Journal <tat Savant*, septembre IRBS
Orelli ',
Orelli, né àZurichen 1787, mort en 1849, professeur au collège de la même ville, après avoir été pasteur à Bergame, Orelli est célèbre par ses programmes académiques ou leçons d'ouverture de ses cours, par sa collection des inscriptions latines, et surtout par ses trois magistrales éditions de Cicéron, de Tacite et d'Horace.
Frappé des inconvénients de la méthode de Schiitz et d'Ernesti qui, dans leur recension du texte de Cicéron, avaient eu trop souvent recours à des conjectures arbitraires et étaient arrivés par là à avoir des textes fort différents de ceux qu'avaient mis au jour les typographes du xv siècle, Orelli, dans l'édition qu'il en publia, eut pour principe de se rapprocher autant que possible des manuscrits ou des éditions primitives données d'après les manuscrits. C'était juste le contraire du système et de la pratique de Peerlkamp aux yeux de qui les manuscrits et les éditions primitives avaient fort peu d'autorité. Aussi Yl^ynevaSina, As.ns&o^ Étude sur les iîiterpolations du texte d'Horace, parle d'une façon fort méprisante de l'édition du philologue suisse -.
Il n'est guère possible à un recenseur du texte d'Horace de colliitioniier tous les manuscrits; Orelli, avec l'étude des manuscrits de Bentley, la plupart anglais, s'est surtout attaché à celle des manuscrits suisses. Comme le remarque très bien M. Eugèue Benoist, dans l'article que j'ai déjà cité, il a attiré l'attention des savants sur un certaio nombre de textes longtemps négligés par les philologues et dont lavaleur n'était pas suffisamment appréciée. C'est depuis ce moment qu'ont été
s'est iTOuvtf, dil-il, un homme pour s'altaquer bu gavant philologue hollnnpEirlt d'Orelli, dont lo commetitaire tout euLier ne vaul pas les erreura lu rQ9rlkB.mp. > ' Quirt etiam fuit qui rodere doctiiiimuiii ilolatiuni (iM n creierel; Oreilium dico, cujai lolut commenlariui minorii pretii eil quam ret feerikampii. ■
reconnus les mérites du Codex Bernensis 363, du Turicensis et du Sangallensis.
On sait la faveur dont a joui longtemps en France rédition d^Orelli ; elle est due surtout, cette faveur, à l'abondance du ^commentaire dont il Ta accompagnée et à l'appropriation de ce commentaire aux besoins généraux des lecteurs. Il l'a en eflFet, nous dit-il, particulièrement écrit d'abord pour les jeunes gens qui abordent pour la première fois la lecture d'Horace, puis pour ceux qui, empêchés par leurs occupations de se livrer avec suite à l'étude, désirent pourtant revenir de temps en temps au poète, auquel ils ont gardé dès leur jeune âge un cher souvenir.
Ce travail, il le dit, était le fruit et le résumé d'un cours de vingt ans sur Horace, et de la lecture non seulement des anciens scoliastes, mais encore de tous les commentateurs les plus estimés du poète, depuis Lambin jusqu'à Jacobs.
Une des choses auxquelles il s'est particulièrement attaché dans ce commentaire, c'est la citation tout au long de tous les passages des auteurs grecs et particulièrement des poètes qu'Horace a pu imiter.
Un caractère encore de son commentaire, et il lui fait honneur, c'est que dans les discussions des variantes et des diverses interprétations des commentateurs, il évite avec soin tout ce qui ressemble à des personnalités et à l'injure.
Après ce que nous avons dit, est-il besoin d'ajouter qu'Orelli, dans la question des corrections et des interpolations du texte d'Horace était un conservateur décidé? On Ta vu plus haut, Il tenait pour l'autorité des manuscrits et des éditions primitives. C'est dire de quelle façon il dut accueillir la tentative de Peerlkamp. A ses yeux c'était un véritable attentat, et il exprimait, nous l'avons vu, l'impression de scandale qu'il en avait reçue par ces paroles expressives : a: H a chassé Horace de chez lui-même, Horatium ex Horatio ipso expulit. »
Lorsqu'on parle d'Orelli, il ne faut pas oublier ses collaborateurs; il en eut deux qu'il trouva parmi ses élèves et qu'il
forma lui-même : ce sont Georges Baiter et Schweitzer, mais Baiter surtout, qui publia d'après les travaux de son maître une troisième édition, revue et augmentée, de son Horace, édition dontHIrschfelder a depuis donné une édition abrégée.
Kirchner '.
De Mavortius, et même de Probus à Orelli, tous les recenseurs sérieux du texte d'Horace avaient essayé de l'établir sur la collatioQ d'un plus ou moins grand nombre de manuscrits ; mais dans l'ignoraace où ils étaient pour la plupart du nombre exact de ces manuscrits disséminés dans les bibliothèques, ils n'avaient pas plus eu l'idée que les moyens de les répartir en classes et en familles d'après la date de leur origine, leur degré d'excellence et le nombre de leurs variantes ou leçons, afin de les ramener, s'il était possible, ainsi qu'à une source, à un ou plusieurs archétypes primitifs dont ils seraient émanés. Encore moins avaient-ils pensé à décrire le caractère de leur écriture et leur forme comme leur degré de conservation et leur contenu, et à indiquer avec précision les bibliothèques respectives où ils se trouvaient.
Ils ne tiraient pas d'ailleurs de ceux qui venaient entre leurs mains tout le profit qu'ils auraient pu en tirer. Un grand nombre se contentaient de* les consulter seulement aux endroits douteux ; les autres apportaient plus de soin à relever les diverses leçons ou variantes qu'ils y rencontraient, mais n'apportaient aucune attention, ou bien peu, aux titres des • pièces, aux gloses et aux scolies, ou à l'orthographe. H ne s'en trouvait enfin que fort peu qui prissent soin de décrire avec exactitude et précision l'âge, la nature, la forme soit interne, soit externe des manuscrits dont ils faisaient usage.
1. Kirchntri novee quœitionet Horallanm. I. Quinguaginta codicum quibui u$i nimu$ dacriplio. II. De codictin Horatianorum liirpibtu ac familiii. Addunlur tabulet lithographicie qvaluor in quibut iivi exempta leripiurce codicum a taailo n ad mec. iti exkibenlitr. Lipsûe, ia libraria HabnJBDa, udccciltu.
C'est ce que Kirchner le premier s'est proposé de faire au moins pour cinquante manuscrits, et c'est ce qu'il a exécuté avec une précision de méthode dont on peut juger par les règles suivantes qu'il trace au collateur de manuscrits : « La première est de relever les variantes dans les manuscrits mêmes qu'il faut avoir vus soi-même. Ainsi seulement il pourra distinguer la leçon du plus ancien copiste des corrections faites par la main d'un copiste postérieur; la seconde règle est de bien remarquer l'orthographe des mots, l'aspect et la nature du manuscrit, la forme des lettres, la façon habituelle de procéder du copiste, ses défauts, ses qualités, son ignorance et sa négligence, ou bien son exactitude et son habileté. Ce n'est pas tout, on devra rechercher avec le plus grand soin les scolies et les gloses qui auront pu pénétrer dans le texte. Enfin on ne devra pas seulement juger de la date et du pays d'un manuscrit, on devra encore apprécier sa valeur plus ou ' moins grande au point de vue de la critique du texte. »
Des cinquante manuscrits qu'il a décfits, Kirchner en a eu trente-six entre les mains, cinq de Berlin, trois de Dessau, cinq de Leipsick et autant de Dresde, trois de Gotha, deux de Gôttingue, trois qu'il désigne sous le nom de Guelpherbytani, cinq de Munster ; puis trois de Bâle, un de Zurich. Il n'a pu que recueillir dans les autres recenseurs les leçons des quatorze autres. Il a pu encore consulter le recueil de leçons de Burmann conservé à la bibliothèque de Berlin, recueil qui contient les leçons extraites par Burmann de trois manuscrits très anciens, celui de Grœvius, celui de Leyde et celui de Zulichem, çt de plus les conjectures et les notes brèves de Heinsius.
Kirchner ne s'est pas contenté de décrire ces cinquante manuscrits ; il a encore donné en quatre tableaux lithographiques les spécimens ou fac-similé de vingt-six de ces manuscrits.
Kirchner enfin a joint à ce travail une dissertation sur les moyens possibles d'arriver à établir les souches primitives de ces manuscrits et à les répartir par familles ; mais il avoue
HORACE. a
sincèrement qu'avec le nombre restreint des éléments dont il dispose, il n'est pas facile d'arriver sur ce double point à des résultats, et que la question est encore à l'étude. Il se contente de l'avoir indiquée.
Avec ses Novœ quœstiones Horatianœ, Kirchner donnait une édition des Satires, où il énumère et apprécie les manuscrits que divers savants avaient déjà fait connaître ainsi que 93 éditions publiées avant la sienne.
En somme, pour citer le jugement de M. Eug. Benoist sur Kirchner, la conclusion des Novœ quœstiones est éclectique. L'auteur ne croit pas que l'on puisse discerner une famille bien déterminée de manuscrits, qui occupe le premier rang, et de laquelle les autres soient sorties, à laquelle par conséquent on puisse se référer pour établir la critique du texte. Il reste donc, dit-il, à poursuivre l'étude des manuscrits et à tâcher d'établir entre eux des rapprochements de détail, d'après l'ordre dans lequel y sont rangés les divers recueils de poésie, d'après l'examen de certaines leçons importantes, d'après les additions et les omissions que laisse voir le texte. D'ailleurs c'est un programme qu'il trace à ceux qui voudront après lui tenter d'établir des classifications.
Keller et Holder.
Earchner, dans le programme qu'il traçait à ceux qui viendraient après lui, les invitait à tenter d'établir des classifications dans les manuscrits d'Horace ; il ne put lui-même le mettre à exécution, car il mourut en 1855, Tannée même qui suivit celle où il esquissait ce programme.
Ritter, en 1856, s'essaya à son tour à ce travail et tâcha d'ajouter quelque chose à ce que l'on savait des manuscrits d'Horace par l'addition des variantes du Codex Hispaniensis. Mais, comme l'a très bien reconnu M. Eugène Benoist, «le meilleur guide que nous puissions suivre ici, l'effort le plus considérable pour fonder un système général de critique et trouver
enfin ce qu'avait réclamé Kirehner, fut celui de MM. Keller et Holder * dans leur grand travail qui commença à paraître en 1864 et qui ne se termina qu'en 1880 par la publication du troisième fascicule des Epilegomena.
ce Ils ont essayé de faire une revue complète de tous les manuscrits connus d'Horace, d'en donner les variantes et de tirer enfirr de cet immense travail, qui ne leur a pas coûté moins de vingt années, ou peu s'en faut, une classification définitive.
a: Leur modèle, comme ils le disent eux-mêmes dans la préface, était le Virgile de Ribbeck. Mais les conditions de l'œuvre n'étaient pas les mêmes, et le résultat devait être différent.
« Le texte de MM. Keller et Holder et les discussions qu'il a suscitées ont rappelé l'attention sur des manuscrits longtemps négligés ou collationnés sans une exactitude suffisante. Grâce à eux, on possède enfin une connaissance approfondie de ceux qui sont déposés à la Bibliothèque nationale de Paris ; les leçons des textes des bibliothèques suisses, italiennes, allemandes sont rassemblées ; on peut les comparer. Mais les règles de critique n'ont pu être solidement établies. MM. Keller et Holder n'ont pas un moyen sûr de s'orienter au milieu des variantes sans nombre qu'ils ont recueillies. Ils ont divisé, ou plutôt M. Keller, qui s'est fait surtout le champion de cette opinion, a cru pouvoir diviser en trois classes principales les manuscrits d'Horace :
(c Lapremière, issue à son avis d'un assez bon archétype, mais défigurée par les corrections des scribes et des grammairiens ; la seconde remaniée par un correcteur . assez instruit qui, dans beaucoup de cas, a substitué ses conjectures au texte, soit qu'il ne pût pas le lire, soit qu'il essayât de le rendre plus facile à comprendre, ou qu'il crût préférable, au point de vue du goût, la leçon qu'il adoptait. A cette seconde classe M. Keller rattache en général les manuscrits qui portent le nom de Mavor-
i.Q. Horalii Flacci opéra recensuet^unl 0. Keller et Holder t Lipsiœ, in œdibus B. G. Teubneri. mdccclxiv, 1864-1880.
tins et qui semblent sortis plus ou moins directement de la recension à laquelle il a présidé. La troisième classe enfin vient d'un archétype médiocre, encore corrompu par les erreurs et les fautes de tout genre qu'y ont introduites les copistes du moyen âge, mais conservant néanmoins un certain nombre de bonnes leçons. i>
« Pour retrouver le texte original, il faut donc faire un patient travail de reconstruction : d'abord distinguer dans les manuscrits ce qui est la leçon primitive et ce qui est la correction (car Tun des obstacles à rétablissement d'une règle bien rigoureuse dans la classification c'est précisément que les textes ont été retouchés à Taide les uns des autres, raturés, grattés et surchargés à l'infini), puis discerner les erreurs et les inepties des copistes, les émendations rhétoriques et poétiques des correcteurs de la seconde classe, et enfin les changements des grammairiens de la première classe.
«Mais ne commet-on jamais d'erreur dans cette série de délicates opérations? C'est ce que M. Keller n'a pu persuader aux critiques ses émules. Un des défauts de sa classification, c'est qu'elle n'aboutit pas à des résultats bien nets. Qu'on en juge: une leçon qui se trouve à la fois dans la première et la troisième classe est préférable à celle que fournit la seconde ; une leçon qui se trouve dans la seconde et la troisième est préférable à celle que fournit la première ; une leçon qui se trouve dans la première et la seconde est préférable à celle que fournit la troisième. Et encore il y a des exceptions. De plus les classes elles-mêmes dans l'exposition du système de M. Keller ont
varié plus d'une fois Quelques manuscrits sont placés à
la fois dans deux classes différentes, à cause des surcharges qui les altèrent. Mais ce qui a le plus soulevé contre lui la colère de ses adversaires et suscité l'animosité de ses contradicteurs, de Lucien Millier en particulier, qui en parle, comme nous le verrons quand nous en serons à lui, avec le plus profond dédain, c'est qu'il a combattu Topinion, si bien
établie depuis Bentley et reprise par Meyneke, en faveur du Codex vetustissimus de Cruquius, et vigoureusement défendue dans ces derniers temps, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, par M. Zangemeister, par Lucien Millier dans ses deux éditions stéréotypes, celle de 1869 et celle de 1879, en dernier lieu par M. Mewes *.
a: Sans croire, d'ailleurs, à la division bien exacte des manuscrits en trois classes, division réduite à deux par Teuffel, il y a lieu d'être frappé, à ne considérer que le mouvement de l'opinion savante, de ce qu'un jugement moyen favorable s'établit sur la tentative de MM. Keller et Holder. Si en effet quelques-uns, comme L. Millier entre tous, continuent à soutenir, contre M. Keller surtout, une polémique qui ne manque ni d'aigreur, ni de violence, d'autres s'expriment plus modérément et commencent à accueillir un bon nombre des indications nouvelles.
D'autres font mieux encore : ils rendent hommage à l'importance de la tentative de MM. Keller et Holder, et à tout ce qu'ils y ont mis de travail et apporté de conscience. Dillenburger, entre autres, dans son édition de 1881, signale le parti qu'il a tiré des Epilegomena de M. Keller; M. Schiltz, dans la seconde édition des Odes, 1880, nomme Keller : « ...celui qui a rendu de si grands services à la critique du texte d'Horace » ; il loue l'exactitude de sa leçon. Dans l'édition des Satires qui est de 1881, il dit que « ...les solides et amples travaux de Keller et Holder lui ont rendu relativement facile la restitution du texte d.
a: Finalement Keller et Holder ont gagné la partie la plus importante de leur procès ; c'est à savoir qu'il y a lieu de tenir compte, plus qu'on ne l'avait fait jusque-là dans la critique, de textes conservés dans les bibliothèques de France et de Suisse. Tout en tenant tête d'ailleurs à leurs adversaires, ils cèdent en partie sur le point des manuscrits de Cruquius ou Blandiniens auxquels ils ont fini par reconnaître quelque va-
1. Ueber den Wert des Codex Blandinius vêtus lissimus , 1882.
leur. 9 Enfin, diins l'état actuel des choses, il faut, dit enoore M. Eugène Benoist, remercier MM. Keller et Holder de la peine qu'ils ont prise de nous donner une édition d'Horace si abondamment pourvue de renseignements. »
Voici maintenant, non avec la notation toute algébrique et par trop abstraite qu'ils ont imaginée et qui consiste à désigner leâ manuscrits par des lettres majuscules, minuscules, grecques, italiques, romaines, mais avec la notation ordinaire au moyen du nom et du chiffre des manuscrits d'après les bibliothèques dans lesquelles ils sont déposés, voici la liste de ceux que Keller et Holder distinguent entre tous pour leur valeur:
Dans la 1" classe le Codes Parisinus 7900 (A), le Codex Avenionensis ou plutôt Ambrosianus, 0. 136 (a), le Codex Parisinus, 7975 (y), le Codex Oberlinianus, olïm Argentoratensis, CVH, 7 (D), brûlé dans l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg, en 1870, ayant d'ailleurs une grande parenté ' avec le Codex ïuricensis Carolinus, 6 (r), le Codex Monacensis Lat., 14685 (E), le Codex Dessaviensis (v), le Codex ■ Sueco- Vatican us, 1703 (R).
Dans la "i' classe, le Codex Bernensis 363 (B) ; c'est le manuscrit de Berne qui a jadis appartenu à Bongars et dont Orelli s'est surtout servi ; la seconde partie, pars altéra Codîcis Monacensis 14685 (G), le Codex Gothanus, chart. B. 61 (g), précieux en cela qu'il est le seul représentant authentique du Vetustissimus Blandinïus et qu'il peut servir dans une certaine mesure à contrôler le témoignage de Cruquius et aie compléter. Ce manuscrit est remarquable encore par l'ordre dans lequel sont disposées les pièces d'Horace, ordre tout différent de celui des nutres mannscrits, mira perturbaiîone memorabilis, dit Th. Fritzsche. H faut noter que, dans d'importantes parties, quelques-uns des manuscrits ci-dessus énumérés appartiennent en même temps, les uns aux deux premières classes, les autres à la première et à la troisième.
Dans la 3' classe se distinguent entre les autres, le Codex
Parisinus 7974 (ç), le Codex Parisinus 7971 (\]>), le Codex Parisinus 7972 (d), le Codex Leidensis lat., 28 (1), le Codex Harleianus 2725, sive Graevianus (5), le Codex Leidensis Vossianus 21 (z), le Codex Harleianus 2688 (d), le Codex Parisinus, 10310 (tu), le Codex Lipsiensis rep.,L 4. 38 (L), le Codex Parisinus 7973 (u), le Codex Parisinus 8213 (o).
K. Lehrs\
K. Lehrs, déjà célèbre par son étude sur Aristarque, le grand critique de Fécole d*Alexaiidrie et le plus fameux recenseur d'Homère, Lehrs a publié à Leipsick, en 1869, une édition d'Horace précédée d'une longue introduction critique où il discute le texte du poète.
Lehrs est de l'école de Peerlkamp, comme Gruppe, Ribbeck et Linker. Il serre de près son maître dans sa recension des Odes d'Horace. Peerlkamp avait, nous l'avons déjà dit, fauché 699 vers ; Lehrs en abat 608 dans la sienne, pour ne pas par-' 1er de ceux qu'il supprime dans les Satires et les Épures.
Peerlkamp attribuait surtout les altérations du texte d'Horace aux interpolations ; Lehrs les rapporte en outre aux lacunes et aux transpositions, les unes résultant de l'incurie, les autres de l'inintelligence des copistes. Par une tentative plus que hardie il entreprend de combler lui-même par des vers de sa composition ces lacunes qui, selon lui, mesurent non seulement des strophes entières, mais des séries de strophes. Il ose plus encore, il coupe certaines odes, et d'une en fait deux, ou transporte d'une ode dans une autre appartenant à un autre livre, une ou plusieurs strophes qui lui semblent égarées en cet endroit ; au besoin enfin, pour établir la liaison des idées, il compose des vers de son cru qu'il mêle sans façon au texte d'Horace.
1, Q. Horatius Flaccus mit vorzugsweiser Rûcksicht auf die unechten Stellen und Gedichte, herausgegeben vod K. Lebrs, Prof, io Kônigsberg. Leipsick, 1869,
C'est ainsi, pour en donner un exemple, qu'il partage en deux la septième ode du premier livre :
Laudabunt aîii clavam Bhodon aut Mitj/Ienen,
Cette ode, dans les éditions vulgates, ne comprend pas moins de trente vers, il n'en garde que onze dont il donne sept à une pièce, quatre augmentés de deux de sa composition à une autre. A la première il prétend que la fin manque,, à la seconde le commencement. C'est ce qu'il appelle des lacunes.
Bref, il manie et remanie à son gré, d'après son sens propre, le texte d'Horace, sans s'apercevoir que lui, le grand adversaire des interpolations, ne fait pas autre chose dans son édition que reprendre l'œuvre des interpolateurs* Au reste, il avait la conscience de ses audaces, lorsqu'il appelait lui-même son travail une excursion sur les ruines de l'œuvre d'Horace, gradum in ruinis carminum Horatianorum,
Ce qui n'empêche pas Gruppe de trouver que Lehrs, en tentant de sauver beaucoup de vers rejetés par la critique, est en définitive plus conservateur qu'il ne pense et qu'il ne veut.
Frédéric- Otto Gruppe K
Né à Dantzig en. 1804, mort à Berlin en 1876, secrétaire perpétuel de l'Académie royale, après avoir professé, en qualité de professeur extraordinaire de l'université de cette même ville, la logique, l'histoire générale de la philosophie, et l'histoire de la philosophie grecque, Frédéric-Otto Gruppe, célèbre en outre dans son pays comme poète, Frédéric-Otto Gruppe devait pousser à outrance, comme nous l'avons vu déjà dans notre étude sur Peerlkamp, les conclusions de la méthode déjà si radicale de celui-ci.
Sans parler des prétendues lacunes qu'il trouvait dans les poésies lyriques d'Horace, et qu'il s'était donné, interpolateur
1. Frédéric-Otto Gruppe, Minoty Berlia, 1859. Raque, id., 1872.
d'un nouveau genre, la mission de combler par des vers de son cru, Lehrs avait pratiqué dans le texte des Odes de véritables coupes sombres, Gruppe y porta une hache encore plus meurtrière. Sur 3,038 vers, en effet, dont se composent les poésies lyriques, Peerlkamp en avait abattu environ 700, Lehrs, 608, Gruppe, lui, en jeta bas près de 1,820, c'est-à-dire plus de la moitié, pour ne pas dire près des deux tiers. De toute l'œuvre lyrique d'Horace, il ne conservait que 1,214 vers ; mais quels vers aussi ! disait-il à ceux qui se récriaient k la vue d'un pareil abattis. C'était là le pur Horace, le vrai Horace, enfin retrouvé et dégagé par lui, Gruppe, de tous les éléments étrangers, de tout l'alliage impur qui le souillait et le défigurait depuis tant de siècles,
Ainsi, pour entrer dans le détail et citer quelques exemples de cette critique destructive, des 36 vers qui forment la première ode du premier livre, il en retranchait 19, le premier et le second, le neuvième jusqu'au vingt-deuxième, le trentième et le trente-deuxième, le trente-cinquième et le trente-sixième; de la seconde ode du même livre composée de 52 vers, il rayait les 24 premiers vers et le quarante-cinquième jusqu'au cinquante-deuxième, en tout 31 vers. Des 10 strophes de 4 vers de la troisième ode adressée au vaisseau qui transportait Virgile à Athènes, il ne conservait que les deux premiers, éliminant de son chef tout le reste jusqu'à la fin.
Ces opérations de Procuste, il les pratiquait ainsi tout le long du premier livre et des trois autres, dans les odes qu'il conservait, après les avoir mutilées. Je dis qu'il conservait, car il en supprimait purement et simplement d'un bout à l'autre, sans en respecter même un seul vers, une foule d'autre», 13 dans le premier livre, 8 dans le second, 7 dans le troisième, 4 dans le quatrième, en y comprenant une, la dixième, qu'il qualifiait de suspecte {verdàcàtig), en tout 32.
Ainsi, l'œuvre lyrique d'Horace, après avoir passé à la barre de Gruppe, gardait seulement un peu plus d'un tiers de ses vers ; je dis à sa barre* Gruppe s'était, en effet, institué juge^
juge sans appel, ce semble, de cette œuvre sur la totalité de laquelle radnairation s'était égarée depuis tant de siècles. Et pour qu'on n'en doutât pas, il avait publié sous le nom de deux juges des Enfers, Éaque et Minos, les deux livres où il avait rendu ses arrêts sur le grand lyrique latin. *
Après une pareille exécution, on n'a pas de peine à comprendre que Fritzche s'écrie : cr Souhaitons que le troisième a juge infernal, attendu par la critique après Éaque et Minos, « soit moins inexorable que ses impitoyables collègues, et qu'à « force de vouloir rendre à Horace son élégance et son éclat « natif, on ne finisse pas par ne plus rien laisser de l'abeille de « Matina, disparue pour toujours et envolée loin des yeux des « mortels * ! »
1,214 vers, c'était tout ce qu'il conservait des 3,038 qui composent l'œuvre lyrique d'Horace ; c'était le triomphe de l'arbitraire le plus complet dans cet ordre de recension. Nauck, il est vrai, qui a donné lui-même une édition des Odes, Nauck, dans l'avant-propos de cette édition, trouve les conclusions de ce fantaisiste de la critique tellement insensées qu'il ne peut se persuader qu'il faille le prendre au sérieux* « Ne serait-ce pas, dit-il, une spirituelle ironie, une espèce de parodie de la critique de Peerlkamp ? » Une ironie dont le développement mesure plusieurs centaines de pages, soit ; mais si c'en est une vraiment, il faut avouer qu'elle est autre chose que spirituelle, au moins pour des Français.
NiC'Guill. LJunberg^.
C'est plutôt à titre de curiosité, je devrais dire de monstruosité, que nous citons cette édition sortie tout entière ou à peu
1. At vero, ne carminum Horalianorum nitor et elegantia eousque augeatùr ut apis Matina e conspectu mortalium evolet, optandum erit ut tertius ille, quem post Minoem et jEacum exspectamus, inferorum judex, minus inexoraMlis êit quam fuerunt sœvissimi collegœ. (Theod. Fritzche, De interpolationibus Horatianis.)
3. Q, Horaiii Flacci carmina lyrica ex intimœ artis criticœ prœceptis emendata edidit
près du cerveau du professeur suédois Ljunberg, et publiée par lui à Carlstad en 1872, d'après les règles, comme lui-même s'en exprime, les plus secrètes et les plus intimes de la critique, avec des commentaires critiques et exégétiques. Peerlkamp avait noté deTobèle réprobateur plus du quart de Tœu vre lyrique d'Horace ; Lehrs, sous prétexte de Tépurer, avait été jusqu'à rinterpoler ; Gruppe l'avait émondée, quedis-je, ébranchée à sa fantaisie; Hardouin, qui les avait tous précédés, l'avait purement et simplement supprimée et déclarée non avenue par des raisons qu'il était seul à comprendre; je ne parle pas de Sanadon qui s'était contenté d'en intervertir et d'en bouleverser l'ordre ; il était réservé à Ljunberg d'en fabriquer une, ou à peu près, de toutes pièces avec son imagination et de nous la donner comme Tœuvre authentique du grand lyrique latin.
Partant toujours du principe du sentiment esthétique, sans rejeter d'ailleurs aucune des odes du poète latin, il a corrigé, on pourrait presque dire refait à sa guise une grande partie des vers et souvent des strophes de ces odes qui, pour la plupart, sortent défigurées de ses mains et n'ont plus de physionomie reconnaissable. Non seulement les vers et les strophes d'Horace n'ont plus de physionomie dans cette grotesque édition, ils n'ont même plus de sens, et ne sont plus qu'une sorte de grimoire inintelligible, dont il eût été bien embarrassé, j'imagine, de donner la traduction.
Il se pique cependant d'appuyer souvent ses leçons sur l'autorité des manuscrits; mais on ne devinerait jamais de quelle façon il les recueille ; il va les chercher ça et là dans des odes différentes de celle dont il recense le texte, où ces leçons égarées auraient été, selon lui, transposées par des copistes ignorants ou inintelligents. «Ainsi, dit-il — je le traduis — au « premier vers de la première ode du premier livre, ma leçon
et commentariis criticis exegeticisque instruxil Nicol.-Guill. Ljunberg , doct. phil. apud regium gymnasium Golaburgense constitutus, eloquenliœ et poesis Rjmanœ lecior ; cum prœfalione editoris. Volumen primum, versus Horatianos eontinens. Garo^stadii^
« video tam, que le sens m'a forcé de mettre à la place d'atavis, « tire quelque autorité de la leçon vulgaire vetitum du vingte: sixième vers de la troisième ode du même livre^ où le mot « a/am doit, au contraire, être lu* ; ainsi — je cqhtinue à le « citer — la leçon /^irartf m du sixième vers de la première ode a de ce même premier livre doit son origine à la leçon manuso: crite terrarum du premier vers de la seconde^ ; ainsi encore < suivant lui, la véritable leçon atda du septième vers qui « figure dans les éditions ordinaires, a passé au vers 31 de la € dix-huitième ode du deuxième livre où elle remplace turba c qui, de son côté, a été maladroitement transposé dans ce « septième vers du premier livre. »
C'est tout simplement de la haute fantaisie, (egri somnia, des rêves de malade, du délire, deliramenta, dit un critique ; on ne peut se figurer, lorsqu'on n'a pas eu cette édition entre les mains, ce que deviennent les Odes dans celles de ce rhabilleur de vers ; autant le texte ordinaire d'Horace dans son ensemble et à part quelques difficultés de détail est étincelant de clarté et de netteté, plçin de sens et de grâce, autant le texte forgé de toute "pièce par Ljungberg est obscur, lourd et informe. L'abeille de Matina, nous disait tout à l'heure Fritzsche, s'envolait des mains de Peerlkamp et de Grappe et finissait presque par s'évanouir complètement à no» regards; que dirons-nous que devient cette abeille aux ailes d'or entre les mains de ce barbare ? Une sorte de chenille et de larve informe qui se traîne lourdement par terre.
C'est ce monstre qui dejirait, suivant lui, remplacer avant peu dans l'estime des connaisseurs toutes les éditions anté-