sont plus encore. Le passé est vraiment passé. Les confessions de foi sont mortes, ou plutôt (car rien ne meurt) votre ancienne Eglise se trouve transformée en celle d’aujourd’hui. Les circonstances et le temps en ont fait ce que nous la voyons. C’est bien l'Eglise que les réformateurs ont fondée, mais ses règles, ses usages, son gouvernement Ont changé.
Tout a changé depuis trois siècles. La France est toujours la France; mais elle n’est plus ce qu’elle était sous Henri Il. Il en est de même de notre Eglise. Il la faut accepter telle que le temps nous la donne.
Pour l’orateur, il ne peut y avoir d'Eglise chrétienne sans doctrine chrétienne. Mais cette doctrine se trouve uniquement dans les paroles et les exemples de Jésus-Christ dans l'Evangile, et voilà pourquoi, depuis le commencement du siècle, on ne de-
mande autre chose aux pasteurs et aux fidèles de notre Eglise que de professer la doctrine chrétienne, telle qu’elle est renfermée dans l'Evangile, où chacun doit la chercher pour lui-même.
M. Cambefort vient de-dire que c’est là un désordre.
M. CamBerorT. — Je n'ai pas dit cela.
M. MarrTin-PascHoup.— J'ai cru l'entendre. L'orateur continue en disant que ce n’est pas là qu'est la cause du désordre. Cette cause procède du peu de fidélité des membres de l'Eglise à ses principes. Les uns veulent remplacer la pure doctrine de Jésus- Christ par des formules qu'ils entendent imposer. Les autres s’affranchissent de promesses qu'ils ont faites de s'appliquer à l’étude de la Bible et à la prière. Le véritable moyen d'établir l'Eglise sur sa base, c’est d'accomplir tous, pasteurs et laïques, d'une façon plus fidèle nos engagements, sans vouloir nous assujettir et assujettir les autres à un credo quelconque.
Il cite à ce propos le passage suivant d’une lettre de M. Agénor de Gasparin à M. le pasteur Athanase Coquerel :
« Le protestantisme, n’est ni la religion de Calvin, ni celle de Luther, ni celle d'aucun de nous. Le jour où il a été admis par quelques hommes que les décisions et les interprétations émanées de quelques autres hommes avaient la même force que le texte sacré, ce jour-là seulement il y a eu des catholiques. Si le protestantisme, infidèle à son principe, eût imposé à son tour des interprétations, des commentaires, s'il eût donné un caractère obligatoire aux écrits des réformateurs, aux opinions des Synodes,
aux symboles et aux confessions de foi, nous n’aurions fait que changer de joug et d’erreur.
« Les doctrines des premiers réformés, nécessairement fautives sur plus d’un point, seraient devenues des articles de foi. Chaque génération aurait ajouté son contingent à ce fatal recueil de décisions infaillibles et irrévocables, qu’on aurait eu le droit d’augmenter et jamais le droit de réduire. L'unité, la vérité de l'Evangile auraient encore été étouffées une fois sous les commentaires de main d'homme. Les vieilles confessions de foi étaient des exceptions au principe de la Réforme, Tous aujourd'hui nous entourons de notre respect les glorieux monuments de la foi de nos pères, mais tous aussi nous puisons notre foi à une autre source.
« Nous lisons les Ecritures et non les confessions d'Augsbourg ou de la Rochelle, pour voir si ce qu’on nous dit y est conforme. Nous trouvons que la Parole de Dieu nous suffit pour le dogme et pour la morale. Nous trouvons qu’elle est plus claire, plus précise, plus accessible aux pauvres d’esprit que les symboles obscurs, toujours imparfaits, qui sortent de la main des hommes.
« Enfin, il n’y a pour la Joi divine et pour la loi humaine que deux systèmes possibles : l’un consiste à admettre un pouvoir interprétatif, dontles décisions aient la même force que la loi; l’autreconsiste à conserver le texte primitif sans commentaires, et à appliquer la loi dans chaque cas particulier, abstraction faite des décisions antérieures : le système catholique etle système protestant. Eh bien! ce second système est le seul admissible, quand il s'agit de la loi divine. »
Pour l'orateur, ce système se résume en deux mots : l'Evangile et la liberté. Nous le suivons tous depuis soixante-dix ans; n’allons pas le détruire et le remplacer par un autre qui, après avoir porté de bons fruits en son temps, serait mortel pour notre Eglise. On ne doit demander aux candidats au saint ministère que ce que l’on a décidé que l'on demanderait aux électeurs : Adhérez-vous à la vérité révélée... et surtout pratiquée, à la vérité agissante par la charité? (Zrès-bien! à gauche.)
M. Camserortr demande la parole pour un fait personnel. Le désordre, selon lui, ne consiste pas dans le principe du libre examen. C’est un principe auquel il tient, et il ne permettrait à personne, individu ou Synode, de lui imposer une foi toute faite. Mais, à côté des droits de l'individu, il reconnaît ceux de l'Eglise, et ne trouvera nullement étrange que telle Eglise n'ayant pas sa foi ne veuille pas de lui pour pasteur. Le désordre copsiste à vouloir imposer à l'Eglise les résultats du libre examen qui sont subversifs de sa foi. (Applaudissements à droite.)
M. JacagerT. — Je viens au nom de la minorité de la commission, repousser la première partie de la proposition. Quant à la seconde, je fais remarquer qu’elle se trouve comprise dans un chapitre déjà voté, et j'ajoute qu'il n'y aurait aucun inconvénient à ce que l’on employât les deux formulaires désignés. Je ne traiterai done que le premier point, et je résume ainsi mes objections :
1° L’adhésion à la foi de l'Eglise n’est pas un acte protestant ;
2 Elle peut n'avoir aueune signification ;
3° Enfin, je la considère comme dangereuse, si elle doit être soumise à une formule nettement précisée.
J’affirme d’abord que le mot « d'adhésion » implique une idée catholique qui me répugne. Que signifient d’ailleurs ces mots : adhérer à la foi de l'Eglise? — Pour moi, par cela seul que le candidat demande à entrer dans l'Eglise, il témoigne que ses croyances et ses sentiments sont en harmonie avec les siens. La formule est dès lors à peu près inutile. Elle est au contraire dangereuse, si par ces mots « la foi de l'Eglise » on entend la foi de l'Eglise constatée et formulée par le Synode général.
Si les Synodes ultérieurs apportent des modifications à la déclaration de. foi, les candidats devront y adhérer ; mais aujourd’hui c’est bien de la déclaration du 20 juin qu’il s’agit, et alors reparaissent toutes les objections que nous vous avons faites. Quand nous vous disions : Votre déclaration sera obligatoire, vous vous êtes récriés; aujourd’hui elle devient obligatoire, et la preuve c’est que, quand vous voudriez l’imposer, vous ne pourriez rien faire de plus. Vous avez voulu faire un abrégé de la confession de la Rochelle, un minimum, tel qu'on le pourrait supporter aujourd'hui. Eh bien! nous n’avons pas retrouvé dans votre déclaration une expression adéquate de la foi de l'Eglise; nous ne voulons pas lier sur les épaules des autres des fardeaux que nous n’avons pas pu porter nous-mêmes.
Nous ne referons pas ici l'exposition de nos croyances, nous l’avons faite l’autre jour, mais nous avons des objections contre la forme et le fond de votre déclaration.
Pour ma part, si j'étais candidat au saint ministère, je refuserais de la signer. Pourquoi? Parce que je n'admets pas qu’on m'interprète tel ou tel document. Il est ce qu'il est; vos interprétations sont purement subjectives. Vous choisissez entre tant de versets qui parlent de la mort de Jésus-Christ, un seul; vous y voyez le rédempteur, un autre y verra ce dont vous ne voulez peut-être pas; qui décidera entre lui et vous? Vous parlez des faits contenus dans le Symbole, mais de quels faits s'agit-il? Le retour de Jésus-Christ est-il un de ces faits? À qui le demander ? Qu'arrivera-t-il? Le candidat s’abstiendra, et vous aurez ainsi éloigné du ministère des chrétiens fervents qui auraient donné leur vie pour Jésus-Christ. Quelle est la condition que le Maître a posée : « Simon, fils de Jona, m’aimestu? » Et il a ajouté : « Pais mes brebis. »
Remarquez que les esprits vigoureux sont les plus difficiles. Si vous écartez par vos entraves des hommes dont l'esprit et la conscience sont pleins de droiture, ils porteront leur activité dans d'autres carrières ; qui aurez-vous pour vous? Les hommes sans caractère, sans volonté, qui reçoivent comme une cire molle toutes les empreintes. ( Vives protestations à droite.)
On ne s'appuie que sur ce qui résiste. Défiez-vous de cette facilité à tout signer qui n’est que trop répandue. Je vous demande à vous, pasteurs de la droite, si au moment de votre consécration, vous n’auriez pas eu quelque scrupule à signer cette décla ration.
Mais alors, me dira-t-on, vous ne voulez rien faire ?
Je réponds : Est-ce que jusqu'ici, par hasard, on n'a rien demandé à ceux qui entraient dans le ministère ? Il y a toujours eu des formulaires de consécration. Je vais prendre, par exemple, ce malheureux formulaire du Gard qui a été si souvent attaqué par le parti orthodoxe. Eh bien! il contient tout ce qui est essentiel dans le christianisme, tout ce qui est dans votre déclaration. (44! ah! à droite et rires.) 1 y ala foi en Dieu, en Jésus-Christ Fils unique de Dieu, au salut par sa mort, à sa résurrection, à l'autorité des saintes Ecritures. Qu’avez-vous donc besoin d'innover ?
Et puis, réfléchissez que la Situation a bien changé depuis quelques jours. Cette Eglise s’est déclarée presbytérienne et synodale. Elle a son Synode. Par conséquent celui qui y entre déclare àccepter l’ordre qu'elle à établi. Vous avez donc toutes les garanties possibles. Le Synode fera toujours respecter ses volontés. Que voulez-vous de plus? Vous avez l’essentiel.
N'allez pas plus loin, en vue du présent et en vue de l'avenir. Du présent, car les votes pris à une faible majorité ne fortifient point une cause; de l’avenir, Car Vous ne pouvez pas lier vos successeurs. À chaque jour suffit sa peine. Votre loi organique doit recevoir l’approbation du gouvernement; cela vous donne du temps. Aujourd’hui ne faites rien d’excessif. (Applaudissements à gauche.)
La séance est suspendue à trois heures et demie.
M. le modérateur rappelle que, pendant la suspension, les bureaux devront se réunir pour procéder à la nomination des membres qui doivent composer la
commission chargée de faire imprimer les procèsverbaux et les actes du Synode.
La séance est reprise à quatre heures dix minutes.
M. le modérateur communique à l'assemblée le résultat des élections qui ont eu lieu dans les bureaux :
Ont été nommés : MM. Planchon, Sayous, Vesson, J. Gaufrès, de Seynes, Montandon et Alfred André,
La discussion est reprise.
M. pe CLAusoNxe tiendrait, si la proposition de la commission est maintenue telle qu’elle a été présentée, à déposer un autre formulaire. Mais il croit devoir attendre que la question ait été vidée.
Sur la demande de plusieurs membres, M. de Clausonne donne lecture du formulaire suivant :
« Vous promettez de prendre pour règle de votre foi la vérité révélée, telle qu’elle est contenue dans les livres sacrés de l'Ancien et du Nouveau Testament; d'annoncer à l’homme pécheur l'Evangile du salut, le pardon que Jésus-Christ assure, et la vie nouvelle qu'il communique par son Esprit à ceux qui s’unissent à lui par la foi;
« De consacrer votre vie au service du Fils de Dieu, votre Sauveur, et de demeurer dans son amour;
« De vous conformer à l’ordre établi et à la discipline de l'Eglise réformée de France, vous engageant ainsi tout particulièrement à respecter en chaire et dans votre enseignement les grands faits chrétiens qui servent de base à ses fêtes et à ses cérémonies religieuses.
« Signé : Borel, Pelon, Schickler et de Clausonne. »
M. Lasserre donne lecture de l'amendement suivant :
« Les soussignés proposent au Synode de substituer au paragraphe 3 de la proposition de la commission, les dispositions suivantes : « Jusqu'à ce que le Synode ait rédigé un formulaire obligatoire de consécration, il autorise les Consistoires à se servir de tout autre en usage dans notre Eglise, à condition qu’il soit conforme à la déclaration du 20 juin. »
« Signé : Eugène de Magnin, Paul Lafon et Lasserre. »
M. DxomBres. — Messieurs, je ne ferai aucune observation sur la proposition de M. de Clausonne, si ce n’est qu’elle est trop faible et qu’elle consacre le salu quo, c'est-à-dire le mal dont nous désirons délivrer l'Eglise. Je désire répondre à M. Martin- Paschoud; il nous a parlé des séditions du passé contre le présent. Eh bien ! je l'avoue, je suis de ces séditieux-là; je défends le passé dans ce qu’il a de bon et de chrétien contre le présent dans ce qu'il a de mauvais. Nous avons laissé beaucoup du passé, mais nous avons maintenu le fond des doctrines professées par nos pères, par les grands chrétiens du moyen âge; nous faisons plus, nous remontons jusqu'au premier passé, jusqu'au christianisme primitif; c’est là pour nous le roc que nous voulons opposer aux flots changeants des doctrines humaines.
M. Martin-Paschoud nous a cité Samuel Vincent et nous l’a montré contraire aux confessions de foi; qu'il me permette de lui répondre en lui citant une lettre signée par lui en 1812. A cette époque,
M. Gasce, professeur à Montauban, avait attaqué la divinité de Jésus-Christ. Les pasteurs de Nimes protestèrent par une lettre ainsi conçue :
« Le seul parti qui lui reste à prendre (à M. Gasc), : est de donner sa démission de sa charge de professeur dans notre Faculté. C’est à quoi nous vous invitons à le forcer. Il le doit à lui-même et à nos Eglises, qui ne souffriront pas qu'on enseigne une doctrine entièrement opposée à celle dont elles font profession. Nous ne prétendons ni l'obliger à enseigner ce qu'il ne croit pas, ni renoncer à une opinion qu'il croit sans doute fondée; mais nous sommes en droit d'exiger qu'il ne forme pas pour nos Eglises de jeunes pasteurs imbus d'une doctrine qui n’est pas la leur, et dont elles ne veulent pas chanæœer. »
Samuel Vincent était un des signataires de cette lettre. (Très-bien ! à droite.)
M. Martin-Paschoud nous a encore cité M. Agénor de Gasparin, cet homme au cœur vaillant et généreux, que nous n'entendrons plus, hélas! ici-bas. Il l'a transformé en apôtre du protestantisme libéral. Il est certain que M. de Gasparin mettait la Bible au-dessus de toutes les confessions, mais il était si peu opposé aux déclarations de foi qu'en 1848, il est sorti de l'Eglise réformée parce que celle-ci avait refusé de reconnaître la divinité de Jésus-Christ. (Très-bien !)
Je ne veux point m'accorder le plaisir de mettre M. Martin-Paschoud en contradiction avec lui-même, mais enfin c’est lui qui a écrit que la doctrine de l'Eglise réformée est clairement enseignée dans la