Vindelici, quitus
Mos unde deductus per omne Tempus Amazonia securi Dextras obarmet quœrere distuli.
cion, les vers 15, 16, 17 et peut-être même 18 de la, 8* ode du IV* livre ; vers dont le sens est assez obscur.
Les savants qui relèvent le plus d'interpolations dans le texte d'Horace, Peerlkamp entre autres, qui en a fait le fond de sa Critique horatienne, donnent diverses causes de ces interpolations. Tous s'accordent à les expliquer par les imitations que les grammairiens, qui considéraient les poètes et les orateurs comme des modèles à imiter, en essayaient au profit de leurs élèves sur les marges mêmes des auteurs, objet de leurs études, d'où elles se glissaient avec le temps dans le texte même. Us les expliquent encore par les développements et les éclaircissements qu'ils croyaient devoir donner à la pensée de l'auteur pour le mettre davantage à la portée de leurs élèves ou des lecteurs. Et c'est ainsi, selon eux, qu'ils auraient procédé particulièrement avec Horace.
Les schoUastes.
Mais il y a d'autres moyens de contrôle du texte d'Horace, comme d'ailleurs de tous les auteurs anciens, que les manuscrits.
Ce sont en premier lieu les commentaires ou seholies dont ce texte a été Tobjet; en second lieu, les citations plus ou moins longues que nous en trouvons dans les autres écrivains latins et particulièrement dans les grammairiens et les rhéteurs.
Parlons d'abord des commentaires. Les commentaires d'Horace qui nous sont parvenus sous le nom d'Hélénius Acro et de Pomponius Porphyrio et dont une des éditions les plus récentes est due à Frédéric Hauthal, qui l'a publiée à Berlin en 1864, les commentaires d'Horace surpassent de beaucoup en ancienneté les manuscrits purs et simples. Seulement les notes qui en forment la masse sont bien inégales, tant au point de vue de la valeur qu'à celui de la date.
Le texte de ces notes a en effet lui-même subi des interpo-
lations. Elles se composent de deux éléments qu'il ne faut pas confondre : l'un est représenté par les notes authentiques de Porphyrion et d' Acron qui y ont mêlé des extraits de commentateurs plus anciens, tels que C. ^Emilius, Julius Modestus Claranus et T. Scaurus, éliément qui date du second siècle et du commencement du troisième; l'autre par les remarques qu'y ont ajoutées les commentateurs du moyen âge. far l'effet de ce mélange, qui nous met dans l'impossibilité de distinguer les notes d' Acron et de Porphyrion de celles de ces derniers commentateurs, les scholies sont loin d'avoir pour nous, on n'a pas de peine à le comprendre, le prix qu'elles auraient pu avoir, si elles n'avaient pas été elles-mêmes altérées.
Il faut ajouter que, de même que nous savons par Acron l'existence des trois plus anciens commentateurs, ainsi nous savons par Porphyrion, qui en fait mention deux fois à l'occasion de la satire troisième du I" livre, que certains auteurs latins avaient composé des ouvrages sur les personnes qui figurent dans les écrits du poète. Avons-nous besoin de dire combien la perte de ces ouvrages est regrettable, quand on pense à tous les détails qu'ils auraient pu nous fournir sur ce qu'on pourrait appeler le monde d'Horace ?
Les grammairiens, les métriciens.
Un troisième moyen de contrôle à employer dans la vérification du texte des poètes anciens et particulièrement de celui qui nous occupe, c'est, nous Pavons dit, le recours aux écrivains latins, grammairiens, métriciens, rhéteurs et autres qui au cours de leurs ouvrages en ont fait çà et là des citations. Si, en effet, parmi les vers d'Horace suspects à bon droit d'avoir été interpolés, il en est que ces écrivains reproduisent, c'est un indice que ces vers l'ont été avant l'époque où ont vécu ces écrivains.
De tous les grammairiens ou métriciens latins, comme Priscien, Servius, Donat, Charisius,TerentianusMaurus, chez les-
HORACB. 2
quels on rencontre un assez grand nombre de vers d'Horace, et quelques-uns parfois tout autres que ceux que nous lisons maintenant dans les éditions les plus répandues, le plus digne d'être consulté est Diomède, qui selon toute probabilité a vécu au V* siècle, et qui a consacré le IIP livre de son Ars grammatica aux mètres d'Horace. Ce qui rend surtout son livre précieux pour la collation du texte, c'est qu'il a cité le premier vers de toutes les odes. On peut juger par là du secours qu'il offre pour le contrôle de ce texte.
Diomède a suivi dans la liste de ces odes l'ordre adopté aujourd'hui. Il ne s'écarte de nos éditions ordinaires que par l'omission volontaire ou involontaire de quelques odes dans le I", le II* et le IIP livre *. Le IV* livre est complet.
La liste des odes d'Horace dans Diomède est donc tout à fait d'accord avec la nôtre. Le premier vers cité par lui de chacune est bien le même que celui de nos éditions courantes, et l'on peut affirmer avec Gruppe que, selon toute probabilité, le recueil fait par^ Diomède des poésies lyriques était absolument identique à celui que nous avons maintenant*. Il y a plus : du témoignage certain des écrivains antérieurs à Diomède, comme Suétone, il résulte que ces poésies présentaient à la fin du i" siècle après Jésus-Christ la forme qu'elles offrent aujourd'hui.
Quintilien de son côté est également à consulter pour la recension de certains vers de notre poète, lui qui dans son Institution oratoire n'a pas cité moins de vingt-quatre passages d'Horace, de mémoire, il est vrai'; et c'est ce qui explique les
1. La 22», la 25e, la 35» du !«' livre, la 16» du II«, la 2«, la 6«, la 8» du III«.
2. Si Diomède n'a pas indiqué expressément par des chiffres les odes du III« livre qui suivent la i'^ jusqu'à la 6^ inclusivement, ce n*est pas quMl les ait ignorées, mais à l'exemple de Porphyrion, au moins pour la 3®, que ce scholiasle rattachait à la précédente, il les avait réunies à la première, avec laquelle elles n'auraient fait qu'une seule et môme pièce. C'est l'opinion de Peerlkamp, qui attribue aux copistes cette division en plusieurs parties d'un long poème gnomique, et qui rappelle que Cruquius, dans le plus ancien des manuscrits Blandiniens, constate que la 3« ode du III« livre n'est distinguée de la précédente ni par un titre, ni par des lettres majuscules.
différences des vers cités par lui avec ceux du texte des autres manuscrits.
Si d'ailleurs l'authenticité d'un texte avait besoin d'être vérifiée, c'est bien celle du texte d'Horace, particulièrement dans la partie lyrique, altérée et corrompue de toutes les façons. Ces altérations sont, comme nous l'avons déjà dit, de deux sortes : les leçons ou variantes défectueuses, et les interpolations ; les premières qui donnent un texte fautif, les secondes qui se glissent frauduleusement dans le texte et y ajoutent soit des passages, soit des pièces entièrement supposées ou apocryphes.
Il n'est guère de textes d'auteurs qui n'aient subi de ces altérations ; mais après Térence, chez lequel Bentley aurait relevé près de vingt mille vers de cette sorte, et Manilius dont les variantes seraient deux fois en aussi grand nombre que les vers du texte, Horace est un de ceux qui en ont le plus souffert.
LE TEXTE d'hORACE DEPUIS l'iMPRIMERIE.
Nous avons étudié jusqu'ici la transmission du texte d'Horace dans les temps qui ont précédé l'imprimerie, et nous avons signalé et à la fois apprécié, autant du moins qu'il nous a été possible, les monuments où elle s'est faite à cette époque, telles que la double recension de Probus et.de Mavortius, les commentaires des scholiastes, et particulièrement de Porphyrion et d'Acron, et enfin et surtout les causes des altération^ que le texte d'Horace avait subies.
Nous avons dit quels étaient le nombre et la provenance des principaux de ces manuscrits, sur lesquels d'ailleurs Keller et Holder avec Kirchner achèveront de nous renseigner dans la description et les essais de classement qu'ils en ont tentés.
Il nous reste maintenant à suivre l'histoire de ce texte avec toutes les vicissitudes par lesquelles il a passé dans les temps modernes, c'est-à-dire depuis l'invention de l'imprimerie, et à
signaler, parmi les éditions sans nombre qui en ont été données, à partir de cette époque jusqu'à nos jours, celles qui ont marqué, soit parleur valeur véritablement critique, soit par Taudaee et la témérité des recenseurs. Ce ne sera pas la partie la moins curieuse ni la moins intéressante de notre étude.
Le texte d'Horace au xv' siècle.
Bien qu'elles n'aient aucune valeur critique ou bien peu, du moins, il faut signaler, entre toutes les éditions d'Horace au XV* siècle, Védition prmceps, c'est-à-dire celle qui a passé généralement pour avoir été imprimée la première. On n'en connaît pas la date, pas plus d'ailleurs que le lieu de l'impression, ni le nom de l'imprimeur qui a cependant exécuté, au témoignage de Brunet, plusieurs autres livres avec les mêmes types ou caractères que ceux de cet Horace. Elle ne remonte pas, selon toute probabilité, au delà de 1470.
Le second catalogue de Van Praet, II, p. 60, décrit un exemplaire sur vélin de cette précieuse édition d'Horace qui est un véritable monument; nous reproduisons ici cette description.
Elle consiste en 157 feuilles imprimées en lettres rondes d'une forme assez grossière, sans chiffres, réclames, signatures, ni initiales, à vingt-six lignes par page. Elle commence au recto du premier feuillet par le titre suivant :
Quinli Ofatii Carminum libtr pHmua.
Le premier vers des odes est imprimé en lettres capitales et disposé ainsi :
{Meeœnoê atavie édite regibit».
A la fin du Carmen seculare, au verso du li' ou 75' feuillet selon Van Praet, on lit le mot
et les quatre vers suivants :
Hoc quicumque dédit Venusini carmen Horati Et studio formis correctum effinxit in ietis, Vivat et œterno sic nomine sœcula vincat Omnia, ceu nunquam numeris aholehiiur atActor.
Souhait par parenthèse assez étrange à propos d'un homme qui avait eu soin de cacher son nom.
Les Épitres commencent sur le recto du feuillet suivant de cette manière :
Quinti Orafii Flacci Epi stolarum liber PBIMUS,
Elles occupent 30 feuillets, au recto du dernier desquels elles sont terminées par le mot finis.
L'Art poétique qui vient ensuite contient 10 feuillets et commence ainsi au recto du premier :
Quinti Oralii Flacci POETRIA. • *
Les Satires occupent 42 feuillets et finissent sur le recto du dernier par ces deux vers :
Ut nihil omnino gustaremus. Velut illis Canidia ufflasset pejor serpentibue Aphris.
Tous les exemplaires ne sont pas disposés dans le même ordre.
En somme cette édition contient : les Odes, le Carmen seculare, les Epitres, TArt poétique, les Satires.
Quoique assez généralement peu correcte, elle a fourni à Gessner quelques bonnes leçons que Ton trouve dans THorace publié par lui en 1752.
Il existe une autre très ancienne édition d'Horace, format grand in-4% également sans indication de lieu, ni de date, et sans nom d'imprimeur; elle est sans chiffres, réclames, ni signatures, à longues lignes (au nombre de trente-trois et même souvent de trente-cinq sur les pages entières), en beaux carac-
tères, roncU, semblables à ceux dont Philippe de Lavagnia a fait usage à Milan en 1472 et dans son Horace de 1476. Ce volume est en totalité de 133 feuillets et il commence par ce sommaire :
Quinti Horatii Flacci Venusini carminum liber primus ad Mecœnatem.
Les Epîtres finissent au verso du 123* feuillet par sept vers suivis du mot finis.
Après ces deux éditions sans date, il faut noter d'abord la première qui ait paru avec une date, c'est la première édition de Milan, publiée par Antonius Zarotus, de Parme, en 1474, in-foL, sous ce titre : Anno a natali Christiano MCCCCLXXIV, die XVI Mart/i, Ant. Zarolus Parmensis cuncta opef^a Quinti Horatii Flacci Venusini non indiligenter emendata, elrganter atque pAeliter impressit. Quisquis hœc coemerit nunquam pœnitebit.
Quel était l'auteur de cette recension si soignée, et que jamais, à l'en croire, on ne pourrait se repentir d'avoir achetée ? Nous ne le savons pas.
Il faut noter ensuite la seconde édition de Milan, publiée la même année, par le même Antoine Zarot, mais avec le commentaire d'Acron, puis l'édition de Caen avec le commentaira d'Acron et de Porphyrion, publiée en 1480, par Jacques Durandas et Egidius Quijone.
De cette époque à la fin du xv*' siècle, on doit relever encore l'édition de Florence, sortie des presses d'Antoine Miscomia en 1482, avec le commentaire de Landinus, et publiée de nouveau par celui-ci à Venise en 1483, 1484, 1486, 1490, L'édition de Venise en 1486 est plus fautive que celle de Florence en 1482*.
On doit relever surtout la première l'édition de Strasbourg
]. Grâce à Tobligeance do M. le Bibliothécaire en chef de TUniversité de Strasbourg qui a bien voulu nous les envoyer en communication, nous avons pu examiner et eomparer ensemble ces deux éditions.
donnée en 1 498 par Locher, poète lauréat et professeur à T Académie de Fribourg, sous ce titre :
Horatii Flacci Venusini poète lirici opéra cum quibusdam annotationibus , imaginibusque pidcherrimis aptisque ad odarum
concentus et sentent ias. Elaboratum impressumque est hoc
optis in urbe Argentina opéra et impensis Johannis Rhei-
nardi, cognomento Gûrninger, quarto idus Mardi absolutum vero anno Domini MCCCCXCVIII, in-folio de CCVII feuillets, chiffrés, non compris 6 feuillets préliminaires et 6 feuillets d'index avec des ligatures.
Cette édition publiée par J. Locher peut, dit Brunet, être mise au nombre des éditions princeps, n'ayant point été faite sur des textes imprimés, mais sur des manuscrits trouvés en Allemagne; elle est ornée de gravures sur bois, offrant des sujets tirés des poésies d'Horace. La plus remarquable de ces gravures est au second feuillet ; elle représente les neuf Muses, parmi lesquelles Calliope, assise sur un trône, couronne Horace et lui adresse des vers qui sont imprimés à côté.
Le texte d Horace au xvr siècle.
Le texte d'Horace au xvi* siècle est l'objet de nombreux travaux qui sortent tour à tour des presses célèbres des Aides à Venise, des Junta à Florence, des Ascensius à Paris, des Flantin à Anvers, et d'autres presses encore, mais moins renommées.
De ces diverses éditions, ainsi que le fait observer le savant professeur de la Sorbonne, M. Eugène Benoist *, la troisième Aldine, publiée en 1519, est la première des éditions du xvi* siècle qui s'écarte notablement des anciennes, à la différence des Juntines et des Ascensieniies qui se traînent en général dans Tancienne ornière. La seconde Aldine, d'ailleurs, était
1. Journal des savants, numéro do septembre 1883. Nous possédons de cette troisième Aldiao un très bel exemplaire que nous devons à notre jeune et savant collègue M. Cousin.
déjà très corrigée, tiiiisi que nous l'apprend lui-mêm« Aide Ma- Duce dans la préface de cette édition qui est de 1509.
Cette troisième Aldine a cela de remarquable que, refaite probablement à l'aide de manuscrits, bien que les sources n'en soient pas connues, elle servit de point de départ, k des éditions qui devaient avoir une importance^de premier ordre dans l'histoire du texte d'Horace.
Parmi la légion des recenseurs de ce texte uu xvr siècle, légion où tigurent tous les érudits du temps, comme Aide Mauuce, Badius Ascensius, Scaliger, Érasme, Antoine Muret, Dousa, Torrentius, Puluiaiin, pour ne citer que les plus connus, trois noms se détachent par l'importance des contributions qu'ils ont apportées à la critique du texte de notre poète ; ce sont les noms de Georges Fiibricius, de Chemnitz, uu Allemand, de Denis Lambin, le plus illustre des savants français, à cette époque, avec Antoine Muret, et de Jacques Cruquius, de Messine, professeur à l'université de Bruges.
L'iiriginalité de Tédition que Fabricius ' donna du texte d'Horace, à Bâle, en 1555, consistait dans la correction qu'il avait entreprisedu texte des commentateurs de ce poète, Héléniua Acron et Porphjrion. C'était une tâche on ne peut plus difficile, eu égard à l'état de désordre et de confusion où ae trouvait le texte de ces commentateurs. C'était, dit Fabricius dans l'introduction qu'il a mise en tét« de son édition, un véritable travail d'Hercule à exécuter; il l'entreprit à l'aide de deux manuscrits, l'un de médiocre importance qu'il dut à l'obligeance d'un chevalier de Thuringe, du nom de Wolfgang Werther; l'autre, beaucoup plus précieux, dont lui fit cadeau Georges, prince d'Anhalt ; et il se tira de cette tâche, sinon à la complète satisfaction des érudits, du moins à son honneur.
Denis Lambin, qui professa au Collège de France sous
1. Opéra Q. Horatii Flaeci et Venuiini Grammaticorum antiquia. Selenii Aermitt et Puipligrionii aimuieiilariii Ulatirala, admixlU interiaui C. £i<\iUi, Ju-lii ^odeati «I Tireniii Seavri anaMaiiiiiicidit : édita auctiiit et eiaen^liu; qaam unguam aatea per (iebrgiun.
Charles IX, à qui il avait dédié sa première édition*, fut le premier qui donna une recension sérieuse du texte d'Horace. Il la fit en deux fois, la première à l'aide de onze manuscrits, la seconde à Taide de six nouveaux, en tout dix-sept. Il raconte lui-même, dans la préface de sa première édition, comment dans un voyage à Rome, à la suite du cardinal de Tournon, il avait eu communication des onze premiers, dont il avait trouvé cinq à la bibliothèque du Vatican, cinq dans des bibliothèques particulières, un à Lyon, dû à un imprimeur de cette ville,* Tornésius. Il a raconté également, dans la préface de la seconde édition, comment les six derniers lui vinrent dans les mains à Paiis, par Tobligeance de plusieurs particuliers.
On peut voir dans'' ce récit tout ce qu'il apporta de conscience et de soin à cette édition, et aussi, ce qui est à signaler de la part d'un philologue, et surtout d'un philologue du xvi'' îïiècle, tout ce qu'il a mis de loyauté comme de courtoisie dans ses procédés à l'égard des autres savants ses confrères. Il a eu toujours à cœur, en effet, d'indiquer les noms de ceux des travaux desquels il profitait, et, d'autre part, de ne jamais relever avec aigreur les erreurs des autres, là où ils avaient pu se tromper, s'interdisant toutes représailles à l'égard de ceux qui n'avaient pas gardé avec lui la même retenue.
Denis Lambin ne se contenta pas de reviser le texte d'Horace; il accompagna ce texte ainsi émendéd'un commentaire abondant, clair et bien ordonné. Aussi la leçon de Lambin devint-elle, comme le remarque M. Eugène Benoist, le fond de toutes les éditions subséquentes. Elle fut reproduite partout sous le nom de l'auteur, ou bien encore, plus ou moins déguisée ou altérée par des conjectures de tout genre, et elle finit par être la vulgate qui s'imposa à tout le xvu^ siècle.
Pulmann, nous dit encore M. Eugène Benoist, Pulmannqui
1. Q. HoraLius Flaccua. Ex fide atque auclorilate decem librorum Mss., opéra Dionysii Lambini Momlrol. emendalus; ab eodemqiie comme nlariis copiosissimis illuslralus, niinc primum in lucein dlilns pcr Jo. Tornœsium Lvgdun,
d'abord reproduisit la troisième Aldine, n'offre à partir de 1564 qu'un mélange de Muret, des autres éditeurs et de Lambin. Bersmann, souvent réimprimé depuis 1602, n'est que Lambin mélangé à des souvenirs de la troisième Aldine. Le travail célèbre de Daniel Heinsius, reproduit plus d'une fois chez Plantin et les Elzévir, c'est Lambin défiguré par des conjectures hasardeuses. Lambin est aussilepremier canevas, continue M. Eugène Benoist, sur lequel travaillent, avec des mérites divers d'ailleurs, Bond, Torrentius, Tanneguy Lefèvre, par conséquent Dacier, puis Desprez, dans l'édition ofiicielle adusum Delphini, je disofiicielle, car le PèreRodeille, de la Compagnie de Jésus, en avait aussi entrepris une de son chef. L'influence de Lambin s'étend encore indirectement sur une grande partie du xviii" siècle, par les remaniements de la Vulgate du xvii* à laquelle il sert de fond et qui, dus à l'Anglais Baxter, 1701, et à l'Allemand Gessner, 1752, vont inspirer les livres de Zeune, 1788, et, dans des temps plus rapprochés de nous, ceux d'Oberlin et de Bothe.
Jacques Cruquius, de Messine, professeur à l'université de Bruges, occupe une place à part parmi les reviseurs du texte d'Horace. C'est à lui, à lui exclusivement, que nous devons les variantes des quatre manuscrits connus sous le nom de manuscrits Blandiniens.
C'est toute une histoire que la destinée de ces manuscrits. De Rome, leur premier siège, ils avaient été transportés à Gand dans la bibliothèque du couvent des Bénédictins de Saint-Pierre, situé au pied du mont Blandin ; d'où le nom de Blandiniens sous lequel ils sont désignés. Cruquius avait demandé à François d'Helfaut, abbé de Saint-Pierre, communication des manuscrits de son couvent; celui-ci ayant accédé à sa demande, Cruquius trouva parmi ces manuscrits quatre manuscrits d'Horace, dont un, le Vetustissîmus, commeon l'appelle, lui parut mériter une attention particulière; il en tira des leçons qu'il mit à profit dans les éditions successi-
ves d'Horace qu'il donna d'abord partiellement en 1565, 1567, 1571, intégralement enfin en 1578*.
Ces manuscrits, avons-nous dit, étaient au nombre de quatre; quelques recenseurs et, entre autres, Duntzer, en ont imaginé un cinquième qui, au jugement de Zangmeister suivi en cela par Fritzsche, n'a réellement jamais existé, à moins que, par une erreur facile à expliquer, ce cinquième manuscrit ne soit autre que le manuscrit de Gotha qui reproduit le texte du Vedistlssimus, et qu'à ce titre on aurait rangé parmi les manuscrits Blandiniens.
Bien avait pris à Cruquius de consulter ces manuscrits et d'en extraire les variantes; car ils furent détruits dans l'incendie qui consuma en 1566 la bibliothèque du monastère de Saint-Pierre, à la suite des guerres de religion dont la Belgique fut alors le théâtre; de sorte qu'il n'en reste d'autres traces que les notes dont Cruquius accompagna les éditions successives que, de 1565 à 1578, il donna du texte d'Horace.
Mais quel degré de confiance méritent les leçons tirées par Cruquius du texte de ces manuscrits — quelque peu fantastiques, puisqu'on n'a d'autres preuves de leur existence que son témoignage — et particulièrement du Vetustissimusf Les savants là-dessus sont partagés et semblent former commedeux camps. Dans l'un, où nous trouvons Bentley et Lachmann, tout en reconnaissant la prudence et la conscience de Cruquius, on regrette que bien des fois il n'ait pas montré plus de jugement et de savoir ; dans l'autre, à la tète duquel figurent Bergk et Keller, on prétend que Cruquius a poussé le défaut d'exactitude jusqu'à mériter le reproche d'avoir altéré sciemment et de dessein prémédité le texte des manuscrits dont il se servait
Il en résulte que Bentley a reconnu en plus d'un endroit le Vetustissimus comme le meilleur de tous les manuscrits et
1. Q. H. F. ex anliquissimis XI libris Mss. et sckedis aliquot emendatus et plurimis locis cum commenlariis antiquis expurgalus et edilus opéra Jac. Cruquii Messenii, apud Bruganos politioris liUeralurœ prof, publ. Ejusdem in eumdem eiyarrationeSf observait, et varice ieclt. cum qnibusdafn aliis, et itid. locupletissimo. Êx off. Ch. Plantin. Antv. i. • -^
s*en est surtout rapporté à son autorité dans sa révision du texte d'Horace. Il a été suivi en cela non seulement par Lachmann, mais encore par Meynecke, Haupt, Lucien Mueller, Zangemeister et Mewesqui tous, au jugement de Fritzsche, ont bien mérité du texte d'Horace. Bergk et Keller en ont* jugé tout autrement, et particulièrement le dernier, qui dans son animosité, refusait d'abord — il a en eflfet cédé depuis sur quelques points — toute espèce de valeur aux manuscrits Blandiniens. Keller, de plus, et Zangemeister est de son avis, prétend que le texte de ces manuscrits, qui ne nous est toujours connu que par Cruquius, il ne faut pas l'oublier, ne renferme pas une seule leçon qui ne se retrouve dans un ou deux de la masse des autres manuscrits, comme, par exemple, dans celui de Gotha. D'ailleurs, le plus ancien de ces Blandiniens ne remonterait pas, suivant Lucien Mueller, au delà du viu® siècle après Jésus-Christ, et suivant Ribbeck, au delà du v«. Quoi qu'il en soit, au jugement de Fritzsche, ils dériveraient tous les quatre des mêmes sources que les autres manuscrits d'Horace.
En somme, comme le dit très bien M. Eugène Benoist, on peut conclure qu'il y a une part de vérité dans chacune des opinions soutenues par les adversaires comme par les défenseurs du Velustissimus de Cruquius. Ce texte est certainement d'une grande valeur, et il faut en tenir grand compte dans la constitution de la leçon d'Horace. Mais il ne semble pas qu'il faille lui donner cette préférence exclusive que proposait Haupt, et dont l'idée a servi de base à l'édition de Pauly en 1856. M. Mewes reconnaît avec assez de bonne grâce qu'il y dans le Velustissimus des leçons indubitablement fausses, et il en donne une liste assez longue. On peut admettre avec lui que la perte de cemanuscrit dans le 5 troubles des Pays-Bas est extrêmement fâcheuse, mais en même temps que, si l'on doit se féliciter de l'heureuse inspiration que Cruquius a eue d'en recueillir les leçons, on peut regretter le défaut d'exactitude et de pénétration de ce savant.
Le texte (V Horace au xvii'' siècle.
Plusieurs savants au xvii'' siècle, bien qu'en moins grand nombre qu'au xvi% ont donné leurs soins, soit à la correction, soit au commentaire du texte d'Horace. Ce sont Jean Bond, Schrevelius, Tanaquil Faber, ou Tanneguy Lefèvre, Daniel Heinsius, le Père Rodeille, de la Compagnie de Jésus, Desprez et François Guyet.
Jean Bond, 1550-1613, du Somerset, recteur de l'école de Taunton, puis médecin, a publié un texte d'Horace dont le fond, nous l'avons déjà dit, est tiré de Lambin, et fort estimé pour son commentaire sobre, clair et précis ; aussi a-t-il été réimprimé jusqu'à quarante-six fois et dispute-t-il à Lambin l'honneur de servir de base à la Vulgate.
Ce qui fait le prix de Tédition d'Horace donnée par Schrevelius Cornélius de Harlem, en 1653, dans la collection connue sous le nom de Variorum à laquelle il a travaillé avec d'autres savants hollandais, c'est le choix varié de commentaires antérieurs au sien qu'il y a joints avec l'intégralité de celui de Jean Bond.
Daniel Heinsius de Gand, 1580-1675, professeur d'histoire et de politique à Leyde, dont il fut aussi bibliothécaire, a donné avec commentaire, en 1605, chez Plantin, un texte d'Horace qui jouit de son temps d'une grande réputation. Mais, nous avons déjà eu l'occasion de le dire, ce travail célèbre, reproduit plus d'une fois chez Plantin et les EIzévir, n'est que le texte de Lambin défiguré par des conjectures hasardeuses, ce qu'exprime l'auteur de la notice littéraire sur les recensions du texte d'Horace mise en tête de l'édition Bipontine, par ces paroles; prœceps ivgenio tentator musœ Horatianœ asseclas invenit.
On reproche encore à Heinsius d'avoir porté dans son travail un esprit trop systématique, et d'avoir souvent prodigué l'érudition sans motif.
Tanneguy Lefebvre, 1615-1675, dans le texte d'Horace qu'il donna chez Péaii à Samimr, en 1671, essaya des corrections sur ce texte, mais dans ses tentatives consulta plutôt son goût que les règles d'une exacte critique.
Quant à Dacier, son gendre et son disciple, qui publia, de 1681 à 1689, un texte et une traduction d'Horace, on lui reproche d'avoir suivi de trop près les traces de son maître et d'avoir abuse de rallégorle dans ses interprétations, cherchant sans cesse à expliquer la mythologie par la Bible. 11 avait d'ailleurs une immense érudition, mais il ne résiste pas à la tentation de l'étaler.
Nous pourrions encore cirer, pour ne rien oublier, rédition du Père Kodeille, de la Compagnie de Jésus, et celle de Desprez, toutes deux adusum Delphini, avec cette différence toutefois que Desprez avait mission de publier son travail sous ce titre, tandis que le Père Rodeille publia le sien de son chef. Ces éditions sont estimées toutes les deux. Le commentaire de Rodeille particulièrement est court, mais plein de sens et ne laisse pus d'offrir quelquefois des conjectures ingénieuses. C'est du moins le sentiment de Vanderbourgh.
Mais j'ai hâte d'en venir à Franijois Guyet et au P. Hardouin, qui tous deux, entre les recenseurs du texte d'Horace au XVII' siècle, méritent une mention spéciale, l'un pour la hardiesse de ses conjectures, l'autre pour la témérité de ses opinions sur l'intégrité de ce texte.
François Guyet, né en 1575 à Angers, mort en 1655 à Paris, avait été précepteur du fils du duc d'Epernon. Ce fils fut depuis le cardinal de La Valette; après l'avoir suivi à Rome, où il fit la connaissance du poète Mathurin Régnier qui s'y trouvait en même temps que lui, Guyet, pourvu, grâce à la protection de son ancien élève, du prieuré de Saint-André, se retira à Paris, oti il se consacra entièrement à l'étude des poètes latins.
Sans rien publier, il se plaisait dans ses lectures à mettre en
marge des auteurs qu'il étudiait tout ce qui lui venait à Tesprit, corrigeant et commentant son texte tour à tour. Il avait annoté son exemplaire d'Horace, oii il biffait tous les vers qui lui semblaient indignes du poète. Ses suppressions n'étaient pas d'ailleurs si nombreuses. Il biffait dans la 2* ode du livre I" les vers 5-12, 21-24, 37-40 ; dans la 13* du ir livre, les A'ers 1-4 ; dans la 8* du IIP livre, les vers 25-28; dans la 23* du même livre, les vers 17-20; dans la 4* du IV* livre, les vers 18-22. A sa mort, sa bibliothèque fut vendue et achetée par son ami Ménage. La bibliothèque de Ménage ainsi augmentée de celle de Guyet, et enrichie, entre autres livres, de l'exemplaire d'Horace annoté par ce dernier, passa elle-même, soit par acquisition, soit par donation, dans la bibliothèque des Jésuites de Paris. En 1763, à l'approche de la tempête qui menaçait ces Keligieux et qui allait bientôt les disperser, leur bibliothèque fut vendue à Paris, aux enchères ; et l'on ne sait entre les mains de qui passa l'exemplaire de l'Horace de Guyet. Cependant l'abbé de Marolles, qui était un fureteur, avait pu en prendre connaissance, lorsqu'il se trouvait encore dans la bibliothèque de Ménage. Il le mit à profit dans une édition du poète qu'il donna en 1660. C'est de cette édition que le P. Sanadon à son tour put tirer et utiliser, dans l'édition que lui-même en donna plus tard, les corrections de Guyet dont Peerlkamp, de nos jours, a eu connaissance par cette voie.
Fénelon, qui possédait à fond l'antiquité grecque et latine et avait un sentiment si vif de ses beautés, Fénelon n'a pas fait d'édition d'Horace, mais il a dit en passant son mot sur deux endroits du texte d'Horace, qui choquaient son goût délicat. Sans prétendre qu'ils fussent interpolés, car il admettait très bien avec Quintilien et le même Horace qu'un poète ne fût pas toujours égal à lui-même, il regrettait de les trouver dans l'œuvre de l'ami de Mécène. C'est la satire vu tout entière du livre P*" des Satires, et la parenthèse si étrange et si froide dont, par une sorte de gaminerie, Horace inter-
rompt Pessor d'un des plus beaux mouvements lyriques de lu 4' ode du IV livre. Voici comment il s'exprime, car je me reprocherais, ayant la bonne fortune de rencontrer Fénelon 8ur mon passage, de ne pas le citer tout au long ; t Je ne retrouve point Horace dans la petite satire
Pr-otcTipti Regia Bupili ptu atque venenum.
a En la lisant, on bâillerait, si on ignorait le nom de son « auteur.
« Quaud je lis cette merveilleuse ode du même poète :
QuaUta miniilT^m fulmina alilem,
« je suis toujours attristé d'y trouver ces mots, quibus mos s unde dcduclus, etc. Otez cet endroit, l'ouvrage demeure enn tier et parfait. Dites qu'Horace a voulu imiter Pindare par « cette espèce de parenthèse qui convient au transport de « l'ode; je ne dispute point, mais je ne suis pas assez touché
de l'imitation pour goûter cette espèce de parenthèse qui « paraît si froide et si postiche. J'admets un beau désordre qui
1 vient dii transport et qui a son art caché ; mais je ne puis fl approuver une distraction, pour faire une remarque cuit rieuse sur un petit détail ; elle ralentit tout. »
Le texte d'Horace au xviii* siècle.
Nous ne citerons guère que pour mention deux éditions qui se trouventsur la limiteduxvu* et du xviii^'siècle, celle de Talbot faite sur les meilleurs manuscrits, parue en 1699, d'une splendide impression, louée par Bentley pour son exactitude et son soin; celle de Baxter, qui parut à Londres en 1701, fort décriée par le même Bentley. On lui reproche sa manie d'expliquer tout par Tallégorie, l'abus qu'il fait des étymologies attiques et puniques, et son peu de goût. Il aurait eu pourtant quelque sagacité.
Richard Bentley.
Richard Bentley, le premier des critiques après Joseph Scaliger au jugement des Allemands, Richard Bentley que personne de notre temps, dit Fritzsche, n'a égalé, si l'on excepte Godefroi Hermann et Charles Lachmann, donna d'abord à Cambridge en 1711, ensuite à Amsterdam en 1713 et en 1728, une édition d'Horace depuis réimprimée à Leipsick en 1764 et 1816, et enfin, à Berlin, en 1829, par les soins de Zangemeister*.
Telle était, dit Fritzsche, sa sagacité pour découvrir les fautes des copistes, si ingénieuse était sa méthode de correction, si profonde sa connaissance de la langue latine et de tout ce qui se rapporte à la science de la grammaire et de la métrique que non seulement il laissa bien loin derrière lui tous les éditeurs d'Horace qui l'avaient précédé, mais encore fut regardé comme ayant inventé et pratiqué d'une façon admirable la méthode critique qui repose sur la conjecture et la divination.
Il se flattait d'avoir pour la révision du texte d'Horace tiré plus delaconjecture que du témoignage desmanuscrits. Ce sera plus tard l'âme même de la critique de Peerlkamp. « La raison, disait-il, et le sujet tout seuls ont à nos yeux plus d'autorité
1. Uorati Flacci opéra ex recensione et cum notis cUqtte emendationibui R. BenUeii. Editioterlia. Amitelod. apud Westenios, 1728, in-4o.
que cent manuscrits : nobis et ratio et res ipsacentum codicibus poliores sunt. s II a d'ailleurs exposé en ces termes les qualités FL'quises pour faire un critique accompli; t II lui faut, dit-il, un jugement pénétrant, une sagacité pleine de finesse, et, comme on en louait autrefois Àristarque, une sorte de faculté divinatricR : toutes choses qui ne sont le fruit ni d'un travail acharné, ni de l'iige, si avancé qu'ilsoit, mais qui sont un pur don de la nature'. » Bentley sans doute se flattait d'avoir reçu ce don; aussi n'ti-t-il pas restitué moins de huit cents passages dans le texte d' Horace. Si toutes ces restitutions étaient fondées, on peut juger de toutes les altérations qui peuvent défigurer le texte des auteurs anciens.
Seulement une pareille méthode, si elle n'est pas pratiquée avec une grande sagesse, peut mener àde singuliers excès. C'est ce qui est arrivé à Bentley qui non seulement a taillé, à sa fantaisie, dans les manuscrits d'Horace, mais encore s'est laissé emporter, contre ce qu'il appelait la superstition des éditeurs qui l'avaient précédé, à de regrettables écarts de polémique.
Il est à noter toutefois que son audace s'est moins eiercée sur des pièces ou même sur des vers entiers que sur des mots isolés. Il n'a même conclu, dans toute l'œuvre d'Horace, qu'à la suppression d'un seul vers* où il retrouvait, à son sens, l'esprit et la couleur des moines du moyen âge. Peerlkamp, dans la préface de son édition, reproche à Bentley cette réserve à l'endroit des interpolations et l'en excuse en même temps sur la précipitation de son travail, précipitation dont Bentley lui même se confesse, lorsqu'il dit: « Quel que soit ce travail, je n'y ai vaqué que dans les mois d'été et encore avec une interruption d'un an ou deux. Il a été fait de premier jet, dans la chaleur de l'imjirovisation, sans que je l'aie revu et passé à la lime, à ce point que la plupart du temps les pages en étaient
I. E'i et peracri iasuper judicio opui, eut lagaeitate et a.'çfjviît, etl.ulde Ariilarcho otim prifdicaiani, itivinandi quaiiam perilia el fiavrix?), quœ mtlla luborandi perliTiacin, viiceve longinqaitate aequiii poiiunl, led nalurœ toliui niunere naicendique (eiioiloÀe coniingunt.
i. Carm., IV, 8, iT.
portées encore toutes moites à Timprîmerie*. » A propos de quoi Peerlkamp dit : a: Le commentaire de Bentley, tout divin qu*il soit, n'est pourtant qu'une œuvre d'improvisation. »
La critique de Bentley n'en était pas moins audacieuse pour répoque; aussi lui suscita-t-elle des contradicteurs. En 1712, un volume parut à Londres, sousle pseudonyme dePhilargyrius, intitulé Aristarchus ampullans in curis Horatii. En 1717, un maître d'école du nom de Richard Johnson publia à Amsterdam, sous le titre à' Aristarchus antibentleianus, une réfutation plus virulente que forte en doctrine du commentaire et de l'édition de Bentley. Mais le plus sérieux de ses adversaires fut Alexandre Cuningham dont l'édition au xviii® siècle balança un instant le succès de la sienne.
Alexandre Cuningham
Alexandre Cuningham se présenta comme le vengeur d'Horace contre Bentley. Il se vantait d'avoir donné une édition plus nette que celle de Bentley en plus de quatre cents endroits. C'est au Vetustissimus des manuscrits Blandiniens qu'il prétendait avoir emprunté ses meilleures leçons qu'il démêlait à l'aide des règles de critique qu'il s'était faites, et qu'il expose comme il suit dans la préface de son édition. « L'art de la critique ou de la correction, dit-il, est aux manuscrits altérés ce que l'art de la médecine est aux corps nïalades. Il faut au médecin des règles sûres, des principes certains pour pratiquer son art avec succès; il n'en faut pas moins au critique pour marcher à coup sûr. La cause de la maladie bien connue, 1er médecin a confiance de tâtonner moins dans le traitement qu'il emploie; ainsi le critique remédie plus facilement aux fautes des manuscrits, lorsqu'il en connaît le principe. De même encore que,
1. Qualiacumque vero hœc sunt, œstivis tantum mensibus — »ita tanten ut uno alto" roque biennio fuerint prorsus intermissa — primo impetu ac calore, sine lima curisve secundis descripta, sic madida fere char ta ad typographos deferebantur.
i. Q, Horalii Flacci poemata ex antiquis codicibus et certis observationibu^ emendavit variasque scriptorum et impressorum lecliones adjecit Alex. Cuninghamius. Hagœ CO' milum, apud Thomam Jansonium MDCCXXl.
pour être fixé sur la cause de la malndie de sea clients, le médecin a besoin de connaître leur état ordinaire en bonne satité, leur constitution et les côtés faibles de cette constitution ou de ce tempérament, ainsi le critique, s'il veut se mettre sur la trace des fautes d'un texte, doit connaître à fond le caractère ou la nature d'esprit de rinterpolateur, sa façon de parler habituelle, l'incurie et l'ignorance des copistes. »
D'après les diverses leçons données par Bi'Utley dans ses notes sur Hornce, il avait découvert que les meilleurs exemplaires du poète étaient entacliés de nombreuses fautes; son premier soin en conséquence a été de tirer du plus correct de tous les manuscrits, c'est-à-dire, au jugement de Cruquius, du plus ancien des manuscrits Blandiniens, des règles de critique à l'aide desquelles il pourrait démêler les Iwnnes leçons des leçons corrompues, et enlever toutes les fautes dont les copistes et les recenseurs ignorants avaient souillé tous les vieux manuscrits d'Horace. Son second soin a été de faire de ces règles un usage discret et prudent, de façon à ne pas risqner d'en faire l'application aux passages en bon état et d'appliquer aux passages en souffrance une règle qui ne leur serait pas appropriée, ou enfin, au milieu de la diversité des leçons, de donner la préférence à une leçon corrompne nu détriment de la bonne.
Et il devait, selon lui, se montrer d'autant plus diligent dans ce travail, qu'il avait remarqué que Bentley avait souvent fait usage de fausses règles, en avait ignoré quelques-unes, ou n'avait pas su se servir des règles vraies qu'il avait connues. Il en était résulté que cet illustre et savant homme avait souvent élagué des passages exempts de toute tache, souvent altéré encore plus des endroits coiTompus, s'était souvent mépris dans l'explication des causes qu'il attribuait à ces altérations, et enfin avait laissé stins y toucher de nombreuses fautes dans les vieux manuscrits.
Ce n'était pag assez pour Ciiuingham d'avoir ainsi fait la leçon à Bentley; dans une seconde préface mise par lui entête de ses Remarques sur les notes et les corrections publiées par
Bentley sur Horace, il prend directement à partie son rival et lui reproche, dans les termes les plus acrimonieux, son défaut de modestie, son outrecuidance et son ignorance. C'est pour l'en corriger qu'il a écrit ces Remarques, qui lui apprendront les véritables règles de la critique qu'il a ignorées ou mal appliquées.
Puis, arrivant au détail et reprenant paragraphe par paragraphe la préface où Bentley, dans son édition, expose et déduit tout au long les diverses qualités qui constituent le critique parfait, Cuningham lui déclare de la façon la plus tranchante et la plus rogue qu'il en a donné de bien rare^ échantillons dans sa recension et son commentaire, et affirme qu'il a volé à ses prédécesseurs ce qui peut s'y trouver de mieux. Il est enfin tellement déterminé à trouver mauvais tout ce qui vient de Bentley que là même où il reconnaît que celui-ci a tiré des vieux manuscrits de nombreuses et excellentes leçons, loin de lui en faire honneur, il aflSrme qu'il ne pouvait faire autrement et n'a eu d'autre mérite que celui d'un transcripteur.
En somme c'est une véritable guerre au couteau qu'il fait à Bentley dont il dissèque une à une toutes les leçons avec une acrimonie, une violence et un acharnement d'ennemi personnel, qui ne trouve à se satisfaire que par des apostrophes à brûlepourpoint, de ce genre, par exemple : Quid,tu Horatii judicium tut modulo metiri audes? indignum facinus! Il semble en un mot n'avoir publié son édition que pour humilier Bentley et que ce soit moins une œuvre de science que de haine et de ré^ crîminations. Inutile de dire combien ces personnalités compromettent l'autorité de sa critique d'ailleurs pleine de sagacité, et souvent, aux yeux des connaisseurs, plus sûre que celle de Bentley. Jani, entre autres, trouve ses corrections aussi savantes qu'ingénieuses, et ne craint pas d'avancer que, contrôlées d'après les lois de la vraie critique, elles doivent être regardées comme les seules et vraies leçons. Son audace, dit-il, est préférable à la réserve ignorante des autres ; et il ne craint pas de le proclamer comme le premier des critiques en Ce qui regarde le texte d'Horace, sans excepter Bentley.
Sanadon*.
Une édition vraiment originale au xviii* siècle, c'est celle du Père Sanadon, de la Compagnie de Jésus, publiée à Paris en 1728jendeux beaux volumes in-Vprécédés d'une dédicace àson altesse sérénissime le prince de Conti, son él^ve, et ornée d'un magnifique frontispice. Uien n'égale la hardiesse avec laquelle il a changé, ou plutôt, car c'est le mot, bouleversé la disposition des pièces d'Horace, telle qu'elle avaitété transmise jusquelà par les éditeurs précédents. Od en jugera quand on saura que de toutes les pièces du poète il n'en laisse que trois dans leur ancienne place; toutes les autres sont rejetées, pour une raison ou pour une autre, soit à la fin ou au milieu du livre oii elles se trouvent, soit même dans un autre livre. C'est enfin un bouleversement do toutes les places habituelles des pièces, à ne pas s'y reconnaître, mais dont le P. Sanadon donne les raisons. Telle ode, par exemple, qui figure dans le livre I" des Odes, comme l'Ode 22 Jnleger viiœ, est renvoyée par lui au 4* livre. Ce n'est pas tout, quelquefois il partage une pièce en deux, et quelquefois de plusieurs il n'en fait qu'une, comme la pièce sur les Jeux séculaires qu'il refait tout entière avec quatre autres pièces qu'il y ajoute et emprunte au livre III, au livre IV, au livre I et au livre des Épodes dont il fait un cinquième livre d'odes. Enfin il met partout de nouveaux titres et de nouveaux arguments.
Il y a dans tout cela, dit Sanadon, des hardiesses, du moins des nouveiiutés qui demandent d'être appuyées, et dont il est à propos qu'il rende raison au public. Avant que d'entrer dans le détail, il commence par prévenir une objection générale que l'on ne manquera pas de lui faire sur l'autorité des manuscrits, dont on pourra croire qu'il s'est départi trop généralement.
1. Lei Poéiiti d'ilorac* ditpotèei luivanl l'ordre eknmolofiique M Iraduitet en /rançaii, avec (i(>i reinarquBi et dit diiiertalioni critiquée, pu te R. P. Saaadoo, de la Campagais de Jésus. Parle, ma.
Il n'ignore pas, ajoute-t-il, de quel poids sont les manuscrits, et il est persuadé que les commentateurs et les traducteurs ne doivent s'en écarter qu'avec une extrême réserve. Il les a respectés lui-même ces manuscrits, comme on le verra dans un grand nombre de ses remarques. Il a préféré presque partout la leçon qui leur était la plus conforme à celle que d'autres critiques avaient introduite, ou que ses réflexions auraient pu lui fournir. Il n'a pas même toujours fait entrer dans le texte ce qui lui était venu le mieux, et il s'est quelquefois contenté de le proposer dans les notes. Mais il s'est bien gardé de porter jusqu'à une déférence aveugle les égards qu'il a eus pour ces précieux monuments des anciens auteurs. Tout estimables qu'ils sont, ils ne sont pas exempts de fautes. On y trouve des omissions, ou des transpositions de lettres, de mots, de vers, et même de phrases entières. Eh, comment cela aurait-il pu se faire autrement? Ce ne sont que des copies de copies, qui ellesmêmes en ont d'autres, en remontant jusqu'aux premières.
Et, comme le fera plus tard Peerlkamp, il énumère toutes les causes aussi multiples que diverses qui ont contribué à l'altération du texte de ces copies. Puis il expose tout au long la méthode dont il s'est servi dans l'établissement du texte d'Horace ainsi que dans son commentaire. Mais laissons-le parler lui-même : « Comme le texte d'Horace, dit-il, était le sujet et la matière de mon travail, mon premier soin a été de l'examiner en grammairien critique. Je l'ai remanié à plusieurs reprises, j'en ai épluché tous les mots et toutes les phrases; et secondé par les diverses leçons des manuscrits, par les conjectures des savants et par mes réflexions particulières, j'ai tâché d'en bien assurer toutes les parties et de remédier le mieux que j'ai pu aux plaies qu'il avait reçues entre les mains des copistes et des éditeurs... Outre les secours que j'ai tirés pour cela des scholiastes, de Pulmann, de Cruquîus, de Lambin, de Muret et de Lefèvre, j'ai surtout profité du travail de deux excellents critiques de nos jours, M. Bentley et M. Cuningham, dont la sagacité soutenue d'un grand usage des manuscrits a contribué
à rétablir le teste d'Horace en quantité d'endroits où il avait été défiguré. J'ai fait tourner au profit du poète l'émulation qui a mis aux prises ces deux savants. Dans les points où ils couviennent j'iii regardé ordinairement cet accord comme une décision, quoique je m'en éloigne en quelques endroits pour des raisons qui m'ont paru meilleures. Quand ils sont en contestation, j'examine les raisons qui les partagent, pour me ranger d'un côté plutôt que d'un autre, ou pour prendre un troisième parti tout différent où je trouve plus de sûreté. Dans lescorreetions que j'ai osé faire de moi-même, j'ai eu soin d'apporter les raisons de nécessité ou de vraisemblance qui m'ont obligé de m" écarter en cela des manuscrits et des éditions. »
Voilà pour le texte et sa constitution. Quant au commentaire, le P. Sanadon a inoins cherché à s'y montrer savant qu'à faire pénétrer le lecteur dans le sens de la pensée du poète et dans toutes les délicatc^sses de sa poésie et particulièrement des Odes. Il a de plus établi la véritable date des pièces et montré le rapport qu'elles ont avec l'Histoire, rien n'étantplus capable, dit-il, de les éclairer que de savoir dans quelles circonstances elles ont été composées, et ce que le poète se proposait.
La mode était, parmi les savants au temps de Sanadon, d'expliquer les fables mises en œuvrepar le poète par des allégories. Sanadon ne nie pas que ces explications soient ingénieuses, mais il les trouve au moins aussi arbitraires et pour cette raison a cru devoir les écarter. On n'est pas d'ailleurs plus courtois que ce père jésuite vis-à-vis de ses émules et de ses contradicteurs.
S'il s'est trompé, dit-il, il se verra réfuter sans chagrin, et il applaudira volontiers à sa défaite pourvu qu'elle tourne au bien de l'auteur sur qui il a travaillé; et il finit sa préface dans les mêmes termes et dans les mêmes sentiments que ceux par lesquels Ménage termine l'introduction qu'il a mise en tête de ses observations sur Diogène Laërce : a SI quelques-unes de nos remarques ont déjà été faites par d'autres, ou elles étaient accessibles à tous, ou connues seulement d'un petit nombre.
Accessibles à tous, nous avons pensé que ce qui était public n'appartenait en propre à personne. Quant à celles qui n'étaient connues que d'un petit nombre, nous en avons loué partout les auteurs ; et si par hasard pour quelques-unes nous avons oublié de le faire, je prie qu'on veuille bien me croire lorsque j'affirme que je ne les ai pas empruntées aux autres, mais que le hasard a voulu que je me rencontre avec eux sur ces points. Il est difficile, je dirai plus, il est impossible, lorsqu'on s'engage dans un chemin où d'autres vous ont précédé, de ne jamais mettre le pied sur leurs traces *. ï»
On n'est pas plus galant homme. Il faut avouer, sans parler des autres, que Cuningham a vis-à-vis de ses contradicteurs un ton bien différent.
Jean Hardouin.
Jean Hardouin, né à Quimper en 1646, mort à Paris en 1 729, de la Compagnie de Jésus, bibliothécaire du collège Louisle- Grand.
Avant d'être célèbre par son scepticisme à outrance, et, on peut le dire, extravagant, en tout ce qui regarde l'authenticité des historiens et des écrivains anciens, qu'il regardait tous comme apocryphes et comme ayant été composés de toute pièce par les moines'du moyen âge, à l'exception toutefois de Cicéron, de Pline l'Ancien, des Géorgiques de Virgile et des Satires ainsi que desÉpitres d'Horace, le P. Hardouin s'était acquisTestime du monde savant par sa magistrale édition, exécutée en cinq ans, de Vllistoire naturelle de Pline, et par sa Chronologie expliquée à laide des médailles, La mapie sceptique à laquelle il ne tarda pas à se laisser aller, manie qui s'étendait à tout et
1. Si nonniUla ab aliis anim&dversa nnimadvertimus, vel erant illa omnibus pervia ^ vel paucis cognita. Omnibus pervia, nullius esse, quia erant omnium, existimavimus. Ad illa paucis cognita quod attinet, eorUm auclores ubique laudavimus. Et si forte alieubi non laudavimus, hoc mihi adfirmanti credas velim ea nos ab aliis non ac~ cepisse, sed in ea cum illis fortuito incidisse. Difficile est, imo haud possibile trita ab aliis via sic ingredi ut in eorum vestigia nunquam incurraf.
~ i'2 — qui b' arrêtait à peine devant le texte des Livres saints, te ridiculisa et finit par compromettre les résultats de tous ses travaux. Pour nous eu tenir au texte des écrivains latins, il avait publié un traité intitule Psevdo-VirgiUus, où il prétendait démontrer que VÉnéide n'est pas de Virgile, mais l'œuvre des moines du xm° siècle; il en publia un autre sous le titre de/'jfewt/ffliiiralim ' , pour prou ver qu'il ne reste d'Horace, en fait d'œuvres authentiques, que les Satires et les tpîtres, et que les cinq livres des Odes et t^podes sont également l'œuvre des moines.
On avait buiiu lui opposer les témoignages des auteurs anciens qui mi'ntionuL'nt les poésies lyriques ou en citent des vers, comme Suétone entre autres, Quintillen, Sidoine Apollinaire qui mentionne en trois endroits diflFérents les poésies lyriques d'Horace, I, XX, Ep. ad TonanUum; Carm., IX, V, v, 2'23; Carm,, XXHI, 450 sqq., et, parmi les grammairiens, Diomède qui, dans le A' livre de son Ars Grammalica, donne les premiers vers de toutes les Odes d'Horace, sauf quelques-unes; à cette objection il avait une réponse décisive, c'est qu'à l'exception de ceux que nous avons déjà mentionnés plus haut, tous les auteurs latins étaient apocryphes.
Quant à Pline l'Ancien, qu'il reconnaissait comme authentique, il ne fait, dit-il, nulle part mention des Odes.
Horace lui-même d'ailleurs, à l'entendre, ne fait, dans aucune de ses Satires ni de ses Epîtres, allusion à ses Odes, et bien plus, dans plusieurs passages, dit formellement ou qu'il n'a pas composé de vers lyriques, ou, ce qui est moins décisif, que ce genre de poésie est complètement étranger à ses aptitudes et à la nature de son talent.
Ainsi, pour donner une idée de sa façon de raisonner, Hardouin invoquait à l'appui de ce qu'il avançait le 1" vers de la l" Epître du I" livre :
Prima dicte mihi, summa dicende Camena,
I. Pieu'lo-Hornlivi live aitimndversionti criticœ futËu* oitenditur Horatii foetce niMl lupereiie genvinum prcBler Epiiiolat et lermonei, JohannU Harduini a Societate Jemi, operibui variii {Amttelodami, iisi) in*ett.
C'est-à-dire que Mécène étant célébré par lui dans ses dernières compositions en vers hexamètres, avait dû nécessairement Têtre aussi à Taide du même mètre dans ses premières.
Il se fondait encore, pour soutenir son opinion, sur ce qu'Horace en maint endroit de ses Satires et de ses Épîtreset, particulièrement, dans la 4*^ Satire du I" livre, semble s'excepter formellement du nombre de ceux qui ont droit au nom de poète; « car il ne suffit pas pour cela, dit-il, d'enfermer un vers dans (n sa mesure, ni d'écrire, à mon exemple, des choses voisines « de la prose ; non, l'homme digne de cet honneur, c'est un « homme qui a du génie, un souffle divin, une bouche où récc sonnent de grandes choses y> :
Neque enim concludere versum
Dixeris esse satts, neque si quïs scribat uti nos Sermom propiora, putes hune esse poetam ; Ingenium eut sit, cm mens divinior, atque os Magna sonaturum, des nomints hujus honorera.
En vain lui alléguaiton les vers da la fin de la 19* Epitre du P' livre, où, après avoir dit qu'il a le premier montré au Latiuml'iambe du poète de Paros, Horace ajoute qu'à ces vers il a mêlé les mètres mis en œuvre par Alcée et par Sapho, et se qualifie en toutes lettres du nom de joueur de lyre, /idicen, ou de poète lyrique ; Hardouin ne démordait pas de son opinion et soutenait qu'Horace n'avait jamais composé autre chose que des Satires et des Épîtres.
Ce n'est pas tout, après avoir nié l'œuvre lyrique d'Horace en général, il l'attaquait en détail et, relevant tour à tour dans les quatre livres des Odes et dans celui des Épodes tous les vers qu'il trouvait prosaïques, sans cadence, sans césure, trop. longs ou trop courts d'une syllabe, ou finissant négligemment sur une particule conjonctive, il concluait qu'un ancien, et Horace encore moins qu'un autre, n'avait pu commettre de pareils vers, ajoutant qu'il n'avait pas cité la centième partie de ceux qui méritaient d'être notés de l'obèle réprobateur.
Un Allemand, C. A. Klotz, dans un livre iii-8', publié à Brème en 1764, sous le titre: Vindicîœ Quinti Horatii Flaçci, crut devoir se donner la peine de réfuter sérieusement le paradoxe du P. Hardouin, comme un autre savant du même pays, Saxius, dans ses Vindiciœ pro Maronis jEnetde, imprimées à Leipsick en 1737, avait déjà entrepris de réfuter le Pseudo- Virgilius.
J. Uatth. Gessner'.
J. Mattb. Gessiier, le même àqui l'on doit l'excellent T/iesaurus linquœ lalinœ dont Robert Kstienne avait fourni le premier fonds, sans prétendre donner une nouvelle édition d'Horace, publia en 1 752 celle de Baxter avec des changements judicieux et des additions si importantes qu'il en fit un nouvel ouvrage aussi estimable, aussi utile que celui de Baxter l'était peu. Gessner eut aussi à sa disposition quelques manuscrits. Son édition a été souvent réimprimée, et notamment encore en 180?.
On a reproché à Gessner sa prudence et sa discrétion dans la constitution du texte d'Horace ; elles ne venaient pas chez lui d'ignorance. L'expérience, dit-il lui-même, les a confirmées, souvent elle lui a fait rejeter des corrections qui, d'abord, avaient eu le don de le séduire ; si bien que plus il s'instruisait, plus il acquérait de circonspection. Des savants, dit-il encore, ont voulu donner au teste vulgaire d'Horace une élégance plus digne de lui; maiscomment juger au bout d'environ 2,000 ans de ce qui avait plus ou moins d'élégance? Et à supposer même que ces critiques y réussissent quelquefois, sont-ils sûrs qu'Horace n'ait pas sommeillé de temps à autre et qu'il ait toujours écrit ce qu'àleur avis il devait dire? Son texte, ajoute-t-il, est un fait historique dont les témoins sont les anciens manus-
I. Horatii Etlogis una cuir ickoliii perpettiii, lam veierilni$ quam novii, etc., adjecit, «bi viium eii, et lua, lexlumtjue resliluit Gvill. Baxter , ad cvjui leatndam ediiionem recuili cuTavit et variflate teciionii, *ttni)ue obiervat. utixit Jo. Hallh. Gemerui.
crits auxquels on ne peut refuser son assentiment, lorsqu'ils s'accordent ou qu ils n'infirment pas eux-mêmes leur témoignage par Tabsurdité de leur leçon.
Gessner va plus loin encore : les absurdités, selon lui, ne sont souvent qu'apparentes ; elles ressemblent alors à ces dissonances musicales qui produisent un effet agréable, lorsqu'on entend l'art de les sauver ; et même alors que cet art est pour nous en défaut, il ne veut pas que Ton supprime et que Ton corrige dans le texte d'Horace, comme un précepteur dans les thèmes d'un écolier. A moins de trouver une correction facile, claire et pleinement satisfaisante, il prétend qu'il faut laisser subsister le texte et se contenter d'indiquer en note ce qu'on croirait propre à l'épurer.
Joseph Va/art, 1770 *.
A l'en croire, Valart aurait revu le texte d'Horace sur 76 manuscrits dont soixante, dit-il, appartenaient à la Bibliothèque royale; il aurait trouvé les 16 autres dans les bibliothèques de la Sorbonne, de Saint-Germain, de Saint-Victor. Nous ne savons ce qu'il en est de ces derniers ; mais, en ce qui concerne les manuscrits de la Bibliothèque royale, il faut qu'il ait été le jouet d'une singulière illusion, car suivant Vanderbourgh qui a étudié avec soin les manuscrits de cette provenance, à l'époque de Valart, la Bibliothèque royale ne contenait que 43 manuscrits d'Horace ; ce qui fait craindre qu'il n'ait pas davantage collationné sérieusement ceux qu'il a eus entre les mains. Toujours au jugement de Vanderbourgh, il n'aurait guère collationné sérieusement que deux de ces manuscrits.
Suivant l'auteur de la notice littéraire de l'édition des Deux- Ponts sur les éditeurs et les commentateurs d'Horace, Valart
1. <?. Horatii Placci opéra ad fidem LXXVF codicum, Paris, 1770, avec un tableau chronologique, un traité des métrés d'Horace, des variantes tirées de 76 manuscrits, une explication des mots difficiles, un lexique mythologique, historique et géographique, un dictionnaire latin-franQais des termes d'Horaco qui peuvent embarrasser le lecteur.
aurait compté, mais sans les regarder, les maouserits de la Bibliothèque royale et se serait contenté de collationner les principales éditions, prenant pour base de son texte celui de Sanadun auquel il aurait ajouté de nombreuses conjectures de Bentley et do Cuningham, et aussi des siennes, dont quelquesunes ne paraissent pas manquer de vraisemblance; il aurait aussi, en quelques endroits, mis à profit pour lui le travail de Gessner.