‹ Histoire du synode général de l'Église réformée de FranceChapitre 20 sur 70 · IL · texte numérisé non relu

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changer. $i elle trouve place dans le règlement, il suffira d’un simple décret ministériel.

M. VaumiGauD appuie ces considérations. Quant à la crainte de voir un Synode futur changer à cet égard les décisions actuelles, il ne la comprend guère de la part de personnes qui pensent que ce même Synode peut changer même la doctrine. Quel mal y a-t-il dès lors à ne pas vouloir le lier sur la périodicité de ses réunions ? L’orateur pense qu'on pourrait, par exemple, mettre dans la loi la disposition suivante :

« Le Synode général se réunit de droit aux époques et selon les règlements déterminés par la discipline, »

M. Laurens.— Le principe a été adopté, et il n’est pas question d’ 4 revenir. Îl s’agit fr de savoir si ce principe doit trouver sb dans la loi org'anique ou dans les règlements.

M. Borez demande si la déclaration de foi est dans les règlements ou dans la loi organique.

M. Laurens. — Elle est dans les règlements.

M. VauriGauD. — Il serait étrange que tous les Synodes futurs eussent toute latitude de changer la déclaration de foi, mais non pas celle de changer la périodicité des réunions synodales.

M. CLAMAGERAN croit que ce n’est pas là ce que l'assemblée avait entendu. D'ailleurs, en mettant cette disposition dans la loi organique, on échappe au besoin d'obtenir l’autorisation du gouvernement à chaque convocation du Synode.

M. Marrer expose brièvement la question. Sans revenir sur le vote, ce qui n’est dans la pensée de personne, On se demande si la disposition fera partie de la loi ou du règlement. Or, la commission propose

de demander que le gouvernement nous accorde, dans la loi, de nous réunir aux époques fixées par le règlement.

M. VauRIGAUD, — Quant à laisser au Synode la faculté de se déjuger, c’est là, il faut bien l'avouer, le propre du régime synodal.

M. Coaxr croit que dans ces termes vagues on n'obtiendra pas l’assentiment du gouvernement, et que celui-ci ne voudra pas se lier devant l'inconnu.

M. CramaGEraN. — Vous pourriez avoir une loi établissant de droit la réunion annuelle du Synode, et vous n'aurez qu'un règlement.

M. VauriGaup. — Le point capital à sauvegarder, c’est la réunion de droit; mais nous est-il permis de lier nos successeurs pour l'avenir, en mettant dans la loi la réunion annuelle?

M. le général pe CHapaup-Larour pose le cas où des circonstances urgentes nécessiteraient la réunion d'un Synode moins d’un an après qu'il se serait déjà réuni. N’est-il pas prudent de sauvegarder le droit de l'Eglise à la provoquer sans s’exposer à violer la loi organique ?

M. River rappelle que le fait de la réunion annuelle a été posé.

M. VauriGaup tient à poser le principe que, pour ce qui est des questions de doctrine ou de gouvernement intérieur, l'Etat a à connaître et non à juger.

M. le modérateur mettant aux voix la disposition proposée par M. Vaurigaud, M. JALABERT demande la priorité pour sa proposition, à savoir que le principe de la réunion annuelle du Synode figure dans la loi organique et non dans le règlement.

La proposition de M. Jalabert est mise aux voix et n’est pas adoptée.

Celle de M. Vaurigaud est mise aux voix et adoptée.

L’ensemble de la loi organique est mis aux voix et adopté.

L'ensemble de la partie réglementaire est mis aux voix et est également adopté.

M. Coran: demande l'impression immédiate et la distribution de ces documents. .

M. Laurexs répond que la commission avait prévu la demande et allait la prévenir. Il ajoute que les Conseils presbytéraux et les Consistoires en recevront également communication, et que de fait ils pourront en dire leur avis.

M. VauriGauD demande qu’il soit bien entendu que c'est à titre de simple communication, et non pour leur demander un avis quelconque.

M. Le MoDÉRATEUR. — C’est bien entendu!

M. Breyrox donne lecture d’un article de la loi de germinal, portant qu'aucune décision doctrinale ou dogmatique ne pourra être publiée avant que le gouvernement en ait autorisé la promulgation.

M. Coran fait remarquer qu’il s’agit dans ce texte d’une publication officielle.

MM. Bois, DE CLAUSONNE, DE PREISSAC, ALFRED Axpré et plusieurs autres membres demandent l’envoi de ce document à toutes les Eglises, à titre de simple communication.

M. FaucHER demande qu’on le joigne à la lettre synodale, dont l'envoi a été décidé.

L'impression et l'envoi du texte de la loi organique

et des règlements à toutes les Eglises de France sont votés.

La séance est suspendue.

Elle est reprise à quatre heures et demie.

M. Verxes, modérateur adjoint, remplace M. le modérateur au bureau.

M. Arrren AnDRÉ donne lecture de la proposition suivante :

« Qu'il plaise au Synode de demander au gouvernement :

« 1° Qu'un aumônier militaire protestant soit désormais attaché, à titre permanent, à chacuñ des corps de l’armée active ;

« 2” Que dans la prochaine loi d'organisation militaire, les droits des soldats protestants soient clairement fixés, afin qu'ils puissent participer librement aux exercices de leur culte, et se trouver, par contre, exemptés autant que possible de tout assujettissement obligatoire à des exercices du culte catholique. » (7'rès-bien! très-bien!)

M. AxDRÉ fait remarquer l'intérêt de cette proposition, maintenant que les militaires vont être groupés en grands corps d'armée, Les soldats isolés ne sont pas aussi enclins à rechercher les secours religieux que lorsqu'on peut les former en groupes relativement considérables.

La seconde partie de la proposition est délicate. L'Assemblée nationale vient de décider, sur la proposition de l'évêque d'Orléans, que les militaires auraient désormais toute facilité pour assister à la célébration de leur culte, quel qu'il soit. Mais il est encore une question à régler, question de discipline

autant que de conscience, relative aux honneurs militaires à rendre au viatique, au Saint-Sacrement, dans les processions et ailleurs. M. André estime que l'appui moral du Synode pourra être d’une grande utilité pour la solution de la question dans les démarches qui vont être faites dans ce but auprès du ministre de la guerre.

Les deux paragraphes de la proposition de M. André sont successivement mis aux voix et adoptés.

M. Pernessin donne lecture de la proposition suivante :

« Qu'il plaise au Synode de demander au gouvernement de nommer des aumôniers protestants de la marine dans les ports de guerre. »

L'honorable membre expose en particulier ce qui se passe à Toulon, où cet aumônier existe déjà, mais à l’état et dans des conditions semi-officielles. [1 serait urgent que le poste fût officiellement créé à Toulon et dans les autres chefs-lieux de préfecture maritime.

M. MazLeT. — Indépendamment des pasteurs titulaires qui peuvent déjà exister dans ces localités?

Une voix. — Bien entendu !

La proposition est mise aux voix et adoptée.

M. DE SEYNES propose d'ajouter un autre vœu, relatif aux prisonniers militaires protestants. Il voudrait qu’ils fussent rattachés au même pénitencier, où des mesures seraient prises pour qu'ils pussent recevoir les soins d’un aumônier de leur culte.

M. le général pe CraBaup-Latour.— Il serait possible que le ministère objectât à cette concentration le long parcours. Peut-être serait-il plus pratique de demander plusieurs pénitenciers au lieu d’un.

La proposition, sous cette forme nouvelle, est adoptée.

M. Frossanp, ancien aumônier de l’armée d'Orient, demande qu'on soit autorisé, partout où il ÿ a un camp, à avoir un lieu de culte protestant.

M. DE CHapaup-Larour rappelle qu'on l'avait enfin obtenu au camp de Châlons. Il lui semble naturel qu'on généralise la demande, et la fonction de l'aumônier régional, s’il nous est accordé, serait précisément de desservir ce lieu de culte.

La proposition est mise aux voix et adoptée.

M. VERNES D'ARLANDES croit utile d'exprimet un vœu au nom du comité d'administration de la caisse de retraite pour les pasteurs. Cette institution est connue. Près de trois cents pasteurs y sont actuellement affiliés. Elle sert quarante pensions de retraite, et subventionne dix-neuf veuves de pasteurs. Son capital social s'élève à près de 400,000 fr., auxquels il faut ajouter une somme égale versée, au nom des pasteurs affiliés, à la caisse des retraites pour la vieillesse. Cette institution devrait être généralisée et rendue obligatoire, et le conseil, en appelant sur elle l'attention du Synode, désirerait provoquer une solution pour la prochaine session. Les pasteurs âgés ont un droit spécial à la reconnaissance de l'Eglise.

M. le modérateur appuie vivement ce vœu. Il donne ensuite lecture de la proposition suivante :

« Les soussignés, délégués au Synode général,

« Ont l'honneur de soumettre à cette assemblée la proposition suivante :

« Le Synode général n’ayant plus qu’une session

de deux jours, à partir de mercredi 10 juillet, il y aura deux séances générales, l’une de huit heures et demie du matin à onze heures, et l’autre de une heure à cinq heures du soir. R

« L. de Richemont, Jules Nouguier, Laforgue, Gaufrès (M.-J.), G. Planchon, Ph. Corbière. »

Cette proposition est mise aux voix et adoptée.

M. Basrie, soulevant la question des circonscriptions synodales, expose qu'il lui paraît impossible qu’un pareil groupement soit fait en assemblée du Synode. Le tableau actuel, malgré ses défauts, ayant en somme été jugé préférable à ce qu'on a essayé jusqu'ici de lui substituer, le système le plus simple et le plus pratique serait de s’en tenir provisoirement à ce tableau, du moins jusqu’à la session prochaine, où l'on pourrait charger une commission spéciale d'élaborer un nouveau projet de groupement sur des bases qui puissent être acceptées de tous.

M. PerNessiN ajoute qu’il faut, dans ce cas, bien établir que le mode actuel de réparation servira pour les élections, jusqu’à nouvel ordre.

— C’est entendu!

M. VauriGauD demande que le projet de groupement, élaboré par la commission, soit renvoyé aux Synodes particuliers, nommés d’après le décret du 29 novembre, qui donneront leur avis.

M. JaraBERT ne voit pas la nécessité de les réunir dans ce but unique. Ce sont les Consistoires qui sont les plus intéressés dans la question.

M. PERNESSIN présente sur ce sujet la proposition suivante : À

« Le Synode, saisi trop tard de la question des circonscriptions synodales, décide que jusqu’à nouvel ordre le mode de répartition, indiqué par le décret du 29 novembre 1871, sera employé pour la convocation des Synodes tant particuliers que géné- Taux.

MM. Bapur et Paris, chargés de présenter des rapports sur des sujets qui touchent à des questions de personnes, demandent qu’on renvoie l'examen de ces questions à la séance de demain matin qui, dans ce Cas, ne serait pas publique.

Adopté.

M. Monxre, secrétaire de la commission des vœux, énumère les diverses questions sur lesquelles des rapports doivent encore être présentés au Synode.

Le premier de ces rapports, sur la proposition de MM. Paul de Magnin, Seignobos, H. Borel, Gachon, Viguié, Basile Rives, Mourgues, Camille Rabaud, est relatif à la création d’un second Consistoire dans l'Eglise de Paris.

M. le comte DE PREIssAC, rapporteur, en donne lecture :

« Messieurs, votre commission des vœux a eu à examiner une proposition signée de M. Paul de Magnin et sept de ses collègues, qui demande au Synode général, « sans se prononcer d’ailleurs sur le fond du débat, d'émettre le vœu qu’il soit créé à Paris un deuxième Consistoire, et que les électeurs soient libres de choisir celui des deux auquel ils préféreront se rattacher. » L

Tout d’abord, votre commission a pensé que cette proposition ne pouvait recevoir aucune suité, car elle est manifestement conttäire aux dispositions législatives que vous avez déjà adoptéés, et qui ne permettent pas l'existence de deux Conseils presbytéraux et encore moins de deux Consistoires dans la même paroisse. :

Vous avez aussi décidé que les circonscriptions paroissiales ne pouvaient se former qte par des divisions géographiques et non at moyen de groupements par affinité.

Cependant, quelques membres ont pensé que l'Eglise de Paris était dans une situation toute spéciale, que les divisions fâcheuses qui règnent dans son sein, et auxquelles il serait si désirable de voir porter remède, que son importance à tous les poitits de vue s'opposait à ce que cette proposition fût écartée par une fin de non-recevoir, et ont désiré qu’elle fût examinée à titre d'exception.

À cela, il à été répondu qu’une demande écartée comme contraire à là loi ne pouvait prétendre qu’elle était repoussée par une fin de non-recevoir, qui ressemble toujours un peu à un déni de justice; la loi n’est pas une fin de non-recevoir. (7rès-bien ! à droite.)

Que la situation de Paris n’était pas la seule exceptionnelle, et on a cité comme se trouvant dans le même cas les Eglises de Tonneins, Vauvert, le Havre, Montauban et plusieurs autres ;

Que d’ailleurs l'affaire n’était pas instruite, puisque ni le Conseil presbytéral, ni le Consistoire, ni le Synode provincial de la circonscription n'avaient été appelés à donner leur avis;

Que non-seulement ces corps avaient à donner leur avis, mais à juger l'affaire aux différents degrés de juridiction que vous avez établis.

En dehors des considérations légales que je viens de vous faire connaître, il y aurait un procédé fort peu convenable à ce que le Synode tranchât une question de cette importance en passant par-dessus la tête des corps ecclésiastiques de là circonscription qui n'auraient même pas été avisés.

L'affaire n’est donc pas en état d'être soumise à vos délibérations.

Par toutes ces considérations, votre commission vous propose de renvoyer l'examen de cette question au Conseil presbytéral, au Consistoire de Paris et au Synode provincial de la 3° circonscription.

M. Gaurrès, de Paris. — Dès le commencement de notre session, j’ai exprimé le vœu que le Synode maugurât une ère d’apaisement, une ère de foi © de vie nouvelles.

Or, nous voici en présence d’une question qui exige impérieusement une solution pacifique. On nous propose de la renvoyer à l'examen de certains corps dont nous demanderions l'avis. J’estime que c’est là une formalité inutile; il n’est pas un de nous qui ne connaisse cette question, qui ne la connaisse à tous ses degrés.

Tous les trois ans, à Paris, la œuerre est déchaînée, et c'est une guerre par laquelle se perd quelque chose qui vaut mieux que le sang, je veux dire la vie morale et religieuse de l'Eglise. On se livre, dans les deux camps, aux plus tristes récriminations. On exhume le passé d'hommes respectables, on leur

rappelle ce qu’ils ont fait ou écrit, et comment ils ont voté, il y a trente ou quarante ans. Par là se perd le respect des personnes et des choses, et ces déplorables débats ont au loin, dans les départements, à l'étranger, un trop grand retentissement. Inutile de dire qu'au dehors les libres penseurs comme les catholiques y trouvent un motif de mépriser la foi protestante. Pouvons-nous laisser un tel mal sans chercher à y remédier?

Je sais combien vous tenez à la fidélité dans l’expression de la vérité religieuse, mais qu’il me soit permis de dire qu’il ne s’agit pas ici d’une question de doctrine. (Dénégations.) Vous ne sacrifierez rien ; au fond qu'est-ce qu’on vous demande?

Les fidèles libéraux n’assistent guère à votre culte. S'ils ne sont pas sérieux dans leurs convictions, estce un si grand mal que de les laisser libres de former une paroisse et de montrer ainsi leur impuissance ? S'ils ont, au contraire, de la foi et du zèle, quel mal y a-t-il à ce qu’ils puissent les manifester ? Certainement, vous feriez ainsi un acte d'équité.

Je ne sais comment ce Synode sera jugé par l’histoire, mais n’eût-il fait que remédier à ce grave désordre, il eût servi l'honneur du protestantisme. (Très-bien! à gauche.)

M. BReyrox. — Je viens appuyer les conclusions du rapport. Je ne puis cacher ma surprise en voyant pour la troisième fois revenir ici cette question de Paris. Vous savez fort bien que c'était d'elle qu'il s'agissait lorsque ce Synode a voté qu’il ne pourrait y avoir deux Conseils presbytéraux dans la même paroïsse, et maintenant voici que vous la présentez

de nouveau sous forme d'exception. Vous nous demandez de revenir sur nos votes, de méconnaître l'œuvre que nous avons faite, et d'accorder à Paris ce que nous refusons à toute autre ville. Pourquoi cette exception ? On nous a parlé des douleurs de Paris. Mais croyez-vous qu'il n’y ait que Paris où l'on souffre ? Est-ce qu’on ne souffre pas pareillement à Vauvert où la minorité évangélique, opprimée par le Conseil presbytéral, est réduite à construire un temple pour s’y édifier? Est-ce qu’on ne souffre pas à Nimes, où un Consistoire libéral n’a plus voulu admettre dans son sein les Léon Noguier, les Clausonne ; à Montauban où l’on doit également créer un culte à part, à Anduze où l’on fuit le temple pour remplir les chapelles dissidentes ? Et l’on vient nous dire que Paris est une exception? Non, si vous traitez ainsi Paris, vous lui accordez un privilége, et alors c'est une iniquité, ou, si vous faites là une règle générale, toute l'Eglise y passera.

Il faut savoir ce que l’on veut. Veut-on légaliser le schisme ? Si c'est cela, qu’on le fasse loyalement, et nous serons heureux d’une séparation que je crois inévitable ; ce sera alors une mesure générale. Maïs légaliser le désordre à Paris, je m'y refuse avec énergie. D'ailleurs, il y a ici un argument que j'ai déjà eu l'honneur de vous soumettre et auquel on n’a rien répondu. Il ne peut être question de Consistoires délimités géographiquement, dont l’un serait sur la rive droite, l’autre sur la rive gauche de la Seine. Non, on veut des Consistoires ouverts dans lesquels chacun ira s'inscrire quand cela lui plaira, quitte également, si cela lui plaît, à aller de l’un à l’autre.

Eh bien ! au nom de cette liberté, savez-vous ce qui arrivera? C’est que, huit jours avant les élections, des centaines d’électeurs pourront se porter en masse dans le Consistoire où ils sont les moins nombreux et enlever le vote par un coup de majorité.

Donc vous aurez organisé une machine de guerre dont se serviront impunément les gens sans scrupule ; il s’agira uniquement de la faire manœuvrer avec quelque habileté; vous aurez pris une mesure d’iniquité et de désordre, qui bouleversera toutes les conditions régulières de la vie ecclésiastique , et qui détruira les lois fondamentales de notre organisation. Je demande donc que la pétition soit repoussée ; je ne voudrais pas même qu’elle fût renvoyée au Synode particulier de la circonscription, car ce serait dire que vous préjugez la possibilité de l'acceptation, et que vous voulez créer deux poids et deux mesures. ( Vive approbation à droite.)

M. ScmicxLer. — Messieurs, je n’abuserai pas de la parole, mais je me dois à moi-même de vous dire ce que j'ai sur le cœur. Je suis membre de l'Eglise de Paris, j'y aiété baptisé, reçu comme catéchumène, mon mariage y a été béni; j'ai pour elle un amour filial et je ne puis rester silencieux quand il s’agit de ses plus chers intérêts.

L'honorable M. Breyton est étonné de ce que cette question revienne toujours; mais quoi de plus naturel après de si longues souffrances ? On vous à rappelé ce qui se passe à Paris. Îl y à ici une question tellement grande, tellement sainte, qu'elle devrait vous frapper; la moitié de l'Eglise n’a plus les pasteurs de son choix, elle est privée de l'enseignement religieux

auquel elle a droit. M. Breyton trouve qu'il ne faut rien faire, mais, nous, nous souffrons, et, tant que nous soufrirons, nous nous plaindrons, nous demanderons qu'on nous fasse justice. Il y a quelque chose à faire, nul ne peut le nier. Je ne m'adresse pas à l'esprit de parti, aux sentiments d’aigreur que ces luttes ont soulevés, je m'adresse à vos cœurs. Je ne voulais rien dire, mais en entendant M. Breyton, je me suis rappelé la parole de saint Paul : « sachant que l’afliction produit la patience et la patience l'épreuve; » voilà longtemps que nous savons cela, mais remarquez ce qu'ajoûte l’Apôtre : « etl’épreuve, l'espérance. » L’espérance, voilà ce qui nous reste; nous espérons en vous tout d’abord, en votre justice, et puis nous espérons en Dieu. (Zrès-bien ! à gauche.) M. Jarageet. — Messieurs, je viens soumettre à cette assemblée un amendement qui pourrait, selon moi, nous rallier tous, c'est celui-ci : « Qu'il plaise au Synode général de demander au gouvernement que l'Eglise de Paris soit divisée en autant de paroisses qu'elle a de temples, l'Oratoire excepté. » Cette proposition n’est point opposée à ce que vous avez voté jusqu'ici. Aucun article de votre loi ne s'oppose à ce qu'il y ait à Paris autant de paroisses que de temples; je l'ai déjà dit précédemment, si une ville de cent mille âmes était tout entière protestante, il vous serait impossible de ne pas la diviser en paroisses. Vous avez voté qu'il ne pourrait y avoir deux Conseils presbytéraux dans une même paroisse; ici il s’agit de tout autre chose, il s'agit de créer plusieurs paroisses dans une même ville. A qui pouvions-nous demander une telle mesure, si ce n’est à

vous, Synode général? Une telle demande n'a rien que de respectueux, de parfaitement convenable. C’est là pour vous une question d'appréciation, d'opportunité. Pour moi je ne suis pas de ces protestants de province qui ne s'inquiètent pas de ce qui se passe à Paris. Paris a une situation tellement exceptionnelle que tout ce qui s’y passe a un incomparable retentissement. C’est en vain qu’on nous cite ici telle petite ville, tel village (Wwrmures) qu'on veut lui comparer.

Nous ne pouvons assister froidement à une lutte qui épuise notre Eglise et qui laisse après elle l’amoindrissement moral et religieux. Aussi, sachez-le bien, il n’y aura pas un Synode où nous ne revenions vous demander de remédier à cette situation. Non, nous ne pouvons accepter cette situation étrange faite à la moitié d’une Eglise qui reste sans représentant dans ses Conseils, sans pasteur de son choix. . Il faut mettre un terme à cet état de choses et nous ne le pouvons qu’au moyen de la loi.

M. MerTeraL. — Il y a une justice qu'on doit rendre aux représentants de l'Eglise de Paris à ce Synode. Ils ont usé d’une véritable discrétion. Le Consistoire de Paris a été continuellement mis sur la sellette et ils n’ont rien dit. Oui, Messieurs, nous avons voulu laisser se produire toutes les accusations; nous ne sommes pas intervenus pour ne pas troubler les débats par des questions personnelles.

La proposition qui vous est soumise tend à vous rendre juges de la situation de Paris. Nous ne déclinons à aucun degré la compétence de ce Synode, mais l'équité exige qu'avant de trancher une ques-

tion aussi grave, les corps intéressés soient entendus. On ne décide pas si sommairement une pareille cause, et tout d'abord, il fallait apporter cette proposition dès le début, et non pas à la dernière heure, insidieusement.

Vive interruption à gauche. — A l'ordre! Retirez ce mot !

M. J. GaurrÈs. — Si nous n'avons pas apporté la proposition plus tôt, c’est que nous ne le pouvions pas.

M. Mertera. — Je disais donc, Messieurs. ….

À gauche. — Retirez lé mot insidieusement ou nous quittons la salle.

M. Merrerar. — Je ne peux pas retirer ce mot qui exprime ma pensée. (Twmulte.)

Les membres de la gauche se lèvent.

Le modérateur supplie l’orateur de retirer le mot, l'orateur y consent.

M. MerreTar. — Je ne veux pas entrer dans le fond même du débat. Je rappellerai simplement un fait : le Consistoire de Paris s’est toujours déclaré prêt à reconnaître un pasteur présenté par la minorité, pourvu que ce pasteur déclarât accepter les faits miraculeux rappelés par le Symbole, en particulier la naissance miraculeuse et la résurrection de Jésus- Christ. Eh bien! le Synode vient de déclarer que l'Eglise exige plus que cela. Nous avons donc été plus larges que ce Synode.

Vous demandez un moyen de paix. Présentez-nous un pasteur qui accepte les conditions posées par ce Synode, et sans hésiter nous le nommerons.

Maintenant, un mot de la proposition qui vous

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est soumise. Elle consacre le schisme, et M. Breyton vous a péremptoirement démontré que ce système de Consistoires ouverts disloquait tout, qu'il donnait x la minorité le droit de conquérir l'Eglise par le détail. À Paris, nous avons treize cents électeurs contre douze cents; supposons les deux paroisses constituées ; il suffira à deux cents électeurs de se porter tantôt dans un Consistoire, tantôt dans un autre pour changer le vote et renouveler les Conseils presbytéraux dans leur sens. Je dis que c’est là un mécanisme de guerre, qui ne nous laissera plus une heure de paix, et qui en peu de temps aura ruiné l'Eglise.

Vous êtes pourtant bien forcés d'y recourir, parce que les deux tendances ne sont pas séparées par des limites géographiques. Ce procédé viole toutes les lois que vous avez faites, car vous avez voté l’unité de la paroisse, et vous avez fait plus, vous avez déclaré que les Synodes particuliers seuls détermineraient les circonscriptions consistoriales. M, Jalabert nous a dit: Ayez des paroisses indépendantes ! il y a longtemps que cette question a été étudiée à fond. Nous avons reconnu que cela était impossible.

La population est trop mobile; il n’est pas bon de séparer les quartiers riches des quartiers pauvres, car l'abondance des uns supplée à la misère des autres; enfin les rapports entre toutes les parties de Paris sont trop étroits pour qu’un tel plan soit réalisable. Bien avant nos tristes débats, on l’avait rèvé. M. le pasteur Vermeil l'avait demandé, mais il rencontra un adversaire décidé, c'était M. Coquerel père. Celui-ci, nommé rapporteur d’une commission

appelée à examiner cette question, s’opposa à la division en paroisses, et demanda que la paroisse des Batignolles rentrât dans l'Eglise de Paris. Il savait ce qu'il y avait d'impossible dans la- constitution à Paris d'Eglises absolument indépendantes les unes des autres. J'ajoute que les meilleurs administrateurs de Paris en avaient jugé comme lui. Aujourd’hui on vient vous demander de scinder l'Eglise, et nous, conséquents avec les principes que tous reconnaissaient alors nécessaires, nous venons vous dire que cela est impossible, (Applaudissements à droite.)

M. CHaBriÈèREe-ARLès. — Un mot seulement. L'influence de Paris est immense en province; c’est là que s'impriment les journaux religieux, et ceux-ci nous apportent sans cesse le triste écho de vos -divisions. Il faut agir pour guérir la tête de l'Eglise, et quant à moi je me rattache à l’amendement de M. Jalabert que je trouve légal, excellent, et propre à rétablir la paix. (Za clôture! la clôture!)

On met aux voix l'amendement de M. Jalabert, il est repoussé,

L'amendement de M. Breyton, qui concluait à l'ordre du jour pur et simple, est mis aux voix et adopté.

La séance est levée.

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