‹ Histoire du synode général de l'Église réformée de FranceChapitre 16 sur 70 · HISTOIRE DÙU SYNODE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

HISTOIRE DÙU SYNODE GÉNÉRAL

Bible d'abord, puis dans nos liturgies. Voilà ce que dit notre déclaration.

M. Jalabert, après M. Martin-Paschoud, est venu avec beaucoup de douceur, nous conseiller... de ne rien faire. (On rit.) Maïs la douceur de son accent faisait un contraste étonnant avec quelques-unes de ses thèses. Il nous a dit qu'adhérer à la foi de l'Eglise n’est pas un acte protestant. Ah! s'il a voulu parler d'une foi qui s'impose en opprimant la conscience, il a eu raison. Mais vraiment, n’est-ce pas vouloir effacer l'histoire que de nous faire croire que nos pères, que les protestants de tous les pays, qui ont adhéré avec tant d’énerg'ie à la loi de leur Eglise, n'étaient pas protestants ?

Qu'est-ce que l’adhésion à la foi de l'Eglise ? C’est la rencontre de la foi de l'individu avec la foi de l'Eglise. (7rès-bien !) Il est étrange de nous dire que, par un acte semblable, on devient catholique, M. Jalabert nous a dit : Si vous faites une profession de foi, vous allez attirer à vous toutes les âmes faibles, sans vigueur, semblables à de la cire molle. Qu'il me permette de lui répondre que les protestants du seizième siècle étaient les âmesles plus indomptables de leur temps,.et que ce n’est pas dans les pays aux croyances arrêtées que se sont formés les caractères sans consistance. Il nous a dit : « les déclarations de foi sont inutiles. » Inutiles! et pourquoi? Ce qui serait étrange, c’est qu'on ne demandât rien à ceux qui entrent au service de l'Eglise; je crois, comme on nous le disait l'autre jour, qu'un jeune pasteur serait justement étonné si, au moment de l’appeler à son service, l'Eglise ne lui demandait rien. Ia ajouté

que de telles déclarations seraient dangereuses parce qu'elles nous liaient et qu'un Synode prochain pourrait défaire ce qu'avait fait celui-ci. Sérieusement, M. Jalabert peut-il croire à une pareille mobilité? Avons-nous inventé quelque chose de nouveau? Mais les vérités que nous affirmons, elles sont au fond de toutes nos liturgies. Est-ce nous qui avons fait les liturgies? Ah! sans doute, j'espère bien que les Synodes prochains modifieront notre œuvre, mais en la complétant, en l’enrichissant. Aujourd’hui nous avons fait ce que nous avons pu, nous sommes allés jusqu'aux extrémités des frontières chrétiennes pour vous tendre la main.

En ce moment, l'Eglise remplit un saint devoir; elle veille à la pureté de l’enseignement dans son sein. Et qu’on ne vienne pas nous parler d’une haute police. Il n’y à ici ni haute ni basse police, il y a une sainte vigilance qui est pour nous un devoir chrétien : nous le remplissons dans l'intérêt des âmes, car ce qui les affranchit, c'est la vérité. Quand Jésus-Christ a dit à ses apôtres : « Allez, instruisez toutes les nations, » a-t-il voulu parler de l’enseignement primaire ? Non, il parlait de la doctrine qui devait sauver les âmes. Et saint Paul n’insiste-t-il pas sur le maintien de cette doctrine? Cela me rappelle qu'on nous a dit que saint Paul était un hérétique, qu'il ne croyait pas à la résurrection de Jésus-Christ dans le même sens que les autres apôtres. C'est pourtant lui qui a dit : « Il est ressuscité le troisième jour. » Ah! Messieurs, soyez des hérétiques comme lui et c’est avec joie que nous vous recevrons. (Rires.) Est-ce que saint Paul ne rappelle pas le de-

voir de veiller sur la doctrine? Ecoutez ses propres paroles : « Il viendra un temps où les hommes ne souffriront plus la saine doctrine, mais où, ayant une démangeaison d'entendre des choses agréables, ils assembleront des docteurs selon leurs propres désirs. » Eh! Messieurs, ne semble-t-il pas que saint Paul ait parlé en vue de notre temps ? (Aires prolongés.)

On parle de la liberté du pasteur, mais il serait temps de songer à la liberté du troupeau. Or, celleci consiste à pouvoir demander qu’on l’édifie, qu'on ne vienne pas attaquer sa foi. Si vous ne la respectez pas, vous introduisez le despotisme électoral.

Enfin, Messieurs, nous sommes une Eglise synodale, et ici je vous ferai part de mon étonnement; je croyais que la gauche défendrait le congrégationalHisme, et je suis surpris de la voir accepter le régime historique de notre Eglise; toutefois, elle fait ses, réserves, elle défend l’autonomie de la paroisse, dans un sens tel qu’elle la rend absolue; eh bien! nous ne pouvons accepter cette autocratie d’un nouveau genre. Les paroisses sont pour nous les membres du corps de l'Eglise,

Maintenant, je voudrais aborder quelques objections qu’on nous a faites. On nous a dit : « Prenez garde, vous ferez des hypocrites ! » Messieurs, s’il y en a, ils se feront eux-mêmes. Nous ne voulons surprendre personne. C'est à ce moment solennel où il entre au service de l'Eglise que nous nous adressons à la conscience du jeune pasteur, que nous lui disons : Voici la foi de l'Eglise, pouvez-vous l’accepter ? Nous présupposons chez lui non la duplicité,

mais la droiture. (7'rès-bien !) On nous a dit : I faut respecter la sincérité de nos jeunes pasteurs et le travail qui se fait dans leur âme. Certainement. Moi aussi j'ai été jeune, j'ai traversé ces crises intérieures où la foi s’élabore, mais quels qu'aient été mes doutes, je n’ai jamais mis en question ce qu’on vous demande de proposer aux candidats à la consécration. En vérité, si je n’avais pas cru que Jésus- Christ est mort pour nos offenses et ressuscité, je ne serais jamais entré dans le ministère. (T'rès-bien!)

Nous respectons la liberté des consciences par la largeur extrême de notre déclaration ; sur cette base des faits évangéliques, chacun pourra édifier à sa manière, mais le fondement sera respecté.

Oui, il faut respecter la conscience des jeunes pasteurs, mais il faut aussi respecter celle des ignorants, des malades, des faibles, des mourants, de tous ceux qui ont besoin qu’on leur apporte des paroles de vie et de vérité. On nous dit encore : Vous faites de l'autorité, et de nos jours cela n’est pas de mise. J'en conviens, de nos jours on ne comprend pas la vraie autorité, parce qu’on ne comprend pas la vraie liberté. Nous voyons tout une presse frivole qui déverse la raillerie sur les travaux de ce Synode, parce qu’elle ne peut comprendre que des croyants viennent à la face du soleil affirmer leurs convictions. Eh bien! je n’irai pas la flatter. Il y a une autre popularité que je recherche, non pas pour moi, mais pour ma cause. C’est celle qui vient du peuple de Dieu, c’est l'approbation des Eglises fidèles, de celles dont nous avons entendu ici les éloquents représentants. D'ailleurs, il ne s’agit pas ici de l'opi-

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nion; nous obéissons au cri le plus impérieux de nos consciences ; nous avons traversé de grandes perplexités, en mesurant d'avance la portée de nos actes, mais nous sommes arrivés au calme, à ce calme qui remplit l’âme au plus fort de la tempête, lorsqu'elle à pour elle l'approbation de Dieu.

Je m'adresse à vous, Messieurs, qui faites partie du centre gauche. Vous nous parliez tout à l'heure de ce formulaire du Gard que vous acceptez, mais ce formulaire contient, vous l’avez dit vous-mêmes, les mêmes choses que notre déclaration. Si vous les croyez, pourquoi ne les diriez-vous pas avec nous ? Si vous ne voulez pas agir avec nous, nous vous laissons la responsabilité de l'avenir qui menace notre Eglise, de l’envahissement continuel et toujours plus effrayant de l’incrédulité. Placez-vous devant Dieu. Priez et agissez en priant. Vous n'avez pas de raison sérieuse qui vous empêche d’adhérer à ce que nous vous demandons. (Approbation à droite.)

M. PLancxon donne lecture d’un discours écrit. Il dira en toute simplicité, mais en toute franchise, ses impressions sur la proposition. Il part du fait que les laïques libéraux font partie de l'Eglise réformée de France telle que la majorité du Synode ellemême l’a limitée. À vrai dire, ils n’en ont jamais douté, mais ce fait a été consacré par le vote sur les conditions religieuses de l'électorat. L'orateur croit pouvoir déclarer, au nom de ses amis, qu'ils acceptent. tous la vérité chrétienne contenue dans les livres sacrés, et que Dieu révèle à notre cœur et à notre conscience, sans avoir besoin pour cela de troubler l’ordre et l'harmonie qu'il a lui-même établis.

Voix nombreuses. — Mais ce n’est pas la formule. C'est dans un autre sens que le Synode a entendu le mot révélée. (Vive agitation.)

M. PLancHoN. — Cette formule n’écarte aucun de ceux qui acceptent à la fois l'Evangile et la liberté. Or, cette fraction est plus nombreuse qu'on ne veut bien le dire, et ne se réduit pas, comme on l’a affirmé, à un brillant état-major; elle est Zégion (Hilarité), et les simples soldats ne feront pas défection au moment critique. La composition même du Synode suffit d’ailleurs à prouver son importance.

Or, ces laïques, au nom desquels parle l’orateur, sont fermement attachés à leurs pasteurs. La plupart ont plus ou moins passé par l’orthodoxie et commencé par subir l'influence du système calviniste. Plus tard, sous le souffle de la science et l’esprit moderne, ils ont senti la nécessité de se détacher de telle ou telle croyance. Et pour cela ils ont dà lutter jusqu'au moment où ils sont arrivés au port. Mais que seraient-ils devenus au milieu de la tempête s'ils n'avaient eu des pilotes sûrs pour leur tracer la voie? N’auraient-ils pas rejeté peut-être le fond avec la forme et laissé le christianisme pour l'incrédulité ? De là leur attachement pour leurs pasteurs, et ils demandent qu'on les laisse à leur tête dans l'Eglise. Ils ne le demandent pas seulement pour eux, mais pour leurs enfants. Tant que ce troupeau libéral fera partie de l'Eglise, vous lui devez des pasteurs. (Très-bien! à gauche.)

On a dit qu'on respecterait les positions acquises et que les pasteurs actuels seraient maintenus. Mais un seul d’entre eux acceptera-t-il cette posi:

tion exceptionnelle sans dignité, cette sorte de tolérance humiliante? Les troupeaux demandent que leurs pasteurs soient dans l'Eglise avec tous leurs droits, ou qu'ils n’y soient pas. Le refus à cette demande, c'est le schisme inévitable.

Ce qui est vrai du fidèle l’est de la paroisse. On a reconnu au Conseil presbytéral le droit de nommer son pasteur. Or, par vos conditions restrictives, vous annihilez ce droit. Quels conflits n’allez-vous pas soulever dans l'Eglise et dans les familles? Au nom de la paix et de l’union, consacrez vos décisions antérieures, en donnant aux paroisses les pasteurs qu'elles auront choisis. (Approbation à gauche.)

M. Bagur. — Il y a ici deux questions qu’il ne faut pas confondre. Une question d'équité qui est pleinement réservée, c’est celle des pasteurs actuellement en exercice; une question de fond sur laquelle je désire parler. Cette dernière question ‘elle-même soulève deux points : l'Eglise a-t-elle le droit de demander à ses pasteurs l'adhésion à une foi commune? La déclaration que nous proposons est-elle bien le résumé de la foi de notre Eglise?

Sur le premier de ces points, je suis heureux de voir que M. Jalabert et ses amis pensent comme nous, car ils acceptent le formulaire du Gard; donc, entre eux et nous, il n’y à pas désaccord quant au principe. J'en viens à notre déclaration de foi et j'avoue que je ne l'aurais pas acceptée moi-même si ç’avait été une confession théologique et dogmatique, car j'ai horreur du dogmatisme, mais tel n’est point le caractère de notre déclaration. En réalité que contient-elle ? Trois choses :

1° L'autorité souveraine des saintes Ecritures. Eh bien! y a-t-il ici quelqu'un qui veuille nous proposer une autre autorité, par exemple celle de la raison ou de la Conscience? Y a-t-il quelqu'un qui veuille nous soumettre à un autre tribunal que celui de notre Seigneur Jésus-Christ?

2° Notre seconde affirmation c’est celle du salut par la foi en Jésus-Christ mort pour nos offenses et ressuscité. Eh bien! sur ce point encore peut-il y avoir deux opinions ? Y a-t-il deux manières d’être sauvés? À côté de la foi de Jésus-Christ, placeronsnous nos œuvres, nos mérites, nos repentirs ? Mais si nous ébranlions ce principe, nous ne serions plus protestants, nous ne serions plus chrétiens.

3° En troisième lieu nous affirmons les faits chrétiens que l'Eglise rappelle dans ses grandes fêtes. Pouvons-nous admettre qu'on les traite comme des légendes, qu’on lise les liturgies sans y croire? Si nous l'admettons je ne dis pas que nous ne serions pas chrétiens, je dis que nous ne serions plus honnêtes. (7'rès-bien !)

Nous avons laissé aux consciences autant d'espace et d'air que possible, mais il nous semble que lorsqu’on est dans l'Eglise, on doit être en harmonie avec la foi de l'Eglise.

M. Errenxe Coquerez.— Et le Symbole des apôtres ?

M. BagurT.— On me parle du Symbole. Nous avons dit assez clairement que pour nous le Symbole n’est pas une règle de foi, mais un document de la foi. Nous avons rappelé les faits chrétiens tels qu'ils sont contenus, en particulier, dans le Symbole, et rien de plus.

En terminant, je remarque qu'il s’agit ici autant de la liberté que de l'autorité. Les corps constitués de l'Eglise auront, vous l’avez établi, un droit légitime de surveillance sur l’enseignement. Mais on ne doit pas juger sans une règle. Je suppose un Synode ultra-orthodoxe qui veuille me suspendre pour cause de doctrine. Où sera ma défense? Il faut que le pasteur puisse répondre : « Voilà ce qu’on m’a demandé ; voilà ce que j'ai promis d'enseigner. » (7rèsbien ! à droite.)

M. Dexrerr. — Les conditions à imposer aux pasteurs semblent & priori ne regarder que les ecclésiastiques du Synode. Mais comme les pasteurs donnent à nos enfants l’éducation religieuse, leur liberté ne saurait nous être indifférente, et c'est ce qui m'a déterminé à venir comme laïque vous exposer mes idées sur cette question.

Tout protestant trouve à la base de ses croyances l'Evangile, c’est-à-dire l’ensemble des récits, épitres, etc., qui ont trait à la vie de Jésus, à son enseignement, aux actes et à l’enseignement des apôtres. L'Evangile a pour préface l'Ancien Testament ; et c’est l’étude de cette collection considérable de documents, de cet x-folio qu'on appelle la Bible et que possèdent toutes nos familles, qui fournit à chaque protestant les moyens de se former sa foi.

Nous devons tous étudier les Ecritures et pousser cette étude aussi loin que nous le permettent notre science et notre intelligence. M'appuyant sur le principe du libre examen, qui est le fondement même du protestantisme, je ne saurais reconnaître ni à un homme, ni à une assemblée religieuse le

droit d'isoler tels ou tels passages de la Bible ayant trait à certains faits particuliers, pour faire de la croyance absolue à ces faits l'indispensable ou le minimum de la foi. Il est inévitable, au contraire, quedes personnes différentes ne regardent pas comme ayant une importance inégale les même parties de l'enseignement évangélique. Chacune d'elles s’attachera à ce qui frappera le plus vivement son intelligence et son cœur. Ce que je dis des personnes peut également se dire des époques, et l'histoire nous montre que la doctrine chrétienne a constamment varié, accusant de siècle en siècle de profondes modifications. Ainsi les points essentiels pour les uns peuvent être secondaires pour les autres, sans que les uns et les autres cessent, pour cela, d'appartenir à l'Eglise de Jésus-Christ.

Qui dit examen et étude reconnaît par cela même l'obligation d'admettre les conséquences, quelles qu’elles soient, de l'examen et de l'étude, qu'il en résulte la confirmation, la modification ou la transformation des croyances antérieures. Le laïque comme le pasteur subissent cette loi; mais on peut dire que le pasteur, par sa position même, est plus particulièrement entraîné à modifier et à développer de plus en plus sa foi. Aussi me paraît-il plus difficile au pasteur protestant qu’à tout autre de venir déclarer que sa foi est toute faite.

M. Camerorr. — J'ai dit cela et je le maintiens.

M. Dexrerr. — Je dois dire qu'en étudiant les Ecritures, ce qui m'a le plus frappé, ce qui a laissé dans mon esprit l'impression la plus profonde, ce n’est pas la naissance miraculeuse ou naturelle

de Jésus, sa résurrection corporelle ou spirituelle, mais sa vie tout entière caractérisée par un accord complet-de la doctrine et des actes. C’est ce côté du christianisme qui me paraît avoir exercé sur l’humanité l'influence la plus profonde. Tous les jours nous la ressentons, tous les jours nous la constatons lorsque, comparant la vie de notre prochain à celle de Jésus, nous disons de lui qu’il vit ou qu'il ne vit pas chrétiennement. (7rès-bien ! à gauche.)

À ce point de vue, les travaux de la critique moderne me paraissent avoir une importance considérable. Ils ont été pour moi une véritable résurrection de Jésus. Au milieu du voile dont l’avaient enveloppé les enseignements religieux de mon enfance, le Christ apparaissait plutôt comme un être idéal que réel. Les théologiens modernes nous ont rendu Jésus ; ils nous l’ont montré comme une réalité vivante, et le résultat de leurs études a été non de le rabaisser, mais de le relever en nous le faisant connaître tel qu'il a vécu, il y a plus de dix-huit siècles, au milieu des populations de la Judée.

En présence de la variation nécessaire et normale des croyances protestantes, quelles sont les conditions à imposer aux pasteurs? Il n’y en a pas d’autres pour chacun d'eux que d’être en harmonie avec l'Eglise particulière, avec la paroisse qu'il est appelé à desservir. À une paroisse orthodoxe il faut un pasteur orthodoxe, à une paroisse libérale un pasteur libéral. Après avoir été élu, le pasteur doit se proposer pour règle de se maintenir en harmonie avec les fidèles au milieu desquels il est appelé à vivre. (Aires et dénégations à droite.) Il doit se sou-

venir que si sa mission d'éducateur des âmes l’oblige à faire participer les laïques au résultat de ses études propres, elle l’oblige également à régler son enseignement d'après leur niveau intellectuel. La pa-. roisse et le pasteur sont seuls aptes à décider quand ces conditions d'harmonie seront ou ne seront pas remplies, et nulle assemblée n’a le droit d’obliger au préalable le pasteur à souscrire une confession de foi que la paraisse qui l'appelle ne lui demande pas. L'harmonie entre le pasteur et la paroisse nous apparaît ainsi comme la seule solution de la question qui nous occupe. On ne peut à mon avis rien y ajouter, et je regarde comme une cause inévitable de discorde de donner à une assemblée élue par un ensemble plus ou moins étendu de paroisses, — Consistoire, Synode particulier ou Synode général, — le droit d'imposer, dans l'intérêt d’une doctrine déterminée, à la majorité des fidèles d’une paroisse un pasteur qui ne lui convient pas, ou de lui enlever un pasteur qui lui convient. ;

C’est en vue de sauvegarder la liberté de conscience et les intérêts communs des pasteurs et des laïques, qu'au nom de plusieurs de nos collègues et au mien, j'ai l'honneur de déposer sur le bureau l'ordre du jour suivant :

« Le Synode,

« Considérant que la meilleure sauvegarde de l'Eglise est dans la conscience de ceux qui veulent en faire partie, et dans la liberté laissée à la paroisse de choisir le pasteur qui lui convient;

« Considérant que toute confession obligatoire est une mise en suspicion de la sincérité de ceux qui, en

adhérant à l'Evangile, déclarent ne vouloir relever, en matières religieuses, que de leur conscience et de Dieu ;

« Considérant qu'elle aurait pour effet de gêner la liberté et la sincérité de l’enseignement religieux, de créer une opposition dangereuse entre la science et le christianisme, de fausser ainsi l'intelligence et la conscience de nos enfants,

« Passe à l’ordre du jour.

Signé : Auguste Dide, Denfert-Rochereau, A. Bosc, A. Carénou. »

(Vifs applaudissements à gauche.)

M. Viquré.— On a retiré de la proposition qui nous occupe la seconde partie relative aux pasteurs en exercice, on à effacé cette parole qui disait que les positions acquises seraient respectées. Il ne faut plus que cette parole revienne ici. (Æ77e est retirée.) On me dit qu’elle est retirée. Je le sais, mais jy reviens. Voici la situation que vous nous faites. L'avenir de cette Eglise, au point de vue libéral, est fermé, mais vous nous y tolérez encore quelque temps. Nous n’acceptons pas une position pareille, nous ne voulons pas être dans l'Eglise à titre de commisération, de pardon. Rappelez-vous ce que disait Rabaut Saint- Etienne à propos des droits civils des protestants : « La tolérance, nous n’en voulons pas. Il faut que ce mot soit rayé. » On tolère les pasteurs libéraux, parce qu'on n’a pas le courage de les frapper tous ensemble.

Vous savez quelle est la gravité de la situation. M. Dhombres nous a parlé de sa perplexité, de ses

angoisses. Eh bien! demandons à Dieu qu'il nous éclaire tous dans les décisions que nous avons à prendre.

Notre Eglise n’a jamais été dans une situation aussi : douloureuse, aussi angoissante. Vous nous feriez une position impossible si nous accordions à vos délibérations une force absolue et légale. Vous nous amoindririez dans notre ministère. Vous ne nous permettriez plus de faire des consécrations. Lorsqu'un jeune homme partageant nos principes libéraux viendra, dans l’élan de son cœur, nous demander de le consacrer au service de l'Eglise, nous ne pourrions plus lui donner cette consécration. Si vos délibérations avaient une force absolue, nous partirions immédiatement ; mais, je le déclare très-solennellement, nous ne voulons pas être tolérés dans l'Eglise, nous y restons et nous y sommes parce que c’est notre droit et notre devoir.

L'Eglise, c’est notre maison paternelle ; nous sommes les descendants de nos pères, descendants selon la chair si vous le voulez; nous sommes protestants comme vous, nous obéissons à la méthode protestante, nous y sommes plus. fidèles que vous; et j'ose dire que, quant au fond même, nous touchons à la vérité plus près que vous ; dans notre idée sur l’immanence divine qui nous fait parfois accuser de panthéisme, il y a quelque chose de plus profond, de plus chrétien que dans votre sec déisme. Notre Eglise, nous l’aimons de toute notre âme. Son passé, son présent, son avenir, tout nous intéresse. Eh bien ! tout à coup, vous nous dites : Ce droit d'être dans l'Eglise, vous ne l’avez plus. Pourquoi? Parce que

vous êtes des fils égarés. Mais qui nous le dit? C’est l'Eglise. Et où est l'Eglise ? Ici, à la droite. Ah! c’est bientôt dit; mais ne vivez pas dans les fictions. Vous n'êtes pas l'Eglise tout entière, vous n’en êtes pas la représentation authentique. L'Eglise nous apprécie nous aussi, elle nous estime, et (souffrez notre imprudence) elle nous aime. Voilà pourquoi nous restons dans son sein. C’est notre devoir, car nous pouvons y faire quelque bien. Si nous sortions, cette Eglise pourrait dire : Je sens qu'une vertu est sortie de moi! Oui, une vertu, car nous représentons un principe. Si vous sortiez, l'Eglise en dirait autant de vous, et cela serait également vrai.

Oui, vous avez besoin de nous. Il y à aujourd’hui des âmes, et elles sont nombreuses, pour lesquelles le côté magique, mystique, surnaturel du christianisme n’est plus acceptable; elles en préfèrent le côté intime, moral, spirituel, que nous représentons. (Dénégations à droite.)

Peut-être notre parole convient-elle mieux que la vôtre aux hommes du dehors. Elle leur est plus intelligible. Nous avons notre mission à remplir dans l'Eglise; rappelez-vous que, selon la parole de saint Paul, ce sont souvent les membres les plus méprisables qui sont le plus nécessaires.

Notre situation aurait été intolérable, si vous aviez formé une imposante majorité et s’il y avait eu un seul Synode décrétant une fois pour toutes la doctrine de l'Eglise; mais il y aura d’autres Synodes, tout ce que vous faites sera revisé. Nous espérons être bientôt la majorité. Nous avons confiance dans ces grandes assemblées. Il y avait dans la France

d'autrefois ce qu’on appelait des grands jours : c’étaient des époques solennelles mises à part pour reviser les jugements d’une province; les magistrats les plus éminents s’y donnaient rendez-vous, on évoquait là toutes les causes. Il y avait les grands jours d'Auvergne, les grands jours du Languedoc. Eh bien! je voudrais que nos Synodes devinssent les grands jours du protestantisme français, des jours desquels nous attendrions une parole de justice et de vérité, des jours où la conscience de l'Eglise rayonnerait autour d'elle. Restons unis dans cette espérance, ayons confiance en l'avenir, la clarté sera dans nos ténèbres, et nous avons entre nos mains l'instrument de notre délivrance. (Agplaudissements à gauche.)

M. CHaBRière-ARLès. — Nous étions réunis pour travailler à une œuvre de paix, mais si vous nous imposez une confession de foi, vous déchaînerez la guerre ; vous allumerez un formidable incendie.

Qu'êtes-vous après tout? Une majorité de quinze pour cent tout au plus. On nous dit que nous pourrions sortir, mais où irions-nous si nous sortions ? Quelle est l'Eglise qui voudrait nous recevoir? |

Si le Synode tranchait nos difficultés présentes par un vote, il ferait une mauvaise action. Je crois que, si nous nous laissions aller au vrai sentiment chrétien, nous serions bientôt d'accord; il faudrait laisser là cette exégèse subtile, cette gymnastique théologique à laquelle nous autres laïques nous ne comprenons rien.

Sachons apprécier l'Evangile mieux que pat le passé. Moi le premier je fais un acte de contrition, je l’aimerai plus à l'avenir, j'y chercherai plus la nour-

riture de mon âme. Ne serait-il pas indigne de nous de nous séparer, de nous tourner le dos à l’issue de nos débats? Non, Messieurs, il faut sortir de ce Synode non comme des ennemis, mais comme des chrétiens.

M. ArHANASE CoQuEREL. — Un mot encore après les belles paroles que vous venez d’entendre. C’est aussi dans l'intérêt des laïques que je veux parler. On nous a dit que, pour sauvegarder la liberté des troupeaux, il ne faudrait plus à l'avenir consacrer que des orthodoxes. Mais la liberté pour les troupeaux ne consiste-t-elle pas tout d’abord à leur laisser choisir leur nourriture? Laissons là les fictions. Il y a un certain nombre de pères de familles qui ne veulent plus que leurs enfants soient élevés dans la doctrine orthodoxe, ils en craignent pour eux les conséquences. Eh bien ! respectez leur choix, ne dites plus liberté, quand vous faites en réalité du despotisme; vous voulez chasser de l'Eglise tous ceux qui ont une autre doctrine que la vôtre; soit, mais ne dites pas que c’est la liberté des âmes. Il y a un acte de spoliation à enlever aux autres ce qui est pour eux le pain de vie. Je vous demande de bien réfléchir à ceci : Il y à aujourd’hui un grand nombre d'âmes flottantes qui cherchent péniblement leur voie. Vous sentezvous prêts à les satisfaire? Est-ce que nous ne souffrons pas tous de voir si peu d'hommes dans les églises? Eh bien! ce qui éloigne les hommes, c’est l'idée qu’ils ont que la prédication est quelque chose de convenu, qui doit se faire de telle façon, qui ne peut se faire autrement, une sorte de messe parlée au lieu d’être chantée.

Au contraire, quand les auditeurs rencontrent un prédicateur qui ne répète pas des paroles convenues, qui cherche et qui dit tout ce qu’il pense savez-vous ce qu'ils disent? « C’est un homme! » et ils reviennent l'entendre. Quand un prédicateur a souscrit à une confession de foi, il perd son influence, on se dit : c’est une mécanique montée et je‘n'en ai pas besoin. ({wrmures à droite.) Il y a quelques années, un grand prédicateur attirait à Notre-Dame des foules immenses auxquelles il faisait beaucoup de bien. Mais un jour il lui arriva de dévier de l’orthodoxie de son Eglise; aussitôt on lui jeta l’anathème, et pourtant jamais il n'avait été plus respectable qu'en obéissant à sa conscience. (Applaudissements prolongés. Les regards se tournent vers le P. Hyacinthe qui est dans l'assemblée.) Rappelez-vous Luther qui écrivait à un de ses amis de laisser les esprits se heurter et combattre, parce que la vérité sortirait de tous ces conflits. Ce que vous appelez désordre, c’est pour moi un ordre admirable.

Dans ma jeunesse, j'entendais souvent Adolphe Monod prêchant à l’Oratoire, trop petit pour contenir la foule qui accourait, j'admirais la beauté de sa parole, et le dimanche suivant, dans le même temple, un autre orateur que je ne nommerai pas rassemblait un auditoire qui débordait jusque dans la rue; ces deux hommes ne prêchaient pas la même chose, mais plus d’un de leurs auditeurs disait : « J'apprends quelque chose de l’un et quelque chose de l’autre, » et soyez certains que ce qu'ils apprenaient de tous deux, c’étaient les choses le plus essentielles.

Je vais dire une chose qui vous paraîtra insensée.

La gloire de l'Eglise protestante, le secret de son avenir, c’est lindépendance complète de celui qui parle dans ses chaires. Il ne faut pas qu'on puisse penser de lui que c’est une mécanique réglée. S'il se met à parler en songeant qu'il à souscrit à une confession de foi, ne voyez-vous pas qu’il n’osera pas s’en écarter d’une ligne, et alors où sera sa spontanéité ?

Augustin a @it: « Aïme Dieu et fais ce que tu voudras. » Eh bien! moi je dirai au prédicateur : « Crois en Dieu et dis tout ce qui te viendra, » oui, crois au Dieu de Jésus-Christ, au Dieu de l'Evangile et dis sans hésiter tout ce qui remplit ton cœur. Si vous touchez à cette liberté, vous découronnez cette Eglise, et vous lui Ôtez son plus bel ornement. (4pplaudissements prolongés à gauche.)

La séance est levée.

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