TRENTIÈME SÉANCE MÉBCREDI APRÈS-MIDI, 10 JUILLET
La séance est ouverte x une heure vingt minutes.
M. lé modérateur donne lécture d’une lettre de M. le pasteur Emilien Frossard, exprimant au Synode ses regrets sur sa retraite et ses vœux pour cette assémiblée. M. Frossard est remplacé par son fils M. le pasteur Charles Frossard, nommé suppléant.
Lé procès-verbal de l’ävant-dernière Séance est lu et adopté.
M. pr CLaUsoNNE demandé la parole pour expliquer un fait. L’orateur croyait ne voter, à la séance du mardi 9 juillet, que sur le partage des affaires à soumettre au gouvernemèent, et sur Celles qu'il convenait de retenir pour la discipline; mais il ne pensait pas voter sur la loi elle-même. Il tient à réserver son vote jusqu’au Moment où il connaîtra les dispositions de l'Eglise à laquelle il appartient:
. M. le modérateur donné lecture d’un projet de réglement pour là garde et la communication des pièces manuscrites ou imprimées, déposées aux atchives synodales. s
Les archives synodales se composent des actes et procès-verbaux du Synode et des pièces manuscrites qui sont déposées sur le bureau:
La bibliothèque synodale se compose des livres et pièces imprimées, dont il est fait hommage au Synode, où qui sont déposés sur $on bureau.
Les manuscrits des archives peuvent être l'objet de copies faites par les soins de l'archiviste pour les Corps constitués de l'Eglise qui en feront la demande, et à leurs frais.
Les manuscrits et les imprimés peuvent être com- Muniqués sans déplacement aux membres des corps constitués de l'Eglise.
Le classement et la garde des archives et de la bibliothèque sont confiés à l’archiviste du Synode,.
Le Synode peut ordonner ou autoriser le. déplacement des pièces jugées utiles pour une circonstance et un temps déterminés.
Dans ce cas, une décharge sera donnée à l’archiviste, et les pièces seront réintégrées aussitôt le terme fixé écoulé.
Les archives et la bibliothèque seront disposées dans un local convenable, mis à la disposition du Synode par le Conseil presbytéral de Paris.
Ce projet de règlement est l'œuvre de M. Charles Frossard, archiviste.
M. MoxTANDON, pris au dépourvu, fait remarquer que ce règlement a été préparé par une initiative privée toute bienveïllante. Il conteste l'opportunité du dépôt des archives synodales dans les archives d'un Conseil presbytéral particulier, comme celui de Paris, ou d’un Consistoire. Il croit que la place des documents communs à toute l'Eglise serait marquée dans un dépôt tel que la bibliothèque de la Société de l'Histoire du Protestantisme français, qui a si léoi-
timement obtenu l’assentiment unanime des membres du Synode.
M. Cuarres Frossarp, archiviste du Synode, affirme son intérêt pour la bibliothèque de la Société de l'Histoire du Protestantisme, dont il est membre actif. Mais il n’y a pas possibilité d'accorder cette demande, les bibliothèques étant un dépôt public, et les archives synodales ayant un caractère confidentiel, puisqu'elles contiennent des pièces de la nature de celles qui ont été lues à la séance du mercredi matin. D'ailleurs, le local de la bibliothèque est trop restreint par suite de l’abondance des richesses qui y sont accumulées, et qu'il travaille lui-même à accroître. Le dépôt des archives synodales doit être réservé à la connaissance des corps officiels de l'Eglise réformée. Les locaux ne manquent pas au Conseil presbytéral de Paris. Il y a une salle très-convenable au premier étage, dans le temple même du Saint- Esprit.
M. VERNES D'ARLANDES propose le dépôt à titre provisoire dans les archives d’un corps constitué.
M. Soxrcxrer demande la parole comme président de la Société de l'Histoire du Protestantisme. I] tient à rectifier l'impression produite par la déclaration de M. Frossard, membre du comité de cette Société. La . Société a parfaitement la place nécessaire et suffisante pour loger les archives synodales. La Société qu'il préside a été reconnue comme établissement d'utilité publique; c’est une véritable personne civile offrant toutes les garanties exigées. Les papiers de famille, déposés à la bibliothèque, ne sont communiqués qu'aux intéressés et sur l’autorité expresse des dona-
teurs. Le secret des archives synodales serait donc parfaitement respecté. Ce serait un moyen de rattacher à cette institution toutes les Eglises ; c’est d’ailleurs la tradition constante des Synodes.
M. Coranr ayant proposé que les archives synodales restent sous la garde de l’archiviste du Synode et demeurent provisoirement dans le local actuel, le règlement proposé est adopté, sous le bénéfice de cette réserve, et l’on passe à l’ordre du jour.
M. le modérateur dit que l’ordre du jour appelle la suite de la discussion sur les Facultés de théologie.
M. Mazer estime la question trop grave pour être résolue immédiatement. On ne peut pas préjuger l'opinion de nos frères de la confession d'Augsbourg. Si l'Eglise luthérienne désire avoir à Paris une Faculté spéciale et distincte, on ne peut résoudre la question sans l'avis préalable de nos frères luthériens. Il convient de savoir s’ils veulent faire une place aux réformés dans la Faculté nouvelle.
M. Bors fait remarquer que ce sont précisément les luthériens qui demandent ie transfert de la Faculté de Strasbourg à Paris.
M. Mazcer fait ressortir les périls auxquels sont exposés à Paris de jeunes candidats. Ce n’est pas un bon milieu pour y établir une école de théologie. Si la liberté des candidats est restreinte par les soins de certaines familles qui leur offriront le logement, il y a un danger à passer sans transition de l'absence de liberté à une liberté complète. M. Mallet n’associera jamais son vote au transfert de la Faculté de Montauban à Paris. Il réserve son opinion sur la
question subsidiaire du transfert de la Faculté de Montauban dans une autre ville du Midi.
M. Daomgres croit devoir, comme rapporteur de la commission, expliquer la proposition de la commission. Reprenput les arguments qu'il a présentés dans la séance du matin, il rappelle qu'il s’agit de constituer à Paris une grande Faculté mixte. L’établissement à Paris d'une Faculté luthérienne est un fait acquis. Elle écraserait par sa concurrence celle de Montauban. La création d'une Faculté mixte est donc d’un intérêt général.
L'orateur, répondant alors aux objections soulevées par M. Jalabert, relève celle-ci : le projet de la commission est un amoindrissement. L'orateur pense, au contraire, que cette réduction apparente constitue un arte accroissement. D’ ailleurs, en tout état de cause, la Faculté de Genève nous reste. Nous retrouverons à Paris la Faculté de Strasbourg agrandie et augmentée. Après avoir étudié à Genève, les étudiants réformés prenaient leurs grades à Strasbourg.
L'orateur n'entend ni méconnaître, ni atténuer les dangers de la vie de Paris; mais i] n'ignore pas qu'il y à également des da en proyince. L'action de la famille pourra préserver nos étudiants. D’ ailleurs, les inconvénients sont inférieurs aux avantages qui résultent du développement de la culture intellectüelle à Paris.
L'orateur sjaute qu'à Paris l’école préparatoire de Batignolles n’a présenté aucun des inconvénients que l'on pouvait craindre, et que l'atmosphère morale de Paris était aussi Br par le succès de cet établis-
sement considérable, dont les élèves ont toujours été très-moraux et ont fourni un contingent considérable au corps pastoral de l'Eglise réformée de France.
M. VauriGaun considère le projet de la commission comme très-dangereux au point de vue de l’avenir des pasteurs. L'action exercée sur des jeunes gens par une famille étrangère est illusoire. La séminarisation ne prépare pas au bon usage de la Hberté future. La culture intellectuelle a certes son importance, mais s’il faut quelques docteurs, il faut beaucoup de pasteurs. Les jeunes candidats les plus distingués pourront venir à Paris se perfectionner dans leurs études et deviendront docteurs. La vie de. Paris est un étr ange apprentissage pour aller desservir de petites paroisses ; elles seront abandonnées de plus en plus.
L'orateur s'oppose également au transfert à Paris de la Faculté de Montauban et à la création d'une Faculté nouvelle luthérienne à Paris. Depuis nos désastres, le nombre des luthériens est insuffisant pour motiver une pareille création (80,000). Pour entrer dans cette voie, les réformés devront fournir l’appoint.. Il s’associerait plus volontiers au transfert de la Faculté de Montauban à Montpellier, au développement des cours. La question essentielle est d’avoir de bons professeurs.
Dans les autres pays, les fortes études se font dans les villes universitaires et non dans les grandes
agglomérations.
M. Coranr conteste cette assertion.
M. VauriIGaup. — Affirmer n’est pas prouver.
L'orateur conclut que la question n’est pas suffisam-
ment mûrie. Si, même à Montauban, l’action morale est insuffisante sur les étudiants, que sera-ce à Paris? Il ne voit pas comment le nombre des professeurs et leur valeur ne suffraient pas pour imprimer cette impulsion scientifique, qui doit ajouter à l'honneur et à la dignité du protestantisme.
M. Coranr fait remarquer que le budget de 1873 comprend le traitement des treize professeurs des Facultés de théologie avec la mention « à éransférer » appliquée aux professeurs de Strasbourg. En présence d’une pareille initiative du gouvernement, le Synode ne peut s'abstenir. Le système des Facultés isolées est condamné. Il est reconnu que les grandes villes présentent plus d'avantages pour les fortes études par la richesse de leurs bibliothèques et l'intensité de la vie intellectuelle. Strasbourg était la seule ville de France, après Paris, qui pût soutenir, au point de vue scientifique, la concurrence de l’étranger, car elle avait toutes les Facultés. L'isolement des professeurs est fâcheux. Paris et Montpellier seraient dans les meilleures conditions pour être les siéges de nos deux Facultés de théologie. Autour de la Faculté, il faut une grande Eglise, il faut les maîtres de la prédication. Strasbourg, ville frontière et ville de garnison, avait ses périls, et cependant la moralité de la majorité des étudiants était satisfaisante. Les étudiants voyaient journellement leurs professeurs. Le travail était une garantie de moralité. Les examens étaient sévères. Il n’y a pas lieu de trop s’effrayer des dangers de Paris. Le pasteur doit connaître le monde pour résister à ses tentations. C’est une occasion unique qui nous est offerte
d'avoir une Faculté à Paris; nous ne sommes pas assez nombreux pour avoir deux Facultés distinctes ; on peut. au contraire, avoir une importante Faculté mixte.
M: CoLomBier ne méconnaît pas l'importance des considérations intellectuelles dont on a parlé jusqu'ici, mais il estime qu'il y a de grands inconvénients dans les distractions d’une grande ville. L'étudiant est inconnu en dehors d’un rayon fort restreint, et dès lors il ne sent plus le frein de la surveillance morale des membres de l'Eglise, et ne peut suivre avec le même fruit de sévères études. Nos meilleurs pasteurs se sont formés auprès de leurs mères et ont puisé au foyer domestique leurs sentiments religieux. Malheureusement, cene sont pas les familles riches qui destinent leurs enfants au ministère évangélique, ce,sont les familles des petites villes et des campagnes, familles disposées au sacrifice, à l'esprit de dévouement. L’orateur rappelle qu'étant en compagnie de M. Athanase Coquerel père, il fut entouré par dix-sept de ses anciens catéchumènes, qui tous étaient entrés dans la carrière pastorale. M. Coquerel lui dit : « C’est le plus bel éloge de votre ministère. » (Très-bien!)
Genève nous offre de nombreuses ressources. Nos étudiants y reçoivent des bourses, et cela n’a rien d’humiliant pour eux, puisque ce sont nos pères qui ont constitué ce fonds (1). (Très-bien !) On peut y vivre à bon compte. Ici, nous voyons ce que la vie coûte. (On rit.) Quant au placement des étudiants dans
(1) Voir, à propos de cette assertion, la Lettre de M. le professeur de Candolle, Appendice.
certaines familles, il ne réalise pas toujours les espérances qu'il avait fait naître. Les étudiants de Genève se plaignaient toujours des familles, peut-être par esprit de changement. L'Académie de Genève a dû renoncer à la séminarisation. Du reste, à côté de la nécessité de donner an jeune pasteur tous les moyens d'éducation, il convient d'examiner le côté pratique et l'intérêt des familles,
. M. JALABERT.— Le gouvernement vous a demandé un avis; il veut sayoir où il doit transférer la Faculté de Strasbourg. Rien de plus légitime, rien de mieux . fondé qu'une pareille | consultation. L'année dernière, le ministre des cultes réunit les députés de l'Est et le maire de Nancy et leur demanda s'ils pensaient qu'il serait bon d'établir la Faculté dans cette ville; le maire dit qu'il y consentirait avec plaisir, mais que le milieu ne lui semblait pas très-heureusement choisi. Rien n’a donc été fait, mais le budget de la Faculté a été comme auparayant voté par le pays. Aujourd'hui le gouvernement vous offre deux écoles de théologie protestante, je mets au défi personne de le nier. Vous répondez que vous n'en voulez qu’une seule, que vous voulez transférer celle de Montauban à Paris. Je trouve cette réponse déplorable; en effet, il est évident que, comme nous l'espérons, le protestantisme grandira et qu'une seule Faculté ne Ini suffira plus, et d'un autre côté, il nous est avantageux d'avoir une Faculté dans le Midi au milieu des agglomérations protestantes. Aussi je vous demande d'émettre simplement le vœu que la Faculté de Strasbourg soit transférée à Paris. Ïl y a urgence : nos frères de la confession d'Augs-
bourg transmettront sans doute un vœu semblable, et rien ne s'opposerait à ce que l'école nouvelle s'ouyrit dès cet automne.
M. Viquié. — Nous devons être, Messieurs, préoccupés d'un fait. À Paris, ce grand foyer intellectuel, on enseigne tout, excepté la théologie protestante; j'avoue que pour ma part j'en ai été souvent humilié.
Je ne traite point ici la question d'exécution et des détails du projet, mais ce qui domine tout ce débat, c’est la nécessité d’avoir à Paris un établissement où la science protestante puisse se faire entendre. |
On a parlé de la question de bon marché, et de l'avantage pour les étudiants d’habiter de petites localités où la vie n’est pas chère; je suis peu frappé de cet argument, et j'estime au contraire qu'on fait aujourd'hui les études théologiques à trop bon marché. On pousse dans cette voie beaucoup de jeunes gens de familles pauvres, et je crois que c’est un mal; sans doute il faut les accepter eux aussi, mais il est regrettable que des familles qui sont à l'aise n’encouragent pas leurs fils à entrer dans la carrière pastorale. Il en résulte que, les études préliminaires ayant été faibles, le niveau intellectuel s'abaisse ; c'est là une plainte qu'ont fait souvent entendre les professeurs de Montauban.
M. Arx. Coquerez. —Je voudrais simplement rappeler ici un fait historique qui nous intéresse tous. L'une des premières pensées de nos pères, aussitôt qu'ils eurent obtenu l’Edit de Nantes, fut d'avoir une école de théologie à Paris, c'est-à-dire à Charenton, car vous savez que l’Edit leur fermait Paris.
Ils avaient mis ce projet à exécution, et déjà les fondations de l'édifice étaient posées lorsqu’en 1606 la Sorbonne s’en émut et se remua si fort qu'elle obtint la défense de continuer cet édifice. Eh bien! l'importance que nos pères attachaient à l’établissement d’une école à Paris peut nous servir d'exemple. (Très-bien !)
Je ferai une seconde remarque. Il y avait autrefois une école de théologie israélite à Metz; elle a été transférée à Paris; on peut donc devenir rabbin à Paris, on ne peut pas y devenir pasteur. Il nous est impossible d'accepter une pareille inégalité. Tout nous oblige à reprendre la place qui nous est due. Je vous invite donc à faire au gouvernement la réponse que lui aurait faite en 1606 le Consistoire de Charenton s’il avait reçu de lui la même proposition.
M. Bors. — Je ne m'étais pas proposé de parler; c'est par contrainte que je monte à cette tribune; je sais que mes paroles seront entendues ailleurs, je . sais qu'on s’est plaint déjà de ce que les professeurs de Montauban avaient l’air de discréditer la ville où ils enseignent.
Je crois pourtant que Montauban a des avantages réels pour une Faculté de théologie. Le milieu est fort paisible (Sowrires), les étudiants y vivent à bon marché, les rapports entre eux et les professeurs sont facilités par la petitesse même de la ville. Nous y avons une bibliothèque assez riche, qui s’agrandirait encore si l'Etat y mettait un peu de libéralité. Actuellement, il nous donne cent francs par an pour nos livres. (Aires prolongés.)
Si nous avions à côté de nous une Faculté des
lettres et une Faculté des sciences, ce serait un grand avantage. Je ne veux point discréditer Montauban, mais il importe que la question qui nous occupe soit bien posée. Le gouvernement, a dit M. Jalabert, nous demande si au lieu d’une Faculté nous en voulons deux, et il ajoute que poser cette question c’est la résoudre. J'en demande pardon à M. Jalabert, mais la question n’est pas si simple. En réalité ce que le gouvernement vous offre c’est de transférer les professeurs de Strasbourg: à Paris avec leurs traitements de Strasbourg : il vous offre en tout une trentaine de mille francs, avec lesquels il est absolument impossible de créer une Faculté. Cela étant, il en résulterait qu'il y aurait à Paris un embryon d'école et à Montauban une école complète. J'ajoute que si la question avait été telle que la pose M. Jalabert, que si l'Etat avait fait tous les frais d’une Faculté à Paris, un autre problème surgissait, c’est celui de l’existence de la Faculté de Montauban qui aurait été sacrifiée. Les étudiants auraient tous voulu venir à Paris. Quels professeurs voudront rester à Montauban dans de pareilles conditions ?
M. JALABERT. — Les Facultés de droit, de médecime, de lettres, vivent en province. ù
M. Bois. — Si nous voulons une grande Faculté protestante, qui soit un grand foyer intellectuel, elle doit être une Faculté mixte. Je n’ignore pas que cet établissement n’est ni sans difficultés, ni sans périls ; mais l'intérêt scientifique de notre haut enseignement a ses exigences, et cet intérêt du patriotisme est urgent. On ne saurait demander aux étudiants dé ne pas suivre les cours d'une Faculté luthérienne,
Les professeurs n’accepteraient pas la responsabilité d'une pareille interdiction. Nous marchons à la création de Facultés libres d'enseignement supérieur. Noüs arriverons à Paris au milieu d'un enseigniement général et complet.
Que deviendra Montauban ? Je ne plaide pas une cause ; je me borhe à exposer une situation. C'est la prospérité même de l’enseignement théologique qui est en question. On ne peut échapper à cette alternative : où deux enseignements incomplets se neutralisant, ou un seul établissement unissant toutes les forces vives du protestantisme. à |
Dans tous les cas, on ne sautait accepter la proposition de M. Jalabert, et passer sous silence la Faculté de Montauban, car ce seraït demander l’extinction de cet établissement. (7rè$-bien! à droite.)
M. ne Seyes demande si l’on vote sur les deux propositions.
M. le modérateur lit les conclusions de la com- MISSION :
« Le Synode général, considérant, etc., etc.,
« Emet le vœu que la Faculté de théologie de Montauban soit transférée à Paris, et qu'enrichie d’un certain nombre de chaires luthériennes elle devienne une Faculté mixte, où se préparent les futurs pästeurs des deux Eglises protestantes nationales de France. »
M. le modérateur donne ensuite lecture de l’amendement de M. Jalabert :
« Le Synode général émet le vœu que la Faculté de théologie protestante de Strasbourg soit transférée à Paris et soit complétée de façon à ètre composée en
partie de professeurs luthériens et en partie de professeurs réformés. »
L'ajournement d’une décision à une prochaine session, en prenant l'avis dés Consistoires, n'est pas adopté.
L'amendement dé M. Jälabert, mis aux VOIX, n’est pas adopté.
M. Coranr dépose la proposition suivante :
« Le Synode exprime le vœu que la Faculté de théologie de Montauban et celle de Strasbourg soient transférées à Paris et fondues en une seule. »
M. Daousres se rallie comme rapporteur à cette proposition.
M. Couverc demande l'appel nominal. Il n’est pas adopté.
La proposition Colani, à laquelle la commission s’est ralliée, est mise aux voix et adoptée à la majorité.
M. le modérateur met ensuite aux voix la proposion complémentaire formulée par M. Babut dans les termes suivants :
« Le Synode général,
« Considérant que, de nos jours surtout, des con naissances théologiques spéciales ne suffisent pas au pasteur protestant, et qu'un degré assez élévé de culture générale et scientifique est indispensable dans bien des cas pour assurer à son ministèré toute la dignité et toute l'efficacité qui lui appartiennent ;
« Considérant que, sous ce rapport, la Faculté de théologie de Montauban est insuffisamment pourvue, quart aux objets de leur enseignement, et que le conseil de la Faculté a souvent appelé sur ce point,
par ses délibérations, l'attention bienveillante du ministre des cultes ;
« Considérant que la ville de Montauban, qui ne possède aucune Faculté, n’offre pas aux étudiants en théologie les ressources nécessaires pour réparer la grave lacune qui vient d’être signalée ;
« Emet le vœu que, dans le cas où le transfert de la Faculté de Montauban à Paris, demandé par le Synode, souffrirait des difficultés ou des délais, une chaire de sciences naturelles et. une chaire d’enseignement historique soient ajoutées et annexées, dans cette Faculté, à la section préparatoire des études théologiques. »
M. Coranr estime qu'on trouvera difficilement des candidats réunissant le doctorat en théologie aux doctorats ès sciences et ès lettres.
M. pe SEynes, reprenant les arguments déjà présentés au moment du dépôt de la proposition sur l'enseignement scientifique dans les Facultés de théologie, croit que cet enseignement doit être plutôt donné aux professeurs qu'aux étudiants. Les laïques sont peinés quand, dans la maison de Dieu, au lieu de l'édification qu'ils attendent, ils ne trouvent qu'une conférence lorsqu'ils comptent sur un sermon. On pousserait dans cette voie en faisant une trop grande part à l’enseignement scientifique.
Il y aurait avantage à établir à Paris quelques chaires de hautes études destinées aux jeunes gens
licenciés ès lettres, qui désireraient se fortifier dans les sciences, et formeraient le corps enseignant. L’adjonction d'une chaire des sciences à une Faculté de théologie ne donnerait pasles résultats qu’onen espère.
L'amendement de M. Babut, mis aux voix, est adopté.
M. le modérateur invite alors le Synode à passer à la question de la Séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Suspendue un instant, la séance est reprise à quatre heures.
La parole est à M. Monnier pour la lecture du rapport de la commission des vœux sur la question de la séparation de l'Eglise et de l'Etat :
« La question de la séparation de l'Eglise et de l'Etat semble préoccuper assez généralement nos Eglises, dont plusieurs ont émis des vœux sur ce sujet, mais dans des vues divergentes. Quelques-unes, en petit nombre, se prononcent contre le principe même de la séparation.
« Le Synode de La neuvième circonscription (Toulouse) vote le maintien de l'union de l'Eglise réformée et de l'Etat, en exprimant le désir que la plus grande somme d'indépendance soit laissée, en ce qui regarde la discipline, à nos corps religieux.
« Le Consistoire de Saint-Germain de Calberte demande que le régime concordataire soit maintenu, mais qu'il soit fait une délimitation plus claire des attributions mutuelles de l'Eglise et de l'Etat.
« D’autres, sans formuler d'avis sur la question de principe, demandent qu'il ne soit rien fait pour hâter la séparation, mais que les mesures soient prises en vue de cette éventualité,
« Le Synode de la quatrième Circonscription (Nantes) estime qu'il n’y a pas opportunité à demander Ja Séparation d'avec l'Etat.
« Le Synode de la septième circonscription (Bor-.
If 22
deaux, a rejeté la proposition demandant que le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat soit inscrit dans la prochaine constitution ; mais il désire que le Synode étudie les mesures à prendre en vue de cette éventualité.
« Le Consistoire de Clairac demande que le Synode étudie la grande question de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, afin que quand viendra son heure, nos Eglises soient prêtes pour toutes les éventualités.
« Le Consistoire de Nérac propose d'étudier les moyens propres à préparer l'Eglise à l'éventualité de la séparation d'avec l'Etat.
« Le Consistoire de Florac demande que des mesures soient prises en vue de la séparation de l'Eglise et de l'Etat; mais il émet le yœu que le Synode ne demande pas lui-même cette séparation.
« Les Conseils presbytéraux de Salies, Sauveterre, Osse, Pau et Orthez divergent d'avis sur le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; ils demandent qu’on avise aux moyens soit de la préparer, soit de sy préparer.
« D'autres se prononcent nettement en faveur de la séparation, Sans toutefois la réclamer immédiatement.
« Le Synode de la première circonscription (Saint- Quentin) estime que la séparation de l'Eglise et de l'Etat est désirable pour le relèvement de l'Eglise et le développement de la vie religieuse. :
« Celui de La huitième circonscription (Clairac) demande que le Synode général, posant en principe la séparation de l'Eglise et de l'Etat, travaille à la rendre possible et pratique, afin que quand viendra sou heure, notre Eglise soit prète.
« Le Consistoire de Vallon appelle de tous ses vœux la séparation de l'Eglise et de l'Etat, laissant le Synode juge du moment et de l'opportunité.
€ Le Conseil presbytérat de Jaitleu estime que la Séparation est un but à Poursuivre, mais qu'il faut conserver l'union aussi longtemps que l'Eglise catholique.
€ Le Conseil presbytérat de Codognan voudrait la Séparation de’ toutes les Eglises et de l'Etat.
« Quelques-uns, enfin, sont plus positifs pour demander des mesures immédiates.
« Le Consistoire du Vigan demande que le SYnode général prenne dès à présent les mesures nécessaires pour permettre à l'Eglise de s'affranchir le plus tôt possible d'une union avec l'Etat, nuisible à son indépendance et préjudiciable à ses intérèts spirituels.
« La proposition Pernessin et la proposition ide demandent dans les termes les plus généraux que la séparation de l'Eglise et de l'Etat soit prononcée par l'Assemblée nationale et inscrite dans la constitution de la France.
« Le Conseil presbytéral de Tréminis voudrait qu'on préparât la séparation de l'Eglise et de l'Etat par l'établissement d'un impôt obligatoire de 5 fr.
« Le Conseil presbytéral de Mauvezin propose au Souvernement de la République française la Séparation de l'Eglise et de l'Etat, ce grand principe des temps modernes, sans lequel l'Eglise n’est plus que l'ombre d’elle-même.
« En résumé, la majorité des vœux exprimés semble favorable au principe de Ja séparation de
l'Eglise et de l'Etat, et demande qu’il soit pris des mesures pour y préparer l'Eglise, mais non pour la provoquer immédiatement. »
M. ViGuré donne lecture de son rapport sur les vœux et propositions, concernant la séparation de l'Eglise et de l'Etat, déposés par MM. les pasteurs Rabaud, Dide et Babut, et MM. Colani et Pernessin :
« Des opinions très-diverses se sont manifestées sur cette grave question. Il est tout naturel que les partisans de la situation présente, le régime concordataire, n'aient pas, sauf quelques Consistoires, dit leur sentiment sur ce délicat problème, puisque la question n’était pas formellement posée.
« Les amis de la séparation, au contraire, ont dû prendre l'initiative et provoquer, par leurs propositions et par leurs vœux, la situation nouvelle qu'ils croient plus conforme aux intérêts de l'Eglise et de l'Etat. On peut dire que les opinions principales sur ce sujet sont formulées dans les propositions qui ont été déposées sur le bureau du Synode.
« La proposition Babut demande qu'il plaise au Synode d'adresser un vœu formel à l’Assemblée nationale en faveur de la séparation de l'Eglise et de l'Etat; mais les signataires ne se prononcent pas sur la question de savoir s’il est opportun pour l'Eglise réformée de se détacher isolément et immédiatement.
« La proposition C'oZani demande la séparation de tous les cultes, à partir de 1874; mais les signatares n’entendent pas que l'Eglise réformée soit séparée de l'Etat si les autres cultes ne le sont pas avec elle.
« La proposition Rabaud. demande la séparation
immédiate pour l'Eglise réformée, alors même que la séparation, appliquée partiellement à l'Eglise réformée, risquerait de constituer pour l'Eglise catholique une sorte de religion d'Etat. Mais les Signataires demandent au Synode de solliciter, avant la mise à exécution, l’assentiment des Eglises.
« Enfin, la proposition Xaure, qui est la plus radicale, veut qu'à partir de 1873 le concordat conelu entre l'Eglise réformée et l'Etat soit résilié par les deux parties, afin que désormais les deux tendances qui se partagent notre Eglise puissent s'organiser selon leurs vœux et travailler en toute liberté et à leur manière au salut de notre commune patrie.
« Dans le sein de la commission, trois questions ont été principalement agitées :
« l° La question de principe. Par des raisons générales, tirées de la notion de l'Eglise et de la notion de l'Etat, considérations qui sont exposées dans les traités sur la matière, et qu'il est inutile de développer devant vous, quelques membres se sont prononcés contre le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat; la majorité s’est prononcée en faveur de ce principe ; e
« 2° La question de la séparation collective de tous les cultes et de l'Etat. La majorité s’est prononcée contre l'idée de la séparation de l'Eglise réformée exclusivement, alors que l'Eglise catholique continuerait à jouir des avantages matériels de l'union avec l'Etat. Les partisans de la séparation pour l'Eglise réformée seule ont mis en avant les considérations suivantes : si la séparation est un bien en soi pour la vie de l'Eglise, il faut tenter
l'épreuve et äller en ävant ävec une foi courageuse.
« Aussi bien, il est puéril de demander là séparation pour l'Eglise réformée à la condition qu'elle ser profoncée pour l'Eglise catholique. I est bien sûr que, si la séparation est prononcée pour l'Eglise catholique ; nous, minorité peu considérable, nous serons énvélebpés dans les destinées de la grande Eglise de li majorité. — Enfin, de quel droït nôûs, Synode protestarit, allons-nous nous immiscer dans les äffäires de l'Eglise Catholique en demandañt pour elle la séparation ?
« Les partisans de la séparation pour tous les cultes ont fait valoir que, si l'Eglise réformée seule était séparée de l'Etat, le privilége qui serait laissé à l'Eglise catholique ferait d'elle une sorte de religion nätionale, et dorinerait à l'Eglise réformée, vis-àvis du peuplé protestant, un cardctère d’infériorité sociale qui ne serait ni accepté, ni Compris. Pour le peuple protéstafit, ce serait là une question de dignité. Cette dernière opinion a prévalu.
« 3° La question d’opportünité. La ïhajôrité des membres de la commission s’est prononcée contre l’idée de demander actuellement äu gouverneiient, soit directemerit comime Synode, soit par voie de pétition à l’Asseniblée nationale, la séparation immédiate. Le grand argument mis en avatit par ces membres, c’est qu'ils n’aväient pas recu un tel mandat de leurs commettants, et qu'ils ne saufraient, en une aussi grave affaire, engager les Eglises dont ils n'avaient pas pressenti l'opinion à ce Sujet. D'ailleurs, est-ce bien au moment où l'Etat veut laisser aux Eglises une plus large part dans la direction de leurs
affaires, qu'il convient et qu'il est opportun de dire à l'Etat qué sa tutelle est intolérable et qu'il faut rompre avec lui?
« Mais d’ün autre côté, comme la sépäration est. une éventualité possible, et pour beaucoup désirable, la commission à pensé que le Synode devrait avertir les Eglises et les inviter à se préparer à la sitiatiôn nouvelle qui peut leur être faite. C’est Sous l’émpire de cés idées et de ces sentiments, que là Commission vous propose la résolution suivante; éd à là mäjorité :
« Le Synode général,
« Reconnaissant que le principe de l'indépendance réciproque des Eglises et de l'Etat doit être inscrit dans lé droit des sociétés modernes,
« Corivaincuü d’ailleurs que l'Eglis réfutiiiée de France est disposée à accepter avec coïfiance, en ce qui la concerne, la séparation d'avec l'Etat, quand les pouvoirs publics là jügeront nécessaire pour tous les cultés,
« Croit bon d'inviter l'Eglise à s’y préparer. »
Les conclusions du rapport sont adoptées par le Synode.
M. Perxessix demande l'impression particulière de ce rapport et son envoi aux Conseils presbytéraux et aux Consistoires. Cette proposition est rejetée; ce rapport figurera à son räng dans les procès-verbaux officiels. £
M. LAURENS, au moment où l'ordre du jour appelle la nomination de la commission permanente, donne lecture des attributions de cette commission :
« Le Synode vénéral détermine comme suit les
instructions qui doivent servir de règle à cette commission pour l’exécution des décisions de la présente session.
« La commission permanente est chargée de soutenir auprès du gouvernement le projet de loi organique et le projet de règlement adoptés par le Synode général.
« Elle n’a point mandat de consentir les modifications qui pourraient être demandées. Le projet, s’il est modifié par le gouvernement, devra être soumis au Synode général, pour arrêter, de concert avec l'Etat, les dispositions de la loi concordataire qui sera présentée à l’Assemblée nationale, et les dispositions du règlement destiné à assurer l’exécution de la loi. »
M.le modérateur met aux voix l'adoption de la proposition ayant pour objet la prorogation du Synode actuel en une seconde session qui sera tenue à Paris.
Le Synode adopte cette proposition.
M. Mazzer demande qu’il soit formellement établi que les membres titulaires qui ont dû quitter le Synode pour des causes indépendantes de leur volonté, seront de droit remis en possession de leur siége pour la seconde session de cette assemblée.
Cette observation est établie en droit par le Synode.
Les Synodes particuliers sont invités, sur la proposition du modérateur, et avec l’assentiment de l'assemblée, à compléter le nombre des suppléants laïques et ecclésiastiques des titulaires qu'ils ont nommés.
La seconde session est fixée au 15 novembre, sauf à la commission permanente à apprécier, dans Le cas
où les négociations avec le gouvernement au sujet de la loi organique ne seraient pas terminées, s’il y a lieu de retarder la convocation du Synode.
Il est ensuite procédé à l'élection des membres de la commission permanente, au nombre de sept : trois pasteurs et quatre laïques.
Sur cent huit membres du Synode, le bureau constate quatre-vingt-six votants.
Le dépouillement du scrutin donne les résultats suivants :
Ont obtenu la majorité absolue :
MM. les pasteurs Vernes (Louis), 59 voix.
— Bastie, 6 — — Bois, ol — MM. les laïques Laurens, 91 — — de Cazenove, 51 — —— Mettetal, 49 — —— Pelon. 46 —
Plus 24 billets blancs et 56 voix perdues.
En conséquence de ce vote, MM. Louis Vernes, Bastie, Bois, Laurens, de Cazenove, Mettetal, Pelon sont déclarés membres de la commission de permanence.
M. le modérateur annonce que la commission qui vient d’être nommée aura à se réunir immédiatement après la séance pour se constituer.
M. LaSserre, au nom de la commission spéciale dont il est le rapporteur, donne lecture à l’assemblée de la lettre synodale. Il expose que cette lettre, destinée à résumer le travail du Synode, n’a pu être rédigée que dans les deux derniers iours, qu’elle pré-
sente beaucoup d'imiperfections, et qu’elle eût été plus courte si la corimission avait eu plus de temps pour préparer ce travail. Voici ce projet :
Bien-aimés Frères en Jésus-Christ nôtre Seigneur,
Arrivés au terme de nos travaux, nous venons avec joie vous entretenir de l’œuvre que Dieu nous a donné de faire.
C'est un des jours les plus bénis de notre histoire que celui où le gouvernement de la République a rendu à notre Æglise, avec les Synodes, son indépendance religieuse. Si nous avions pu méconnaître le prix de ce bienfait, les félicitations de toutes les Eglises, sœurs ou filles de la nôtre, nous l’auraient fait sentir. De l'Irlande, de l'Ecosse, de l'Anglétérre, de là Hollande, de la Belgique, de la Suisse, des vallées du Piémont, de l'Amérique même, leurs députations sont venues, de concert avec celles des Eglises indépendantes de France, méler leur joie à notre joie, se glorifier de notre commune origine, nous assurer du concours de leurs prières et de l'érdeut de leurs vœux. Sympathie doublement précieuse et fortifiante en nos jours difficiles. Il fait bon de $e dire : Nôûs fie somines pas seuls au combat,
Il fallait constituer l'Eglise; tout d’abord constater et proclamer la foi dont elle vit. Nous l'avons fait dans la solennelle déclaration qui accompagne cette adresse. Vous approuverez, nous en avons la confiance, son esprit de fermeté et de largeur. Jaloux de maintenir le seul fondement qui puissé être posé, nous ne l'avons pas moins été de sauvegarder la glorieuse liberté qui procède de la foi en Jésus-Christ, les besoins de la pensée, le développement d’une science plus que jamais nécessaire, mais qui cesserait d'être la science chrétienne, si elle perdait cette immuable base : Jésus-Christ, fils de Dieu, mort et ressuscité pout nous. N'est-ce päs là, biéh-aimés Frè res, le Christ de notre foi, celui que le témoignage intérieur
de l'Esprit de Dieu nous révèle comme l’auteur de notre salut, comme le principe de notre sanctification, comme le garant de notre vie éternelle? Avons-nous fait autre chose qu'acconplir votre vœu, en n'acceplant pour futurs ministres de notre Eglise que ceux qui croient en Lui, qui reconnaissent là soüuveraineté de la Bible en matière de foi; qui proclameñt avec nous les grands faits chrétiens, célébrés dans nos fêtes solennelles, représentés par nôs Sacrements et exprimés dans nos liturgies ?
C'est dans ce méme sentiment que hoùs avons exaiiiné et résülu la question de l'électorat pardissial. Avant d'admettre l'électeur à participer à la direction de l'Eglise, nous voülons savoir de lui s’il en paftage la foi. Et pour être compris de tous, nous avons résumé cette foi sous une forme simple et brève, à la portée des imüitis instruits.
Après avoir constaté la foi; il fallait réorganiser l'Eglise. Nous avons consulté son austère et glorieuse histoire; hommes de notre temps, nous avons tenu compte de ses justes aspirations. Le système presbytérien synodäl fut, sous la protection de Dieu, le plus ferme rempart de nos pères contre l'esprit du monde et la haine de leurs ennemis. En lui s’iñcarne ce merveilleux génie d'ordre et de liberté, gloire de nos réformateurs, qui tout à la fois unifie et décetitralise, contilie l'autorité du corps avec la liberté des membres, et donne à la paroisse tout ce que le bon ordre de l'Eglise lui peut laisser d'autonomie. Pénétrés de cet intérêt, nous nous sommes efforcés d'y faire droit.
Ainsi, c’est le Conseil preshbytéral qui, désormais, sous l’autorité la plus adoucie du Consistoire, nommera ses pasteurs, Avons-nous d’ailleurs pleinement résolu ce problème difficile? C'est notre espoir. Quoi qu'il en soit, nous avôns posé la base essentielle. L'expérience instruira nos successeurs.
Noüs ne pouvons ni ne voulons le cacher. C'est dans la contradiction et la lutte, aussi bien que dans là prièré et sous le regard de Dieu, que nous avons fait notre œuvre, Qui ne le pressentait? Depuis deux cent douze ans, la Réforme était privée de ses assemblées souveraines. Les Syÿnodes du désert, monüments de zèle et de courage, ne purent exercer toute
l'autorité qui leur appartenait. Survint le Concordat; nous payâmes cher ses bienfaits. Privée du Synode national, notre Eglise restait découronnée. Après cela, de quoi faut-il s'étonñer davantage? Est-ce de nos misères ou de l’indomptable vitalité qui nous a tenus debout? Nous sommes debout; que Dieu en soit béni! Le monde le sait par le bruit même de nos luttes, Ce n’estpas sous la pierre du tombeau, c’est dans l’ardeur de la vie qu’on se livre au combat. Nous pouvons dire comme l'Apôtre : « Nous sommes pressés de toutes les manières, mais nous ne sommes pas réduits à l'extrémité. Nous sommes en perplexité, mais nous ne sommes pas sans espérance (2 Cor. IV, 8).
Le plus vif désir de nos cœurs, en cette occasion solennelle, c'est de vous adresser, sous le regard de Dieu et comme de sa part, une parole de relèvement et de courage. Ce qui est le plus alarmant, ce n’est pas la lutte au sein de nos assemblées, c'est l’état d'indifférence et d'affaissement qui se révèle parmi nous. Que chacun l’entende : Sans la foi vivante, les doctrines les plus évangéliques et l’organisation la mieux conçue ne sont qu'un corps sans âme, Si l'Evangile n’est pas la puissance de Dieu pour le salut de celui qui croit … il n’est rien, rien, sinon peut-être un souvenir qui sommeille, pour se réveiller à notre dernière heure et la remplir de regrets et d’angoisses.
Bien-aimés Frères, nous vous supplions, par les compassions de Dieu, que nul d’entre vous ne persiste à lui fermer son cœur, et que les jours qui voient refleurir nos antiques institutions voient aussi rentrer dans l’âme des enfants la piété des pères.
Nos pères! Si la France les eût compris, qui peut dire ce qu'elle serait à cette heure? Ne vous y trompez pas, le moment présent n’est pas moins solennel, nous ne sommes plus seuls à le dire : il faut qu'un grand souffle chrétien ranime la France, sans cela, elle est perdue. Jamais apostolat a-t-il entrevu sur la terre plus noble récompense? Dieu, dans son amour, le confère à chacun de nous. Ajoutons que c’est moins l'apostolat de la parole que celui de l'exemple. Convertissezvous; soyez sanctifiés par la vertu du Saint-Esprit; montrez:
à tous la réalité sublime du bonheur dans le don de soi-même, dans le sacrifice des jouissances passagères, dans la joie d’accomplir le bien. C’est de cela que notre peuple tourmenté a soif, sans le savoir. Quel peuple que le nôtre, si un jour les dons merveilleux qu'il a reçus de Dieu sont sanctifiés et fécondés par le souffle de l'Evangile! Il nous appartient de le relever! Ayons-en la sainte ambition. Dieu est avec nous ; soyons ouvriers avec Lui. Ouvriers, c’est bien le mot: ce ne sont pas des paroles ou des soupirs, mais nos efforts que Dieu demande. Notre siècle positif se défie des discours; il ne se rend qu'aux œuvres; c’est le blessé du chemin de Jérico, à qui pansera sa plaie il donnera son cœur. Jetens-nous dans les œuvres vraiment chrétiennes; que tout ce qui peut éclairer, moraliser, soulager, fortifier les âmes occupe nonseulement nos pensées, mais nos cœurs et nos bras. Alors on dira : D'où viennent ces trésors ? Et nous verrons s’accomplir le vœu de notre Maitre : Que votre lumière luise devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans le ciel.
Bien-aimés Frères, c'est avec cet espoir et ce vœu de nos cœurs que nous vous saluons en notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. /Très-bien, très-bien! Applaudissements.)
M. Martin-PascHouD a la parole sur le projet d’adresse. La satisfaction qu’exprime lalettre synodale au sujet des résultats obtenus par le Synode, la joie qu’éprouveront les Eglises à la recevoir, ses amis et lui la partageraient profondément, s'ils pouvaient accepter purement et simplement ce que le Synode à cru devoir faire. L’orateur a été profondément touché des sentiments exprimés dans la plus grande partie de cette adresse, et il n’est pas un d’entre nous qui ne soit touché de la nécessité si bien exprimée dans cet écrit où se trouve notre malheureux pays, de s’attacher enfin à la foi chrétienne et à la liberté protestante. Que serait devenue la France depuis trois siè-
cles si elle eût été protestante ? Bien plus, que seraitelle devenue, si elle eût été véritablement chrétienne et véritablement protestante ?
Mais les membres de la majorité de cette assemblée ne sauraient s'étonner qu'après les déclarations faites par l'orateur et par ses amis sur le vice d’origine et l’illégalité — à leurs yeux — du Synode, et. sur le caractère purement consultatif qu’ils auraient voulu voir maintenir à cette assemblée, ils ne puissent se joindre à l'envoi de cette adresse. Ils n'y feront aucune objection, ils n’y proposeront aucun amendement, et l’orateur se borne, au nom de ses amis et au sien, à rappeler les déclarations de leur foi qu’ils ont faite; ils ne sauraient rien y ajouter, rien y changer.
Que le Synode adresse donc aux Eglises cette exhortation fraternelle, à laquelle l’orateur et ses amis déclinent toute participation; ils espèrent toutefois que les exhortations qui s'y trouvent produiront d'heureux résultats.
L'orateur n’a jamais été partisan du Synode; mais il croit que beaucoup d’espérances ne seront pas réalisées, que beaucoup de craintes ne le seront pas non plus, que celle du schisme en particulier sera dissipée. Quant à lui, il à aussi rédigé une adresse ; il voudrait la voir signée de tous et la placer en postscriptum à la suite de l’autre; voici cette adresse :
« Animés tous du profond et sincère désir de recevoir, de pratiquer et de répandre, pour la régénération et le salut des âmes, la pure et sainte doctrine de notre divin Maître, si divisés que nous soyons sur des points controversés depuis, et qui le seront peut-
être pendant bien des siècles encore, nous nous accordons tous et nous exhortons fraternellement tous les membres de l'Eglise, pasteurs et laïques, à reconnaitre pour abrégé de la doctrine de Jésus- Christ, telle qu’elle résulte de ses enseignements | et de ses exemples, le sommaire qu’il en a donné luimême au docteur qui lui demandait ce qu'il fallait faire pour avoir la vie éternelle : « Tu aimeras le « Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton « âme, de toute ta pensée, —c’est là le premieret le «plus grand commandement, et voicile second qui lui «est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi- « même. — Fais cela et tu vivras. »
Il n’ajoutera qu’un conseil : celui de Madame de Staël à un prédicateur de talent : « Vous avez fait un magnifique sermon; seulement restez de votre avis. »
M. pe CLAUSONNE s'associe à la conception générale de la lettre synodale, ainsi qu'aux sentiments fraternels qui y sont exprimés; mais il ne saurait admettre l’idée contenue dans ces mots : « Depuis soixante-dix ans nous avons vécu dans l’anarchie (1). » — Appuyé.
De plus, la lettre présente la formule électorale du 26 juin comme le résumé de la déclaration du 20 juin. Tel n’est pas son sentiment. Il a jugé, au contraire, qu'on sortait de l'esprit de la déclaration du 20 juin, pour admettre, le 26 juin, quelque chose de plus chrétien, de plus doux.
M. LasserRe répond qu'il tiendra compte de l’ob-
(1) Le mot a été modifié dans le Projet d'udresse tel que nous lé publions:
servation que veut bien lui faire M. de Clausonne ; il remplacera le mot « anarchie » par un mot plus modéré.
Sur la proposition de M. le modérateur, l'assemblée délègue, pouf la représenter au Synode des Eglises vaudoises, qui aura lieu en septembre prochain, M. le pasteur Lasserre et M. de la Coste; M. le pasteur Cambefort et M. Reboul-Garnier sont désignés comme suppléants.
M. L. Vernes propose aussi l'envoi de délégués au Synode luthérien de Paris.
— Renvoyé avec approbation à la commission permanente.
M. pe Cuapaun-Larour ajoute que les délégués auront à exprimer à cette Eglise la douleur que nous éprouvons de la voir mutilée par la guerre fatale que nous venons de subir. ( Vive approbation.)
La question de l'envoi de l’adresse aux Eglises est mise ensuite en discussion. |
M. Rossrry donne lecture de la formule employée par le Synode officieux de 1848 pour l’envoi de sa lettre synodale. Elle est ainsi conçue : « L'assemblée vous charge de transmettre aux fidèles l'expression des vœux qu’elle adresse aux Eglises. Vous serez juge, ainsi que votre Consistoire, des moyens à employer pour cette communication, parmi lesquels la lecture du haut de la chaire semble indiquée comme l'un des plus convenables. »
L'assemblée adopte l'emploi de cette formule.
M. le modérateur communique au Synode une lettre de M. le pasteur G. Monod, dans laquelle sont rappelées les persécutions auxquelles sont actuellement
en butte les juifs dans les provinces roumaines. ( Vif assentiment.)
L'assemblée émet le vœu qu'une lettre de sympathie fraternelle soit rédigée parle bureau sur ce sujet au nom du Synode, et envoyée au grand rabbin à Paris.
M. De CLausonNe. — Comme membre inactif du bureau, il croit pouvoir prendre l'initiative de proposer au Synode que des remerciments soient votés au bureau pour le travail qu'il à accompli et le zèle dont il à fait preuve. (Zrès-bien !)
M. Coran: dit qu’il a demandé la parole pour faire une proposition semblable; il se joint donc à M. de Clausonne, et il exprime à notre vénéré modérateur d'abord, pour le respect et l'estime que l’impartialité de son caractère nous inspire à tous, à notre modérateur adjoint, qui a conduit plus d’une fois nos délibérations avec habileté et vigueur, n0s sincères remerciments. Il en adresse aussi aux secrétaires, qui ont élevé un véritable monument, en rédigeant avec autant de patience envers les orateurs que d'intelligence et de zèle, les procès-verbaux de nos séances. (Trèsbien !)
M. L. VeRNes demande que des remercîments soient également votés en faveur de M. Laurens, l'excellent et nfatigable rapporteur de la loi organique. (7'rèsbien !)
L'assemblée s'associe unanimement à ces divers témoignages de reconnaissance.
M. LAUREXS remercie avec émotion le Synode de ce témoignage d'estime, qui lui est d'autant plus cher et honorable qu’il lui vient des deux côtés de l'as-
Il 23
semblée. Un double vœu séchäppe de son Cœur : en nous séparant, ne conser vons aucui Souvenir des dissentimients fâclieux qui se sont produits parfois. Nous avons tous dû obéir, dans ces cas d’antagonisine, à des convictions d'autant plus exigeantes qu’elles étaient plus droites et plus sincères. Si done rious hotis révoyons datis cette enceinte, ayohs l'intention arrêtée de faire dé tiotre mieux, d'agir én arnis, en frèrés, pour compléter et achever énsemble l'œuvre que noùs avoris comiNencée ensemble. C'est un moyen de relever notre chère Eglise, en ième temps qu'un moyen de force pour la société coïtre les causes de dissolution qui la iinent. (Applawdissements.)
M. BAgüt proposé de voter aussi des remerctnents ait Cotisistoire de Paris pour l'hospitalité dont il à lärgément usé envers lé Syrode. (Zrès-bien ?) à
L'asseniblée s'associe à cés Sentiments, et remercie, par l’organe de M. de Clausonne, les membres de l'Eglise dé Paris tout entière de l'hospitalité généreusé ét cordiale exércée envers dé nombreux membres de cette assemblée.
Sur une question de M. Et. Coquerel, relative aù procès-verbal de la présente séance, il est décidé que ce procès-verbal sera soumis au bureau, qui l'approuvera, et lui donnera, sous sa responsabilité, la même publicité qu'aux précédents.
Le Synode ayant épuisé son ordre du jour; M. le modérateur prononce, en ces termes le discours de clôture :
Messieurs,
Le moment où nos travaux vont se clore me reporte involontairement à celui qui les à vus commencer, Lorsqu'il y a un mois nous nous réunissions pour la première fois dans cette enceinte, nous étions sous le poids des plus graves émotions. Les grands souvenirs d’un passé si différent à tous égards du présent et dont nous étions appelés à renouer la tradition brisée, le sentiment profond de l’affaissement de la foi dans l'Eglise et dans nos âmes même, le désir ardent d'améliorer la situation religieuse, et la crainte de nous heurter en l'essayant à des difficultés insurmontables, tout NOUS tenait recueillis et tremblants en présence de notre responsabilité.
Æt aujourd’hui que nous achevons la tâche dont la pensée nous remuait si profondément, ne serions-nous pas émus peut-être plus profondément encore? Que s'est-il passé? Qu'avons-nous fait? Quelles impressions emportons-nous de ce premier Synode général de l'Eglise réformée de France, reprenant, après tant d'épreuves, le gouvernement d’elleemême? Que di- TONS-NOUS à nos paroisses, qui ont suivi nos délibérations avec la plus vive sollicitude ? Que ferons-nous, et quelle est l'attitude que nous Conseillerons de prendre, dans la situation nouvelle où nous sommes, à ceux qui ont confiance en nous? Je serais bien étonné, Messieurs, si le simple énoncé de ces questions n’avait déjà remué votre conscience et agité votre cœur. Permettez-moi d'y répondre sommairement pour moi-même ; peut-être, — et j'en suis heu.
reux, — exprimerai-je en partie vos sentiments, en disant quels sont les miens.
Il s'est produit, dans le cours de nos séances, un fait qui, au premier abord, semble de nature à inspirer de la tristesse, pour ne pas dire du découragement. La dernière de nos grandes décisions a été prise à la même majorité que la première. Ainsi la discussion, si libre, si prolongée, des points qui nous divisaient, tant de paroles loyales, éloquentes, émues, tant d'appels sincères et chaleureux, n’auraient amené aucune modification dans les pensées, et seraient restés sans résultat? Ne le pensez pas, Messieurs. Ne vous laissez pas prendre à l'apparence. Si rien d'extérieur n’est venu attester l'efficacité de nos débats, n’allez pas conclure qu'ils aient été stériles. Quand il s’est agi de recueillir des votes, bien des causes que je ne veux pas analyser ont fait rester chacun de nous dans la position qu'il avait prise. Cette position, pour n’en dire qu’un seul mot, était déterminée par ce qu’il y a de plus puissant au monde, par des convictions longuement réfléchies ; pour l’abandonner, il n’aurait fallu rien moins qu’une transformation de la conscience, et c’est là un résultat trop considérable pour qu'il s’accomplisse brusquement dans le courant d’une discussion. Mais je crois, si du moins j’en juge par mes propres impressions, que les idées et les sentiments ont été moins immobiles que les votes. Oui, j'ai l'espérance que nos débats nous ont apporté quelque lumière, qu'ils ont atténué certaines préventions, qu'ils ont rapproché les cœurs. J'ai appris, pour ma part, beaucoup dans l'échange de vues qui s’est fait entre les
diverses fractions de cette assemblée avec une loyauté et une sincérité égales. Je n'ai pas senti se modifier des convictions qui constituent le fond même de Ma vie morale, que j'ai exprimées et défendues depuis plus de trente ans, et qui, après m'avoir soutenu et consolé dans la vie, feront mon espérance dans la mort. Mais j'ai reconnu, Jusque chez ceux qui s'éloignent le plus de moi, quelque chose qui m'en rapproche, quelque chose qui me permet de les apprécier et de les aimer. (Très-bien !) Si vous emportez de nos débats la même impression, ils n’auront pas été inutiles. Nous nous connaissons mieux maintenant, et comme je suis de ceux qui font découler le sentiment de la connaissance, en apprenant à nous mieux connaître, nous avons fait un grand pas.
Mais je me hâte de le dire, Messieurs, nous avions en vue autre chose que d'échanger des idées, nous venions avec le mandat de donner à notre Eglise des institutions qui fussent pour elle une garantie d’ordre, un gage de paix, un principe de développement régulier, et, comme une Eglise repose sur une foi, nous avons voulu avant tout constater la foi de la nôtre. Ce dessein, qui avait pour les uns le caractère d'un devoir sacré, a paru à d’autres inspiré par des vues erronées et dangereuses. Au fond, ce sentiment primordial a dominé toutes nos discussions et reparu sous diverses formes jusqu’à leur terme. Je n’ai pas la prétention de le faire disparaître, lorsque tout à été dit et répété avec une persistance inutile. Mais c'est un besoin pour moi de déclarer que presque toujours on a raisonné sur des malentendus. (Howve-
ments divers.) Quand vous relirez à tête reposée les procès-verbaux de nos séances, vous verrez, je crois, que les adversaires de notre déclaration de foi l'ont en général repoussée en la considérant sous un aspect qui n’est pas le vrai. Aussi puis-je dire que je m'associe à un grand nombre des idées exprimées par ses adversaires. Je n’aime pas plus qu'eux les confessions de foi dogmatiques, détaillées, précises, qui serviraient comme d’un lit de Procuste pour mutiler la foi personnelle. Je ne veux pas plus qu'eux renoncer à la liberté protestante pour aboutir à je ne sais quel catholicisme bâtard. Je dis avec eux que la foi de l'Eglise n’est pas autre que la foi de ses membres; c’est le catéchisme qui l'enseigne en définissant l'Eglise la société des croyants.
Il convient, maintenant que le feu des discussions, avec la fumée qui s’en dégage, n’obscurcit plus la pensée, de voir les choses comme elles sont et non comme on les représentait quand on voulait combattre. Que verrez-vous alors dans les décisions que le Synode a prises? La chose la plus simple du monde : l'Eglise réformée de France disant les bases sur lesquelles repose la foi de ses membres, et usant du droit naturel, qui appartient à toute société comme à tout individu, de protéger et de défendre son existence. Ÿ avait-il péril, Messieurs ? Vous Le savez. Si le péril n'avait pas existé, vous ne seriez pas ici. Avez-vous écarté ce péril, où n’avez-vous fait qu’en créer un autre plus dangereux, plus funeste même? L'avenir, et un avenir prochain le dira. Mais, dès ce moment, j'ai le droit de demander que les décisions du Synode soient reconnues comme dictées par la foi
et non par la passion. Si la majorité s'est trompée, ce que Je ne crois pas, mais ce qui n’est pas en soi impossible, il ne serait pas digne de la minorité d’incriminer les intentions. J'ai, pour ma part, l'entière assurance que notre déclaration de foi exprime bien la foi de l'Eglise, le quid inconcussum des croyances générales, et qu'en la posant à la base de notre org'anisation ecclésiastique, nous avons fait une œuyre de fidélité, de sagesse, de modération et de paix.
On Fa considérée tout autrement : on nous a prédit des résultats tout contraires. Ah! Messieurs, permettez-moi de le dire, il y a des cas où l’on peut être prophète à coup sûr : c’est lors qu'on $e charge soi-même d'accomplir ses prédictions. L'œuvre du Synode allumera un incendie... Oui, si vous soufflez le feu. (Znterruptions à gauche.) Mais elle amènera la paix si vous le voulez, et je veux, avant de finir, vous supplier de le vouloir.
Qu’allez-vous faire? Qu’allons-nous faire tous en rentrant dans nos Eglises? Je prends mon propre exemple pour éclaircir la question. Je suppose que J'ai des collègues qui n’ont pas les mêmes doctrines que moi, mais dont les vues rentrent largement dans la foi que nous avons reconnue être celle de l'Eglise. Si, par des motifs que je n'ai pas à rechercher, mes collègues s’avisaient de protester et poussaient le Consistoire à protester contre les décisions du Synode, assurément ce serait la guerre. Car je ne suis pas homme, je l'avoue, à abandonner ailleurs ce que j'ai défendu ici. Ou bien, si, à mon tour, parce que mes collègues ne croient pas tout ce que je crois, je rendais leur ministère suspect et, comme ils se disent
libéraux, je les accusais de rejeter l'Evangile, ce serait encore la guerre, car ils ne sont pas hommes, eux non plus, à se laisser prendre pour ce qu'ils ne sont pas. Eh bien! Messieurs, généralisez : le. cas que je cite n’est pas exceptionnel, c’est le plus commun; généralisez, et vous verrez la paix ou la guerre sortir à votre gré des plis de votre robe pastorale. Voulez-vous être des hommes de paix, frères qui étiez en minorité dans cette assemblée? n’incriminez pas, n’attaquez pas; — attendez. Nulle entrave n’a été mise à votre ministère. Vous étiez seuls juges pour déeider si vous deviez poursuivre Où non. Mais si, comme vous l'avez dit, vous voulez l’examen comme un droit et comme un devoir, exercez-le simplement, directement, cherchant, non à passionner les âmes, mais à les édifier dans la charité. On vous l’a dit : les minorités qui ont le sentiment de leur force ne se révoltent point contre les majorités ; elles ne renoncent pas à les remplacer un jour. Essayez, comme c’est votre droit, de prendre le rôle que d’autres occupent, et, tenez, c'est encore un grand résultat de nos débats, que cette possibilité. Vous protestiez contre les Synodes au début de nos séances, et aujourd’hui vous comprenez qu'ils sont pour tous une garantie. Vous espérez en eux, vous comptez sur eux pour gouverner l'Eglise comme vous l'entendez. Comment pourriez-vous ne pas préférer cette situation régulière, paisible et féconde, à un état de luttes sourdes et d’agitations sans issue ? Pour moi, Messieurs, et j'espère que je n’exprime pas une pensée purement personnelle, j'entends accepter franchement la constitution de notre Eglise
et m'en servir pour travailler à l'affermissement de la foi et de la vie religieuse. Tous, pasteurs et fidèles, nous avons un même devoir. Nous n’'abandonnerons pas nos convictions, mais nous nous efforcerons de les professer sans apporter le trouble dans les âmes. Evitons autant que possible les violences de la parole. Faisons trêve aux polémiques irritantes. Délégués laïques de ce Synode, qui avez le privilége d'ignorer cette passion funeste qu'on appelle la fureur théologique, — rabies theologica, — ne la remplacez pas par la passion non moins funeste des partis; que les questions de personnes ne prévalent jamais pour vous sur les intérêts des âmes, et que la vérité de l'Evangile, reçue dans votre conscience, soit le seul mobile auquel vous obéirez. Vous pouvez beaucoup Pour nous aider à apporter dans les choses religieuses cette sagesse qui vient d'en haut et que Dieu donne libéralement à tous ceux qui la lui demandent, la sagesse qui est premièrement pure et ensuite pacifique, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de bons fruits. Quand on a eu l'honneur de mettre la main à l’organisation d’une Eglise, on doit avoir et Vous aurez à cœur de concourir en tout et partout à son développement. Je compte sur tous les membres de cette assemblée pour poursuivre ce grand but.
Messieurs, je me dédommage peut-être un peu trop du silence que m'a imposé la position où m'a placé votre bienveillance. (On rit.) Ajoutez à cette faveur aussi inattendue qu'imméritée, celle de me laisser vous parler à cœur ouvert. Malgré ma bonne volonté, je reconnais que j'ai été bien au-dessous de
ma tâche. On me l’a reproché sur des tons et en des sens bien divers. J'accepte humblement toutes vos critiques. Mais il en est une que je ne me contente pas d'accepter : je me réjouis de l'avoir provoquée. On m'a accusé d'être partial, et partial. pour la minorité.
Eh bien! je voudrais être sûr de l'avoir méritée. (Zrès-bien!) Je l'avoue, Messieurs, une minorité m'inspire une sympathie particulière. Son rôle n’est pas agréable, et si les situations avaient été tout à coup interverties, qui sait si la majorité devenue minorité aurait montré plus de patience, de modération et de douceur? Je ne crois pas avoir failli à l'esprit du christianisme en tolérant beaucoup de la part des membres de cette assemblée qui, se sentant les plus faibles, étaient naturellement entraînés à se croire menacés. Mais laissons là des dénominations qui n'existeront plus bientôt, et des souvenirs dont il ne doit pas rester de traces. Nous avons laissé tomber dans l’oubli quelques paroles malheureuses. Que des sentiments qui les avaient dictées il ne reste rien dans nos cœurs.
Messieurs, je le répète en finissant : le premier Synode général de notre Eglise affranchie n'aura pas été sans fruit. En m'appelant à le présider, vous m'avez fait passer tout à coup d’une position humble et ignorée à une fonction glorieuse entre toutes. Pardonnez-moi de ne l'avoir pas mièux remplie, et permettez qu'en vous exprimant ma gratitude, je demande au Chef divin de l'Eglise et de notre Eglise de faire servir nos travaux à la gloire de son nom. (Longs applaudissements.)
Au nom de Dieu, du Dieu de l'Evangile, au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit, je déclare close la première session du Synode général de l'Eglise réformée de France en 1872.