‹ Histoire du synode général de l'Église réformée de FranceChapitre 17 sur 70 · SAMEDI 6 JUILLET · texte numérisé non relu

SAMEDI 6 JUILLET

La séance est ouverte à une heure et demie.

Prière de M. le pasteur Ph. Corbière.

M. le modérateur donne lecture à l’assemblée d’une lettre reçue du Synode général de l'Eglise réformée des Pays-Bas, contenant des vœux chrétiens et des encouragements sympathiques à l’adresse du Synode

Le bureau est chargé de faire une réponse conforme aux sentiments fraternels dont le contenu de cette lettre motive l'expression envers l'Eglise des Pays-Bas.

Le procès-verbal est lu et adopté.

M. DELmas père, au nom de la commission des vœux qu'il préside, chargé du rapport sur la proposition déposée par M. Rabaud, relative à la clôture de la session du Synode, le lundi 8 juillet, soumet à l’assemblée une autre proposition délibérée par la commission, fixant la clôture au jeudi 11 juillet, à six heures du soir au plus tard. Cette proposition étant appuyée, sera discutée dans la séance de lundi.

De plus, se fondant sur la nécessité pour le Sy-

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node actuel de traiter directement avec le gouvernement des modifications possibles que la mise en délibération du projet dr loi organique au sein de l'Assemblée nationale pourrait entraîner, la commission est d'avis que le présent Synode se proroge pour une seconde session, qui sera tenue à Paris, à l'époque jugée opportune soit par la commission permanente, soit par le bureau actuel du Synode, dans le cas où il tiendrait lieu de commission permanente.

M. Delmas ajoute que les rapporteurs de la commission des vœux et de la commission des Facultés de théologie sont aux ordres de l'assemblée pour lui donner communication de leurs rapports respectifs.

M. LauRENs annonce que la commission d’org'anisation ecclésiastique a terminé son travail. Une souscommission, déléguée à cet effet, s’est occupée d’opérer, parmi les divers articles votés, le départ entre ceux de ces articles qui concernent la loi à présenter au Corps législatif, ceux qui doivent être réservés à la simple approbation ministérielle, et enfin ceux qui devront entrer dans la discipline.

Le travail de cette sous-commission, ainsi que le tableau des nouvelles circonscriptions synodales, seront présentés au Synode dans la séance de lundi.

L'assemblée, consultée, fixe à mardi le vote sur l’ensemble du projet.

L'ordre du jour appelle la suite du débat relatif à la consécration des pasteurs. |

M. Lasserre. — Le débat actuel a eu un point de départ très-précis : c'est la condition que l'on a

exigée de la part de tout Candidat au saint ministère d’adhérer à la foi de l'Eglise. A cette clause, s'en joignait une autre relative aux pasteurs en exercice; mais elle avait été retirée et semblait hors de la question, lorsque M. Viguié est venu la reprendre. Il est vrai que M. Viguié nous avait dit d’abord : « Nous n’en parlerons pas; » et que, tout d’un coup, se reprenant, il nous à dit : « Eh bien! j'en parlerai. » (Æires.) Je ne sais quel est le nom propre qu'il faut donner à cette figure de rhétorique, mais il m’a semblé que c'était un moyen assez ingénieux de placer, à cette occasion, un discours préparé en vue d’un autre débat. (Vouveaux rires.)

Messieurs, nous nous sommes tus jusqu'ici dans cette discussion. Est-ce que vous n'avez pas compris ce silence? Ce silence vous pèse, nous dites-vous, et vous voulez connaître toute notre pensée; je vous l’apporte avec une entière franchise et un grand respect pour ceux que je dois combattre.

Vous avez dit qu'après l’adoption de ce que nous avons demandé aux candidats, vous resterez dans l'Eglise à titre d'amnistiés, de tolérés, et qu'une telle situation est indigne de vous. Messieurs, j'honore cette réponse, et si j'étais à votre place, j'aurais parlé comme vous. Vous avez raison; entre les nouveaux pasteurs et les anciens, il ÿ à une étroite solidarité. Ceux qui demeurent dans l'Eglise, où ils sont entrés sans condition, sont moralement astreints à adhérer à la foi déclarée, Tel est mon sentiment. Il est vrai que vous avez ajouté : « Cette loi ne nous atteindra pas; nous n’admettons pas votre autorité. Nous sommes dans l'Eglise au même titre que vous, nous y exer-

pa

cons un ministère utile, fécond, honoré. » Encore une fois, je comprends ce langage, sans l’'approuver. Le sentiment du devoir est l'autorité souveraine en matière de conduite.

Mais à ces paroles sont venues s’en joindre d’autres d’un caractère tout différent. Vous avez dit à la majorité qu’elle tenait en mains la situation; que si elle était modérée, elle ferait à l'Eglise une situation qui serait pour nous fous pleine de joie; que, malheureusement, elle ne voulait pas entendre ce langage, que son attitude était tyrannique, et qu’elle porterait seule la responsabilité de ce qui allait arriver.

Or, si c’est là votre sentiment, voici ce que j'ai à vous répondre : Messieurs, nous sommes ici sous la pression d’un mandat impératif, nous ne pouvons faire autrement. Ecoutez : c'était au milieu du massacre de Vassy; dans cette tuerie affreuse, on avait oublié un homme, c'était le pasteur ; on le découvre et l’on dit: « C’est le ministre, ne le tuons pas, conduisons-le au duc de Guise. » Le duc s'adressant à lui, lui dit : « Malheureux, qui t'a donc fait séduire ce peuple? » — « Monseigneur, si j'ai séduit ce peuple, répondit le pasteur, c’est Dieu qui m'a séduit le premier par sa Parole. »

Voilà notre excuse, Messieurs; Dieu nous a fait une raison telle que nous ne pouvons concevoir l'Eglise autrement que comme une société de frères unis par une foi commune. Nous ne pouvons la comprendre autrement. L'Eglise, selon nous, doit dire à chaque candidat : « Voici la foi que je professe, la partages-tu ? Es-tu prêt à la répandre par ta parole,

par tes actions, par ton sang, s’il le faut? » Oui, Messieurs, voilà comment nous comprenons l'Eglise, et si elle ne tenait pas ce langage, elle ne serait pas seulement infidèle à sa mission, elle serait encore insensée. (7rès-bien ! à droite.)

Dans cette conviction, nous avons résumé la foi de l'Eglise sous sa forme la plus populaire. Nous avons demandé à saint Paul, comment cette foi doit être résumée, et si nous nous sommes trompés, c'est Dieu qui nous a séduits. Voici ce que nous à répondu saint Paul : « Je veux, mes frères, vous faire souvenir de l'Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous persévérez, et par lequel vous êtes sauvés, si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé, autrement vous auriez Cru en vain. Or, je vous ai enseigné, avant toutes choses, ce que j'avais aussi reçu, savoir, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures, et qu'il a été enseveli et qu’il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures. » (1 Cor. XV.) Voilà, Messieurs, comment nous avons résumé l'Evangile. (Très-bien !)

Ah! s'il était possible de nous ôter du cœur la conviction que l'Eglise ne peut pas exister en dehors de ces vérités, nous serions, au point de vue humain, bien soulagés, et c’est avec joie que nous vous tendrions la main d'association. Il y a parmi vous des condisciples auxquels m'unit une vieille amitié, des hommes que j'aime plus que je ne puis le leur dire; il y en a d’autres que je ne connais pas, mais que j'honore, mais ils compromettent une cause qui m'est plus chère que la vie, et c'est là ce qui creuse entre eux et moi une ligne infranchissable de démarcation.

On nous dit que notre idée de la foi n’est pas la * vraie, que nous devons nous borner à demander au ministre de prêcher l'Evangile selon sa conscience.

Je suis particulièrement peiné d’avoir à opposer ici ma faible voix à celle de M. Martin-Paschoud dont la vieillesse a droit à tous mes respects; mais enfin, il faut bien le dire, ce système d’après lequel le pasteur ne relève absolument que de sa conscience, savez-vous à qui il pourrait s'appliquer à merveille? C'est à Robinson dans son île. (Aires prolongés.) Il y est seul en effet avec le livre de Dieu et sa conscience pour l’interpréter.

Mais ce n’est pas ainsi que les choses se passent dans la réalité. En fait, voici ce qui arrive : quand un candidat veut entrer au service d'une Eglise, il trouve devant lui l'Eglise anglicane, l'Eglise presbytérienne, l'Eglise méthodiste, l'Eglise réformée, que sais-je encore ? Et il doit se demander s’il accepte la doctrine particulière et la discipline de l'Eglise qu’il veut servir. Vous ne déferez pas l'histoire, Messieurs; or, il est dans la nature des choses que l'Eglise se divise en autant de grands corps qu’il y a ici-bas de grandes conceptions du christianisme. Notre Eglise a elle aussi son caractère, elle a sa foi, elle a ses règles distinctes, elle ne se confond pas avec les autres, et vous ne pouvez faire que ses ministres n’aient à les accepter. (7rès-bien !)

Maintenant je voudrais dire un mot au sujet d’une assertion de mon cher condisciple M. Athanase Coquerel. Il a comparé la prédication orthodoxe à la prédication libérale, il a dit que la première était une espèce de mécanique, qu'elle n'avait point de

spontanéité. Qu'est-ce qu'il a voulu dire? Ah! s'il a parlé d’une orthodoxie sèche et morte, il a eu mille fois raison; mais telle n'a pas été sa pensée, il a dit que notre prédication, par cela même qu’elle a pour base une foi positive, a moins de vie, moins de force, moins d'efficacité. Ah! mon cher ami, vous avez touché là à une question bien délicate. Il ne nous convient point de parler ici de nous-mêmes, et je me rappelle la parole de saint Paul : « Non pas moi, mais la grâce de Dieu qui agit en moi, » c’est à la grâce de Dieu, ce n’est pas à nous-mêmes que nous devons attribuer tous les résultats de notre ministère, Je m'en souviens et je vous dis : « Venez dans ma paroisse, et j'irai dans la vôtre. Vous verrez si les âmes qui ont été confiées à mon ministère ont une foi moins vivante, moins personnelle, moins courageuse que celles que vous avez formées. « Sur ce terrain-là, je ne puis rien vous concéder. Ah! s’il s'agissait du talent, je suis prêt à rendre au vôtre le plus éclatant témoignage, et Dieu m'est témoin qu'en vous entendant j'ai dit plusieurs fois : » Pourquoi ce soldat si vaillant ne combat-il pas avec nous? » Mais il ne s’agit pas ici de talent. En réalité, notre ministère se compose de deux choses, notre misère et la miséricorde de Dieu. (Sensation.) Eh bien ! c'est à celui qui les sent le plus profondément que ‘sont réservées les meilleures conquêtes, non pas les plus brillantes, mais les plus sérieuses. Ne touchez plus, je vous en supplie, à ce sujet-là. Nous, chrétiens évangéliques, nous sommes, nous voulons être plus que personne, les esclaves, les martyrs de notre conscience, et nous ne permettrons jamais qu'on rabaisse

ou qu’on nie les effets que la grâce de Dieu produit par notre ministère. (Applaudissements à droite.)

M. Rasaun. —Je rappellerai d’abord en deux mots ce que nous sommes, mes amis et moi; nous ne sommes ni de Pierre, ni de Paul, ni de Nîmes, ni de Paris; nous sommes de Jésus-Christ; Jésus-Christ est notre maître, notre lumière, notre salut, notre consolation, et si nous devions prendre dans l’Evangile une devise, nous choisirions celle-ci : « Celui qui a le Fils a la vie. » Cela dit, comment se fait-il que, partageant les croyances énoncées dans votre déclaration, nous n’ayons pu nous entendre avec vous? Je vais vous le dire avec franchise. Nous ne nous sommes pas jetés dans vos bras parce que nous avons eu peur d'y être trop pressés. (Aires à gauche.)

Une confession de foi est un étau, nous ne voulons pas de cet étau; en l’adoptant vous nous mettez dans cette douloureuse alternative, de souffrir en quittant l'Eglise, ou de souffrir plus encore en y demeurant. Nous ne voulons pas des confessions de foi, parce qu'elles substituent une œuvre humaine à une œuvre divine, parce qu’elles mettent les croyances intellectuelles au-dessus de la vie morale et religieuse qui, selon nous, est l'essentiel.

Nous ne sommes pas venus à vous parce que vous voulez transformer le caractère de notre Eglise qui a été jusqu'ici une Eglise chrétienne libérale. Nous ne sommes pas venus à VOUS, parce que nous n'avons pas voulu lier sur les épaules des autres un fardeau que nous n'avons pas voulu porter nous-mêmes. Rappelez-vous ici la lettre qui à été adressée à ce Synode par quarante-cinq étudiants de Genève vous

suppliant de ne point adopter de confession de foi.

Votre œuvre est une œuvre de réaction qui dépasse les justes bornes, qui portera les fruits les plus amers. Nous ne sommes pas venus à vous, parce que c’est nous qui avons le droit d'attendre que vous veniez à nous; nous avons accepté la déclaration demandée aux électeurs, nous nous sommes rattachés hier au projet de formulaire de M. de Clausonne, nous avons dit ainsi ce que nous croyons. Après cela, vous parlez de responsabilité, et vous voulez faire retomber sur nous les conséquences de ce que vous appelez l’envahissement de l'incrédulité dans l'Eglise. Eh bien! nous aussi nous en parlerons. Nous rejetons cette responsabilité avec toute notre énergie. L'avenir vous demandera compte de votre conduite. Si l'Eglise réformée doit périr, si on doit prononcer sur elle ce mot historique : Anis Poloniæ, cette responsabilité retombera tout entière sur vous qui nous avez divisés en élevant des barrières, non pas sur nous qui avons voulu les abaisser. (Applaudissements à gauche.)

M. Dermas fils. — Permettez-moi tout d’abord, Messieurs, en vue de tous ceux qui nous écoutent ou qui liront ces débats, de bien préciser la situation des deux tendances, des deux systèmes ecclésiastiques qui sont en présence ici. Il y a d'abord le nôtre (en le nommant le premier, je n’obéis pas, je le sais, aux règles de la politesse, mais c’est l'ordre même de cette exposition qui l'exige). Nous partons de cette idée que l'Eglise est une association à la fois religieuse et humaine. Elle est religieuse, c’està-dire qu’elle vit de sa foi, qu’elle repose sur des

convictions communes, qu'elle doit avoir à sa base l'affirmation des grandes vérités sur lesquelles elle repose. Cela a été surabondamment démontré. Elle est ensuite une société humaine (et c’est sur ce point que j'insiste), c’est-à-dire qu'elle est assujettie aux conditions de toute autre association.

Toute société humaine repose sur une ou plusieurs affirmations. Prenons la famille, c’est la première des sociétés; elle a sa discipline, sa règle, sa foi. Prenons une association politique, vous ne pouvez vous y mouvoir sans vous heurter à chaque pas à la loi de l'obligation. On débat en ce moment l'obligation militaire. Qu'est-ce que le service militaire obligatoire, si ce n’est la plus forte atteinte possible portée à la liberté de l'individu? Pourtant, vous, Messieurs, vous en êtes les partisans très-décidés. Vous voulez même l'instruction obligatoire, et vous avez raison; vous lui sacrifiez la liberté du père de famille, parce que vous jugez que la société a ici les premiers droits. Vous n’accepteriez pas qu’à cause de cela on vous accusât d’être des oppresseurs. Eh bien! ce que vous admettez partout, pourquoi le niez-vous dès qu'il s’agit de la société religieuse?

On nous répond que les fidèles souscrivent à un engagement et que nous n'avons pas le droit d’exiger plus du pasteur que des membres du troupeau. On nous a dit que nous sommes tous « sacrificateurs et rois; » certes ce n'est pas nous qui repoussons cette idée, nous croyons au contraire que nous régnons d'autant plus que nous nous sacrifions davantage. Oui, devant Dieu, nous sommes tous égaux, mais est-ce que le pasteur n’a pas dans l'Eglise une

position spéciale, exceptionnelle? Est-ce qu'il est le premier venu? N'exigez-vous pas de lui des études approfondies, des garanties intellectuelles que vous jugez sérieuses? Or, trouvez-vous étrange que l'Eglise exige à son tour la garantie morale qu'il enseignera conformément à sa foi? Quoi! vous n’ouvrez pas votre famille au premier serviteur venu; lorsqu'il s'agit de l'éducation de vos enfants, de cette charge que vous ne pouvez remplir vous-mêmes, vous voulez que le serviteur qui se présente vous paraisse digne de la mission si élevée qui doit lui être confiée, et ce que vous demandez dans la famille, vous ne l’exigeriez pas dans l'Eglise?

Je parlais, il y aun instant, de la société politique. Eh bien! il y a dans cette assemblée des hommes qui ont voulu y jouer un rôle. Est-ce que vous les avez vus se refuser à signer des professions de foi politique? (Aires et applaudissements.) Est-ce qu'ils ont cru se rabaisser en les rédigeant ? Est-ce qu’ils ont jugé que leurs électeurs étaient des oppresseurs et des tyrans parce qu’ils leur demandaient quelles étaient leurs convictions ? Ils ont fait partie peutêtre de comités électoraux. Est-ce qu'on a trouvé inouï que ces comités eussent un programme clair et défini? Il y a ici des rédacteurs de journaux politiques. Est-ce que ces journaux n'ont pas un programme et certains principes arrêtés? Est-ce qu'une feuille politique peut se mouvoir dans le vague} Lorsqu'un collaborateur vient lui offrir ses services, trouvez-vous exorbitant qu’elle lui demande la ligne qu’il veut suivre, la cause qu'il veut défendre? Mais cela c’est l'évidence même.

Nous sommes ici dans les conditions éternelles de toute association, nous sommes sous la loi impérieuse du bon sens. L'Eglise comme association ne peut pas sortir de cette loi, et en exigeant qu'elle le fasse, vous lui faites des conditions de vie impossibles, vous la conduisez au suicide. (Très-bien! à droite.) Oui, nous avons le droit de dire à celui qui se présente pour servir l'Eglise : « Voici ce que nous croyons, le crois-tu? Si tu le crois, nous pouvons travailler ensemble. Sinon, unis-toi à ceux qui partagent tes idées. »

En vérité, j'établis ici l'évidence, j’obéis aux lois mêmes de mon esprit. Vous nous dites : « Mais vous attentez à la liberté du pasteur! » Je vous réponds : « Mais, de grâce, qui donc l’oblige à entrer dans notre Eglise? » Il est libre, parfaitement libre. Ce qui serait étrange c’est que nous ne lui demandions rien. Vous n’acceptez pas cela, vous nous avez tracé l'idéal d’un pasteur qui ne sait pas aujourd'hui ce qu'il croira demain, qui n’obéit qu’à lui-même, qui n’est lié par aucun engagement, et vous rayez ainsi des sentiments humains l’un des plus touchants et des plus respectables, c'est la fidélité. (Zrès-dien )

Le jeune pasteur se présente devant une Eglise qu'il connaît, dont il a étudié la foi et les principes. Quel embarras peut-il éprouver à dire qu'il partage sa foi, et qu’il veut la servir ? J’ose dire qu'il serait singulièrement mal à l’aise si on ne lui demandait rien, si nul ne lui disait : « Comprends-tu l'engagement que tu vas contracter? » Sa conscience ellemême en serait étonnée.

Le voici entré dans l'Eglise; il enseigne ; Ce sera,

vous l'avez dit, une mécanique montée (Sowrires), je ne m’arrête pas à cette définition ; il y aura en lui des luttes, des crises peut-être. Nous ne le nions pas. Quel sera alors son devoir? Il faudra qu'il se recueille. Si son doute ne porte que sur des points de détail, s’il partage au fond la foi de l'Eglise, il restera, ce sera son devoir; mais s’il en vient à nier cette foi elle-même, il se retirera. Est-ce que la porte ne lui est pas ouverte? Ce n’est pas moi qui y mettrai jamais des verrous. Ainsi pour lui liberté d’entrée, liberté de sortie (Wurmures à gauche), oui, liberté de sortie, et j'ajoute qu’il y a des hommes auxquels notre estime n’a été pleinement acquise qu’à partir du jour où ils sont sortis. (Z'rès-bien! à droite.)

On nous a dit : « Une confession de foi, c’est la mort de la dignité humaine, c’est l'oppression, c’est le catholicisme. » Il serait temps de dissiper ce fantôme du catholicisme. La confession de foi protestante n’est pas la confession de foi catholique. Celle-ci s'impose, elle exige la soumission passive; nous en avons eu récemment en France de bien tristes exemples, voilà pourquoi j'estime que le catholicisme est le pire ennemi de la France, parce qu'il porte atteinte à la conscience; il place devant les âmes ce dilemme mensonger : « Tout ou rien. »

La confession de foi protestante se propose et ne s'impose pas (Z'rès-bien !); aussi, loin d’être un bâillon, elle est un aiguillon qui provoque à l'activité intellectuelle, qui fait réfléchir la conscience. C'est là ce qui nous explique cette parole de M. Colani que nous avons entendue : « Je suis laïque, Dieu

merci. » Cette parole a pu être prononcée ici par un ancien pasteur. Dans le catholicisme, elle serait impossible. Là, une fois ordonné, on ne peut plus, comment dirai-je? on ne peut plus se désordonner. (Aires.) Voilà ce qui est terrible.

Chez nous, au contraire, on reste libre en restant honoré. Que deviennent donc ces reproches d’oppression dont on nous a parlé? Qui, parmi nous, croit en réalité à cette menace du catholicisme ? Personne, pas même ceux qui nous l’ont adressée et qui savent parfaitement que nous sommes d’aussi bons protestants qu'eux.

On nous a dit : « Votre déclaration de foi fera des hypocrites. » Qu'est-ce qu’un hypocrite? C’est un homme qui vit autrement qu’il ne pense, qui a tout à la fois des pensées de dessus et des pensées de dessous, c’est par exemple un pasteur qui, pour ne choquer personne, serait obligé de ne pas prêcher ce qu'il croit. Mais est-on hypocrite, parce qu’on a librement adhéré à la foi d’une Eglise? À ce compte, pensez-y bien, que d’hypocrites vous créez! Ces pasteurs qui sont venus nous saluer au nom d’Eglises croyantes, ces pasteurs dont les paroles ont fait vibrer nos âmes, c’étaient donc des hypocrites! Ces puissantes Eglises d’Ecosse, d'Amérique, qui ont des confessions de foi strictes, ce sont donc des écoles d'hypocrisie!

Ah! Messieurs, cette grande race anglo-saxonne formée par ces Eglises, ce n’est pas elle qui a fourni les Machiavel et les Tartuffe, elle a été la plus haute école de sincérité que le monde ait encore vue. (4yplaudissements prolongés.) Non, nous ne rabaissons

pas le caractère, nous respectons pleinement la conscience du pasteur, et notre système peut se résumer en ce mot : « Le pasteur libre dans l'Eglise libre. » (Très-bien !)

Maintenant, examinons le vôtre. Vous nous avez dit : « Nous ne voulons pas imposer de confession de foi, » vous nous l'avez dit en paroles qui voulaient être douces, et qui, permettez-moi de vous le dire, ont été amères. Vous avez ajouté que vous acceptiez un formulaire, et un formulaire qui affirme les mêmes vérités que notre déclaration. En vérité, cela m'étonne. Est-ce qu’un formulaire ne doit pas être pris au sérieux ? Est-ce qu'en l’acceptant, par hasard, on se réserverait de n’y pas souscrire ? Je cherche imutilement ce qui vous sépare de nous, à moins que ce ne soient des réticences dont nous ne voulons pas. (Très-bien ! à droite.)

Laissons donc là le centre gauche, et venons-en à la gauche elle-même qui parle un langage plus distinct. Elle veut que le pasteur s'engage à prècher l'Evangile selon sa conscience. Voilà donc votre limite, car vous aussi vous avez une limite. J'en prends à témoin cette assemblée. Il n’y a personne ici qui ne veuille des limites. (Æires.) M. Athanase Coquerel nous à indiqué la sienne, il dit au pasteur : « Crois en Dieu et dis tout ce qui te viendra. » Vous l’avez dit, n’est-ce pas!

M. Coquerez. — J'ai dit cela, mais j'ai expliqué ma pensée, en ajoutant qu'il s'agissait du Dieu de Jésus-Christ.

M. Dermas. — C’est selon vous le Dieu de Jésus- Christ, tant mieux; alors vous mettez une limite

plus haute, c'est tout ce que je voulais constater. (Aires prolongés.) Donc, après avoir tant accusé notre intolérance, tout le monde ici veut des limites. C’est entendu, eh bien, je vais examiner la vôtre.

« C’est l'Evangile prêché selon la conscience du pasteur. »

L'Evangile ! le mot est bien vague, car nous ne savons trop ce qui en reste encore pour quelques esprits. Ce ne sont pas même les livres du Nouveau Testament, dont on prend ou on laisse ce que l’on veut. Ji y a autant d'Evangiles que de personnes lorsque chacun le limite arbitrairement. Ah! si c’est l'Evangile, ce serait la grande, la bonnenouvellede la rédemption par Jésus-Christ! Mais nous savons ce qu'on en à fait; par conséquent, il n’y a là qu’une limite essentiellement personnelle et arbitraire.

La conscience ! Qu’entend-on par là? On nous a dit ici que la conscience, c'était l’esprit même de Dieu en l'homme. Si vous acceptez cette définition, il est évident que la conscience est supérieure aux livres saints, que l'esprit de Dieu parlant en l’homme doit juger ces livres inspirés par le même esprit. Donc le pasteur prendra dans la Bible ce qui lui va: cela revient à dire qu'il prêchera sa propre conscience, en d’autres termes, qu'il se prêchera luimême. Est-ce que la conscience est quelque chose qui ne se trompe pas, qui ne se soit jamais contredit? Mais elle est essentiellement mobile, errante et faillible, et si nous devons toujours agir en conscience, cela ne veut, hélas! pas toujours dire en lumière et en vérité. Lisez l’histoire de l'Eglise. Elle est pleine d’insanités, d’égarements, de sectes étranges,

de systèmes bizarres, parfois monstrueux. Oserait-on dire que ceux qui s’égaraient de la sorte n'agissaient pas selon leur consciente? Leur conscience approuvait ce qui révolte la nôtre. Eh bien ! tous ces systèmes, toutes ces erreurs pourraient, d’après vous, être portés en chaire. Qu'est-ce qui empêcherait un Israélite de prêcher dans nos Eglises? Il voit en Dieu un père, en Jésus un sage, peut-être le plus grand des sages. Beaucoup de.protestants ne croient que cela. — Qu'est-ce qui empêcherait de prêcher le catholicisme dans nos Eglises ?

Je dois citer ici la parole d’un pasteur libéral, homme excellent, et que j'ai aimé (M. Pellissier). Un des anciens de notre Consistoire, parlant avec lui de la liberté de la chaire, lui disait : « Mais enfin, s’il vous arrivait de croire à l'Immaculée-Conception, la prêcheriez-vous dans nos temples? » Il répondit oui sans hésiter.

Telle est la conséquence logique de votre système.

Supposons, par contre, qu'un pasteur prêchât une doctrine qu'il croit avoir trouvée dans la Bible et qui révolte le troupeau, la prédestination absolue et la damnation des petits enfants. Vous n'avez contre lui aucun recours. Les âmes seront douloureusement froissées, mais il faudra vous taire, car il aura prêché selon sa conscience.

Donc vous n'avez aucun contrôle. Il est vrai que vous avez parlé des droits de la paroisse. Mais que fera la paroisse vis-à-vis d’un pasteur qui aura répandu les plus graves erreurs? Lui enverra-t-elle des laïques ?

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Ah! Messieurs, vous avez entendu des médecins parler des laïques qui ignoraient leur métier, vous savez ce qu'ils pensent d'eux, et avec quel dédain ils s'expriment sur leur compte. Croyez-vous que les théologiens seront moins hautains, plus bienveillants ? Je voudrais le croire, mais, hélas ! la théologie ne préserve pas toujours de l’aberration ; souvent elle la produit. (Æires.) Il est probable que vos laïques seront éconduits.

Lui enverrez-vous des collègues, pasteurs comm lui? Autre difficulté, c’est alors la rivalité, c’est une espèce de duel où chacun défendra ses droits. Que ferez-vous? Le menacerez-vous? C’est alors que sa dignité se révolterait et qu'il vous parlerait de sa conscience. Le révoquerez-vous? Et au nom de quoi, je vous prie? Il n’a manqué à aucune promesse, il n’a violé aucun contrat. Il vous répondra : «J’ai prêché l'Evangile selon ma conscience, » et vous resterez désarmés vis-à-vis de lui. Vous êtes donc à la merci d’un homme qui n’a ni limite, ni frein, qui pense et qui dit ce qu’il veut. L'Eglise est à ses pieds, elle doit accepter tout ce qu'il enseigne, et c’est ainsi que, tandis que nous proclamons le pasteur libre dans l'Eglise libre, vous établissez, vous, logiquement le pasteur omnipotent dans l'Eglise asservie. (Très-bien! à droite.)

J'en appelle à vous, Messieurs les laïques, qui avez fait entendre ici hier des paroles d'humilité virile. Vous aimez vos pasteurs, avez-vous dit, et nous avons compris vos sentiments, nous les avons respectés; mais il s'agit ici de la dignité, de la liberté de nos Eglises, et ce n’est pas à des conditions

personnelles que vous devez les sacrifier. (Zongs applaudissements à droite.)

M. Coranr. — Un mot seulement à propos d’une: parole de moi que M. Delmas a de nouveau citée. On a supposé qu’en m'exprimant ainsi : « Je suis laïque, Dieu merci! » j'avais laissé échapper l'aveu que le ministère pesait sur ma conscience. Il n’en est rien. Sij'ai donné ma démission de pasteur à Strasbourg, c’est simplement parce que j'étais accablé par d’autres travaux. |

M. G. Dezmas. — J'admets très-volontiers cette rectification ; ce que je veux seulement dire, c’est que l'affirmation de la foi de l'Eglise a poussé certains pasteurs à se retirer ; sans cela, ils seraient encore dans l'Eglise.

M. Paris. — Je viens combattre la proposition qui vous est soumise, l° parce qu’elle est en désaccord avec les principes que vous avez votés; 2° parce qu’elle est en désaccord avec l’esprit même du protestantisme. Vous nous avez ouvert la porte de l'Eglise par l'électorat, et vous fermez les chaires aux pasteurs de notre choix ; vous aurez des électeurs libéraux qui nommeront des Conseils presbytéraux de leur tendance rt auxquels vous refuserez un pasteur de leur choix. N'est-ce pas un attentat à la liberté des paroisses? Sur le second point, je n’admets pas la distinction qu’on a faite entre une, confession de foi proposée et une confession de foi imposée, Le catholicisme n’admettrait pas lui-même qu'il impose des doctrines. La vraie différence entre les deux Eglises est celle-ci : dans le catholicisme, la foi de l'Eglise est antérieure et supérieure à la foi des

fidèles ; dans le protestantisme, la foi de l'Eglise est simplement la résultante de la foi des fidèles. Pour nous, nous voulons des déclarations de foi non imposées; les consécrations auxquelles j'ai assisté et qui m'ont le plus ému sont celles dans lesquelles on n’a pas employé de formulaires. D'ailleurs, nous n’admettons pas la distinction que vous voulez faire entre le laïque et le pasteur.

Il n’y a pas deux vérités, l'une pour le laïque, l'autre pour le pasteur. Il n’y a pas deux Evangiles. Nous avons devant nous deux écueils, celui de la liberté et celui de l'autorité. C’est ce dernier qui est le plus redoutable, car comme l’a dit un homme excellent, M. le pasteur Pellissier : « L'homme aime mieux la servitude que la liberté morale, parce que celle-là est un repos, et celle-ci un effort. » Prenez-y garde : vous allez éloigner des chaires des hommes consciencieux et droits; vos formules, trop vagues pour être des affirmations puissantes, suffisent à enchaîner la pensée dans l'Eglise. (Aux voix! La clôture !)

M. Pfcaur. — Je demande la parole contre la clôture. Il me semble, Messieurs, que ce débat est trop important, qu’il touche à de trop hautes considérations morales pour être terminé aussi brusquement. Nous devons laisser cette discussion prendre son développement normal. (T'rès-bien !)

M. Bors. —Je comprends, Messieurs, que plusieurs ici demandent la clôture de cette discussion. Nous nous répétons de part et d'autre. La plupart des arguments qui se produisent avaient déjà été développés devant nous. [l est pénible d’avoir à entendre

répéter les mêmes choses, il est plus pénible peutêtre de répéter les mêmes réponses. Mais, puisque ce débat se continue et que mon tour de parole est venu, je parlerai, dussé-je me heurter à l’écueil que je viens de signaler. :

J'éprouve du reste ici un grand embarras; est-ce, par hasard, que ma cause serait mauvaise? C’est le contraire; je suis dans l'embarras d'un homme qui doit prouver que deux et deux font quatre, qui doit défendre un axiome.

Quoi! nous sommes réduits, en plein dix-neuvième siècle, à démontrer que, pour enseigner dans une société, il faut admettre les principes de cette société ! Cela me paraît une de ces vérités qui sont, si je peux dire, indémontrables à force d’évidence. Il me faut résumer les objections que vous y avez faites; je les ai notées, et quand je cherche à les saisir, je ne trouve que des arguments qui s'échappent au moment où je crois m'en emparer. Vous nous avez offert le spectacle touchant de laïques qui aiment leurs pasteurs, de pasteurs qui ne veulent pas se séparer de leurs troupeaux, mais tout ce que vous avez dit là-dessus en termes fort élevés me semble dirigé contre la seconde partie de la proposition relative aux pasteurs en exercice, partie qui a été retirée. N'importe! vous l'avez attaquée et vous m'avez rappelé ces orateurs dont le siége est fait et qui prononcent leurs discours lors même que la cause qu'il faut défendre n'existe plus. (Aires à droite.)

Je remarque d’abord que nous sommes tellement d'accord avec le centre gauche que nous ne sommes séparés que par des inconséquences. Ainsi, nos

frères du centre gauche croient, comme nous, que le Fils de Dieu est mort et ressuscité pour notre justification.

M. pe OLAUSsoNNE. — C’est selon.

M. Bois. — M. de Clausonne me dit : C'est selon! Je fais donc exception pour lui, mais je crois qu'il y a dans le centre gauche des hommes en grand nombre qui croient fermement à ce double fait; mais ils ne veulent pas exiger des pasteurs qu’ils y croient; ils affirment comme nous les grands faits chrétiens, mais ils ne croient pas devoir dire qu'il faut les placer à la base de l'Eglise.

Plusieurs voix au centre gauche. — Pardon.

M. Boïs. — Vous le croyez, eh bien! alors nous, sommes encore moins séparés que je ne le pensais. (Rires.) M. Jalabert nous propose le formulaire du Gard qui contient tout ce que contient notre déciaration. Qu'est-ce donc qui nous sépare?

Une voix au centre gauche. — La charité.

M. Bois. — Vous dites : « La charité. » Elle est donc toute de votre côté? Avouez du moins qu’en disant cela vous n'êtes guère charitables, et qu’on ne prouve pas beaucoup de charité lorsqu'on en réclame le monopole. (Æires prolongés.)

Ce qui nous sépare, je vais vous le dire : c’est ce grand mot de « confession de foi. » Vous voulez bien votre formulaire, vous ne voulez pas de confession de foi. Pourquoi? Parce que dans votre formulaire on s'engage simplement à respecter, à ne pas attaquer les faits chrétiens. Eh bien! je ne conçois pas la situation que vous faites au pasteur; elle me semble indigne de son caractère. Quoi ! cet homme peut

considérer ces faits comme faux, et il lui serait interdit de les attaquer? Mais s’il croit que le miracle est une conception fausse de la religion, son devoir est de l’attaquer. S'il croit que la résurrection est une légende, son devoir est de l’attaquer. Quelle si: tuation lui faites-vous? Vous voulez qu'il puisse renier dans son cœur ce qu'il doit respecter de ses lèvres! Eh bien! ce n’est pas ainsi que nous comprenons, nous, la dignité du ministère. (Très-bien! à droite.)

Ona fait un épouvantail de ce mot de confession de foi. Qu'est-ce au fond, Messieurs? C’estune foi qui est exprimée, voilà tout. Vous nous répondez : « C’est une conception particulière du Christianisme. » Je ne le comprends pas. Qu'affirme notre déclaration? Des faits, rien que des faits, du commencement jusqu'à la fin, des faits, que vous affirmiez tous il y a quelques années, des faits que la science théologique a pu expliquer de diverses manières, mais enfin des faits et rien de plus. Nous avons soigneusement évité de reproduire une théologie particulière, et voilà que déjà dans les Eglises du Midi, nous le savons de bonne source, on agite le fantôme de la confession de foi de la Rochelle, on va répétant que nous affirmons la prédestination absolue, la damnation des petits enfants! Est-ce là une tactique permise? Est-ce là de la loyauté ?

Mais je ne veux pas finir sur ces mots avec mes amis du centre gauche. Au fond nous sommes d’accord avec eux pour affirmer le côté surnaturel du christianisme; c’est la foi de l'immense majorité de nos Eglises; dans le vote du 26 juin, nous étions soixante-

dix-neuf qui avons affirmé le caractère surnaturel de la vérité révélée. Et ici, qu'il me soit permis d’exprimer mon profond étonnement de la manière dont on est venu hier expliquer cette affirmation. Nous avons entendu un orateur prétendre qu'il s'agissait de reconnaître «la vérité chrétienne contenue dans la Bible et révélée au cœur et à la conscience. »

Est-ce dans ce sens que nous avons pris le mot révélée? Est-ce que M. Bastie qui l’avait proposé n’a pas dit clairement la signification qu'il lui attribuait ? Est-ce que M. de Clausonne, en invitant ses amis à voter ce mot, n'a pas dit qu'acceptant le caractère surnaturel du christianisme, ils pouvaient le voter? Est-ce que la gauche en s’abstenant n’a pas souligné ce mot? (Znéerruptions à qauche et vive agitation.) Ah! Messieurs, de la droïture! (Vives protestations à gauche.) Oui, de la droiture! Je demande s’il y a une seule personne dans cette assemblée qui ait douté du sens que nous attachions au mot #évélée quand nous l'avons voté. (Vive approbation à droite.)

J’entre maintenant dans le vif de la question. Je m'adresse à ceux qui refusent de demander aucune condition aux candidats à la consécration. On nous a dit que nous voulions immobiliser ce qu'il y a de plus mobile au monde, que la foi protestante est, par sa nature même, perpétuellement en mouvement. Voilà la thèse qu'a soutenue devant nous un héros militaire que nous respectons tous et qui a mieux défendu Belfort que la cause dont il s’est fait ici l’apôtre. (Sowrires à droite et murmures à gauche.) Il nous a dit que ce qui caractérise le pas-

teur protestant c'est qu'aujourd'hui il enseigne une chose et demain une autre.

Ah! certes, nous ne voulons pas, nous, d’une vie chrétienne immobilisée et pétrifiée. Nous voulons le progrès continuel, le développement incessant dans la vérité, mais à condition que la vérité ellé-même reste à la base. Autrement, qu'arrivera-t-il? Prenons des exemples. Aujourd'hui, Jésus-Christ est mort pour nos offenses. Demain il sera mort comme tous les martyrs de la vérité. Aujourd’hui il est ressuscité pour notre justification, demain il sera resté dans le tombeau; aujourd’hui les Ecritures sont la règle de foi, demain c’est un livre respectable où chacun prendra ce qui lui convient.

Voilà les changements radicaux qu'on nous propose comme l'idéal du ministère; voilà la mobilité perpétuelle qu'on a érigée en système. Et pendant ce temps, que devient le troupeau ? Pauvre troupeau obligé de suivre ce pasteur étrange ! (Rires.) Que deviendra-t-il? Où le conduira-t-on? Que croira-t-il ? Ah! l’on nous dit : « Il y a une condition nécessaire : c’est l'harmonie entre le pasteur et la paroisse. » Mais comment établir l'harmonie ertre deux corps perpétuellement mobiles? On nous a dit : « Le pasteur ne brusquera rien, il ira lentement. » Lentement? pourquoi, si ce n'est pas là son pas naturel? (Aires et applaudissements à droite.)

On nous à dit : «Il ne faut pas gêner la spontanéité du pasteur. S'il souscrit à une foi quelconque, il devient une mécanique montée ! » Est-ce que par hasard, dans les Eglises qui ont une foi positive à leur base, la prédication est moins vivante, moins

actuelle, moins puissante? Est-ce que ces grands prédicateurs qui ont remué l’Angleterre et l’Amérique et obtenu des résultats que nous sommes réduits à envier, est-ce qu'ils étaient des mécaniques montées ? Et, je n’ai pas besoin de traverser l'Océan, nous avons en France des frères appartenant à des Eglises qui ont des confessions de foi ; est-ce que leur parole est moins forte que la nôtre? L'autre jour, à cette tribune, un homme nous émouvait profondément par sa parole singulièrement personnelle et puissante. [l appartient à une Eglise qui a une confession de foi. L’appellerez-vous une mécanique montée? Non, ne dites plus qu’une profession de foi glace les paroles sur les lèvres! Les grands mouvements religieux qui ont transformé la société moderne sont sortis d'Eglises qui avaient des confessions de foi plus étroites que la nôtre. (Applaudissements.) On s’est défendu contre le reproche de liberté illimitée. Nous avons demandé : « Où est la limite? » On nous a répondu : «L’Evang'ile et la conscience.» M. Delmas à démontré d’une manière irréfutable que, cette limite, ce n’était rien. On nous a dit: « La limite, ce sera la conscience du troupeau. » Les auditeurs pourront montrer qu’ils ne sont pas satisfaits. Comment ? En s’en allant sans doute, en laissant leur pasteur seul dans le temple? (Æ/5/arité.) Irez-vous plus loin ? Attribuerez-vous à la paroisse le droit de destituer son pasteur? Mais alors, comment échapperez-vous à la mécanique montée? Voyez ce pasteur qui n'a pour règle que l’opinion de son troupeau. Il a devant lui des hommes riches, des personnages influents qui peuvent lui être hostiles. S'il dit ceci, il va bles-

ser l’un, s'il dit cela, cet autre va se scandaliser. Le voyez-vous réduit à dire des choses agréables, à ménager cette opinion toute-puissante de laquelle seule il relève? Où sera sa protection? Nulle part, car vous lui retirez cette confession de foi, ce chiffon de papier comme vous l’appelez, qui, à nos yeux, est la sauvegarde de son indépendance, et l'abri de sa dignité. (7rès-Lien ! à droite.)

Ah! j'en conviens, il ne faut plus parler ici d'omnipotence pastorale, mais n’en triomphez pas, car les extrêmes se touchent, ce que vous obtenez ainsi, c'est l'abaissement du ministère. (Vive approbation à droite.)

Et lors même que l'opinion du troupeau serait Juste, vous savez bien que, dans la plupart des cas, elle n'aurait pas de force. Pourquoi? Parce que le pasteur, pour peu qu'il ait de talent, a une influence considérable, parce qu'il peut aisément faire accepter ses idées en sachant bien les présenter, parce que l’on n’aimera pas à entrer en lutte avec lui. Donc, ou l'omnipotence ou la servilité, voilà le dilemme auquel conduit fatalement votre système, et cela doit être, car il n’y a de vraie liberté que sous la loi; et là où nulle loi n'existe, il n'y a place que pour l'anarchie et le despotisme. (Applaudissements.)

Plusieurs voix. — La loi, c'est l'Evangile!

M. Bois. — Il est facile de dire en termes vagues que l'Eglise repose sur l'Evangile, mais qu'est-ce que cela signifie? Je me rappelle à ce sujet un mot que j'entendis autrefois à Crest, dans une réunion électorale préparatoire au Synode officieux de 1848. Un digne pasteur, M. Meynadier, parlait de la né-

cessité d’une confession de foi. On lui répondit : « Nous l'avons, c’est la Bible. » « La Bible! s’écriat-il, ah! sans doute; c’est comme si vous me demandiez un mot, et comme si je vous répondais : Ce mot je le tiens, je lai; il est là dans ce livre que je porte sous mon bras, car c’est le dictionnaire. » (Æilarité.) Il faut toujours en revenir à ceci : Que dit la Bible? Sans cela nous aurons devant nous un volume et rien de plus.

J'ai fini, Messieurs, mais je voudrais citer en terminant les paroles d’un homme dont le nom mérite d’être prononcé ici avec vénération, de M. le professeur Jalaguier, auquel M. Pécaut a consacré en 1864 un article dont on peut dire qu'il fait le plus grand honneur à celui qui l’a écrit, car c’est peut-être la plus belle page de M. Pécaut. (Sensation.) M. Jalaœuier n’était pas homme à se jeter dans la mêlée des partis, et il y a eu peu d’esprits qui aient plus que lui respecté la pensée d'autrui. Eh bien! dans un opuseule intitulé : Qui peut devenir pasteur ? et que l’on a retrouvé après sa mort parmi ses papiers, M. Jalaguier se demande ce qu'est le ministère au milieu de l’ébranlement des esprits contemporains, après la chute de tous les vieux formulaires, et il s'exprime ainsi : « Vouloir l’assujettir de tout point aux règlements dogmatiques et disciplinaires établis pour une époque et une situation différentes, ce serait méconnaître les nécessités des temps actuels, ce serait exiger, des aspirants au saint ministère, ce qu'ils ne peuvent donner; ce serait éloigner les plus consciencieux, les plus capables, les esprits et les cœurs les plus élevés, pour retenir uniquement ceux qui

suivent les routes battues sans soupçonner qu'il s’en ouvre des nouvelles, ou ceux qui ne voyant dans le pastorat qu'une carrière comme une autre, sont décidés à y entrer et à y rester quand même ; ce serait porter à l'Eglise un coup mortel, sous ombre de la protéger plus efficacement. »

Vous voyez que M. Jalaguier fait la part la plus large possible aux nécessités de notre époque ; écoutez maintenant ce qu'il ajoute :

« Est-ce à dire que le ministère soit livré à toutes les opinions; que tout le monde puisse y entrer sans scrupule, pourvu qu’il retienne les noms de Christ, d'Evangile, de rédemption, quelle que soit d’ailleurs pour lui la signification de ces termes sacrés? Estce à dire qu'à ce titre le fouriériste et l’icarien par exemple, et l'hegélien et l’ami des lumières soient en droit d’envahir les chaires de nos temples et de nos académies? Ce n’est pas une question de discipline ecclésiastique que je pose, c’est une question de conscience et de loyauté. »

Et M. Jalaguier, continuant, montrait qu’il survit au-dessus des règlements surannés, ce quelque chose qui s'appelle la foi de l'Eglise, et il se demandait si l’on peut solliciter la direction d’une société religieuse lorsqu'on est étranger à sa foi et à sa vie; il montrait ce qu'est le christianisme en soi, il le résumait dans les faits éternels qui le constituent, il disait : « L'Evangile, c’est le don que Dieu nous a - fait de son Fils, c’est la grâce qu'il nous à accordée en lui, » etc. ; il disait : « Ce qui reste, après tous les systèmes, c’est ce fait qu’une dispensation éclatant en dehors du cours général de la nature et de la Pro-

vidence, une intervention divine, immédiate constitue le fond même de l'Evangile. » Il ajoutait que « le surnaturel tient aux entrailles même du christianisme, et que là où cette conviction manque, on ne saurait entrer dans la carrière pastorale consciencieusement et loyalement. »

Que faut-il ajouter, Messieurs, à un pareil témoignage? C’est la voix même du bon sens. Pour entrer au service d’une Eglise, il faut avoir la foi de cette Eglise. (Znéerruptions : Pas la vôtre.) On me dit que notre déclaration n’exprime pas la foi de l'Eglise réformée de France. Eh! Messieurs, qu’estce que croit alors notre Eglise? Depuis quand a-t-elle renoncé à croire à l'autorité des saintes Ecritures ou quelle autre autorité a-t-elle mise en place? Depuis quand a-t-elle cessé de croire au salut par la mort de Jésus-Christ? Depuis quand at-elle cessé de célébrer le jour de Pâques Jésus-Christ ressuscité? Ah! je comprendrais qu’un étranger pût tenir un semblable langage. Mais je ne le comprends plus dans la bouche d'hommes qui, chaque dimanche, lisent la confession des péchés et le symbole, d'hommes qui célèbrent nos fêtes chrétiennes et qui récitent nos liturgies. Qu'ils disent, s’ils l’osent : « Ce n’est pas notre foi, » mais qu'ils ne viennent plus nous dire : « Ce n’est pas la foi de l'Eglise réformée de France. » (Vive approbation à droite.)

Messieurs, je ne sais ce qui sortira de ces débats. Nous faisons ici notre devoir sous le regard de Dieu. : Quelles seront les conséquences de nos votes? C’est le secret de Dieu. Mais il ÿ a une chose que nous emporterons en restant fidèles à notre devoir, c’est

votre respect. Je crois que si nous allions sacrifier cette déclaration après tout ce que nous avons dit sur la foi de l'Eglise, et sur l'obligation qui lie nos consciences, un mépris secret pour nous s’échapperait de vos cœurs.

Quant à nous, nous voulons assurer à l'Eglise un enseignement conforme à sa foi, et, tout en travaillant à assurer ce grand but, il y a quelque chose que nous sommes décidés à respecter jusqu’au bout, c’est la vérité et la justice. J'en prends, en ce qui me concerne, l'engagement devant Dieu. (Vive approbation à droite.) ,

M. Juces Gavrrès. — Messieurs, il y a un mot qui pèse sur mon âme depuis le commencement de ces débats. L'honorable M. Bois, dans un discours précédent disait : « On nous fatigue du mot de schisme. » Eb bien, il ÿ a un mot qui me frappe aussi péniblement, c'est le mot d'Æglise. Pour ma part, je suis serviteur de Dieu et non pas de l'Eglise; nos pasteurs ne sont pas des fonctionnaires de l'Eglise, ou du moins ils le sont si peu, et dans des rapports si extérieurs, que cela ne mérite pas notre attention.

On nous parle sans cesse de l'Eglise, des droits de l'Eglise, de la foi de l'Eglise. Cela, mais c’est du du catholicisme ! (Vive agitation. M. Cambefort se lève et déclare qu'il ne se laissera jamais appeler catholique.) Messieurs, il faut bien que vous me permettiez de dire ce que je pense. Or, voici quelle est à mes yeux la différence entre un catholique et un protestant. Un protestant communique directement avec Dieu sans l'intermédiaire de l'Eglise, un catholique, au contraire, communique d’abord avec l'Eglise

qui le conduit à Dieu. (T'rès-bien !) Je ne dis pas que vous soyez des catholiques; je dis qu’en faisant à l'Eglise la place que vous lui faites, vous descendez d’un degré, vous vous placez à un point de vue inférieur.

Les réformateurs avaient délivré le monde du joug de l'Eglise, et une grande joie avait accueilli leur œuvre.Je vois avec douleur se reformer le joug qu'ils avaient brisé.

N'êtes-vous pas frappés d’une analogie? Notre Synode a été précédé d’un concile. Ce concile avait été réuni dans un but tout semblable à ce Synode. Il y avait dans l’Eglise catholique des libéraux qui étonnaient, qui scandalisaient. L'un avait parlé trop ouvertement de sa sympathie pour les libertés modernes, un autre de la supériorité des pays protestants. Pour faire cesser ce désordre, pour assurer l'unité dans l’enseignement, on trouva une formule : l’infailhbilité du Saint-Père, et on étouffa ainsi la voix des catholiques libéraux.

-Ici on à en vue d’autres libéraux, et pour les réduire au silence, on recourt à un procédé tout semblable, on découvre une formule qu’on impose ; je dis que c’est descendre d’un degré.

Nous sommes tous infidèles à notre passé. Je procède pour ma part du beau réveil de 1830. I] y eut alors des hommes vraiment remplis de l'esprit de Dieu : c'étaient des étrangers et des Français: le docteur Cook, MM. Gaussen, Adolphe et Frédéric Monod et d’autres encore; ils étaient en contact si direct avec Dieu, que jamais ils n’auraient consenti à être les fonctionnaires d’une Eglise; ils avaient pris une devise qui vous paraîtra choquante, mais que, pour

ma part, j'admire : « Faire l’œuvre de Dieu avec, sans, ou malgré les Consistoires. »

Si vous êtes nombreux à droite, Messieurs, c'est à cause de ce réveil, si au lieu d’agir comme alors, on avait convoqué des Synodes, vous ne seriez pas : soixante ici. Et savez-vous pourquoi ils sont quarante-cinq à la gauche? C’est parce qu'il y a eu un travail religieux et critique qui les a conduits où ils sont. Ce travail, vous ne pouvez pas l'empêcher, il suit le mouvement naturel des esprits.

Messieurs, nous avons tous subi sous l'empire un souflle de matérialisme qui a produit parmi nous le marasme ; On ne s'est plus préoccupé en France que de ses aises, de ses plaisirs. L'Eglise a été gagnée par cet esprit-là. Elle a besoin d’être relevée, elle ne peut l'être que par la piété. Aussi, si j'émets un vœu, c’est que nous laissions là tous ces papiers, tous ces règlements, toutes ces lois auxquels nous donnons tant d'heures, et que nous nous mettions avec ardeur à l'œuvre. Rappelons-nous cette parole de saint Ambroise, qu'un homme que nous admirons a prise pour épigraphe :

« Rien n’est si dangereux auprès de Dieu, rien n'est si honteux auprès des hommes pour un prêtre, que de ne pas dire librement son sentiment. » (Vive approbation à gauche.)

Plusieurs voix. — La clôture!

La clôture, mise aux voix, est décidée.

On met aux voix l'amendement signé paf MM. Denfert, Dide, Carénou et Bosc, et ainsi conçu :

« Le Synode,

« Considérant que la meilleure sauvegarde de l'E:

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glise est dans la conscience de ceux qui veulent en faire partie et dans la liberté laissée à la paroisse de choisir le pasteur qui lui convient ;

« Considérant que toute confession de foi obligatoire est une mise en suspicion de la sincérité de ceux qui, en adhérant à l'Evangile, déclarent ne vouloir relever, en matières religieuses, que de leur conscience et de Dieu;

« Considérant qu’elle aurait pour effet de gêner la liberté et la sincérité de l’enseignement religieux, de créer une opposition dangereuse entre la science et le christianisme, de fausser ainsi l'intelligence et la conscience de nos enfants;

« Passe à l’ordre du jour. »

L’amendement, mis aux voix, n’est pas adopté.

On passe ensuite à l'amendement de M. Jalabert qui demande simplement le maintien des formulaires sans aucun engagernent d’adhérer à la foi de l’Eglise.

M. JALABERT. —Je ne viens pas répondre à toutes les attaques qui ont été dirigées contre nous. Nous avons toujours entendu que la profession de foi personnelle du candidat devait précéder son admission dans l'Eglise. Si le Consistoire la trouvait insuffisante, il pourrait s'opposer à la nomination.

On à objecté qu’il n’y avait pas de différence entre la confession de foi et le formulaire de consécration. Selon moi, elle est grande, et sans revenir à cette heure avancée sur ce que j'ai dit des confessions de foi, je me bornerai à rappeler que la confession de foi est essentiellement dogmatique, s'appliquant à tous les membres de l'Eglise, tandis que le formu-

laire de consécration s'applique exclusivement aux pasteurs, et n’est autre chose, pour ainsi dire, que la résultante de plusieurs professions de foi individuelles. Le formulaire n’est pas obligatoire; chaque Eglise choisit celui qui lui convient.

Le principal argument qu’on fait valoir contre mon amendement, c’est le mot de fidélité, dont on abuse. I y a la fidélité de la conscience à elle-même, et nous sommes tous d'accord que nous ne saurions être jamais trop fidèles à notre conscience. Mais il y a aussi la fidélité à la conscience ecclésiastique. Or, cette conscience change avec le temps. On ne lui est pas toujours complétement fidèle, etla preuve, c’est qu'après avoir voté votre déclaration de foi, vous n’avez pas voulu déclarer que tous ceux qui n’y adhéraient pas étaient par cela même hors de l'Eglise. Je n’entends nullement faire un reproche de cette inconséquence; j'en félicite au contraire la majorité. Peuta culpa!

T1 ÿ a donc, à l'égard de la conscience ecclésias-. tique, une mesure, une appréciation; ce n’est plus un impératif catégorique. C’est qu'au fond la majorité n'a plus rien à désirer. Elle à en main le régime presbytérien synodal, c’est-à-dire des corps qui peuvent décider souverainement en! matière ecclésiastique. On est forcé de reconnaître qu’on a obtenu sur ce point toutes les satisfactions. Nous ne pouvons pas accorder la dernière satisfaction qu’on demande. |

Ce serait un avortement, ce serait ridicule, nous dit-on, nous nous exposerions au mépris. Je ne le pense pas, et je crois au contraire que si l’on y re-

nonce, on sera dans le vrai, dans le juste. Nous ne vous avons pas suivis le jour où vous avez formulé votre déclaration. Nous serions inconséquents si nous vous suivions aujourd’hui. D'accord avec vous sur le fond, nous différons au point de vue de la conduite ecclésiastique.

M. le modérateur met aux voix l'amendement de M. Jalabert.

M. ANDR* fait observer qu’on ne peut mettre aux voix la suppression d’un article.

M. le modérateur explique qu’en votant owi, on votera pour la suppression, et en votant non pour le maintien de l’article.

Le vote a lieu dans le sens indiqué par appel nominal. Le résultat du vote donne 61 non, 43 oui et Æ absents.

L’amendement de M. Jalabert n’est pas adopté.

M. DE CLAUSONNE veut expliquer la pensée et le but du projet de formulaire qu'il a proposé, dans la séance d'hier, de mettre à la place de celui de la commission, et qui est revêtu de dix-sept signatures; voici ce projet :

« Vous promettez de prendre pour règle de votre foi la vérité révélée telle qu’elle est contenue dans les livres sacrés de l’Ancien et du Nouveau Testament ;

« D'annoncer à l’homme pécheur l'Evangile du salut, le pardon que Jésus-Christ assure, et la vie nouvelle qu’il communique par son Esprit à ceux qui s'unissent à lui par la foi;

« De consacrer votre vie au service du Fils de Dieu, votre Sauveur, et de demeurer dans son amour ;

« De vous conformer à l’ordre établi et à la disci-

pline de l'Eglise réformée de France, vous engageant ainsi tout particulièrement à respecter en chaire et dans votre enseignement les grands faits chrétiens . qui servent de base à ses fêtes et à ses cérémonies religieuses.

« H. Borel; C. de Clausonne; G. Pelon; F. Schickler ; A. Montandon; Ph. Corbière; Camille Rabaud; Camille Lamarche ; Edouard Sayous; Gely de Costelongue; Ed. Borel; F. Gaches ; Ph. Jalabert; A. Colombier; P. Rivet, A. Pintard; G. Besançon. »

Nous avons en vue, dit M. de Clausonne, mes amis du centre gauche et moi, de provoquer la réapparition de cette majorité de 79 à 80 voix qui nous a réjouis dans la séance du 26 juin. La voie était dès lors tracée; pourquoi l’abandonner aujourd’hui? Pourquoi ce retour de la droite vers une déclaration qui n'avait eu qu’un succès combattu, et qui n'avait pas réuni au delà d’une soixantaine de suffrages ? Pourquoi ne pas continuer à chercher ce qui unit plutôt que ce qui divise?

L’orateur voit bien cependant, d’après la disposition des esprits, qu'il ne réussira pas, et il lui en coûte, à une heure aussi avancée, de prolonger la fatigue de l’assemblée et de retarder un vote impatiemment attendu par la majorité. S'il le fait et s’il prie l'assemblée de lui accorder quelques moments de bienveillante attention, c’est qu'il lui paraît important de préciser la situation des diverses fractions du Synode et de constater le contingent de chacun à l’œuvre qu'il s’agit d'élaborer.

L'intention qui a présidé à la rédaction de notre projet, continue M. de Clausonne, a été de ne rien présenter qui ne fût sûr d'avance de l'approbation de la droite. Le premier paragraphe est la reproduction exacte du vote du 26 juin. Qu'on se rappelle le frémissement de satisfaction avec lequel il fut accueilli, et qu’on dise si nous pouvions débuter d'une manière plus heureuse qu’en nous plaçant sous son égide, et en le mettant en tête des engagements à demander aux jeunes candidats au ministère évangélique?

Les deux paragraphes suivants, empruntés au formulaire du Gard, avaient rencontré l’approbation la plus sympathique dans le sein de la commission. Ils respirent les sentiments chrétiens les plus purs, et, par l’emploides mots « Fils de Dieu, » ils onten outre l'avantage, rapprochés de la première phrase, d’achever de rendre sensible notre croyance commune que le christianisme est un fait divin, un don de Dieu, qui ne s'explique pas par le jeu naturel des choses de ce monde.

Nous terminons enfin par la recommandation de respecter en chaire et dans l’enseignement les grands faits chrétiens qui servent de base à nos fêtes et à nos cérémonies religieuses, recommandation qui, si l’on y fait attention, est la mieux appropriée aux nécations et aux excentricités qui, dans ces dernières années, ont froissé bien des consciences,

La droite ne peut assurément qu'y applaudir. Voilà ce que nous offrons; Voilà ce qui pourrait procurerune seconde fois à nos Eglises le spectacle, sinon d’une unanimité impossible, du moins d’une grande communauté de sentiments, en présence de laquelle la

gauche elle-même, si elle conserve des scrupules qui l'empêchent d'adhérer, ne pourrait pas raisonnablement se plaindre et reconnaîtrait, si je ne me trompe, que la situation ne comporte pas une solution meilleure. A droite on nous dit : « Mais pourquoi ne venezvous pas à nous? » EtM.Dhombres nous adjurait hier de le faire, en s’étonnant, comme M. Bois aujourd'hui, qu'avec tant de points communs, nous n’accomplissions pas ce point décisif.

Vous oubliez, continue M. de Clausonne, en s’adressant à la droite de l'assemblée, que si nous avons en effet un point commun capital, et j'ai dit lequel, le caractère divin du christianisme, sur plus d’un autre, nous ne sommes pas identiques, et que dans votre déclaration du 20 juin, toute simple qu’elle paraisse, il ÿ à un germe de doctrines mystérieuses, sur lesquelles il n'est pas étonnant qu’il se manifeste des conceptions différentes ; et lorsque, malgré la peine que jy ai prise, je n'ai pas réussi à mon âge de soixante-quinze ans, à m'expliquer celle que je reconnais avoir pour elle la tradition et plus d’un texte, de manière à me l’assimiler et à pouvoir en faire un aliment véritable de ma vie spirituelle, comment pourrais-je songer à l’imposer à des jeunes gens de vingttrois ans et à exiger d’eux une opinion sur des points hérissés de tant de difficultés? Nous sommes faibles dans la foi si vous le voulez. C’est une raison pour nous tendre la main. Nous ne pouvons nous élever jusqu'à vous; mais rien ne vous empêche de venir à nous dans ce que nous avons de commun, et en pareil cas c’est l'allure du faible qui doit déterminer l'allure du fort. Ceci est dans la nature même dés

choses, et il ne serait pas juste d'y chercher un indice quelconque de ténacité ou de vain désir de triomphe.

En résumé, de 60 voix de majorité nous étions arrivés à 80. Nous voudrions conserver ce chiffre, et nous vous en demandons les moyens. Vous préférez retourner à celui de 60; c’est un recul. Nos Eglises s’en afligeront, et peut-être ne comprendront pas. La responsabilité ne saurait peser sur nous.

L’orateur se plaît à reconnaître que tout ne sera pas absolument compromis, et que plus d’une décision de cette assemblée demeure pour amoindrir les montagnes de défiance dont il parlait il y a quatre semaines. Mais la délibération d'aujourd'hui était une heureuse occasion de les abaisser encore, et il s’afflige profondément de la voir perdre. Nos Eglises n’apprécieront pas tout de suite, avec une netteté sufisante, les détails de nature à les rassurer sur la portée de l’œuvre synodale; tandis qu’elles auraient tout de suite saisi et salué avec bonheur une seconde proclamation de ce chiffre de 80 suffrages, symbole de paix et d'entente.

L'histoire nous raconte que Mirabeau à son Hit de mort, a dit : « Je voudrais bien ne pas avoir enfanté que des ruines ! » Ecartons tout rapprochement déplacé ; mais si dans cette circonstance nous pouvions tout au moins nous rendre la justice d’avoir prodigué les uns et les autres tout ce que nous avons de cœur, de zèle, de ressources, combien il serait triste de retourner dans nos foyers avec la préoccupation de n'avoir peut-être enfanté que des dissensions et des déchirements ! Que Dieu détourne un tel présage !

La proposition de M. de Clausonne, mise aux voix, n'étant pas acceptée, l’article de la commissionest mis aux voix dans les termes ci-dessus énoncés. On

procède à l'appel nominal qui donne le résultat suivant :

Nombre des votants . . . . . 101

— RES CA OC. 7 ROUTE AN OR RSR 7 >. |: GO BARRES RE nrr. - ‘0

M. le pasteur L. VERNES, vice-modérateur, remplace M. Bastie au fauteuil.

M. Lasserre demande la lecture et la mise aux voix de son amendement relatif au second paragraphe de l’article. La commission consentant à retirer ce paragraphe, M. Lasserre retire son amendement, qui n’a plus d'objet.

La séance est levée.

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