GUIZOT
Voix nombreuses. — Très-bien ! très-bien !
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
M. Coran: dépose une proposition signée de vingt membres du Synode, tendant à ce que le Synode formule un vœu ayant pour objet la suppression du budget de tous les cultes reconnus par l'Etat et la création d'une caisse centrale de l'Eglise réformée, fournissant au traitement des pasteurs et aux dépenses du culte.
Cette proposition est ainsi conçue :
« Les soussignés,
« Vu les vœux déposés par plusieurs membres du Synode en faveur de la séparation des Eglises et de l'Etat;
« S'associant à ces VŒUX ;
« Mais considérant qu'il ne suffit pas d’énoncer un principe abstrait, sans application immédiate ; qu'il importe, au contraire, à l'honneur du nom protestant, que le premier Synode de l'Eglise réformée ne se sépare pas sans avoir pris, devant l'opinion publique et devant les pouvoirs constitués, l'initiative d’une mesure décisive;
« Ont l'honneur de proposer au Synode l'adoption des deux résolutions suivantes :
« 1" résolution. — Le Synode général de l'Eglise réformée de France demande, par voie de pétition, au gouvernement et à l’Assemblée nationale la suppression du budget de tous les cultes, à partir du 1® janvier 1874, s’en remettant d’ailleurs à la sagesse du législateur pour toutes les mesures de transition qui paraîtraient équitables ;
« 2° résolution. — Le Synode nommera une com-
mission chargée d'étudier la création d'une caisse centrale de l'Eglise réformée de France, afin de pourvoir, par des dons et des souscriptions volontaires, au traitement des pasteurs et aux dépenses du culte. « Ont signé :
« MM. Colani, Chabrières-Arlès, Ernest Fontanès, Corbière d'Agen, Félix Pécaut, F. Planchon, Ant. Carénou, Aug. Dide, E. Coquerel, J.-J. Clamageran, Aug. Maroger, À. Bosc, E. Gachon, Ollivier de Marichard, H. Bordier, J. Gaufrès, A. Coquere] fils, E. Paris, Paul de Magnin, A. Grotz, L. Causse.
« Paris, le 26 juin 1872. »
L'assemblée propose le renvoi de la proposition de M. Colani à la commission des vœux.
Même décision est prise, relativement à une proposition de M. C. Razaun sur le même sujet, avec des conclusions différentes, et dont voici le texte :
« Nous soussignés,
« Considérant que la séparation de l'Eglise et de l'Etat est aussi conforme à la justice, en plaçant la charge des divers cultes au compte de leurs adhérents respectifs, qu’au réveil de la foi et de la vie chrétiennes, en stimulant pour les alimenter les plus énergiques efforts ;
Considérant que, grâce au souffle de l’esprit moderne, ce principe est parvenu à sa maturité, et doit enfin passer de la sphère abstraite dans le domaine de la réalisation, alors même que cette réalisation appliquée partiellement à l'Eglise réformée, risque-
rait de constituer pour l'Eglise catholique une sorte de religion d'Etat;
« Considérant que le Synode actuel, n’ayant point reçu de mandat spécial pour cet objet, ne saurait prendre une aussi grave détermination sans l'avis préalable des « provinces, » conformément aux anciens usages ;
« Demandons au Synode que, tout en se prononcant en principe pour la séparation immédiate et . complète de l'Etat, il sollicite, avant la mise à exécution, l’assentiment des Eglises dont il doit être, en cela comme en tout, le fidèle organe.
« Camille Rabaud, H. Bordier. »
On renvoie également à la commission des vœux la proposition que M. DipE a déposée avant celle de M. Colani, et qui est ainsi conçue :
« Considérant que la vie religieuse est la loi de l'avenir, que le seul moyen de la fonder est de séparer les Eglises de l'Etat;
« Le Synode émet le vœu que l’Assemblée nationale prononce la séparation des Eglises et de
l'Etat.
« Carénou, Bosc, A. Dide. »
L'ordre du jour appelle la suite de la discussion sur la question des conditions religieuses de l’électorat.
M. LAURENS, rapporteur. — Vous vous souvenez, Messieurs, que notre commission s’est trouvée en face d’un certain nombre d'amendements ; trois opinions se sont formulées dans son sein. Quelques
membres ont pensé que les conditions déjà votées suffisaient parfaitement, et que toute condition nouvelle risquait de blesser la liberté des électeurs et d'amener de fâcheux résultats. La majorité de la commission n’était pas de cet avis ; elle à cru qu’on pouvait demander aux électeurs l'expression de leur foi; les uns ont cru que nous devions déclarer que leur demande d'inscription supposait leur adhésion implicite à la foi de l'Eglise, mais il ÿ aurait dans une semblable déclaration quelque chose qui pourrait ressembler à une surprise.
La majorité de la commission (dix voix contre sept) a pensé que, puisque l'autorité de la Bible est le principe fondamental du protestantisme, on devait inscrire dans la loi électorale la condition suivante : Sont électeurs... «ceux qui reconnaissent l'autorité souveraine des Ecritures en matière de foi. »
Une fois ce point établi, la commission a traité la question des incapacités électorales, elle a sur ce point adopté les règles déjà existantes sauf en un seul détail. La radiation d'un électeur pourra être prononcée par les deux tiers des membres du Conseil presbytéral de son Eglise, tandis que jusque-là l’unanimité était requise.
M. Corgiëre, d'Agen. — Nul de nous ne se dissimule l'importance du présent débat. Pour moi, je suis venu ici avec la ferme intention de plaider en cette matière le maintien du séaéu quo. J'estime que les conditions électorales actuelles sont parfaitement suffisantes. Quand un électeur certifie qu’il a communié, qu’il a reçu la bénédiction nuptiale protestante, qu'il fréquente le culte et participe aux charges de
l'Eglise, il nous offre toutes les garanties désirables. Vous ne pouvez aller plus loin, Messieurs. Vous Tous êtes déclarés souverains; je n’examine pas la valeur de cette prétention (Æwmewrs), mais il est évident: que des mandataires ne peuvent pas destituer leurs mandants. À cette objection, s’en joindrait une autre bien puissante, celle de swôstitution. On se servirait de l'électorat actuel pour se dire seuls membres de l'Eglise, et dire à une grande partie de ces mêmes électeurs : « Vous n’en êtes plus! » Où seraient les conservateurs et les révolutionnaires? Ne faites pas un trente et un mai protestant! Ë
Le Synode ne peut demander davantage des électeurs, par suite de sa position vis-à-vis de l'Etat. Tant que les liens subsistent avec l'Etat, je ne comprends pas les distinctions qu'on à voulu faire entre les conditions civiles et les conditions religieuses. En traitant avec l'Etat, il faut se présenter avec un ensemble complet de législation. Certains articles organiques ne peuvent être Soumis et d’autres réservés, Il faut que l'Eglise fasse connaître à l'Etat son organisation générale, en particulier son règlement de l'électorat. Je ne crois pas que les arrêts du Conseil d'Etat contredisent la thèse que je soutiens.
Je reconnais que l'Eglise seule doit stipuler les conditions religieuses; mais les arrêts se fondent sur ce que l'Eglise n'aurait pas suffisamment parlé. Or, l'Etat va se trouver en face d’électeurs contribuables qui ne voudront pas être rayés d'un trait de plume, et qui lui demanderont de soutenir des droits acquis depuis vingt ans.
Je voudrais savoir si la commission a pris des réso-
lutions sur la non-rétroactivité. Est-ce que les inscrits seront maintenus? Pour les nouveaux électeurs, l'inscription prescrira-t-elle? Leur foi ne peut-elle . changer? Fera-t-on arbitrairement un triage triennal ? Mandera-t-on les suspects? Aura-t-on ün formulaire de scrutin? Affichera-t-on? Si l'hypocrisie n’est pas écartée par la demande et l'acte, tout le reste sera impuissant. Et puis, les électeurs anciens, rayés ou maintenus, en appelleront pour eux ou les autres, par justice, au gouvernement.
Songez au résultat d’une pareille manière d’agir. Ou bien, vous provoquerez contre vous une véritable insurrection, ou bien vous forcerez ceux qu’on pourra appeler les serfs de l'Eglise (Violentes rumeurs) à quitter l'Eglise; vous établirez ainsi une Eglise de professants, ce que pourtant vous ne voulez pas. Or, hier, quand j’applaudissais aux conclusions de M. Babut, demandant la séparation de l'Eglise et de l'Etat, je repoussais ses considérants qui supposent que l'Eglise est fondée sur la profession de foi.
Songez-y, quand la séparation aurait lieu, le catholicisme formerait une puissante Eglise compacte, et ce ne serait pas trop pour le protestantisme que de réunir toutes ses forces en un seul corps contre l’ennemi commun. (Approbation à gauche.)
M. pe SEynes. — Je crois qu’il faut distinguer entre la loi organique et la discipline. En attendant la séparation de l'Eglise et de l'Etat, dont le désir est dans tous nos cœurs, il faut chercher à donner à notre Eglise son autonomie. Or, pour la lui conserver, il ne faut pas la lier par des statuts trop détaillés, Ut les rapports de l'Eglise et de l'Etat.
Je ne vois pas comment, en restant unis dans les mêmes sentiments et les mêmes principes, nous allons au congrégationalisme. Rappelons-nous que nous avons donné une adhésion unanime aux paroles de M. Babut, déclarant que ceux qui participaient au vote devaient remplir certaines conditions de moralité et d’attachement à la religion.
M. Corbière, de Montpellier, a montré le côté insuffisant des conditions d'électorat, purement extérieures, votées hier. La première condition à poser à l'électeur, la première demande à Ini faire est celleci: Etes-vous protestant? Nous avons le droit de lui poser cette question; et la poser comme l’a fait la commission, c’est demander à l'électeur s'il accepte le principe même du. protestantisme, savoir l'autorité souveraine de la Bible en matière de foi.
I y avait deux écueils à éviter : le premier, d’entrer, par des questions trop précises, dans la vie privée de l'électeur, de scruter les consciences et d’éloigner les scrupuleux et les timides, les Nicodèmes. Le second, d'entrer dans des questions théologiques, si on demandait à l'électeur de reconnaître, d'accepter la foi de l'Eglise. La commission a cru éviter ces deux écueils en se plaçant sur le terrain de la Bible, terrain connu de tous, familier à tous. La Bible est le livre populaire par excellence. La commission en est ainsi revenue à la condition délibérée et proposée par le Synode de 1848.
Croire à l'autorité souveraine de la Bible en matière de foi, c'est là le fait primordial de notre existence comme communion chrétienne, c’est l’affirmation la plus simple à demander. Il est bon de rappeler
à l'électeur, dans ce temps dé langueur et d'indifrérence, que quelque chose doit le faire vivre, et que ce quelque chose est sa Bible. (Zrès-bien !)
On s’effraye de la diminution du nombre des électeurs résultant d’une condition religieuse quelconque, et pouvant modifier la nature de notre Eglise de multitude. Mais, en supposant vrai ce résultat, les enfants, les jeuñes gens qui n’ont pas vingt-cinq äns, ne sont pas électeurs, et cependant ils assistent et participent au culte. ;
Vous allez agiter l'Eglise, dit-on. Mais la trouvezvous donc si calme ? L'état de l'Eglise ne peut être pire qu’ilne l’est à présent, et, dans ma pensée, moins nous ferons dans le sens indiqué, plus la tendance séparatiste s’accusera davantage, et le fractionnement de l'Eglise s'ensuivra. Mieux vaut une position franche, même au prix de quelques agitations momentanées, pourvu qu’elle nous conduise à la paix et à l'union, dans un avenir même éloigné.
M. Pu. Consière, de Montpellier. — Je rends hommage aux efforts de la commission pour trouver des conditions simples et actuelles de l'électorat. Mais en passant de la théorie à la pratique, la commission a dévié, car sa proposition n’est pas simple, elle repose sur une base théologique; les fidèles illettrés ne la comprendront pas.
Aussi, je la repousse entièrement, et je soumets de nouveau au Synode la proposition que j'ai déjà faite, je la résume en cette question à poser à l’électeur : Persévérez-vous dans la profession de l'Evangile, et appartenez-vous de cœur à l'Eglise réformée de France? Ceci est clair, simple; l’électeur sait à quoi il répond.
Mais si l'on demande à l'électeur s'il adhère à la foi, aux enseignements de l'Eglise, on retombe dans ce que nous reprochons à l'Eglise romaine. Quand on demande à un catholique ce qu'il croit, sa réponse est celle-ci : Je crois ce qu’enseigne l'Eglise; mais il n’est presque jamais en état de rendre compte de cette foi, de ces enseignements de son Eglise.
Done clarté, absence d'équivoque, expression des sentiments individuels et actuels de l'électeur, tels sont les avantages de ma proposition, sur laquelle je demande le vote de l'assemblée.
M. Maürix. — Je n’ai ni la volonté ni la cabacité de faire un discours ; mais je crois bon de ramener la question sur le terrain pratique, qu’elle semble perdre de vue; c'est là l'œuvre laïque, et j'ai l'honneur d'être laïque.
Ï y à une corrélation naturelle entre la déclaration de la foi de l'Eglise et la question de l'électorat. Le droit électoral est la base de l'Eglise. A qui en accorderez-vous l'exercice ? Déjà, hier, vous avez posé des conditions civiles, quelque peu mêlées à des waranties religieuses, telles que la fréquentation du culte, la participation à la sainte Cène, l'éducation des enfants.
Faut-il demander à l'électeur une déclaration de sa foi ou une adhésion implicite? Pour moi, toute Eglise suppose une foi. Il n’y a pas d'Eglise sans foi, et à l'appui de cette affirmation, je citerai une autorité révérée, celle de Samuel Vincent. Voici ce qu'il écrit :
« Il y a en France une Eglise chrétienne réformée; l'Edit de Nantes, émané du trône, la reconnaissait
formellement. [1 maintient les règlements de sa discipline dans tous les articles qui ne sont point en contradiction avec les lois de l'Etat; il nomme ses professeurs, ses pasteurs; il pourvoit à leurs honoraires.
« Cette Eglise est distincte des autres Eglises chrétiennes, non parce qu’elle croit à toutes les vérités qu’énonce sommairement le Symbole dit des apôtres, mais parce qu'elle a une confession de foi qui lui est propre. l l
« En effet, le Symbole, dit des apôtres, est recu dans toute la chrétienté. En conclura-t-on que la chrétienté ne forme qu’une seule et même Eglise? Comme la conclusion serait démentie par le fait, il faut recourir, pour distinguer les unes des autres les Eglises chrétiennes, à leurs confessions de foi respectives. Ce moyen, qui est simple et sûr, et qu’elles ont employé pour se caractériser, était nécessaire.
« Admet-on une confession de foi? On est membre de l'Eglise dans laquelle elle est professée. La rejettet-on ouvertement ou en partie? On n’est plus membre de cette Eglise, par la raison qu'on n’est point en communion avec elle, et qu'on ne porte point le signe auquel elle reconnaît ses membres. »
Je n’ajouterai rien à ces paroles, dont l'autorité ne saurait faire doute parmi vous. Mais j'en conclus que, pour être membre de l'Eglise, il faut faire acte d'adhésion à la foi de l'Eglise. (4 droite : Très-bien !)
Mais il doit suffire que cet acte soit implicitement contenu dans la demande d'inscription sur le registre paroissial ; on ne saurait faire subir un interrogatoire à chaque électeur. Vous avez exigé de l'électeur la
fréquentation du culte, la participation à la sainte Cène, la bénédiction de son mariage, l'éducation de ses enfants ; il a donc participé à tous les actes de la vie religieuse, et vous iriez lui demander une sorte de billet de confession ! Si vous imposez des conditions trop strictes, vous ferez hésiter à s'y soumettre, dans des Eglises calmes, des hommes pieux, et dans des Eglises agitées ces conditions seront franchies par la passion; elles n’arrêteront personne. Toute loi doit être faite en vue de son exécution; trop rigoureuse, elle n’est pas exécutée.
Si, au contraire, vous mettez dans la loi organique de l'Eglise que toute demande d'inscription implique, ipso facto, l'adhésion de l'électeur inscrit à la foi de l'Eglise; si cet engagement moral est proclamé du haut de la chaire, qui pourra l'ignorer ? Le fidèle qui aura participé aux exercices du culte n'aura aucun doute sur la portée de l'acte qu'il accomplit en demandant son inscription. Je propose donc la rédaction suivante :
« Par le fait de la demande de son inscription sur le registre paroissial, l'électeur adhère à la foi de l'Eglise réformée de France. »
M. Jazagerr. — C’est là une adhésion pure et simple à la confession de foi de l'Eglise.
M. Ermxxe Coquerez. — Je remercie la com-
mission d’avoir enfin posé la question, la vraie, ‘Ja grande question. Au fond, il n'y en a qu'une seule, réservée jusqu'ici. L'Eglise réforméede France resterat-elle ce qu’elle est, ou va-t-elle passer par la plus grave des transformations? Conservera-t-elle les libertés dont elle jouit depuis soixante-dix ans et plus,
ou va-t-elle se remettre sous le joug: d’une confession de foi? En d’autres termes, l'Eglise restera-t-elle unie, ou va-t-elle se diviser? Voilà la question qui agite le peuple protestant depuis que le Synode est commencé, la question qui préoccupe, qui obsède les membres de cette assemblée depuis qu’elle est réunie, et cette question, nous l’avons toujours vue jusqu'ici fuir devant nous.
Il est vrai que nous avons discuté pendant huit jours une déclaration qui nous était donnée comme exprimant la foi de l'Eglise; mais il nous a été dit et redit que la question d'obligation était réservée.
Je remercie la commission d’avoir compris que, posant la question de la condition d’électorat, il fallait la poser pour tout le monde, pour les laïques, pour les électeurs, tout aussi bien que pour les pasteurs. Dans une Eglise protestante fondée sur les principes évangéliques, tous, selon la parole de l’Apôtre, sont « sacrificateurs et rois, » Il peut y avoir différence de fonctions entre le pasteur et le laïque, il ne peut, il ne doit y avoir différence de droits ni de devoirs; tous les membres de l'Eglise ont les mêmes devoirs ; et, si une confession de foi est imposée à quelqu'un, elle doit l'être à tous.
Mais si je remercie la commission d’avoir posé la question et de l’avoir posée ainsi, à un autre point de vue j'estime qu'elle l’a mal posée : soixante et un membres de l’assemblée ont voté une déclaration qui, dans leur pensée, exprime la foi de l'Eglise, Dès lors, il eût été logique, naturel, dès qu'on voulait imposer une condition dogmatique aux électeurs, de leur demander d’adhérer à cette foi de l'Eglise. On ne le
fait point, On détache de cette prétendue foi de l'Eglise un seul dogme pour l'imposer aux électeurs, le dogme de l'autorité souveraine des saintes Ecritures en matière de foi. C’est illogique.
Mais, pour ne compter qu'un dogme, cette formule n’en constitue pas moins une confession de foi. Or, si le Synode a le droit d'imposer aujourd'hui un dogme au corps électoral, dans une session prochaine il pourra en imposer un autre. Le Synode qui lui succédera aura le droit de faire comme lui, et la force des choses, la logique interne qui gouverne les affaires de ce monde, portera à le faire. C’est donc bien d’une confession de foi qu'il s’agit, et c'est pour cela que je repousse la proposition de la commission.
Je ne veux pas revenir sur tous les défauts des confessions de foi; il me faudrait trop de temps. D'ailleurs, M. Clamageran les a indiqués avec une grande force ; et, selon mon sentiment, on ne lui à rien répondu. (Æéclamations à droite.)
J'insisterai sur un point seulement. Le système des confessions de foi est incompatible avec le principe fondamental de notre organisation ecclésiastique, le suffrage universel. J'ai été heureux d’entendre un membre de la majorité, M. Laurens, rendre hommage au décret de 1852, et reconnaître qu’en confiant aux fidèles le soin de choisir les membres laïques des Consistoires et des Conseils presbytéraux, le décret avait réalisé un immense progrès.
On a soutenu, il est vrai, que le suffrage universel était connu de notre ancienne Eglise, la nomination des anciens étant soumise à une sorte de ratification
populaire. Selon moi, on a fort exagéré cela. En tout cas,nulne contesteraquele renouvellement périodique des conseils de l'Eglise par des élections triennales ne soit un fait nouveau. Or, ce fait est incompatible avec une confession de foi. Dans notre Eglise, les deux opinions en présence se balancent comme nombre ; la majorité peut très-bien changer à l’époque du renouvellement. Si le parti dominant fait une confession de foi, il y insère nécessairement les dogmes qu'il professe ; il confesse sa foi, il l'impose, c’est-à-dire qu'il exclut du scrutin ceux qui ne pensent pas comme lui. Est-ce tolérable ?
Nous avons en France bien des partis politiques ; si des lég'itimistes, pour prendre les extrêmes, disaient que la royauté de Henri V, héritage quatorze fois séculaire, est de droit divin, que pour être admis à exercer ses droits de citoyen, il faut le reconnaître, ils imposeraient une petite profession de foi légitimiste aux électeurs avant de les inscrire. Le pourraiton? Ou bien, si les républicains soutenaient que la République est de droit divin, le fruit légitime, légal du suffrage universel, et s'ils demandaient comme condition d'admission sur les listes électorales une adhésion au principe républicain, il n’y aurait qu’une voix pour protester contre un pareil abus. C’est pourtant là ce que vous voulez faire. Vous voulez que, pour être électeur, on adhère à la foi d’une majorité qui sera minorité demain. Je repousse le projet de la commission, parce qu'il propose une confession de foi.
Je le repousse aussi à cause du contenu de cette déclaration de foi. Cette formule, « l'autorité souve-
raine des saintes Ecritures, » est vague, obscure. En un sens, et en l'interprétant à ma façon, je pourrais peut-être y adhérer. En effet, je crois à l'autorité : des saintes Ecritures, mais je serai plus dans le vrai en disant que personne parmi nous n'y croit. (Prolestations à droite.)
L'Eglise catholique seule est logique, parce que, à côté de l’Ecriture, elle place une autorité infaillible et vivante, qui est toujours là prête à fixer le sens de l'Ecriture, à en donner l'interprétation souveraine. Mais nous, qui reconnaissons.à la conécience le droit d'interpréter, nous ne pouvons plus parler d'autorité souveraine. L’Ecriture, qu'est-ce? Personne ici ne reconnaît une autorité souveraine à tous les livres, à toutes les pages réunies dans ce volume que nous appelons la Bible. Aucun membre de cette assemblée ne croit à l'autorité souveraine du Cantique des cantiques. (Protestations à droite.)
M. Couperc. — J'y crois, moi!
M. Er. Coquerez. — Du moins, il en est peu qui l’'admettent.
Pasteurs, fidèles, quand nous ouvrons la Bible, nous choisissons ce que nous comprenons, ce qui nous édifie ; c’est notre conscience qui choisit ; c’est donc elle qui est souveraine. S'il s’agit du sens de l'Ecriture, le résultat est le même. Lorsqu'un des électeurs auxquels vous voulez imposer cette formule viendra vous dire : Saint Paul enseigne que l'homme est sauvé par la foi sans les œuvres, et Jacques dit le contraire ; où est donc l’autorité souveraine? Que lui répondrez-vous? (A droite : Cela a déjà été dit.)
On me dit que cela à déjà été dit, je réplique que
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c'est bon à redire, et la preuve, c’est précisément les interruptions. Enfin, la déclaration porte en matière de foi. Qu'est-ce qui est matière de foi dans l'Ecriture? Qu'est-ce qui ne l’est pas ? Qui fera le triage ? L'individu, le fidèle, à l’aide de sa raison et surtout de sa conscience religieuse. Mais alors c’est cette conscience qui décide, qui est souveraine, et non l’'Ecriture. (Vives protestations à droite.)
Qu'on le veuille ou non, soit qu’il s'agisse de ce qui, dans la Bible, est réellement la parole de Dieu, soit qu'il s'agisse du sens vrai de cette parole, soit qu’il s'agisse de ce qui est réellement matière de foi, c’est toujours forcément, pour tout le monde, la conscience religieuse qui prononce en dernier ressort, et qui fait autorité, non le texte de l’Ecriture. C’est pourquoi l’autorité souveraine dont on parle n'existe en fait pour personne.
Je repousse donc la proposition de la commission, d’abord, parce qu’elle constitue une confession de foi, ensuite en raison du contenu même de cette confession de foi. Je demande que l'Eglise reste en possession de la pleine liberté en matière de foi, dont elle a joui depuis soixante-dix ans, ou plutôt depuis deux siècles. On appelle anarchie ce que j'appelle moi la liberté. Mais cette anarchie prétendue a-t-elle donc porté de si mauvais fruits? Depuis soixante-dix ans, l'Eglise a fait d'immenses progrès (Z'zclamations) ; le travail de la pensée s’y est développé ; la vie s’est répandue, réveillée, et le Synode même, devant lequel j'ai l'honneur de parler, est une preuve irréfutable des bons effets de la liberté, Nous avons eu, il est vrai, des difficultés, des conflits, et n’y en a-t-il pas eu d'aussi
graves en d’autres Eglises qui ont des confessions de foi ? Et n’a-t-on pas eu autant de peine à les résoudre que nous pouvons en avoir ? Je pourrais citer de nombreux exemples.
Peut-on affirmer que, l'Eglise une fois mise sous le joug d’une confession de foi, il ne s’élèvera plus de conflits, de difficultés semblables ? J’estime, au contraire, que la seule question de l'interprétation de cette confession de foi en suscitera de plus nombreux, de plus difficiles à résoudre. Je ne nie pas les inconvénients de la liberté ; mais je crois qu'on ne doit pas arguer de ces inconvénients contre la liberté même, et, pour moi, je préfère la liberté avec ses orages, ses périls, mais avec la vie féconde qu'elle permet, à ce lourd sommeil qui s’emparerait des esprits si jamais notre Eglise se replaçait sous le joug d’une confession de foi. ( Vifs applaudissements à gauche.)
M. Sourer. — Le discours que vous venez d entendre, Messieurs, n’est pas sérieux. (Vombreuses réclamations à gauche et au centre.—Cris : A l'ordre !)
M. le modérateur engage M. Sohier à retirer son mot et à le remplacer par un autre. Le mot est retiré sans être remplacé.
M. Somer. — Je ne veux pas passionner le débat; mais j'ai été vivement ému de voir traiter la Bible comme l’a traitée le précédent orateur. Il est triste, il est douloureux d’entendre parler ainsi de la Bible, qui à fait notre Eglise, qui nourrit nos âmes, qui console nos mourants, qui est la révélation de Dieu aux hommes, et d'entendre un tel langage dans le temple même de Dieu. (7rès-bien ! à droite.)
On nous dit : Nous redoutons qu'après avoir posé un dogme comme condition de l’électorat, vous n’en posiez un second, puis un troisième, ainsi de suite. Et après ? L'existence de Dieu est aussi un dogme. De quel droit l’imposez-vous à l’électeur, si vous n'avez pas le droit de lui imposer celui de la souveraineté de la Bible en matière de foi? Otez l’idée de Dieu, la conscience humaine s'éteint; il ne reste plus que la bête. Hors de la Bible il n’y a pas de protestant, et, pour moi, un pasteur qui décline l'autorité de la Bible n’est pas un pasteur. (Applaudissements à droite.)
Sous prétexte de liberté de conscience, on veut repousser ce que l’on appelle le joug de la Bible, et l’on oublie que les hommes de la liberté par excellence, les fondateurs des libertés modernes, ce furent nos pères qui étaient avant tout les hommes de la Bible. Que ceux qui ne croient pas à la Bible ne viennent pas nous donner des leçons de liberté ! La Bible est la vraie source de la liberté, parce qu’elle est la source de l’affranchissement du péché. (Zrèsbien !)
Il est bon de rétablir l'autorité de Dieu sur les âmes. C’est y arriver que de demander à l'électeur l’adoption de la base de toute liberté, l’aveu de l’autorité de la Bible en matière de foi. Dira-t-on que cette autorité de la Bible est un dogme obscur, inconnu, quand dans nos prédications, nous, pasteurs, nous prenons nos textes dans la Bible ? Nos paroissiens savent bien qu’elle vient de nos pères, cette vieille Bible d’Osterwald qu'ils ont en vénération, et où ils cherchent et trouvent l'édification, la consolation, l’adoration de
leur Père céleste, quand ils ne peuvent se rendre au culte public.
Dans nos Eglises, on distribue le Nouveau Testament aux catéchumènes; on donne la Bible aux nouveaux époux; il n’est pas un fidèle qui ne sache ce que c’est que la Bible; ce livre est la règle populaire acceptée par le cœur de tous. Et l'électeur ne saurait pas ce que c’est que la Bible! Pas un n'ignore qu'elle est la règle de la foi, la parole de Dieu. (7rès-bien ! à droite.)
M. Juces GaurrÈès. — Je voudrais appeler l’attention sur certaines contradictions que j’entrevois dans les pensées de l’assemblée, et qui résultent de contradictions dans les faits. Une Eglise de multitude, comme l’est la nôtre par tradition et par tendance, ne peut se gouverner comme une Eglise de professants. La situation n’est plus la même, et si, pendant deux cents ans, nos pères se sont soumis sans difficultés à la confession de foi, et à ses quarante articles, depuis le réveil de l'Eglise réformée, vers 1820, il y a eu des conceptions diverses de l'Eglise qui se sont fait jour. Il a été admis, par exemple, que l'Eglise n’est pas la totalité des protestants, mais qu’elle est seulement composée de ceux qui professent les sentiments spéciaux du christianisme. On veut élever ce fait isolé à la hauteur d’un droit. Je crains que cela ne soit possible qu’en établissant ainsi, si l’on peut, des cercles concentriques de l'Eglise : l'un pour les croyants, les vrais chrétiens, les électeurs, l’autre pour la multitude. Ce système inconnu à nos pères, qui signaient tous la confession de foi, qu'ils fussent personnellement pieux ou non, est peu con-
forme à l'esprit protestant, aux idées modernes, au principe du sacerdoce universel, au vrai sentiment de la fraternité et de l'égalité chrétiennes.
De plus, il ne peut s'établir sans injustice, sans déposséder de leurs droits déjà anciens des électeurs inscrits qui n’ont jamais été astreints à des conditions dogmatiques. Toute injustice s’expie. Des injustices déjà commises dans notre Eglise ont créé de regrettables agitations. Celle qu’on commettrait par l’adoption de cette condition électorale multiplierait horriblement ces agitations. Mieux vaut avoir des difficultés, même graves, sur les bras, que d’avoir des difficultés plus graves avec les injustices. La justice est la vertu première de l'Eglise ; elle passe avant la piété, quelque excellente que soit celle-ci, car elle en est la condition essentielle, comme elle est la garantie de l'existence de toute société. -
Interrompue pendant vingt minutes, la séance est reprise à quatre heures et demie.
M. Laurens, rapporteur, croit devoir affirmer de nouveau que la disposition adoptée par la commission n’a pas d'effet rétroactif.
Quelques-uns des collègues de l’orateur lui reprochent d'engager l’opinion de la commission, sans avoir provoqué une nouvelle discussion. — Les interpellations se croisent.
M. Coraxt. — Je demande que le Synode interrompe ses séances jusqu'à ce que la commission puisse lui apporter un projet complet de loi électorale. Jamais une assemblée n’a délibéré dans de pareilles conditions. (Agitation.)
M. Vicuré. — Messieurs, la situation qui nous est
pa
faite est impossible. Je vous apporte ici toute la perplexité de mon esprit. Toutes ces questions sont mal posées. Hier nous avons voté avec entrain le régime synodal. Si on avait discuté sur ce point, j'aurais soutenu que ce régime avait toutes mes sympathies, j'aurais dit qu'il est une nécessité de la situation. Vous avez voté une déclaration de foi. Nous ne l’acceptons pas, mais nous restons dans l'Eglise. Pourquoi ? Parce que nous croyons au régime synodal, parce que nous pensons que, grâce à ce système, nous qui sommes aujourd'hui minorité nous pouvons être demain majorité. Oui, le Synode peut nous faire espérer cela. Mais quel Synode? Il y a Synode et Synode. S'il est le produit d’une élection arbitraire, s’il n'est plus la représentation exacte de l'Eglise, nous ne pouvons plus l'accepter. Donc vous auriez dû commencer par la loi électorale et ne pas nous la proposer ainsi après Coup.
Quant à cette loi, nous vous avons proposé, nous aussi, des conditions religieuses. Je dis religieuses, non dogmatiques. La vôtre est dogmatique. Ne le sentez-vous pas? Oui, «la souveraine autorité de l'Ecriture, » c’est une formule doctrinale. Et qu'il nous soit permis d'exprimer notre vénération filiale pour la Bible; nous l'aimons autant que vous, peutêtre mieux que vous; nous la comprenons mieux parce que nous nous attachons non à la lettre, mais à l’esprit.
Cette condition dogmatique, vous l’avez adoptée à une infime minorité dans votre commission, et vous allez l'imposer au peuple protestant tout entier ! Mais c'est là une énormité. Messieurs, un homme que je
regrette de ne pas voir siéger dans cette enceinte, un homme de la droite (M. Pédézert), a écrit des lettres à propos de ce Synode ; il a dit: « Ne craignez rien! Vous évoquez le joug d’une confession de foi et le fantôme d’une scission; ce sont là des rêves ! » Ces fantômes, hélas! nous les avons devant nos yeux. T1 dépend de vous de les faire disparaître. Je l’attends de votre justice et de votre charité. (7rès-bien! à gauche.)
M. Sayous. — J'ai pris la parole pour soutenir avec une conviction profonde la proposition de M. Philippe Corbière :
« Comme vous l’avez promis lors de votre première communion, persévérez-vous dans la profession de l'Evangile et appartenez-vous de cœur à l'Eglise réformée? » Je suis convaincu que le vote de cette proposition pourrait nous éviter ce qui serait à nos yeux un effroyable malheur, le schisme dans l'Eglise réformée de France.
J’appartiens au centre gauche ; mes amis et moi ne pouvons accepter l’article proposé par la commission, car c’est une véritable confession doctrinale. La vérité sur le débat actuel est ceci : on peut demander à l'électeur trois-choses : ou les conditions anciennes, ou une adhésion à l'Evangile et à l'Eglise réformée rédigée comme la nôtre et qui s'adresse avant tout à son cœur et à sa conscience, ou une condition doctrinale. Supposons que ce soit cette dernière que l’on vote à une majorité semblable à celle de l’autre jour, par 61 voix contre 45. Que feront les membres de nos Eglises qui ne pourront l’accepter? M. Guizot nous disait l’autre jour qu'ils pourront rester dans
l'Eglise comme fidèles et non comme électeurs ; mais c’est une situation qui est impossible aujourd’hui ; je l'aurais comprise avant 1848. Alors les plus imposés étaient seuls électeurs.
Mais aujourd'hui, se voir privé de l'électorat religieux pour des motifs religieux, c’est une situation que l'on n'acceptera pas. (Approbation à gauche.) L'humilité n’est pas la vertu favorite des protestants, et je ne crois pas qu'ils consentent à l’exercer à ce point. La commission a, je le sais, choisi la forme la moins blessante pour atteindre son but; quels seront pourtant les résultats de l'adoption de sa proposition ? Les électeurs seront diminués, et quels sont les éléments que perdra l'Eglise ? Beaucoup de jeunes hommes pieux, qui cherchent péniblement leur voie, qui la cherchent en priant, ne pourront dire qu’ils acceptent l'autorité souveraine des saintes Ecritures.
Is auront des scrupules, et qui sait si plus tard ils ne seraient pas arrivés à reconnaître ce qui, à nos yeux comme aux vôtres, est la vérité chrétienne? Vous les aurez écartés, mais vous n’aurez pas éloigné les hommes immoraux, ceux dont l’inconduite est notoire ou qui, sans être encore connus, sentent le besoin de s'appuyer sur quelque chose de respectable, sur l'électorat religieux. Ceux-là signeront tout, et si, par impossible, cette assemblée décrétait qu’elle est infaillible, ils y consentiraient. (Approbation.)
Je ne suis pourtant pas pour le séa{u quo.
Je crois qu'il est bon d’avoir à la base de l'Eglise une déclaration, mais je la veux avant tout morale et religieuse ; ainsi rédigée, elle n’effrayera personne ; elle n’affaiblira pas l’union de notre pauvre Eglise
réformée de France. Hélas! ce n’est pas la tunique sans couture, c’est la tunique déchirée, rapiécée, noircie sur le champ de bataille, mais que nous aimons, que nous respectons. (Jrès-bien !) Pour conserver cette union, je vous demande beaucoup de charité. Les disciples disaient après s'être trouvés avec le Seigneur ressuscité: « Notre cœur ne brülaitil pas au dedans de nous? » Je voudrais que nous puissions dire la même chose, et que dans nos âmes nous sentions brûler la sainte flamme de la charité. (Applaudissements.)
M. Ar. — Je m’associe aux paroles touchantes de M. Sayous; oui, que la flamme divine de la charité brûle dans nos cœurs, mais que cela n’affaiblisse pas notre résolution; lorsque nous avons trouvé qu’une chose est bonne en principe, nous devons nous y rallier sans nous soucier des conséquences. (Æwmeurs à gauche.) Si l'Eglise a une foi, elle doit la mettre à la base de ses institutions.
J'ai été aussi ému par les paroles de M. Viguié. Il nous a dit qu'il était pour le Synode, qu’il aurait défendu le régime synodal si on l'avait attaqué ; mais alors pourquoi ses amis et lui ont-ils fait tant d'opposition à la convocation de ce Synode? M. Viguié a dit de fort belles choses sur la Bible, mais je me permettrai de lui dire qu’il y a ici des hommes qui aiment la Bible tout autrement que nous. Ils la déchirent, ils la flagellent, et puis ils lui disent : «Chère Bible, je te serre sur mon cœur, mais je te châtie parce que je t'aime. » (Zong rire.)
M. Etienne Coquerel a dit que personne dans cette assemblée n’admet l’autorité souveraine des saintes
Ecritures. Pour ma part, je l’admets sans être théopneuste ; autrefois l'autorité de la Bible était le minimum de ce qu'admettaient les protestants libéraux, comme on l’a bien vu au Synode officieux de 1848.
L’excellent M. Pécaut nous a dit : « Il y a des raisons de cœur que la raison ne comprend pas; » j'ai été heureux de voir M. Pécaut se rencontrer ainsi avec Pascal; il avait raison; il y a, pour admettre l'autorité de la Bible, des raisons de cœur qui frappent les plus illettrés, les plus pauvres; ils savent trèsbien pourquoi ils l’admettent, ils comprennent que Dieu leur parle dans ce livre. On a dit qu'il était inutile d'affirmer l’autorité de la Bible; je vous demande pardon. Pendant longtemps, il a fallu résister à ceux qui mettaient au-dessus d'elle les confessions de foi; maintenant il faut résister à ceux qui mettent au-dessus d’elle la conscience individuelle. Pour moi, j'incline ma raison devant les enseignements de l'Ecriture ; quand je ne comprends pas, j'attends (Applaudissements à droite), persuadé que la lumière se fera un jour dans mon âme.
Cela dit, j’ajouterai que je trouve la proposition de la commission un peu dogmatique. (44! ak! à qauche.) Or, il faudrait éviter tout ce qui ressemble à la dogmatique. Il ne nous faut point parler en théologiens. D'un autre côté, la proposition de M. Corbière est trop vague, et celle de M. Maurin suppose une adhésion implicite à la profession de foi que le Synode a formulée. (7Zrès-bien! à qauche.) Voilà pourquoi je proposerai un amendement ainsi conçu :
« Seront électeurs... ceux qui déclarent rester attachés de cœur à l'Eglise réformée et à la foi
chrétienne contenue dans les livres sacrés de l’Ancien et du Nouveau Testament.»
Plusieurs voix à gauche. —Très-bien! très-bien ! Nous acceptons cet amendement.
M. Pa. CorBrère. — Je déclare m'y rallier.
Une vive agitation règne dans l'assemblée.
M. Bastie, modérateur, cède la présidence à M. Louis Vernes et monte à la tribune.
M. BasTie. — J'accepte l'amendement de M. Abt, mais je demande qu'on y change un mot, un seul, qu’on substitue le mot révélée au mot contenue. (Ah! ah! et sourires. Vive approbation à droite.)
M. BaBuT. — Alors, rédigez-le clairement et mettez « la vérité révélée, telle qu’elle est contenue dans les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament. (T'rès-bien ! C’est cela!)
Plusieurs voix.—La clôture de la discussion g'énérale !
M. Louis VERNES, vice-président. — Vous venez d'exprimer le désir que la discussion générale soit close.
M. ETIENNE CoQuERELz. — Mais personne n’a demandé la clôture. (Oui, oui.)
La clôture de la discussion générale est mise aux voix et adoptée.
M. Louis VERNEs. — Nous avons maintenant à voter sur les divers amendements : M. Abt déclare se rallier au sous-amendement de M. Bastie et accepter le mot révélée. Je demande à M. Corbière s’il reprend l'amendement primitif de M. Abt qu'il avait déclaré accepter.
M. CorBière. — Je le reprends.
M. Louis VERNES. — Très-bien. D'un autre côté il y à une proposition de M. Maurin portant que «par le fait de son inscription, l'électeur adhère à la foi de l'Eglise réformée de France. » Veut-on voter sur cette proposition ?
M. JALABERT. — Quelques mots seulement à ce sujet. Je n’admets pas, et personne n’admettra, qu'on puisse interpréter ce que fait un électeur. Lui seul est juge de ce qu'il fait. Les actes portent leur interprétation en eux-mêmes. Je ne puis accepter ‘une adhésion implicite qui serait une véritable surprise.
M. Maurix. — Je proteste contre cette interprétation de mon amendement. Où sera la surprise, où sera l'arbitraire, s’il y a une disposition de la loi, très-nette, très-claire, portant que, par le fait de son inscription, l'électeur adhère à la foi de l'Eglise réformée ? Chaque électeur agira en pleine connaissance de cause.
M. CHaBrIÈRE-ARLÈS. — Je suis un représentant de la 18° circonscription, et qu’il me soit permis d’exprimer le regret que notre vénérable président, M. Buisson, ne soit pas dans ce Synode. (4 74 question !)
Quant à moi je suis énergiquement opposé en principe à toute confession de foi collective ; je ne crois qu'à la foi individuelle. Il y a des choses sur lesquelles aujourd’hui les laïques sont indécis. Pour moi j'ai des indécisions colossales. (On rit.) Je ne comprends pas qu’on vienne demander aux électeurs d’adhérer à des articles de foi. (Approbation à gauche. Aux voix !)
On vote sur la proposition de M. Maurin. Cinq membres seulement se lèvent pour l’appuyer.
M. Coranr. — Je demande que l'on vote sur l'amendement primitif de M. Abt, adopté par M. Corbière.
M. Apr. — Je remonte à la tribune parce qu'il me semble qu'il faut tout faire pour arriver à l’union.
On a proposé de mettre dans mon amendement le terme révélée et j'ai adhéré à cette proposition. Mais si ce mot nous divise, pourquoi le maintenir? Pourquoi le mot quand la chose y est? (Vives protestalions à droite.)
L’amendement parle des vérités chrétiennes, donc la révélation y est. (Pas du tout.) Aussi je maintiens mon amendement, (Marques d'impatience et exclamations à droite. Approbation à gauche.)
M. Faure, — Je ne voterai pas cet amendement qui dit que la vérité est contenue dans l’Ecriture. Pour moi, et j'ose le dire, pour les troupeaux, toute la Bible est la parole de Dieu; la vérité n’est pas ce que chacun trouve par ses explications individuelles, Je vais citer des faits qui prouveront.. (7nterruptions. À la question !)
Je repousse l'amendement au nom de nos Eglises.
M. Louis VERNES. — On va voter sur l'amendement de M. Abt.
Une première épreuve a lieu, par assis et levé, et semble donner à l'amendement de M. Abt une cinquantaine de voix.
Plusieurs voixt.— On n’a pas compris. Nous demandons le scrutin nominal,
M. Ar. — Je retire mon amendement. (Zwc/amations.)
M. Louis Vernes, — On n’a pas le droit de retirer
un amendement au milieu d'un vote. Nous allons procéder au scrutin nominal. Chaque membre répondra «oui» ou «non» quand il sera appelé.
Le résultat du scrutin est celui-ci : il y a 42 voix pour l’amendement, 59 contre, 6 absents et une abstention.
On met ensuite aux voix l'amendement tel qu’il a été modifié par MM. Bastie et Babut. Le voici : « Sont électeurs. tous ceux qui déclarent rester attachés de-cœur à l'Eglise réformée de France et à la vérité chrétienne révélée, telle qu’elle est contenue dans les écrits sacrés de l'Ancien et du Nouveau Testament. »
M. DE CLAUSONNE. — J'ai voté le premier amendement. La différence du second porte sur le mot révélée ; or, pour ma part, j'accepte le fait de la révélation et je supplie tous ceux qui pensent comme moi de voter l'amendement actuel, car il y aurait dans un vote unanime quelque chose de très-heureux.
M. Coran. — Nous nous abstiendrons.
M. Pauz pe MaGnin. — Nous demandons à expliquer notre vote. (Aux voir! aux voix!) Nous ne voterons pas contre, nous nous abstiendrons.
On procède à l'appel nominal. 77 membres votent pour; il y a 24 abstentions et 7 absents. (Sensation prolongée.)
La séance est levée.