AVERTISSEMENT
premier chef dans Tordre des questions de la philologie latine, et peut-être aussi de susciter par là quelque travail définitif à cet égard.
En attendant, nous souhaitons que celui-ci, tout incomplet qu'il soit, puisse être utile à nos étudiants et, par les indications qui y sont rassemblées, leur ménage un temps précieux en leur épargnant la peine de les chercher péniblement dans une foule de livres, dont beaucoup ne sont pas sous leur main, et que nous nous sommes imposé de lire et de dépouiller à leur intention. '
Nous n'ajoutons plus qu'un mot, un mot de remerciement à l'adresse de MM. Lambert et Ribert, tous deux étudiants de la Faculté des Lettres de Nancy, qui, avec une bonne grâce dont nous leur sommes profondément reconnaissants, ont mis à notre disposition leur connaissance de la langue allemande pour nous déchiffrer YÉaque et le Minos de Gruppe, qui ne mesurent pas moins de deux gros volumes.
C'est également pour nous un devoir d'adresser l'expression de notre gratitude à M. le Bibliothécaire en chef de l'Université de Strasbourg, M. le Docteur Barack, à la bienveillante courtoisie duquel nous avons dû la communication de plusieurs éditions rares d'Horace, et notamment de deux éditions princeps*
La question du texte d'Horace, qui depuis tantôt cinquante ans fait tant dç bruit dans les Écoles allemandes, ne date pas de ce siècle, tant s'en faut; elle ne date pas davantage du xviii* et du XVII* siècle, ni même du xvi* où elle a pris tout son essor ; elle remonte au temps même d'Auguste et de Tibère, ou tout au moins de Claude et de Néron.
La queslion de ce texte et son histoire, — car il en a une et qui mérite d'être racontée, — seraient donc bien vieilles. Cela doit sembler étrange au premier abord, une histoire du texte d'Horace, d'un poète aussi consacré par l'admiration universelle que l'auteur des Poésies lyriques', des Satires et des Épitres. Ce texte n'a donc pas été fixé dès l'origine, ou, s'il l'a été, comment s'est-il altéré, à quelle époque, et quel est le nombre, quelle la nature de ces altérations ? Quelle en est la cause? Le temps ou les hommes ? L'ignorance ou l'inintelligence et l'étourderie des copistes, ou encore l'outrecuidance et la témérité des recenseurs ? Par où nous est venu le texte d'Horace ? Quelles en sont les sources? Combien en avons-nous de manuscrits? Par quelle voie nous ont-ils été transmis? De ceux qui sont venus jusqu'à nous quels sont les plus anciens? Y a-t-il des moyens de constater la valeur respective de ces manuscrits, et d'en instituer pour ainsi dire la contre-épreuve ? Quels secours à cet effet peut-on tirer des scholiastes ou commentateurs et desécri-
vains latins, principalement des grammairiens, des métriciens et des rhéteurs, antérieurs à Tinvasion des barbares et à la chute de Tempire romain ? En dehors des transcripteurs de manuscrits, qui s'est, avant le xvi* siècle, occupé du texte d'Horace et a travaillé à sa révision ? Quelle est la date et aussi la valeur de l'édition princeps, ou du premier texte d'Horace imprimé ? Depuis cette édition, quelles sont celles qui ont le plus marqué, quels sont, à partir de cette époque, les érudits qui se sont le plus distingués dans la recension du texte d'Horace, soit par leur intelligence et leur sagacité, soit par l'au-^ dace de leurs conjectures et de leurs corrections? Quelle est enfin la méthode la plus sûre pour établir un bon texte d'Horace?
Ce sont là autant de points que je voudrais successivement étudier et éclaircir pour l'instruction de ceux qui seraient désireux de connaître toutes les vicissitudes par lesquelles a passé le texte d'un poète aussi universelleme it goûté, ainsi que les discussions, parfois homériques, auxquelles il a donné lieu. Je n'aurais du reste à cœur de le faire que dans la mesure propre à l'esprit français qui de tout temps s'est mal accommodé de tout ce qui n'est que vaine curiosité et pur étalage d'érudition, ou du moins ne s'en est pas accommodé longtemps.
Principales sources du texte d'Horace : les manuscrits, les scholiastes, les grammairiens.
Les sources du texte d'Horace, comme celles de tous les textes de l'antiquité grecque et latine, sont de trois sortes :
Les manuscrits plus ou moins anciens par lesquels il nous a été directement transmis avant l'invention de l'imprimerie;
Les scholiastes de l'époque romaine qui l'ont commenté ;
Les écrivains de l'antiquité latine et, entre tous, les grammairiens et les métriciens qui au cours de leurs ouvrages en ont cité des fragments plus ou moins étendus.
Le manuscrit d'Horace; comment il s est forhié, les premières
révisions.
Si nous avions encore du texte d^Horace les copies que Tesclave, qui lui servait de secrétaire, transcrivait par ses ordres*, et que, selon toute probabilité il revoyait lui-même, car comme celui de Villon, le secrétaire d'Horace pouvait être un étourdi*; si du moins, quelque enfumé d'ailleurs et maltraité qu'il pût être par le temps, nous possédions un des élégants exemplaires polis à la pierre ponce, que du vivant même du poète les frères Sosies étalaient à la porte de leur librairie, sous les arcades de Janus, non loin du temple de Vertumne, comme lui-même le rappelle au début de TÉpitre à son livre ^, nous ne serions pas embarrassés pour établir un texte aussi pur qu'authentique de notre poète, un texte pris à la source même.
Pur et authentique sans doute, puisqu'il aurait passé parles mains mêmes d'Horaoe; mais complet, pourrait-on le dire? Car il n'est pas du tout certain qu'il ait de son vivant vidé son portefeuille ; le contraire même est plus que probable.
Le recueil entier de ses œuvres n'aurait donc paru qu'après sa mort ; par les soins de qui? On aimerait à croire, comme le rapporte un rhéteur anonyme, que c'est TibuUe qui se serait chargé de cette pieuse tâche dans laquelle un certain Tharsus l'aurait aidé. Et qui mieux que Tibulle, le confident d'Horace, « le juge sincère de ses écrits » , ainsi qu'il Tappelle lui-même*, pouvait être préparé à nous donner dans sa pureté comme dans son intégralité l'œuvre de son ami? Mais TibuUe a-t-il survécu à Horace ?
Une note trouvée par Théodore Mommsen dans un manuscrit parisien, bien connu sous le n** 7530, et publiée par Bergk
1. /, puer, atque meo citus hœc subscribe libello. (Sat. I, 10.)