I. Texte de la Vulgate : Mœcenas atavit édite regibuê
et prœtidiuM et dulce decut meum.
Texte de Ljungberg : Mœcenas video tam édita regia
Quod det prœsidium et quale decu» tam en.
ï. Texte de la Vu I gale : Jam satis terris niviê atque dirœ
Grandinis misit PaJter, et rubente.
Texte d« Ljungberg : Jam tatii terrorum aJ}iil. Deorum
Non dies miscet Paier, hac rabenie.
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rieures* « Je n'ignore pas, dit-il, pour le citer lui-même, la ce destinée qui est réservée à cette édition tout à fait unique oc des poésies lyriques d'Horace. Ce sera d'abord un concert de a: clameurs et de cris d'indignation ; puis j'aurai à subir les ar- « rets de tous les guetteurs de syllabes, de tous ceux pour les- « quels il n'y a rien de plus sacré que de conserver et de trans- « mettre fidèlement les bévues des copistes et des critiques m bornés. Mais finalement, dansdix ans, c'est mon opinion, dans « vingt ans au plus, il n'y aura personne qui ne comprenne que <r mon édition est supérieure à toutes celles qui l'on précédée. »
Et il ajoute avec un sentiment de conviction qui ne manque pas d'éloquence, mais qui navre dans la situation de santé où il se trouvait : « Il n'est pas croyable, atteint comme je le a suis d'une grave maladie, que je dure jusque-là, mais cette a faveur tardive des connaisseurs, dont j'ai d'avance l'espoir a assuré, n'a-t-elle pas de quoi me consoler des attaques ja- « louses et des insultes dont le vulgaire accueille toujours les € audaces des hommes courageux en quête du vrai ? y>
Il n'avait pas mis, c'est lui qui nous Tapprend, moins de quatorze ans à Télucubration de cette merveille dont il avait donné la primeur à la Société royale des lettres et des arts de Gœthenburger, et sans doute aussi à ses élèves du collège royal de cette ville, où il était alors professeur d'éloquence et de poésie latine.
Maintenant, pour en finir avec la critique subjective, si quelque chose peut donner une idée de l'arbitraire et du peu de sûreté de cette critique, c'est la divergence des appréciations et, par suite, les contradictions auxquelles elle aboutit.
Ainsi, Peerlkamp retranche, comme interpolés, de la seconde ode du quatrième livre, — Pindarum quisquis, — tous les vers de la fin à partir du trente-troisième jusqu'au soixantième, c'est-à-dire près de la moitié. Toute cette fin, selon lui, ne présente rien de la couleur latine et n'a pas de liaison avec tout ce qui précède ; Gruppe, lui, au contraire, trouve pré-
cisément belle et digne d'Horace toute cette seconde partie à partir du vers 25 et condamne toute la première jusqu'au vers 24. De sorte que sur quinze strophes dont se compose rode> l'un biffant six strophes de la première moitié, Tautre rayant sept de la seconde, ils ne s'accordent que sur deux qui seules sortes intactes de leurs mains.
Même divergence, et encore plus forte entre Peerlkamp et Meynecke au sujet de la onzième ode du deuxième livre ; Quid beUicosus Cantaber. Voici comment le critique hoUaadais s'en exprime : « Pièce indigne d'Horace. Quelqu'un a voulu tenter « ici de développer pour son compte une idée que les poètes « grecs et romains, et Horace surtout, ont traitée de diverses « façons. Mais nulle part on ne lit dans Horace rien d'aussi « vide et d'aussi éloigné du charme et de l'enjouement si élé- « gant du poète. L'ensemble est mal lié et ne se tient pas ; ce a: sont des lambeaux rassemblés de côté et d'autres : sunt laci- « ni(B hinc inde consarcinafœ. Si cela se trouvait dans l'antho- « logie de Burmann, sans nom d'auteur, personne n'aurait a: ridée de l'attribuer à un poète ancien. )>
Voici à son tour le jugement que porte Meynecke sur la même ode : « Je ne crains pas d'avouer que j'ai toujours mis cette a: pièce au nombre de celles qui se distinguent. entre toutes les ce autres par la pureté du style, orationis castitate, la grâce des « images, la vérité des sentiments. Mais voyez combien les « goûts sont différents ! At vide quant diversa sint hominum pace lata ! La pièce qui nous semble à nous si digne d'admiration ce et que nous louons sans restriction, le critique hollandais la « regarde comme tout à fait indigne d'Horace et la relègue « parmi les plus viles productions de l'esprit. y>
Ce qu'il y a de curieux, c'est que Peerlkamp, dans sa seconde édition, commentant cette ode qui lui semble si indigne d'Horace, reproduit tout au long l'appréciation qu'en fait Meynecke, en insistant particulièrement sur la réflexion qu'il y mêle : mais combien les goûts sont différents ! C'est vraiment le cas de le répéter, ainsi que la remarque de La Bruyère à ce
sujet, lorsqu'il dit : a II n'y a point d'ouvrage si accompli, qui « ne fondît tout entier au milieu de la critique, si son auteur « voulait en croire tous les censeurs qui ôtent chacun l'endroit « qui leur plaît le moins )> ; et encore : « C'est une expérience « faite que s'il se trouve dix personnes qui effacent d'un livre m une expression ou un sentiment, l'on en fournit aisément un € pareil nombre qui les réclame. » Et c'est précisément ces divergences de goût qui sont la condamnation du sentiment esthétique présenté comme critérium certain dans l'établissement du texte d'Horace.
Ce qui condamne encore plus cette méthode et achève de la ruiner, ce sont, non seulement les divergences de goût et d'appréciations entre les divers critiques, mais encore les divergences chez le même critique se contredisant lui-même, dans ses appréciations, d'un volume à l'autre, quelquefois même d'un chapitre à l'autre, sous les yeux d'un lecteur désorienté qui ne sait plus à quoi se fixer.
Lequel croire, en effet, de Gruppe, rejetant dans Minos, comme apocryphes, la onzième et la douzième strophe de la quatrième ode du quatrième livre, ou de Gruppe, les admettant dans Eaque comme authentiques ; de Gruppe accordant un certificat d'authenticité, dans Mifios, aux strophes 14, 15 et 17, ou de Gruppe les déclarant apocryphes dans Éaque: de sorte que, comme le dit très bien Olsson, Éaque ignore ou fait semblant d'ignorer ce qu'a dit Minos. Lequel croire enfin, ou de Gruppe affirmant dans Minos que le Virgile auquel Horace a adressé la douzième ode du quatrième livre n'a rien de commun avec le grand poète ami d'Horace, mais n'est autre qu'un certain Virgile ami de la famille des Néron, ou de Gruppe s' emportant contre ceux qui ont pu croire qu'il s'agissait ici d'un autre que le poète de Mantoue? Et que peut faire le lecteur entre des affirmations si contraires, et chez le même homme, sinon admirer qu'à si peu de fixité dans leurs jugements des savants puissent unir tant d'assurance?
Et maintenant veut-on savoir le dernier mot de la méthode
esthétique dans rétablissement dit texte d'Horace et, par suite, de tous les textes possibles? Le voici tel que Peerikamp noua le doDue dans la préface de sa secoade édïtioo, qu'il termiae par ce souhait, oîi il laisse, à la lettre, échapper son secret; s Vienue un jour un honnête homme préparé à ce travail par € une longue pratique de la science, profondément pénétré du «sens poétique; qu'il passe en rerue et explore les diverses ■i opinions des commentateurs, qu'il établisse ensuite la sienne, a fruit médité d'une longue recherche ; ce sera àlui seulement « qu'il sera donné de montrer, sinon les versqu'Horaceacoma posés à la lettre, du moins ceux qu'il aurait voulu compo- « ser ' », c'est-à-dire, pour parler en bon français, qu'il devra au génie et à la libéralité de son commentateur, ou, pour parler plus juste, de son redresseur, en compensation probablement de tous ceux qu'il lui aura retirés.
Est-ce clair? et n'est-il pas admirable que l'homme qui s'est donné la mission d'expulser du texte d'Horace les interpolations, soit justement le même qui les provoqueet les met, pour ainsi dire, au concours?
Voilà donc finalement où devait aboutir la méthode subjective ou esthétique : à la ruine du texte d'Horace connu jusqu'ici, pour le remplacer par un texte variable avec le goût de chaque recenseur, c'est-à-dire, au fond, sans base solide et certaine.
Sur quoi repose, en efièt, cette méthode? Sur une double erreur: d'abord sur la négation de l'autorité des manuscrits, dont la défectuosit» est, à cet effet, exagérée outre mesure; ensuitti sur cotte opinion non moins erronée que tout ce qui est sorti (le la plume des grands écrivains et en particulier de la plume d"Huiace ne peut être que parfait.
Nous ne pouvons mieux faire, pour réfuter la première, relative au peu d'autorité des manuscrits, que rapporter les
1. Veniat vir toniii ionjo doUrinœ utu et exerdtatioat paratui, teniuque poetico inibiilvt qui vuriai interpretum opinionet exptoret. $iiamqtie, exlremum diutumaditigenlia- fttictvia, ronililuoJ. It demum earmina oittndei qum HorMiui, ri non plane ad liUeram àc comparuerit, compoiuitie veltel.
termes si pleins de sens et de raison dans lesquels M« Eugène Benoist s'exprime sur ce point *.
m Les manuscrits nous offrent tous le même texte*. Ils diffèrent « en divers endroits par des variantes ; mais, sauf en un passage m oii tout le monde, d' ailleurs, est d'accord pour rejeter une « addition qui évidemment n'est pas d'Horace, le texte a par- € tout la même étendue et ne présente pas de lacunes qui « puissent servir à étayer les arguments de ceux qui croient à a: rinterpolation. La doctrine de l'interpolation repose non ce pas sur la diffénence des manuscrits, mais sur des raison ne- « ments auxquels donne lieu l'état du texte consacré par tous « les manuscrits. On peut donc d'abord examiner la question « du choix des meilleures sources, et ensuite décider celles des a prétendues interpolations que l'on a cru voir dans Horace, ce Assurément les recherches n auront pas pour résultat de modi- «: fier d'une manière très sensible t Horace que nous connaissons « et avec lequel nous avons l'habitude de vivre. Même dans le « manuscrit le plus altéré, dans l'édition faite la plus négligem- « ment, Horace reste lui-même avec son enjouement délicat, son ce tour d'esprit indépendant, son expression pleine de sens et de a: grâce. Mais dans un texte exact et soigné, les traits de sa « physionomie se démêlent avec plus de netteté, sa langue se « montre avec plus de précision ; et les travaux qui ont pour « objet l'établissement du texte de notre vieil ami, nous le « font mieux connaître et aimer davantage. Dans une telle a: étude, nous discernons, — nous entrevoyons — ne serait-il « pas plus juste ? ce qui est l'Horace possible, celui des copistes a: et des commentateurs, et l'Horace véritable, authentique. « C'est peu à peu seulement que cette aimable figure se dégage