‹ Histoire du Théâtre-des-Arts de RouenChapitre 7 sur 41 · C.uillanme Tell · texte numérisé non relu

C.uillanme Tell

Hamlel f8).

Les Hufjuenots (H).

La Juive (1).

Lucie de Lammermoor ('A).

Le Maître de Chapelle (o).

Martha (2j.

Mignon (5).

Mireille (4).

Les Mousquetaires de la Heine (l).

Les yoces de Jeannette (2.).

Le Postillon de Lonijjuineau (fi).

Le Pré au.T Clercs (2).

Le Prophète (2).

Les Rendez-vous bourgeois (I I).

lligoletto (4).

Robert le Diable (î).

Roméo et Juliette (2).

Si j'étais Roi (2).

Le Songe d'une Xitit d'Eté (\).

Le Sourd i'6).

La Ira via ta ('.\).

Le Trouvère (5).

Le Voyage en Chim' '2>.

Zampa (2).

Artistes en Rejirésentation. — M. \'erliees, le fort ténor île la troupe, ayant été atteint (riiii rlmiiie opiniâtre dès le début de la saison, ne put assurer com[)lelement la marclie du répertoire jusqu'au 21 janvier, date à laquelle il dut se résoudre à résilier sou engagement; au>si la Direction fut-elle obligée de

faire appel à des artistes du dehors, notainmeiit à M. Escalaïs, de l'Opéra, qui remporta un grand succès dans Cuillaumc Tell, Lu J une, Les llni/iicnots eA L\4/riccnne ; à M. Warot, de l'Opéra, professeur au Conservatoire, qui lit encore une excellente impression dans Les Htiguenots; à M. Jourdain, de l'Opéra, qui se lit applaudir dans La Juice et Robert le Diable, et à M. Riva, qui se montra assez terne dans Guillaume Tell.

M'ie Castagne, de l'Opéra- Comique, retrouva le succès de l'année précédente dans Les Dragons de Vilhirs et se montra assez inégale dans Mignon.

M™e Galli-Marié, puis MH^ Duvivier se tirent entendre dans Carmen.

W^'^ Salembiani et M. Soulacroix, tous deux de rO[)éra- Comique, donnèrent beaucoup d'éclat à une représentation de Zanipa.

jVIme Garcin-Ismaël. la femme de l'ancien baryton de la saison 1862-1863, chanta les rôles de chanteuse légère dans Le Barbier lie Sécille, lAicie, Canne)i, Homéo et Juliette, Handet et Martha.

M. Gense, un de nos concitoyens, qui, après une carrière bien remplie de premier ténor, s'était retiré dans le département de l'Eure, personnilia Corentin dans Le ParJon de Pioermel et Canlarelli dans Le Pré-aux-Cleres.

Enfin, M. de Keghel reparut sur la scène où il avait tenu brillamment l'emploi de ténor léi-er pendant les saisons 1869- 1870, 187'i-1875, et se fit entendre dans (Ainnen. et Le Postillon de Longjumeau.

Xouvoautés. — M. Mirai, comme nous l'avons dit, monta cinq œuvres nouvelles au cours de la saison.

Laknié, opéra-comique en 3 actes, de Gondinet et Philippe Gille, musique de Léo Delibes. Première représentation le 23 novembre 1887, avec la distribution suivante : MM. Chenneviéres (Gérald), Dulhoit (Frédéric), Mazuui (Nilakanlha), 'Raoul (Hadji), Mmes Verheyden (Lakmé), Dupont (Malika), Geisniar (Miss Ellen), Armandi (Miss Rose) et Geismar mère (Mislress Bentzon). La décoration fort réussie de M. Iniix'rl et le ballet bien réglé, conlribiièient au succès de Id'uvre (jui eut onze représentations cette année- là.

Le compositeur, qui assistait à la première, fut acclamé. fjtkiiié a poursuivi uue brillante carrière au Tliéàtre-des-Arls et s'est maiulenii fort justement au répertoire.

l'hUémnii et Briucis, opéra-comique en 2 actes, de Michel Carré et Jules Barbier, musique de Gounod, fut donné pour la première fois le 2o janvier 1888, avec MM. Cliennevières (Philémon), Diithoit (Jupiter). Aristide (Vulcain), M^e Verhcydeo (Baucis), Cette (euvre n'eut qu'un succès d'estime et fut seulement jouée deux fois. Elle n'a élé reprise depuis que par intermittences.

fA' Tribut lie Zaïiiora, grand opéra en 4 actes, de Ad. d'Ennery et Jules Brésil, musique de Gounod. Première représentation le l^' février 1888, suivie de huit autres avec d'assez belles recettes. Les principaux rôles étaient tenus par MM. Gibert (Manoël), Labis (Ben Saïd), Dulhoit (Hadjar), Vjmes Barety (Hermosa), Dalmont (Xaïmai. Le ballet fort important fut bien dansé, notauunent par M'ï"^s piion, Carabelli et Kohlemberg.

Li' Ciii, grand opéra en ï actes et o tableaux, de Ad. d'Ennery, Louis Gallet et Edouard Blau, musique de Massenet, fut représenté pour la prenjière fois à Rouen le 17 mars 1888, avec la distribution suivante : MM. Gibert (Rodrigue), Labis (le Roi), Louyrelte (Don Diègue), Vernouillet (Don Gormas), Mmes Barety (Chimènej, Dupont l'Infante).

Cette œuvre, aux dernières répétitions de laquelle le compositeur avait assisté, était fort bien montée et remporta un grand succès; elle fut représentée en elïet dix fois au cours de la saison.

M. Gibert, on l'a vu, avait créé le principal rôle qui lui avait été confié sur la demande de Massenet lui-même ; M. Bucognani. fort ténor, soutenant que d'après son engagement il devait interpréter ce même rôle, assigna son Directeur devant le Tribunal de Commerce, réclamant 25,000 francs de dommagesintérêts. Il fut débouté de sa demande (U coiulamné aux dépens, le Tribunal reconnaissant ainsi le droit absolu des auteurs de choisir leurs interprètes et de les imposer aux directeurs.

Le Dialde à Ycctot, opéra-comique inédit en un acte, de Paul Steck, musique de Charles de Gessier. Cette petite partition.

quoique sympatliiqiiement accueillie, fui exécutée seulement deux fois, les 21 et 25 mtirs 1888.

Incidents. - La période des débuts n'alla pas sans quelque tapage; car les emplois de forte chanteuse, de basse chaulante et de deuxième ténor n'échurent chacun qu'au quatrième artiste présenté.

M. Guille de Saint-Simon, chef d'orchestre, subit le contrecoup de manifestations qui n'étaient cependant pas dirigées contre lui et qui s'étaient produites à la suite de nombreuses coupures faites dans Ilamlct, à l'acte de l'Oratoire. Pour dégager sa responsabilité, il adressa aux journaux une lettre assez étrange sur le rôle du chef d'orchestre, tel qu'il est par rapport à ce qu'il devrait être, et la Direction lui répondit en résiliant son engagement.

Notons eutln un fait unique sous l'ancien régime des débuts. On sait que M. Verhees, fort ténor, n'avait pu assurer la marche du répertoire, et s'était vu contraint de résilier le 21 janvier. Plusieurs ténors étaient venus se faire entendre, notamment M. Escalaïs; mais pour se conformer aux exigences du cahier des charges, la direction engagea M. Bucognani le 7 mars, pour terminer la saison. Vu l'époque avancée, celui-ci fut autorisé à ne pas subir les trois épreuves réglementaires, mais quand il chanta le rôle d'Eléazar de La Juive, il fut accueilli par une bordée de sifflets, non pas parce qu'il s'y montra insuffisant, mais parce que le public voulait protester contre l'atteinte portée à ses droits.

Représentations au profit des Hospices. — La première eut lieu le 8 décembre, elle comprenait Lakmé et Les liendezwua Buuiyeois recette 1,980 fr. 85); la seconde fut donnée le 20 mars 1888 avec Le Cid (recette 1,951 fr. 90).

Soirées exceptionnelles. — La plus importante fut la fêle organisée parleComitédes Fêtes de Bienfaisance le 10 février 1888 avec le concours de l'orchestre Colonne, de M^" Anguez et de M. Saléza. Au programme : des œuvres de Gluck, Mentlelssobn, Liszt, Reyer, Bizel, Saint-Saëns, Alassenel, Lenepveu. On jasa beaucoup contre la substitution, demandée par la Municipalité, de l'ouverture de Pulrie à celle du Tunnhauaer . Nos édiles

craignirent le renouvellement des scènes provoquées à Paris par les représentations de Loheru/rin à l'Eilen-Tliéâtre !

Le 14 avril 1888 fut donnée une représentation dont le produit (1,477 fr.20j était destiné à la souscription ayant pour but de |)ermettre l'érection d'un monument à la mémoire des victimes de l'incendie de l'ancien Tliéàtre. On donna Gnlathre, le ballet du Tribut de Znmora, un intermède auquel prirent part Mmes Garcin-Ismaël, Dalmont et Dupont, ainsi que la musique du 28" de ligne. Des strophes de M. Léon Guizy, dites par M. Louyl-ette, terminèrent le spectacle.

Concert. — Un concert fut donné le 2 mai au profit de la Ca isse des Ecoles a vec le concou rs de M'^^ Ra m-Ba ud , des Concer ts- Colonne et du Conservatoire, le violoniste Paul Viardot, Mi^e Dupont, MM. Gibert et Louyrette, l'orchestre du Théâtredes-Arts, la Musique du 28« de ligne et le Cercle Orphéonique .

Conférence. — M. Henri Deloncle, délégué de la Ligue des Patriotes, vint faire, le 18 mars 1888, m\Q conférence sur Jeanne d'Arc et sa mission histori(|ue, pour consacrer l'ouverture olïicielle de la souscription nationale en vue de l'érection d'un monument à la Libératrice de la France sur l'une des places de Rouen.

M. Lebon, Maire de Rouen, et M. Montet, directeur du journal Le Drapenu, prirent également la parole; une i)artie musicale compléta la soirée qui eut un tel succès que la souscription était bien lancée, au dire des journaux locaux. Et cependant la question n'a pas fait un pas depuis ces vingt-quatre ans !

Rai. - Le Comité rouennais de l'Union des Femmes de France organisa le 21 avril 1888 un bal qui fut des plus brillants et des plus élégants. La salle, les escaliers, les vestibules et les couloirs avaient été décorés d'une façon splendide par les soins du capitaine de Terrier-Santans, du 12'' chasseurs, et de M. Varenne, directeur des jardins publics.

Représentation ayant précédé la saison. — M. Mirai n'organisa aucune représentation avec des tournées, mais le Cercle rouennais de la Ligue de l'Enseignement en donna une le 5 juin 1887, à l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Pierre Corneille. Le programme comprenait : Don Sanche

it' Aragon, L'Illusion, et une comédie inédite : Les (iriels du Cardinal. MM. Albert Lambert père et lils tinrent les principaux rôles.

Bilan. — La saison produisit un total de recettes de 254,620 fr. 60.

Cent cinquante-trois représentations lyriques furent données, et les deux plus belles recettes au tarif ordinaire furent faites avec FauM, le jour de l'ouverture de la saison (3,485 fr. 40) et à la première de Lakmé (3,470 fr. 45).

Les cinq représentations données avec le concours de M. Escalaïs, avec augmentation du prix des places, produisirent ensemble 22,053 fr. 30 soit une moyenne de 4,410fr. 66.

Faits divers. — C'est pendant cette saison que furent organisées les représentations extraordinaires du mercredi, jour où devaient avoir lieu les premières, les reprises intéressantes, etc.

Des abonnements spéciaux furent créés, valables pour vingttrois soirées. Les titulaires avaient l'avantage unique d'avoir leur place gardée, sans acquitter le droit de location.

Le bureau de location, installé jusqu'alors en face la loge du concierge, au rez-de-chaussée de la façade donnant sur la rue de la Comédie, fut transféré, en octobre 1887, sous le péristyle ouvrant sur la rue Grand-Pont.

Enfin, des mesures spéciales fui-ent appliquées pour assurer la sécurité des spectateurs, notamment l'installation dune transmission permettant de manœuvrer le riileau de fer de l'intérieur du poste des pompiers et l'ignifugation des décors.

DIRECTION MIRAL Année théâtrale 1888-1889.

Cette seconde aimée de !a direction Mirai restait naturellement régie par le cahier des charges qui lui avait été imposé précédemment.

Saison lyrique. — L'ouverture de la saison lyrique eut lieu le 3 octobre, avec Les Huguenots, et les débuts furent très rapidement menés, puisqu'il n'y eut à remplacer que le trial et la duègne.

La troupe fut composée comme suit :

MM. Warnotz, chef d'orchestre ;

Isaïe de Tontor, deuxième chef d'orchestre;

Aristide, régisseur général ;

GuiOT, fort ténor de grand opéra ;

GiBERT, d" d»

SuJOL, ténor léger d'opéra-comique ;

Ferrières, deuxième ténor ;

Albert, baryton de grand opéra ;

Maris, baryton d'opéra-comique;

LouYRETTE, bassc noble ;

Desmets, basse chantante ;

Aristide, deuxième basse ;

Gense, trial ;

Herbez, laruette ; Mmes Barety, forte chanteuse falcon;

Panseron, chanteuse légère de grand opéra ;

WiLHEM, chanteuse légère d'opéra-comique ;

Huguet-Privat, contralto ;

Dupont, première dugazon ;

DuLAURENS, deuxième dugazon ;

Grenet, duègne ; M. Théophile, maître de ballet, premier danseur ; \fm.-s PiRON^ première danseuse noble ;

Richeri, première danseuse demi-caractère;

puis KOHLEMBERG, d« tl"

Ou retrouve dans ce tableau M. Albert, baryton, et M^e Privât, contralto, qui avaient fait partie de la troupe pendant la saison 1884-1885. Quant aux deux chefs d'orchestre et à MM. Gibert, Louyrelte, Aristide, Herbez et M^es Barety et Dupont, on se souvient qu'ils avaient déjà tenu leur emploi l'année précédente.

Mii« Dulaurens était la lille de l'aucien ténor de l'Opéra qui vint plusieurs fois à Rouen, en 1860-1861, sous la direction Halanzier, restée célèbre à cause des dix-sept ténors qui défilèrent successivement avec des fortunes diverses, mais plutôt contraires.

M. Gibert, qui devait partager avec M. Guiot les rôles de fort ténor et comme tel avait été soumis aux débuts, fut engagé à rOpéra-Comique pour créer le rôle de Roland dans Esdarmondc , de Massenet; mais grâce à une entente survenue entre les directeurs des deux scènes, M. Gibert continua à chanter encore plusieurs fois à Rouen, et M. Mirai obtint le concours de nombreux artistes de l'Opéra-Comique, comme nous le verrons plus loin.

Répertoire. — 45 œuvres du répertoire furent reprises pendant la campagne 1888-1889, parmi lesquelles les trente-sept suivantes avaient été déjà représentées sur la nouvelle scène :

L'Africaine (4). Le Maître de Chapelle (2).

Le Barbier île Séville (o). Maître Pathelin (10).

Le Bouffe et le Tailleur (8). Mignon (6).

Le Caul (7). Mireille (6).

Carmen (3). La Muette de Port ici (4).

Le Chalet (4). Lei> Noces de Jeannette (6).

Charles VI (1). Le Postillon de Longjumeau (6).

Le Cifl (H). Le Pré-aux-Clercs (5).

La Dame Blanche (6). Le Prophète (6).

Le Domino noir (3). Rigoletto (3).

Les Dragons de Villars (4). Robert le Diable (1).

Faust (6). Roméo et Juliette (3).

La Farorile (4). Si j'étais Roi ! (4).

Iji Fille (lu Régiment (4). Le Songe d'u)ie .\uil d'été (1).

Cuilldumr TcU (2). Lu Trariata (2).

Ilauih'l CA). Le Tribut de Zanuntt (;")).

Les llufiui-nnts (6). Le Trourère (2).

Lu Juire ('.'}}. '/.uuijta {\).

Lucie de Luuiuici utuor (i).

Les 8 autres œuvres avaient été créées dans le premier Théàtre-des-Arts, aux dates ci-après :

Les Amours du Diable (l). Le Nouveau Seupieur du Vil-

(16 août 1837). (27 août 1813). [laçje. (3)

Le Chien du Jardinier (11). L'Ombre (2).

(o mars 1837). (12 octobre 1874).

Les Diamants de la Couronne {^). La Reine Topaze (3).

(3 janvier 1843). (12 décembre 1839).

Le Freischiitz (2). Le Rossif/nol (2).

(19 août 1823). (16 décembre 1816).

Artistes en représentation. — De nombreux pensionnaires de rOpéra-Comique se firent entendre cette année-là, dans des œuvres du répertoire :

Mii« Samé, dans Mignon;

M. Bouvet, baryton, dans Le Barbier de Si'rillc, La Favorite, Le Maître de Chapelle, Si j'étais lioi et La Traviata;

M. Delaquerière, ténor, dans La Dame Blanche;

M. Fugère, baryton, dans Le Rossignol;

M. Mouliérat, ténor, dans Carmen;

M. Soulacroix, baryton, dans Les Noces de Jeannette, Zampa et Le Souveau Seigneur du Village;

M. Taskin, basse chantante, dans Le Ca'id.

Deux anciens pensionnaires du Théàtre-des Arts, qui avaient fait partie delà troupe l'année de la réouverture, M^i" Mendès, dugazon, et M. Manoury, baryton de grand opéra, se firent entendre, la première dans Carmen, le second dans Uamlet. Enfin, deux forts ténors, M. Massart, du Grand-Tliéàtre de Lyon, et M. Bernard, de l'Opéra, interprétèrent, l'un. Les Huguenots ei Le Prophète, l'autre, La Juive et Robert le Diable.

Xonveantés. — Cinq œuvres nouvelles virent le feu de la rampe, dont deux fort intéressantes ; deux ballets inédits furent également donnés pendant cette saison.

Ilérndiade, opéra en 4 actes et 7 tableaux, par Paul Milliet, Henri Grémont et Zanardini, musique de Massenet. Première représentation le 12 décembre 1888, avec l'interprétation suivante : Mmes Barety (Salomé), Huguet-Privat (Hérodiade), Dulaurens (l'Esclave), MM. Albert (Hérode), Guiot (Jean), Louyrette (Phanuel). Desmels (Vilellius). Les chœurs, renforcés par le

Cercle 07'phéoniqite, le ballet et la mise en scène complétèrent une excellente interprétation, et cette œuvre, qui est restée au répertoire, fut jouée cette année-là treize fois.

iMassenet, qui avait assisté à la répétition générale et à la première, fut acclamé à diverses reprises; après le spectacle, les choristes et les membres du Cercle orphéonique se rendirent rue Ganterie, sous les fenêtres de la maison habitée par M. Aloys Klein, chez qui était descendu le compositeur, et entonnèrent le fameux chœur des Romains, en guise de sérénade.

Une pareille manifestation avait eu lieu à la suite de la première de La Dame Blanche, le 25 février 1826, mais alors les fanatiques de Boieldieu avaient été gratifiés d'un procès-verbal pour tapage nocturne!

Eros, opéra -comique en un acte, de Julien Goujon et A. Daniel, musique de Frédéric Le Rey. La première représentation en eut lieu le 19 décembre 1888 et fut suivie de cinq autres. Les interprètes étaient M^es Panseron et Dupont et M. Maris.

La Perle du Brésil, drame lyrique en trois actes, de J. Gabriel et Sylvain Saint-Etienne, musique de Félicien David. Cette œuvre fut accueillie assez froidement et ne fut donnée que deux fois, les 30 janvier et 1er février 1889. A part M^e Wilhem et M. Sujol, l'interprétation était d'ailleurs assez faible.

Le Roi d'Ys, opéra en trois actes et cinq tableaux, d'Edouard Blau, musique d'Edouard Lalo. La première représentation de ce chef-d'œuvre fut donnée le 22 février 1889, avec M^i" Panseron (Rozenn), M^e Huguet-Privat (Margared), MM. Sujol (Mylio), Albert (Karnac), Desmels (le Roi), Larcher (saint Corentin). Cette interprétation était assez inégale; aux dernières représentations, le rôle de Mylio fut mis en valeur par M. Saléza, de rOpéra-Comique, et l'œuvre eut enfin le succès au([uel elle avait droit quand M'ne Deschamps, la créatrice du rôle de Margared à rOpéra-Comique, vint seconder son camarade.

Le liai ^/'}'.s fut donné douze fois et fut repris par la suite; mais on regrette qu'il ne soit pas complètement au répertoire courant.

Im liencontre imprécue, opéra-comique inédit en un acte, de A. Larsonneur, musique de liichard Mandl. Cette bluetle, fort

mal jouée, n'eut qu'une seule représentation le 16 mars 1889.

Notons enfin deux ballets ioédits :

Miiiane, librelto de A. Dubois et Théophile, musique de Frédéric Le Rey, dansé pour la première fois le 10 janvier 1889 ;

Echo, libretto de Rellio et Théophile, musique de R. de Montaient, dansé pour la première fois le 4 mars suivant.

Représentations au (H'ofit des Hospices. — Elles eurent lieu, la première, le 24 décembre 1888, avec Uérodiadc (recette : 2,811 f. 4o), la seconde, le 4 mars, avec Le Roi d'Ys et Le Bouffe et le Tailleur (recelte : 2,313 f. 80).

Bals de bienfaisance. — Deux bals de Inenfaisance furent organisés, le premier, le 26 janvier 18^9, par les Loges Maçonniques, le second, le 16 février suivant, par l'Union des Femmes de France. Ce dernier fut extrêmement brillant et son succès considérable.

Représentations ayant précédé ou suivi la saison. —

Sarah Bernhardt remporta un immense succès les 9 et il juin 1888, dans La Tosca, de Sardou où elle était accompagnée de MM. Pierre Berton et Dumény, et dans La Dame aux Camélias.

Le dimanche 17 juin, le Cercle rouennais de la Ligue de l'Enseignement avait organisé une représentation en l'honneur de l'anniversaire de Pierre Corneille. Le spectacle se composait de Horace, Le Misanthrope, et une comédie en vers d'Albert Lambert père, mettant en scène la collaboration de Corneille et de Molière. L'interprétation fui excellente avec MM. Albert Lambert père et fils, Segond, M°ïe Segond-Weber, etc.

Le Conseil municipal ayant décidé d'introduire dans le programme de la fête du 14 juillet, une représentation gratuite au Théàtre-des-Arts, ce qui n'avait pas eu lieu depuis 1883, on donna ce jour- là L'Aventurière , jouée par la troupe de M^epavart.

Le 16 août 1888, Dieudonné, du Vaudeville, vint jouer La l'Iavihoijante, et la tournée Achard donna en septembre, sept représentations de la joyeuse comédie : Les Surprises du Dicorce.

Pour terminer son privilège, M. Mirai organisa le 4 mai 1889,

une représentation de Martiire et des Surprises du dixorce, égale ment avec la tournée Acliard.

Notons enfin, pour terminer, une représentation gratuite donnée le 5 mai, à l'occasion du centenaire de la première séance des Etats-Généraux. Le programme comportait le Lion amoureux, de Ponsard.

Recettes. — La saison lyrique, avec ses 160 rei)résenlatious, produisit 272.134f.2o

Les représentations données avant ou après

la saison, firent 23.989 30

Ensemble 296. 123 f. 55

Les journaux constataient déjà que le public se désintéressait complètement du répertoire lyrique.

Faits divers. — Nous avons à mentionner le décès de la gentille danseuse demi-caractère, M^^ Richeri, qui succomba le 18 janvier 1889, à une péritonite aiguë, causée par une chute grave. Grâce au produit d'un concert donné chez Leloup et d'une collecte faite entre les abonnés et les habitués, un petit monument fut élevé au cimetière Monumental, sur la tombe de la pauvre ballerine.

Ce fut pendant cette saison que les matinées des dimanches et fêtes furent reprises, à la demande dhabilants de la banlieue et de familles rouennaises qui n'aiment pas à se coucher tard.

Enfin, une importante modification fut apportée à la mise en scène de Faust : conformément au texte de Gœthe, un des tableaux représenta l'intérieur de la cathédrale, et l'œuvre y gagna en grandeur et en logique.

DIRECTION VERDHURT Année théâtrale 1889-1890.

Avant de déclarer la vacance de direction à partir du 16 mai 1889, le Conseil niunicipaj, dans sa séance du 7 déceinhre 1888, apporta au cahier des charges quelques nioditicalions fort peu impoilantes dont une seule est à retenir : l'article 10 spéci fiait que le régisseur général devrait désormais être pris en dehors de la troupe, le cumul de cet emploi et de celui d'artiste, à quelque titre que ce soit, ayant paru nuisible au service intérieur de la scène.

Des six candidatures qui se produisirent ensuite, deux seulement furent maintenues et soumises à l'examen du Conseil :

Celle de M. Mirai, directeur en fonctions.

Celle de M. Henri Verdhurt, ancien directeur du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles.

Le premier demandait des conditions qui parurent inacceptables; le second, au contraire, acceptait le cahier des charges dans son entier. Il se présentait à la Municipalité comme directeur-gérant, au nom et sous les auspices d'une société en commandite par actions, au capital de 80,000 francs.

Dans sa séance du 22 mars 1889, le Conseil municiijal, (|ui avait recueilli d'excellents renseignements sur M. Verdhurt, nomma celui-ci directeur du Théàtre-des-Arts pour les campagnes 1889-1890 et 1890-1891.

Le Théàtre-des-Arts devenu troisième Théâtre lyrique Français. — L'Opéra et l'OpéraComique ne pouvant accueillir toutes les productions des compositeurs français, et ceux-ci étant obligés de faire représenter leurs œuvres à l'étranger, on sétait préoccupé de créer à Paris un troisième Théâtre lyrique, mais les pourparlers n'ayant pu aboutir, un groupe de compositeurs, auteurs et critiques se proposèrent de transformer le Théàtredes-Arts en Théâtre lyrique départemental fiançais. Ils estimaient que les dilettanti qui allaient volontiers à Bruxelles entendre

des œuvres dont les direcleiiis parisiens ne voulaient pas, u'iiésiteraient pas à se rendre à Rouen.

Un comité présidé pav M. Auguste Vitu, ayant pour viceprésidents M. Edouard Lalo, l'auteur du lioid'Y.'ielM. Lenepveu, et pour secrétaire M. Rosenlecker, se mit à l'œuvre, obtint de la Compaguie des Chemins de fer de l'Ouest une réduction sur le prix du voyage pour ses abonnés et annonça comme devant être montés chaque mois, à partir de janvier, et constituer les représentations du Théâtre lyrique : Samson et Ddlila, de Camille Saint-Saëns, Le Vmitien, d'Albert Cahen, Gwendoline, de Chabrier, La Coupe et les Lèvres, de Canoby.

Par suite de circonstances dont nous parlerons plus loin, l'inauguration de ces abonnements parisiens au nombre de 87, ne put avoir lieu que le 3 mars 1890, pour la première représentation de Samsoîi et Dalila.

Les œuvres annoncées furent données, comme nous le verrons, à l'exception de GicendoUne, ([ue M. Verdhurt se proposait de monter, à l'expiration de son privilège à Rouen, au Théâtre lyrique à installer à Paris dans l'ancien Eden. Cette tentative n'eut pas d'ailleurs le succès qu'elle méritait et dès le mois de décembre 1890, ce Théâtre lyrique dut fermer ses portes. C'est là que Samson et Dalila fut joué devant le public |»arisien.

Saison. — Nous allons maintenant exposer la marche de la saison 1889-4890 suivant la méthode adoptée.

L'ouverture eut lieu le 8 octobre 1889, avec L'Africaine.

La période des débuts occasionna quehjues incidents violents, notamment lors de l'admission de la basse chantante, mais ne mérite pas de mention spéciale.

La troupe se trouva constituée comme suit :

MM. Jehin, puis M. Gabriel Marie, chefs d'orchestre , Bouvard, régisseur général ; Lafarge, fort ténor ;

DOLLKON, d»

Gandubert, ténor léger; Drouvuxe, deuxième ténor; Mondaud, baryton de grand opéra; Saint-Jean, baryton d'opéra-comique,

MM. Vérin, basse noble ;

ScH.MiDT, basse cbanUiule;

Ferran, d"

Fronty, deuxième basse ;

Baron, Irial ;

Lagrèze, laruette ; jyjmes Bronville, forle cbatiLeiise falcun;

Panseron, cliaiileuse léi^èie de ^rand 0|)éra ;

Verheyden, clianleuse légère d'opéra-comique;

BossY, contralto;

FouQUET, première dugazon ;

Dupont, — —

Mallet, deuxième —

Gayet, duègne ; M. Théophilk, maître de ballet, premier danseur; Mmes PiRON, première danseuse noble ;

Lalaxne, première danseuse demi-caractère.

Nous retrouvons dans ce tableau M^" Panseron, de la saison précédente, M^i^ Verheyden, la chanteuse légère applaudie deux ans auparavant, M. Scbmidt, la basse chantante de 1886-1887, M"e Dupont qui faisait sa troisième année, M. Théophile et MUe piron qu'on connaissait depuis 4 ans consécutifs, enfin, Bouvard, le régisseur de 1882-1883.

M. Jehin, chef d'orchestre, cessa ses fonctions le 21 décembre pour se rendre à Moiite-Cario où l'appelait un brillant traité. Il fut remplacé par M. Gabriel Marie.

liépertoire. — M. Verdhurt remit à la scène les 32 ouvrages suivants :

L'Africaine (1). Faust (10).

Le Barbier de Séville (1). La Favorite (7)

Carmen (13). La Fille il a Réuiiiienl (8).

Le Chalet (in). Ciiillaiinie Tell C-i).

Len Draffons de Villars (")). Hamlet (8).

Echn (7). Les Hiifiuenots (<)).

Eros (4). La Juive (7).

Le Farfadet (llj. Lakiur (6).

Le MnUre de Chapelle (6). Robert le Diable (4).

Manon. (9). Le Roi d'Ys (9).

Mifjiion (7). Roméo et Juliette (6).

Mireille (a). .S/ j'étais Roi (o).

les iVoce.s de Jeannette (i). Le Soiird (7).

Le Nouveau Seigneur du Village La Traviata (4).

[(4). Le Trouvère (2).

Les Rendez-vous Bourgeois (9). Le Voyage en Chine (4). Rigole tto (4).

Artistes en représentation. — A part M^e Cécile Mezeray, de rOpéra-comique, qui fut vivement applaudie dans deux représentations de Roméo et Juliette, les artistes étrangers à la troupe n'eurent qu'un succès relatif.

Mlle Martini, de la Monnaie de Bruxelles, chanta le rôle de Valentine, des Huguenots, et celui de Rachel, de La Juive.

M. Herbert ne brilla pas dans Le Jiarhier de Séville, bien qu'il appartint à la troupe de l'Opéra-Gomique.

M. Devilliers, notre ancien ténor des saisons 1882-1883 et 1883-1884, se montra encore bon clianteur, quoique un peu fatigué, dans La Juive et La Favorite.

M. Morlet, l'ancien baryton de la saison 1874-1875, chanta dans Carmen et dans Les Dragons île Villars.

Enfin, M. Geste, un ancien artiste du Théâtre-Français, où il avait créé en 1879, Les Mousquetaires au Couvent, se montra assez bon chanteur dans Hamlet. Nous le retrouverons comme appartenant à la troupe, pour la campagne 1892-1893.

Nouveautés. — Les œuvres nouvelles montées parM.Verdhurt, furent toutes intéressantes; l'une d'entre elles, de tout premier ordre, est heureusement restée au réportoire.

Les Pêcheurs de Perles, opéra-comique en trois actes et quatre tableaux, de Carré et Cormon, musique de Georges Bizet. Première représentation, à Rouen, le 17 décembre 1889, avec l'interprétation suivante : MM. Lafarge (Nadir), Mondaud (Zurga), Ferran (Nourabad), M^'' Panseron (Leïla). Cette œuvre de l'auteur de Carmen, fort bien montée, admirablement interprétée, n'eut cependant que six représentations.

Sainson et Dalila, grand ojjéra en 3 actes et 4 tableaux, de Ferdinand Lemaire, musique de Camille Saint-Saëns. La

première représeutatioD, qui eut lieu le 3 mars 1890, constitua une véritable solennité musicale, d'autant plus que ce chefd'œuvre, créé à Weimar, en 1877, n'avait jamais été donné sur une scène lranç;iise. Les admirateurs et amis du grand compositeur, les notabilités parisiennes, la critique musicale au grand complet, étaient donc venusà Rouen, etla salle était fort brillante.

Les rôles avaient élé distribués comme suit : MM. Lafarge (Samson), Mondaud (le Grand-Prêtre), Ferran (Abimélech), M™e Bossy (Dalilal.

Le succès fut complet, aussi bien pour l'œuvre que pour les interprètes, les chœurs et le ballet. La mise en scène était également fort soignée, et les décors très réussis.

Saimon et Dalila fut donné dix-sept fois cette année-là, et ne fil son apparition à l'Opéra que deux ans après, le 23 novembre 18'J2.

Le Vénitien, grand opéra en 3 actes et 4 tableaux, de Louis Gallet, musique d'Albert Cahen, représenté pour la première fois, le 14 avril 1890. Cette Œ'uvre inédite avait encore provoqué l'exode d'un certain nombre de parisiens, parmi lesquels on remarc}jjait César Franck, à qui était dédiée la partition. Les rôles, très nombreux, avaient été distribués à MM. Lafarge, Mondaud, Vérin, Dolleon, Schmidt, Ferran, M™es Fouquel, Bossy, Dupont, etc. L'ouvrage, jugé un peu inégal, eut en tout huit représentations et n'a jamais été repris.

Le Printemps, opéra-comique inédit en un acte, de Rodaz et Montjoyeux, musique dAlexandre Georges. Cette partition délicate, interprétée par MM. Gandubert, Mondaud, Fronty, M™es Panseron, Dupont, etc., n'eut que deux représentations, les 2 et 4 mai 1890, la saison se terminant à cette époque.

La Coupe et les Lècres, grand opéra inédit en o actes et 6 tableaux, d'Ernest d'Hervilly, musique de Canoby. La première et unique représentation eut lieu le 3 mai 1890, veille de la clôture, avec MM. Lafarge, Dolleon, Ferran, M™'^* Panseron et Fouquet.

Cette o'uvre fut cependant bien accueillie, malgré la hâte avec laquelle elle avait été montée; mais le compositeur, qui attendait depuis vingt ans le bon plaisir d'un directeur, n'avait décidément pas de chance.

On voit donc que pendant cette saison 1889-1890, quatre œuvres inédites furent soumises au public rouennais qui n'avait jamais été à pareille fête.

Représentations au profit des Hospices. — Elles eurent lieu, la première, le 23 décembre 1889, avec Les Péclieurs de Perles et un intermède, la seconde, le 11 mars 1890, avec Samson et Dnlila : les recettes furent de 1,693 fr. 55 et 3,557 fr. 10.

Incidents. — Bornons-nous à noter que quelques soirées orageuses eureul lieu, soit pendant la période des débuts, soit après, notamment à des représentations de Guillaume Tell, de I{if/oli'tto, du Trouvère; que de petites difficultés surgirent entre le directeur et certains de ses pensionnaires et que les Tribunaux furent plusieurs fois appelés à trancher des différends, mais nous ne voyons vraiment pas d'incident intéressant à signaler.

Les artistes font parfois montre d'une telle susceptibilité que des procès, dont on parle beaucoup sur le moment, paraissent bien insignifiants vingt ans après !

Ue|)résentations ayant j)récédé la saison. — Le 16 juin 1889, la Ligue de TEnseignemeut avait organisé une représentation composée de Polyeucte et de Tarluffe, avec M. Pierre Laugier, de la Comédie-Française, Albert Lambert père et fils, etc.

Bien piteuse fut la soirée du 3 septembre où une tournée donna, avec une interprétation déplorable. Les Exposés de l'Exposition et Le Barbier de Sérille. Notons que M. Savorgnau de Brazza y assistait avec ses Congolais.

Par contre, le 9 septembre, M^^es Pavart et Reichemberg, de la Comédie-Française, bien entourées, eurent un vif succès dans La Joie fait peur et Le Momie où l'on s'ennuie.

Enfin, dans la dernière quinzaine de septembre, cinq concerts furent donnés par les chanteurs, au nombre d'une soixantaine, de la Chapelle nationale Russe, dirigés par Dinitri Slavianski d'Agrefï. L'interprétation supérieure d'œuvres fort originales, valut à cette phalange des ovations prolongées et un succès colossal ; on cimentait ainsi l'alliance Franco-Russe !

Recettes. — M. Verdhurt, qui avait obtenu la concession de notre première scène pour deux ans, écrivit au Maire de Rouen, le 20 janvier 1890, pour demander à fermer le 4 février suivant, les pertes subies jusqu'alors ne permettant pas la continuation de l'entreprise. Les dépenses faites à Paris à l'occasion de l'Exposition, le mauvais état des affaires et enfin une grave épidémie d'influenza paraissaient être les causes évidentes de cette situation. Mais à la suite de pourparlers engagés entre la Municipalité et le commanditaire de M. Verdhurt, M. Sigismond Picard, celui-ci s'engagea à faire les sacrifices nécessaires pour permettre de terminer l;i campagne théâtrale, sous la condition, qui fut acceptée par le Conseil municipal, que le traité de M. Verdhurt serait résilié à dater du 4 mai 1890.

A cette dernière date, les recettes produites par les 172 représentations lyriques s'élevaient à 224,625 fr. Oo.

Il est curieux de mentionner une fort belle recelte faite le 20 février, avec Le Voijdge en Chine et Les \oces de Jeannette, M. Bouvard tenant dans cette dernière œuvre le rôle de Jean (3,135 fr. 30). Samson et DalUa fournit également une brillante carrière à tous les points de vue.

DIRECTION TAILLEFER Année théâtrale 1890-1891

La résiliation du contrat passé avec M. Verdhurt provoqua dans une partie de la population et chez un certain nombre de conseillers municipaux, un courant marqué en faveur de la suppression de la subvention allouée par la Ville, dont les finances étaient loin d'être prospères.

Néanmoins, dans sa séance du 21 février 1890, le Conseil municipal décida de maintenir la subvention pour la campagne 1890-1891, puis arrêta les modifications à apporter au cahier des charges.

Pour éviter toute fausse interprétation de la part du directeur, il fut stipulé que la troupe devrait comprendre un fort ténor de grand opéra (et non plus un premier ténor d'opéra), afin d'assurer le service de l'ancien répertoire, et un premier ténor d'opéra-comique, ce dernier pouvant être soit un ténor léger, soit un ténor mixte, selon les besoins de la saison.

La commission consultative avait été d'avis d'accorder au directeur le droit de jouer l'opérette, mais le Conseil, après une longue discussion, refusa d'entrer dans cette voie, se réservant toutefois d'examiner à nouveau la question, si les candidats le demandaient.

Le directeur était tenu à l'avenir de donner, à l'expiration de la période des débuts, c'est-à-dire à partir du ti-oisième mois, et au moins une fois par mois, une matinée le dimanche.

Enfin, le nombre des représentations populaires était limité à quatre par mois, et la réduction de prix devait s'appliquera toutes les places sans distinction.

L'avis de la vacance de la direction amena plusieurs candidatures, mais seule celle de M. Taillefer, fondateur de l'Opéra-

Français de Nice, était appuyée de la consignation préalable du cautionnement de 25,000 francs, et dans sa séance du M avril 1890, le Conseil nomma M. Taillefer directeur du Théàtre-des- Arts pour la campagne 1890-1891.

Avant ce vote, le Conseil avait apporté deux modifications au cahier des charges précédemment adopté. L'une autorisait le directeur à constituer son cautionnement en espèces ou en titres de rente à son gré, l'autre lui permettait d'exploiter le grand opéra, les traductions, l'opéra-comique ou pièces assimilées avec les divertissements que ces représentations comportaient, la Commission restant juge du caractère des pièces constituant le répertoire. Ces deux mots (jui n'avaient l'air de rien : pièces assimilées, ouvraient en réalité la porte du Théàtre-des-Arts à l'opérette, genre qui va du meilleur au pire. Cette décision du 11 avril 1890 est donc à retenir : c'est elle qui a permis par la suite la représentation d'œuvres indignes de notre première scène et a amené de très bons esprits à contester la légitimité de la subvention.

Celle-ci ne peut en effet se défendre que si elle sert à réhausser le niveau artistique d'un théâtre et à former le goût du public, et notre Théàtre-des-Arts doit être pour la musique ce que nos musées sont pour la peinture et la sculpture.

On verra, par la suite, que ce furent parfois des opérettes qui firent le succès d'une saison et eurent le jdus grand nombre de représentations. Le public aime donc l'opérelle; mais un tel ^oùt est-il à encourager avec l'argent des contribuables ?

Saison lyri(|iie. — L'ouverture de la saison lyrique eut lieu le 2 octobre 1890, par une représentation de La Juire. La période des débuts, quoique ayant été assez calme, se termina seulement le 12 janvier, et encore à cette date, la duègne, M^<'- Aultier, qui avait été refusée à son troisième début, dans liomèo et Juliette, n'avait pas été remplacée. Elle ne le fut d'ailleurs jamais, et continua de chanter jus([u'à la fin de la saison vA malgré le verdict du public.

Quoi qu'il en soit, la trou|»e fut composée de la manière suivante :

MM. Flon, chef d'orchestre ;

GÉRARD, deuxième chef d'orchestre ;

Straleski, puis Masson, régisseur général ;

Raynaud, fort ténor;

Leprestre, ténor demi-caractère;

Télem-Trémoulet, ténor léger enfh)ul)le;

Ferrières, deuxième ténor ;

MoNDAUD, baryton de grand opéra ;

Montfort, baryton d'opéra-comi(|ue ;

Bordeneuve, basse noble;

Lequien, basse chantante ;

Delauxoy, deuxième basse ;

Gense, trial ;

CuRiNi, laruette ; jVimes Peyra, forte chanteuse;

Levasseur, chanteuse légère de grand opéra ;

Marguerite Mineur, chanteuse légère d'opéra-comique ;

de Beridez, contralto;

Albouy, première dugazon ;

Clary-Lannes, deuxième dugazon ;

AuLTiER, duègne ; M. RouGiER, maitre de ballet, premier danseur; Mmes Ferraro, première danseuse noble ;

Antonelli, première danseuse demi-caractère.

Plusieurs noms étaient déjà connus, comme celui de M. Mondaud, l'excellent baryton de la saison précédente, M. Ferrières, le deuxième ténor, et M. Gense, le trial de la saison 1888-1889.

Mlle Marguerite Mineur fut plus heureuse cette fois qu'en 1884, car engagée alors par M. Olive Lafon, elle avait dû résilier après son second début.

Quant à M)^^ Clary-Lannes, qui brilla surtout dans l'opérette, elle était simple figurante à l'ancien Théâtre-des-Arts et avait même failli périr dans l'incendie de 187G. Plus tard, elle s'était créé une place parmi les étoiles d'opérette et avait appartenu en 1882 au théâtre des Folies-Dranjatiques.

Répertoire lyrique. — M. Taillefer reprit pendant la saison les œuvres lyriques suivantes :

Le Barbier de Séville o). Lakmé 4 .

Carmen 9). Le Maître de Chapelle 6).

Le Chalet (6 . Miçpion 6).

Les Draqom de Villars 2 . Mireille H).

Faust 8 . Les Noces de Jeannette 3).

La Favorite 3 . Le Postillon de Longjumeau (4j.

La Fille du Réijiment 7 . Le Propliète 3).

Guillaume Tell 3 . Rifjoletto 3 .

HamletdK Robert le Diable 3).

Les Huguenots (3). Roméo et Juliette (5).

La Juive (4). Si j'étais Roi o .

Artistes en représentation. — Plusieurs anciens artistes du Tliéàtre-des-Arls vinrent interpréter des (Fuvres du répertoire en représentation :

M"o Mondaud-Panseron, qui avait tenu l'emploi de chanteuse légère la saison précédente, vint chanter Hamlet, l.akmé et Les Noces de Jeannette ;

\Ime Emilie Ambre, titulaire du même emploi en 1885-1886, aborda avec succès le répertoire de grand opéra en se faisant entendre dans La Juive;

M. Gibert, le ténor de 1887-1888 et 1888-1889, parut dans La Favorite, et M. Minvielle, le ténor de 1885 1886 et 1886-1887, dans La Juive ;

M. Saint-Jean, la basse noble de 18841885, chanta le rôle du roi dans Hamlet ;

Enlin, M™e Fouquet, l'excellente dugazon de l'année précédente, remporta de nouveau un grand succès dans Carmen et dans Mignon.

Nous trouvons ensuite à noter Mni« Vaillant-Couturier, de rOpéra-Comique, très bonne dans Faust et dans Mireille, et M™« Tarquini-d'Or, qui se montra très personnelle dans le rôle de Carmen.

Nouveautés. — Sous ce rapport, la campagne 18901891 tient la première place. M. Taillefer, en donnant Salammbô, Lohengrin et (ryptis même, releva sensiblement le niveau du Théàtre-des-

Arts; nous verrous cependant que le résultat financier ne fut pas celui qu'on eut dû attendre.

Sahuiinthô, opéra en 5 actes et 7 tableaux, d'après le roman de Gustave Flaubert, par Camille de Locle, musique d'Ernest Reyer. Cette œuvre magistrale qui avait été représentée pour la première fois au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, le 10 février 1890, n'avait encore paru sur aucune scène française, et la première, qui en eut lieu à Rouen le 22 novembre suivant, fut une véritable solennité musicale, à laquelle assistèrent des notabilités parisiennes et toute la grande critique; mais Reyer n'y était pas!

L'interprétation, excellente d'ailleurs, avait été confiée à MM. Raynaud (Matho), Leprestre (Schaliabarim), Mondaud (Hamilcarj, Montfort (Spendius), Lequien (Narr'Havas), Larcber (Giscon), Mme (le Beridez (Taanacb), etc. . .

Le rôle de Salammbô fut créé par M™" Eva Dufranne, de l'Opéra, qui le chanta aux six premières représentations; il fut repris ensuite par M^'^ Peyra , qui ne sut pas faire oublier sa devancière, presque incomparable du reste.

L'œuvre de Reyer, fort bien montée, eivtneuf représentations, mais on peut se demander pourquoi elle n'a jamais été reprise. Le ïhéàtre-des-Arls devrait au contraire se faire un litre de gloire de l'avoir accueillie avant l'Opéra.

Gijjitis, légende lyrique en 2 actes, de Maurice Boniface et Edouard Bodin, musique de Noël Desjoyeaux. Cet ouvrage inédit fut représenté pour la première fois à Rouen le 16 décembre 1890, en présence de quelques parisiens seulement, le froid excessif ayant empêché l'exode habituel. M^^e Jane Guy créa le rôle de Gyptis, M"""^ de Beridez celui de Rhoda, M. Leprestre celui de Euxénos, M. Mondaud celui de Gaël , M. Lequien celui du Roi.

L'orchestre, renforcé de plusieurs instrumentistes, lit merveille sous la direction de M. Flon, le ballet et la mise en scène contribuèrent également au succès et Gyptis eut ainsi onze représentations au cours de la saison; mais nous demanderons encore pourquoi cette œuvre pleine de charme et d'originalité n'a jamais reparu sur notre scène. Le public avait cependant apprécié vivement ses qualités et tout fait |)révoir (|iril les goûterait encore davant;ige aujourd'hui.

Lohcnr/rin, opéra en 3 actes et 4 tableaux, de Richard "Wagner. On sait ([ue ce chef-d'œuvre avnit été douué pour la première fois en France, le 3 mai 1887, sur la scèue de l'Eden-Théàtre, de la rue Boudreau, sous la direction de M. Charles Lamoureux, mais que des manifestations, dues à un patriotisme mal compris et organisées le soir de la première représentation, ne permirent pas que celle-ci eut un lendemain. M. Taillefer, en montant Lohengrin îi Rouen, avait donc confiance dans le bon sens de la population et il fit bien, car rien ne vint troubler la première, qui eut lieu le 7 février 1891, en présence de toutes les notabilités de la littérature et de l'art.

M. Flon et M. Desjoyeaux, l'auteur de Gyptis, avaient parfaitement mis au point l'interprétation et en tirèrent tout le parti possible.

Les principaux rôles étaient confiés à : MM. Raynaud (Lohengrin), Mondaud (Frédéric de Telramund), Lequien (le Roi), Monlfort (le Héraut), M^es Jane Guy (Eisa), de Beridez (Ortrude). L'orchestre, dont la part est si grande, fut le vrai triomphateur de la soirée, à tel point que M. Léon Kerst, le critique du Petit Journal, rendant compte de la première de Loheiujrin à l'Opéra, le 17 septembre 1891, regrettait l'enthousiaste et vibrante exécution de Rouen : Là, disait-il, c'était l'ardeur, la jeunesse et la vie; à Paris c'est une pontifiante et ennuyeuse solennité.

l.ohcnijrui eut une très belle carrière à Rouen, car les vingt-six représentations qui en furent données, produisirent une recette totale de 63.758 fr. 75.

Ajoutons qu'un certain nombre de places payantes avaient été mises à la disposition du public pour la répétition générale, qui eut lieu le 5 février, et que des trains spéciaux furent organisés les dimanches 8 et 22 mars, pour amener les parisiens aux matinées qui furent données à leur intention.

Constatons avec plaisir que Lolienrjrin est sinon resté au répertoire, du moins repris souvent.

(■hdsne (jurilée, opéra-comique inédit en un acte, de Auge de Lassus, musique de R. de Montaient. La première eut lieu le 14 avril 1891. et fut suivie de deux autres représentations. Les principaux rôles étaient tenus par Mf"" Albouy et MM. Montfort, Delaunov et Ferrières.

VcUrln, opéra en 4 actes, de A. ChalIameletChantepie, musique (le Cbarles Lenepveu. Cette œuvre de uotre concitoyen n'avait été représentée qu'à Londres en 1882, avec le concours de la Patli, et fut donnée pour la première fois à Rouen, le 18 avril 1891, avec M°»es Levasseur (Velléda), Peyra (Ina), de Beridez (Eveu), MM. Leprestre (Cœlius), Mondaud (Teuter), Lequien (Senon).

Le compositeur fut acclamé à la chute du rideau ainsi que ses interprètes, mais la fin de la saison interrompit le cours des représentations qui furent seulement au nombre de quatre. Estil besoin d'ajouter que VelU'dn n'a jamais non plus reparu sur l'afîiche du Théâtre des-Arts? Mais ou sait que nul n'est prophète en son pays !

Pendant la saison 1890-1891, trois ballets nouveaux furent montés :

Les Petits Mandarins, scénario de M. Rougier, qui fut donné six fois, dont la première le 25 décembre 1890. N'insistons pas sur la musique qui faisait regretter, paraît-il, celle de la foire Saint-Romain.

Le liêce, ballet en 3 tableaux, de M. Rougier. Première représentation le 13 février, suivie de trois autres. Musique agréable et sans prétention.

Mijosotis, musique de l'excellent chef d'orchestre Ph. Flon. Grand succès pour l'œuvre et les interprètes. Miles Perraro et Antonelli. La première, donnée au bénéfice de l'auteur, eut lieu le 4 avril 1891, et fut suivie de quatre autres représentations.

Répertoire d'opérette. — Nous devons donc ouvrir une nouvelle rubrique pour un genre auquel le vaste cadre du Théâtre-des-Arts ne se prête guère et dans lequel les vrais artistes d'opéra-comique sont généralement mal à l'aise ou perdent leurs qualités.

Une seule œuvre était inédite à Rouen : liip-Uip, soi-disant opéra-comique en 3 actes, de Henri Meilhac, Philippe Gille et Farmé, musique de Robert Planquette. La première représentation eut lieu le 8 janvier 1891 avec M"ies Mineur, Ischabod, Gurini, Sainti, MM. Montfort, Gurini , Gense, Delaunoy, Ferrières, et le public parut y prendre goût puisque cette œuvre fut donnée neuf fois encore.

Les opérettes que nous allons citer maintenant avaient toutes été représentées à Rouen, soit au Théâtre Français, soit au Tliéàtre-Lafayette. Nous nous contenterons donc d'en donner la liste :

Boccace (4). In Masrnttp (li).

La Fille de M°" Annot (W). LesMousquetaiyes au Coucenl (3).

La Fille du Tambour-Major {M). Le Petit Duc (7).

GiUetle de Narboiwe ("3).

Enfin on reprit C(;lte inêuie année La Grande Duchesse et Le Petit Faust qui avaient déjà été donnés sur la scène de l'ancien Théâtre-des-Arls.

Représentations an profit des Hospices. — Par suite de la mise en liquidation judiciaire de M. Taillefer, une seule représentation put èlre donnée au profit des Hospices. Le spectacle se composait de Salammbô dont c'était la sixième représentation et la recette fut de 3.302 fr 60.

Représentation dranuitiqne en cours de saison. — Le

21 avril 1891, le Comité des Fêles de bienfaisance fit ai:pel aux artistes de la Comédie-Française pour jouer, au profit des pauvres, Le Baiser, de Théodore de Banville, Le Flibustier, de Richepin, et Une Conversion, de Charles de Courcy. Il suffit de citer les noms des interprètes, sans aucun' commentaire : M™«^ Baretta-Worms, Paidine Oranger, Ludwig, MM. Got, Laroche, Worms, Fehvre, Falconnier et Béer.

Conférences, — M. Catulle Mendès vint faire, le 4 mars 1891, une conférence sur Richard Wagner et son œuvre, et se fit écouter avec le plus vif intérêt.

Le 4 juin suivant, M. Chailes Loysou, l'ex-père Hyacinthe, fit, en soirée populaire, devant un nombreux public, une conférence sur l'Eglise et le Peuple.

Bal. — Comme les années précédentes, la Franc-Maçonnerie rouennaise organisa, le 24 janvier, un bal au profit de sa caisse de bienfaisance.

Représentations ayant précédé la saison. — M. Taillefer était entré en fonctions le KJ mai 1890 et les représentations suivantes eurent lieu avant l'ouverture de la saison lyrique :

Pour l'anniversaire de la naissance de Pierre Corneille, le Cercle rouennais de la Ligue de l'Enseignement donna le 15 juin, Le Menteur, f.c Malade Tmar/inaire, avec MM. Albert Lambert, Darragon, M™es Biana-Duhamel, Dulac, etc., et Corneille à Petit- Couronne, à-propos en vers d'Eugène Brieux.

La représentation gratuite du 14 Juillet se composa de Marceau ou les Enfants de la liépublique et La Marseillaise chantée par le Cercle orphéonique.

Vinrent ensuite :

Les Jacohites, de François Coppée, avec M'^^ Segond-Weber;

Le Voyage en Suisse, comédie-vaudeville-pantoniime de Blum et Toché ;

Ménagea parisiens, de Valabrègue, et Le Misanthrope et l'Aiivergnat, de Labiche, avec Brasseur père et fils;

Les Misérables, avec Dumaine, Taillade et Lacressonnière ;

La Fille de Roland, avec M^^ Segond-Weber ;

Nos jolies Fraudeuses, de Bisson, et La Mariée du Mardi-Gras, de Grange et Lambert Thiboust, avec Brasseur père et fils ;

Enfin Feu Toupinel, de Bisson, avec la Tournée Achard.

Résultat financier de la saison. — Si la gestion de M. Tail lefer fut excellente au point de vue artistique, il n'en fut pas de même au point de vue de la réussite matérielle, car le 6 avril 1891, presque en fin de saison, le Directeur dut déposer son bilan et fut déclaré en état de liquidation judiciaire, avec un passif de 32,400 francs. Certains mois, novembre et février par exemple, ayant élé fructueux, il parut évidentque M. Taillefer, en entrant en fonctions, devait avoir de l'arriéré et s'était trouvé étranglé par des porteurs de reconnaissances antérieures à son arrivée à Boueu.

Sur les pressantes instances de la Municipalité, M' Collignon, agréé, liquidateur judiciaire de M Taillefer, se chargea de continuer l'exploitation jusqu'au 3 mai 1891 , sous condition du versement de la subvention pour les mois de mars et d'avril. Le Conseil avait, en outre, voté un crédit de 12.000 francs pour payer les appointements en retard du petit personnel, et les artistes, titulaires des premiers emplois, consentirent à abandonner 50 0/y sur leurs cachets échus du mois de mars.

Un Comité, composé de MM. Flou, De>joyeaux, Monlfort, Ferrières el Raynaud, assura raclièvement de la saison et monta notamment Velléda; mais le public, bien innocent d'ailleurs, eut souvent à soulïrir d'incartades fâcheuses dues à des susceptibilités ou à des exigences injusliliées des artistes. En résumé, les recettes de la saison s'élevèrent : Pour les représentalions lyriques à 297.801 f. 50

Pour les représentations données avant l'ouverture de la sais(jn à . 14.482 30

Total 312.:283f.80

L'thengrin, comme nous l'avons dit. lit de l»elles salles, de même que'/,'-/ Fille rhi 'nniihonr-Uajor (jui réalisa un dimanche 3.894 fr. lo.

La résolution de la concession Taillefer rendit a la Ville la disposition du Théâtre à l'expiration de la saison lyrique.

De mai à août 1891 furent donnés :

r.dbridle, d'Emile Auj<ier, et Mommir Alphome, d'A. Dumas (ils, avec M™^' Favart, ex-sociéiaire de la Comédie-Française ;

Le Prix Montyon, de Valabrègue et Hennequin, et fA'S Vieilles Gens, de Valabrègue ;

Ma Cousine et naturel, de Meilhac, avec M™e Réjane et Baron (!«'■ et 2 juin),

Polyeuete et L'Ecole des Femmes furent donnés le 11 juin paila Comédie-Française inaugurant la série de ses représentations officielles à travers la France. Ces deux chefs-d'(fiuvre classiques eurent une magnifique interprétation avec M^"^ Dudlay, Reichemberg, Kalb, Malck, MM. Mounet-Sully, Silvain, Boucher, Laroche, Truffier, Leloir, Martel, Villain, Falconnier. Joliet et Hamel.

Les Plaideurs et Horace avec la t(jiirnée .Millaud (ormèrenl un spectacle moins brillant, quoique sufTisant, grâce surtout à Mme Segond-Weber el à M. Joliet (12 juillet).

Pour la représentation gratuite du 14 Juillet, le spectacle comporta Camille Desnoulins ou Les Partis en /794 et La Marseillaise.

Nous avons enfin à citer, pour terminer :

Phèdre et Les Plaideurs, avec la tournée Millaud (16 juillet).

Mademoiselle de La Seiglière, avec Coquelin cadet, Jean Coquelin et Mme Favart (5 août).

Enfin Le Député de Bombignac, avec M™« Favart, Coquelin aîné et son fils Jean (29 août).

DIRECTION DURIEZ. PUIS NERSSANT Année théâtrale 1891-1892.

Au début de l'année 1891, la subvention fut remise en question comme constituant une dépense d'un caractère somptuaire, que la situation financière de la Ville ne permettait pas. Cependant, dans sa séance du 13 février, le Conseil municipal, par 19 voix contre 10, décida de maintenir la subvention, puis, contrairement à l'avis de la Commission, ne consentit pas à modifier le système des débuts en usage et supprima le droit de jouer l'opérette, à moins que le directeur futur n'en fit une condition sine qua non.

Néanmoins les candidats sérieux ne se présentèrent pas ou, si quelques-uns le firent, se retirèrent presque aussitôt. Le Conseil municipal autorisa donc, dans sa séance du 5 juin 1891, l'Administration à faire un nouvel appel et à traiter au besoin sur des bases différentes, mais les conditions posées par les candidats parurent inacceptables. M. Taillefer, le précédent directeur, tenta bien de constituer une Société au capital de 80,000 francs; le Conseil trouva insuffisantes les garanties offertes et dans sa séance du 31 juillet, adoptant un amendement de M. Rollet, décida de s'occuper imraédialemeul de l'exploitation du Théâtre sur des bases nouvelles et en dehors de toute préoccupation du genre exclusivement lyrique.

Le nouveau cahier des ciiarges fut adopté seulement le 21 août 1891 et apportait de grandes modificalions au précédent :

La durée de la concession était de neuf mois, du l^i' septembre 1891 au 31 mai 1892.

Le paragraphe relatif à la subvention en argent était complètement supprimé.

Les troupes appelées à jouer devaient être composées d'artistes de mérite et dont le talent fut digne de la scène de Rouen, mais les débuts étaient supprimés, le Maire pouvant exiger le remplacement de tout artiste jugé insuffisant.

L;i durée de l'exploitation était fixée à sept mois au moins, et le nombre des représentations ne pouvait être inférieur à vingt par mois.

Le Directeur était tenu d'exploiter les divers genres : comédie, drame, opérette, vaudeville ; il pouvait faire représenter des féeries ou revues locales, sous la condition de soumettre à l'Administration municipale la liste des ouvrages qu'il se proposerait de monter.

Enfin, vers la fin de la saison théâtrale, le Directeur donnerait vingt soirées lyriques pendant une durée de six semaines.

Plusieurs candidatures se produisirent alors, mais furent retirées aussitôt, et dans cette même séance du 21 août, le Conseil municipal se trouva en présence d'un seul concurrent ayant effectué le versement préalable exigé des 16,000 francs, à titre de cautionnement, et s'empressa de le nommer Directeur : c'était M. Félix Duriez, qui, en 18(34-1865, avait tenu l'eiiiploi (le jeune premier au Théâtre-Français et avait, depuis, tlirigé les théâtres de Poitiers, Reims, Grenoble, Limoges et Nice.

L'ouverture de la saison eut lieu le 15 octobre, avec Dora, la comédie de Victorien Sardou, mais quoique le prix des places eût été réduit d'environ 25 0/0, le public ne venait pas, et les recettes, qui furent de 14,963 fr. 05, en octobre, où il fut donné quinze représentations, passèrent à 23,776 fr. 45, en novembre, pour vingt-six représentations, et tombèrent à 6,181 fr. 85 pour les dix représentations de la première quinzaine de décembre.

M. Duriez déposa son bilan et fut déclaré en état de li(|uidation judiciaire le 14 décembre, avec un passif de 5,357 fr. 95.

Les artistes, réunis en Société, obtinrent do la Municipalité la libre disposition du Théâtre, à titre gratuit, jusqu'à ce qu'une solution intervint, et MM. Nerssant, Hérault et Gelly furent désignés par leurs camarades pour la défense des intérêts de tout le personnel.

Le Maire reçut plusieui-s |)ropositions d'exploitation : celles de M. NerssanI et de M. Baduel, directeur de tournées artistiques, furent seules retenues par la Commission, et le Conseil nomma le premier Directeur, par 15 voix contre 7, dans la séance du 30 décembre 1891.

Nous allons donc, maintenant, indiquer la composition de la

troupe et les pièces jouées ; toutefois nous iie nous étendrons guère,' la saison n'ayant pas été intéressante et ayant d'ailleurs donné de bien niédiocres résultats.

Troupe. — iM. Duriez avait composé sa troupe de la manière suivante :

MM. Ariste, administrateur ; Harlin, régisseur général ;

Opéra-Bouffe, Opérette :

MM. HÉRAULT, baryton;

Froment, ténor ;

JouANNE, grand premier comique;

Rolland, trial ;

Harlin, laruette ;

Gelly, basse-boufïe ; ]\jmes Gilberle Andrée, première chanteuse;

Marie Trêves, seconde clianteuse;

Marie Behgot, &'

Valérie, mère dugazon;

Dujardin, dugazon, troisième clianteuse; M. Plackt, chef d'orchestre.

Coméilie, Drame :

MM. Nerssant, premier rôle ;

Bellefond, jeune premier rôle ;

Leclair, fort jeune premier ;

Bligny, jeune premier;

Gelly, tioisième rôle ;

ZÉHER, père noble ;

JouANNE, premier comique;

Harlin, premier comique marqué;

Rolland, jeune premier comique ;

Valdo, comique de genre ;

Perret, jeune comique; ^jmes Jeanne Malvau, jeune premier rôle ;

Mazalto, (1°

Andrée Conti, grande coquette ;

Andreau, jeune première;

Bergot, ingénue ;

Marthe Antoine, jeune amoureuse ;

Dambrux-Merz. mère noble;

Valérie, duèitue ;

MÉRYEM, première soubrette;

Darcy, seconde soubrette.

Le 7 (iécembre 1891, la direction communiqua à la Presse la singulière note suivante : « M^e Marie Thèves, seconde chan- » teuse, niiilgré son engagement, n'a pas craint de laisser la » direction dans l'embarras, en prenant la fuite. Ce n'est certai- » nement pas une perte pour les habitués du Théàtre-des-Arts, » car cette artiste sera remplacée avantageusement ».

M. Nerssant résilia divers engagements, notamment ceux de MM. Dorbel. Leclair, M^es Mazalto. Jeanne Robert, et compléta sa troupe par MM. Laty, Linières, M^^^ Real, Valia-Daurelly ; mais il est assez difficile, vu la suppression des débuts, de dresser un tableau rigoureusement exact.

Répertoire. — Nous allons donner l'énuméralion des pièces représentées, en les classant en trois catégories : Œuvres lyriques ; opérettes; cométlies, drames, vaudevilles.

Œuvres lyriques. — Sous cette rubrique, nous avons peu de choses à mentionner.

Les 26 et 28 uoveml)re. Les Noces de Jeannette furent agréablement interprétées par M^i^ Jane Duran, de l'Opéra-Comique, et M. Barbe, notre ancien baryton.

Le 13 février, après la première représentation de Curcd' Amour, M. Devillieis, le ténor des campagnes 1882-83 et 1883-84, chanta le 4" acte de La Juice, et M™<^ Vaillant-Couturier et M. Ballard, de rOpéra-Comique, M^^es Laurent et Monard, chantèrent des fragments des 4'' et 5'^ actes de Faust.

Opérettes. — Les opérettes suivantes, représentées pour la première fois au Théàtre-des-Arts, avaient été données antérieurement, soit au Théâtre-Français, soit au Théàlre-Lafayette.

Les llviiiands (13). Le Grand Mogol ((5).

Lea Cent Viert/es (7). Le Jour et la Nuit (6).

f.es ('l(U')ie>i (le (^(iruerillr (l'O- Muilunie Favori (4).

On reprit pendant cette môme saison, !.a Mascotte et Les Mous-

quetaires nu Couvent, chacune de ces opérettes ayant eu trois représentations.

Comédies, Drames, Vaudevilles. — La plupart des œuvres représentées en 1891-1892, n'avaient jamais été j(juées antérieurement; nous nous contenterons cependant d'en donner les titres, puisque cette saison ne compte pour nous qu'au point de vue documentaire, le Théàtre-des-Arts étant avant tout un Théâtre lyrique.

Pourtant, quoique dans cet ouvrage la musique tienne un rôle prépondérant, nous devons constater que ce n'est pas toujours au Théàtre-des Ans qu'ont eu lieu les grandes et véritables manifestations lyriques, et il y aurait à consacrer à la Musique à Rouen, pendant ces vingt dernières années, une intéressante et agréable étude, où l'on n'aurait à relater ([ue des tentatives vraiment artistiques et d'un caractère élevé.

Donc cinquante-trois ouvrages furent représentés au cours de la saison :

L'Abbé Consldiilin ('&).

L'Ami Fritz (1).

L'Avc-en-Ciel (1).

L'Autof/raphe (1).

L'Autre motif (i).

Le Baiser (1).

Ulatirliette CA).

Le Uonliriir Conjuual (4).

La Closerie des (lenêts (6).

Corneille à Petit-Couronne (Ij.

Ma Cousine (1).

Cure d'Amour (6).

Lea Danicheff (4).

Les Deux Orphelines (2).

Le Divorce n l'Amiable (1).

Les Dominos Roses (1).

Don César de Bazan (4).

Dora (o).

Durand et Durand (6).

L'Entracte (1). ■

La Famille Pont-Biquet (1).

Feu. Toupinel (1).

Le Fils de la \,iil ((i).

Francillon ÇA).

Le Cendre de M. Poirier (2).

La Grande Marnière (11).

L'Indécis (1).

Jacques DainoKr (1).

La Joie fait peur (1).

Les Jurons de Cadillac (3).

Lucrèce Borgia (2).

La Lutte pour la Vie (4).

Madame la Maréchale (1).

Le Maître de Forqes (12).

Le Malade Imaginaire (1).

Le Marquis de Villrmer (2).

Martyre (i).

La Mégère apprivoisée (1).

La Papillonne (7).

La Parisienne (1).

Le Passant (.3).

Patrie (3).

Les Petits Oiseaux (1).

La Pluie et le Beau Tentps (3).

Les Précieuses Ridicules (1).

La Reine Margot (ij).

Ru g Blas (4).

Scapin Commissaire (9).

La Souris (1).

La Tartine (2).

La Tour de .\esle (;> .

Le Voyage de M. Perrichon (10).

Artistes en représentation. — Plusieurs artistes étrangers à la troupe organisèrent ou parurent dans des speclacles qui relevèrent le niveau de cette saison, d'où l'art fut trop souvent exclu. Nous les mentionnerons dans l'ordre chronologique.

M™e Théo et sa troupe : Le Baiser, L'Entente et Minii.

Mmes Favart et Lynnès, MM. Coquelin aîné, Coquelin cadet et Jean Coquelin, de la Comédie-Française, dans Le Malade Imaginaire et Les Précieuses ri' lie aies.

Mlle Lutz, de la Renaissance, dans Les Cloches de Cornemlle.

Mme Favart, MM. Coquelin aîné et Jean Coquelin, dans L'Arcen Ciel, Les Petits Oiseaux, La Joie /ait peur.

Mmd Marie Laure, dans Lucri','c Dorgia et La Tour de Xesle.

Mii<5 Reichemberg, dans Lf Paiser et L'Ami Fritz.

MM. Coquelin aîné et Jean Coquelin, dans La Mégère apprivoisée.

M. Jean Sarlère, de la Porte Saint-Marlin, dans Rug Plas.

M. Albert Lambert fils, é;^alement dans Pug Blas ;

Mlle Reichemberg et M. Worms, de la Comédie-Française, dans L'autre Motif et La Souris;

La tournée Frédéric Achard joua La Tartine et La Famille Pont-Piquet, puis Feu Toupinel ;

La tournée Jaeger et Lemonuier, Madame la Maréchale et un DivoTce à l'amiable.

Enfin, trois représentations de Blanchelte, de Brieux, furent données les 16, 24 et 26 février 1892 par la troupe du Théâtre- Libre., dirigée par M. Antoine. Les principaux rôles furent tenus par M. Antoine, Mii« Dulac et M^^o Barny.

Représentation an profit des Hospices. — Une seule représenlalion eut lieu le 9 décembre et ne fut guère fructueuse (recette, 692fr.4o). Elle se composait de Scapin Comnnssairc et VAbl)(i Constantin.

Bals Masqnés. — A l'occasion du Mardi-Gras et de la Mi- Carême, deux bals masqués furent organisés les l^r et 24 mars 1892 et attirèrent une foule énorme.

Itllan (le la saison. - Cent cin(iuante représentations furent données pendant la saison, |iro(liiisant une recette totale

(le 123.496 fr. 40, soit une moyen ne de 823 fr. 30 piir représentation. On peut signaler le produit ridicule (84 fr. 80) de la soirée du 12 février où le spectacle ceni portait cependant 9 actes avec Don Césiir île Baztin et Le Voyarjp de M. Perrichon.

Les partisans de la subvention parui-ent ditnc triompher en afiirmant (|ue seul le genre lyrique convient au Tiiéàtre-des-" Arts. Et cependant l'expérience faite avec MM. Duriez et Nerssant n'est pas concluante : la troupe n'était pas assez satisfaisante ni les spectacles assez bien composés pour permettre de se prononcer en connaissance de cause.

Représentations ayant suivi la saison. — La concession Iransféi'ée à M. Nerssant à la suite de la mise en lirjuidalioii judiciaire de M. Duriez prenant fin le 31 mars et la nouvelle exploitation ne devant avoir d'effet que du 16 mai 1892, la Municipalité eut, entre ces deux dates, la libre disposition du Théâtre qu'elle loua à divei-ses tournées.

Huit représentations eurent lieu ainsi dans l'ordre suivant :

Hernani, avec M""e Diidlay, MM. Mounet-Sully, Paul Mounet et Ariste de la Comédie-Française, bien mal entouré-; pour les rôles secondaires ;

La Porteuse de Pain, donnée au bénéfice des artistes du Théâtre-Français que la mise en faillite de leur directrice, M""^ Anglade, laissait dans une situation assez fâcheuse;

Madame a ses brevets et Jean-Marie, deux pièces en un acte, composèrent, avec un concert dans lequel se firent entendre M™e Bosman, MM. Vaguet et Dulac, de l'Opéra, un spectacle organisé au profit des mêmes artistes ;

Seul et Leurs Filles; en soirée, I^ Ecole des Veufs et in beau Soir, par la troupe du Théâtre-Libre.

La Famille Pont- Biquet et Feu l'oupinel, par la tournée Achard ;

liof/er la Honte, avec la petite Gaudy, la fille de l'ancien artiste du Tiiéâtre-Français ;

Hlithridate et Saplio, avec M. Silvain de la Conjédie-Franraise et M. Jacques Fenoux, suivis d'une comédie inédite de .\I. Biiibé, Pierrot jaloux.

Le Testament de i'ésar Girodot et Le \ft'decin maigri' lui, avec

MM. Coquelin cadet, Jean Coquelin et M™» Favart, de la Comédie-Française.

Par la Fenêtre et Monsieur chaise, par uae troupe dirigée par M. E. Simon et comprenant notamment M^e Marie Kolb et M. Noblet.

DIRECTION JOSÉ BUSSAC Année théâtrale 1892-1893.

Dès le 18 décembre 1891, le Conseil Municipal avait décidé de revenir au répertoire lyrique et à la subvention, et le 22 janvier suivant avait arrêté le cabier des charges de la campagne 1892-1893.

Parmi les modifications apportées nous n'en voyons qu'une à signaler, mais elle était importante : pour diminuer les frais incombant au Directeur, l'exploitation était obligatoire seulement pendant six mois, du l^r octobre 1892 au 30 avril 1893 et devait comporter l'opéra, le drame lyrique, les traductions et l'opéra-comique ; pendant le septième mois le genre était laissé à la faculté du Directeur.

Plusieurs candidatures se produisirent, notamment celles de M. Taillefer et de M. Gunsbourg, directeur du théâtre de Nice; mais les unes furent éliminées par la Commission, les autres retirées par leurs auteurs mêmes ; et il ne resta bientôt plus que celle de M. Courboulin, dit Bussac, ancien artiste de l'Opéra- Comique, directeur du Théàtre-Royal de Liège,

Ce dernier fut nommé Directeur le 26 février, après avoir obtenu le paiement de la subvention par fractions de 21.666 fr. 66 à l'expiration de chacun des six mois d'exploitation obligatoire.

On remarquera que l'opérette avait été exclue par le Conseil municipal et que M. Bussac n'avait pas demandé le droit de représenter ce genre.

Saison lyrique. — Les débuts des artistes, commencés le 1®'' octobre, jour d'ouverture de la saison, dans La Juive, furent menés rapidement et terminés le 31 du même mois. Tous les artistes furent admis et les épreuves s'accomplirent dans le plus grand calme ; un peu d'effervescence se manifesta seulement à l'occasion du troisième début de MM. Maurice Fabre et Poitevin, les deux basses, dans Les Huguenots, mais il n'y eut rien de bien grave.

La troupe se trouva ainsi composée :

MM. Barwolf, chef d'orchestre ;

RuHLMANN, deuxième chef d'orchestre:

Van Hamme, régisseur général;

DuTREY, fort ténor ;

Axastay, fort ténor en double;

CoRNUBERT, téuor léger ;

Ferrières, deuxième ténor ;

Stamler, puis Geste, barytons de grand opéra ;

CoRPAiT, baryton d'opéra-comique ;

Fabre, basse noble ;

Poitevin, basse chantante ;

ViRoux, deuxième basse ;

Delahaye, trial ;

Labatte, laruette ; M°ies Baux, forte chanteuse falcon ;

Rhaijane, chanteuse légère de grand opéra ;

Parentani, chanteuse légère d'opéra-comique ;

Andral, puis Saint-Jean, contralto ;

Allary, première dugazon ;

Dejanne, deuxième dugazon ;

Legénissel, duègne; M. Soyer de Tondeur, premier danseur; Mmes Sampietro, première danseuse noble;

Ferraro, première danseuse demi-caractère.

Nous retrouvons M^^ Baux, la forte chanteuse des deux premières années ds la réouverture et de la saison 1885-1886, et M. Ferrières, le deuxième ténor de l'année précédente. A côté d'eux tous les autres artistes étaient de nouveaux venus.

Uépertoire. — Vingt-sept ouvrages furent repris pendant la saison.

L'Africaine (5). Famt (12).

Aida [9). La Farorite (6j.

Le Barbier de Séville (2). La Fille du liéf/imetU (5i.

Carmen i9). Guillaume Tell ,3j.

Le Chalet f6) Hamlet (4).

Le Docteur Cri.<ipin 'lO». Hérodiade (4).

Les Draifntis de Villa rs (> . Les Uuijueaois (6 .

La Juive (9). Rigoletto (3).

Lohemjrin (o). Roméo et Juliette (2).

Le Maître de Chapelle {6j. Samson et Dalila (10).

Manon (7 . Si j'étais Roi (6).

Mifjnon 10). Le Toréador (3j.

Mireille (6 . La Traviata (li.

Le.s A'occs de Jeannette . 7).

Artistes en représentation. — Peu nombreux furent les artistes étrangers à la troupe qui se firent entendre cette année-là.

Mlle Jane Guy reparut une fois dans le rôle d'Eisa de Lohengrin, qu'elle avait créé à Rouen.

M™« Elena Sanz, l'ancienne artiste du Théâtre-Italien de Paris, la maîtresse du roi d'Espagne, Alphonse XII, dont elle avait eu deux fils, remporta un véritable triomphe aux neuf représentations qu'elle donna de !>amson et Dalila. La cantatrice se trouvait obligée de remonter sur les planches, la Cour d'Espagne faisant des diiïicultés pour payer la rente que le père avait assurée à ses enfants jusqu'à leur majorité. Elena Sanz chanta en outre deux fois le rôle de Carmen.

Mlle Yvonne Damar, qui abordait, paraît-il, la scène lyrique pour la première fois, succéda à Elena Sanz dans ce même rôle de Dalila et y réussit complètement.

Enfin, M. Manoury, le baryton des directions Pezzani et Campo-Gasso, se fit entendre dans Hamlet et Ili'rodiade.

Nouveautés. — M. Bussac monta cinq ouvrages, dont un chef-d'œuvre. Les quatre autres, inédits d'ailleurs, n'ont pas survécu et le public n'y a pas perdu grand'chose.

Sujurd, opéra en 4 actes et 9 tableaux, de Alfred Blau et Camille du Locle, musique d'Ernest Reyer, fut représenté à Rouen le 23 décembre 1892. L'interprétation était confiée à MM. Dutrey (Sigurd), Geste (Gunther), Poitevin (Hagen), Corpait (le grand Prêtre), M'^es Baux (Brunehilde), Rbaijane (Hilda), Andral (Utah). Cette interprétation fort convenable et la bonne exécution, par l'orciiestre, de toute la partie symphonique, assurèrent le succès malgré une mise en scène trop mesquine, et Sigurd, qui eut dix représentations cette année-là, a

été repris maintes fois depuis et fait maintenant heureusement partie du répertoire.

Atala, opéra inédit en 2 actes, de Paul Collin, musique de M^ie Juliette Folleville. Première représentation le 11 janvier 1893, suivie de trois autres.

Cousin Placide, opéra-comique inédit en un acte, de Belleville, musique de Diet. Première représentation le 20 janvier, suivie de trois autres.

Brocéliande, opéra féerique inédit en 4 actes et 6 tableaux, de André Alexandre, musique de Lucien Lambert. Première représentation le 25 février 1893 avec MAI. Goruubert, Geste, Corpait, Poitevin, Viroux, M^^s Baux et Parentani. Cet ouvrage n'eut que deux autres représentations.

Ihycus, drame lyrique en 3 actes de Jérôme Doucet, musique de Frédéric Le Rey, n'eut qu'une seule représentation, le 27 mars 1893.

Représentation au profit des Hospices. — M. Bussac ne donna qu'une représentation de ce genre, le 9 décembre, avec Manon (recette, 1590 fr. 75), et pour éviter de donner la seconde représentation prévue au cahier des charges, versa une somme de 1.500 francs à l'Administration hospitalière.

Incidents de la saison lyrique. — A la suite d'une discussion survenue pendant une répétition et devant le personnel, entre le chef d'orchestre et M^^ Andral, la direction résilia l'engagement de la contralto. M^^ Saint-Jean, appelée à la remplacer, parut pour la première fois le dimanche 26 février seulement, en matinée, dans La Favorite, en attendant, disaient les affiches, son premier début qu'elle n'effectua jamais, ce qui ne l'empêcha pas d'ailleurs de jouer le rôle d'Ortrude, de Loliengrin.

Un tour de force fut accompli par M^i^ Parentani, dans La Juive: Mii« Rliaijane s'étant trouvée subitement indisposée, l'excellente chanteuse légère dut la remplacer au pied levé dans le rôle de la princesse Eudoxie qu'elle ne connaissait pas. Elle dut donc chanter la partition à la main, et se tira fort bien de cette lecture à vue.

Septième mois. — L'exploitation obligatoire du septième mois ayant été laissée, comme on le sait, au choix du Directeur, M. Bussac adopta le drame.

On vit donc ainsi défiler :

An Dahomey, drame militaire en 5 actes et 6 tableaux, de Oswald, Gugenheim et Le Faure.

La Bouquetière des Innocenta, d'Auicet Bourgeois et Fernand Dugué.

Le Courrier de Lyon, de Moreau, Siraudin et Delacour.

La Jeunesse des Mousquetaires, d'Alexandre Dumas et Maquet.

Représentations de Comédies en cours de saison. —

Coquelin aîné et son fils Jean, bien entourés d'ailleurs, remportèrent un grand succès à deux reprises dilïérentes, d'abord le 21 novembre 1892, dans Gringoire et Le Gendre de M. Poirier, puis, le 12 décembre, dans Tartuffe et Les Précieuses ridicules.

Bal masqué. — A l'occasion du Mardi-Gras, M. Bussac organisa, le 14 février 1893, un bal masqué qui fut très animé et auquel une bataille de confetti donna un aspect particulier.

Concert. — Quoique non organisé par M. Bussac, il convient de signaler le concert donné le 6 mai 1893 par le Cercle rouennais de la Ligue de l'Enseignement au profit de la Caisse des Ecoles. On y applaudit M^^^ Adèle Rémy, de l'Opéra-Comique ; MM. Sellier, de l'Opéra, TrufTier, de la Comédie-Française; cinq solistes de la Garde républicaine, dont M. Fontbonne, flûtiste, et la musique du 39'' de ligne.

Représentations ayant précédé la saison lyrique. —

M. Bussac traita avec des tournées qui vinrent donner quelques représentations pendant les mois de juin et juillet 1892. On eut ainsi :

La Gardeuse de Dindons, avec M^<^ Jeanne May ;

Jeanne d'Arc, de Soumet, avec M^e Segond-Weber ;

Le Bonhomme Jadis, de Murger, et L'Herbayer, de Paul Harel, le poète aubergiste d'Echauffour, qui tint le principal rôle de son œuvre ;

Hernani, avec Mni« Segond-Weber, MM. Marquet, Albert Lambert père et Segond;

Les Jobards, de Guinon et Denier ; La Preuve, de Pierre Barbier ; Ail pied du Mur, de de Najac, avec M™^ Marie Laure ;

La Conjuration d'Amboise, de Louis Bouiliiet, avec M™« Dufresne, de l'Odéon, MM. Albert Lambert père, Marquet, etc., suivie d'une Ode à Bouilhet, de Jérôme Doucet, et de Rouget de l'Isle, drame en un acte de Griselin.

Enfin la représentation du 14 Juillet 1892 comporta ce même drame Rouget de l'Isle, et Charlotte Corday, de Ponsard.

Recettes. — Les 145 représentations lyriques produisirent une somme de 23l.760f.8o

A quoi il faut ajouter les recettes du septième mois, du bal masqué, des représentations Coquelin et de celles données avant la saison . . . 37.785 40

Ensemble 26'J.546 25

Les mois d'octobre et de novembre et la première moitié de décembre furent les plus fructueux. Cbose curieuse, les neuf représentations de Samson et Dalila, avec Elena Sanz, ne donnèrent qu'un total de 22.032 fr. 45, soit en moyenne 2.248 fr. 05 et jamais le chiffre de 3.000 francs ne fut atteint.

Faits divers. — Le titulaire de l'emploi de concierge du Théàtre-des-Arts mourut le 1er novembre 1892. Picot, qui occupait ce poste depuis la réouverture, ancien ouvrier forgeron, était entré comme ténor, eu 1861, dans les chœurs du Théâtre où il reçut les conseils de Bonnesseur; il chanta alors les rôles de Fernaud, de La Favorite ; d'Olivier, de La Vendéenne; d'Arnold, de Guillaume Tell. Il alla ensuite à Marseille, Nîmes, Nantes, Gand, interprétant le grand répertoire et ne revint à Bouen qu'en 1882. Les vieux habitués du Théâtre se souviennent sans doute de la « mère Picot », véritable cerbère qui gardait jalousement la porte et ne permettaii pas facileuient l'accès par la rue de la Comédie, qui mène à la scène et aux coulisses !

DIRECTION D'ALBERT Année théâtrale 1893-1894.

Au moment de déclarer la vacance, le Conseil municipal décida d'accorder pour un an seulement la concession de l'exploitation du Théàtre-des-Arts, car, disait le Rapporteur, le candidat promet toujours monts et merveilles, mais les espérances qu'il a fait concevoir se réalisent rarement. Il parut donc prudent de ne pas s'engager à trop longue échéance, d'autant plus ({u'un directeur ayant rempli tous ses engagements artistiques et financiers, obtiendrait toujours facilement le renouvellement de sa concession.

Deux modifications seulement furent apportées au cahier des charges. La première eut pour but d'astreindre aux trois épreuves réglementaires et au verdict des spectateurs les artistes engagés pour doubler les titulaires des principaux emplois, et cela dans le but d'éviter qu'un directeur ne soit tenté de substituer à un chef d'emploi, déjà admis, un artiste d'une qualité par trop inférieure et engagé pour cela même à des conditions moins onéreuses. Le Conseil municipal laissait ainsi au public, appelé à se prononcer sur la valeur de tous les artistes, le soin de veiller à l'exécution de l'article 10 du cahier des charges exigeant une troupe complète et de premier ordre. Excellente intention ! A quoi sert de ne pas laisser le public njanifester son opinion et chercher à le violenter, ce qui ne réussit jamais.

La seconde modification obligeait le Directeur à rembourser le prix d'entrée à tout spectateur qui en ferait la demande, en cas de changement de spectacle ou de remplacement d'un chef d'emploi.

Des six candidatures primitives à la fonctiim de Directeur, deux seulement furent susceptibles d'être retenues : celle de M. Bussac, directeur sortant, et celle de M. Condo di Satriano, dit d'Albert, directeur du Théâtre d'Amiens et du Casino de Fécamp.

Ce dernier fut nommé Directeur le 4 mars 1893 par le Conseil municipal qui lui accorda le droit de faire de nouveau jouer l'opérette et de donner huit représentations populaires par mois.

La Commission consultative avait cependant donné un avis défavorable à ces deux innovations demandées également par M. Bussac. Par contre, elle avait été d'avis de supprimer les débuts comme le voulait ce dernier, et c'est même à cause du mauvais accueil rencontré dans le public et dans la presse par celte grave atteinte aux prérogatives des habitués du Théâtre que M. d'Albert fut préféré à M. Bussac. La Commission méritait donc bien son titre de consultatirc car ses trois avis ne pesèrent pas lourd sur la décision du Conseil municipal.

Saison lyrique. — La saison lyrique s'ouvrit le dimanche 1er octobre par La Mascotte, suivie du ballet d'Espana ; les débuts commencèrent le lendemain par Les Huguenots et se terminèrent définitivement le 27 décembre seulement.

Les épreuves furent funestes à plusieurs des pensionnaires présentés par M. d'Albert. Le public dut également se fâcher à plusieurs reprises pour faire respecter les traditions d'après lesquelles un artiste ne pouvait débuter ni un dimanche, ni dans une œuvre non encore représentée à Rouen, mais on n'eut pas à signaler de scènes -trop tumultueuses pendant cette saison, au cours de la période des débuts tout au moins.

La troupe fut définitivement constituée comme suit :

MM. DoBBELAERE, chcf d'orchestre ;

RuHLMANN, deuxièjne chef d'orchestre ;

Van Hamme, régisseur général, maître de ballet ;

DuTREY, fort ténor ;

Selin, ténor léger ;

Talier, deuxième ténor ;

Illy, baryton d'opéra ;

Rouyer, baryton d'opéra-comiciue;

Vérin, basse noble ;

PouRRET, basse chantante ;

Latreille, seconde basse ;

FoNViELLE, trial ;

MoREAU, laruetle ;

\jmes BoNvoisiN, fortc clianteuse falcon ;

Leavington, contralto ;

Oberty, chanteuse légère de grand opéra ;

Priollaud, chanteuse légère d'opéra-comique;

Arméliny, première dugazon ;

FÉRAL'D, deuxième dugazon ;

Dupuis, duègne ;

Van Hamme, maître de ballet; Mlles Riva, première danseuse noble;

Ferraro, première danseuse demi-caractère. Quelques-uns de ces artistes étaient déjà connus : M. Dutrey reprenait son emploi de la saison précédente ; M™e Leavington avait déjà fait partie de la troupe pendant les saisons 1883- 1884 et 1887-1888, et M. Vérin pendant la saison 1889-1890; jViiie Ferraro avait déjà été danseuse noble puis danseuse demicaraclère pendant deux ans.

Disons tout de suite que la troupe d'opéra-comique, même épurée, ne valait pas grand'chose et que la Commission en fit le reproche à M. d'Albert qui promit de tenir compte de ces observations flans la mesure du posnhle. Ces promesses ne l'engageaient guère et il ne tarda pas à les oublier. D'ailleurs, selon la presse locale, le commissaire de police, le chef de claque et le Directeur avaient à eux seuls ou à peu près, décidé du sort des artistes soumis aux débuts, sans même laisser au public le temps de se prononcer, et dans ces conditions, M. d'Albert ne pouvait que respecter les sentences de ce tribunal original.

Répertoire lyrique. — Pendant cette saison vingt-cinq reprises furent effectuées :

L'Africaine (1). La Juire (3).

Le Barbier de Séville (4). Lakmé (3).

Carmen (8). Le Maître de Chapelle (4).

Le Chalet (4). Manon (1).

Le Cid (3). Mignon (6).

La Dame Blanche (1). Mireille (o).

Les Dragons de Villars (o). Les Noces de Jeannette (2).

Faust (12). Les Pêcheurs de Perles (1).

La Favorite (3). Le Prophète (7).

La Fille dn Régiment (6). Le Roi d'Ys (1).

Guillaunie Tell (1). Si j'étais Roi (3).

Hamlet (6). La Traviata (2).

Les Huguenots (4).

Artistes en Représentation. — M. Dereims, de l'Opéra, chanta, le 6 décembre, le rôle d'Hamiet, transcrit pour ténor, épreuve qu'il fut le seul à tenter et où il ne trouva pas d'imitateur, la version primitive pour baryton semblant de beaucoup la meilleure. Trois passages seulement avaient été transposés : la chanson bachique, la méditation et l'arioso ; pour le reste le compositeur s'était borné à remplacer certaines notes par leur tierce, leur quinte ou leur octave. Malgré tout, le rôle était encore trop bas pour le ténor dont la voix était d'ailleurs un peu fatiguée. Deux jours après, M. Dereims se produisit avec succès dans Carmen.

Egalement dans Hamiet, M"^* Alice Cognault, la femme de l'ancien propriétaire de « La Belle Fermière », rue aux Juifs, montra qu'elle savait interpréter les rôles du grand répertoire, car elle ne s'était fait entendre jusque-là par ses concitoyens que dans les œuvres deGouuod et de Lenepveu à la Cathédrale.

M. Galand, qui devait bien plus tard appartenir à notre première scène, et M"<^ Savine, tous deux de l'Opéra -Comique, donnèrent le 28 mars une représentation de Carmen, sans grand éclat.

Mni'' Laville-Ferminet chanta, le 9 mars, des fragments du 1er acte de Norma, et le duo du 4^ acte des Huguenots, avec M. Dutrey.

M. Godefroy et Mi^e Houlbec, venus on ne sait d'où, massacrèrent Irs P('chcurs (le Perkf^, le 25 février.

Le 5 novembre, M^ie Suzaunah Altridge, une créole anglaise, la fille d'un tragédien nègre qui était venu jadis jouer à Rouen VOthello, de Shakespeare, se produisit dans le rôle de Carmen, où elle fit preuve d'une telle insuflisance que l'on crût à une gageure de la direction.

Enfin, M. Gibert, de l'Opéia, un transfuge du Théâlre-des- Arts, vint, en compagnie de M^'^ Marcolini, de rOpéra-Coniicjue, donner le 28 février une représentation du Uni (/T.s, La faiblesse de MM. Rouyer et Pourret, ((uelques notes stridentes de M^'*^ Marcolini, déchaînèrent dans la salle un de ces tapages (|ui font époque dans l'histoire du Théâtre-des-Arts. Les spectateurs tournaient le dos à la scène, les sifllels faisaient rage et personne ne put entendre un traître mot, notamment du deuxième

tableau. Seul, M. Gibert se fit écouter et même le public tint à le mettre bors de cause en lui faisant bisser l'aubade du 3^ acte. Il faut dire que la direction avait eu le tort de substituer, à la dernière beure, M. Rouyer à M. Illy, dans le rôle de Karnac, et que les babitués du Théâtre, ayant sur le cœur tous leurs mécontentements de la saison, s'en étaient vengés en une seule fois. Une étincelle avait déchaîné l'orage qui était depuis longtemps dans l'air.

Nouveautés. — Elles furent nombreuses et bien choisies, mais l'insuffisance de l'interprétation nuisit au succès de plusieurs d'entre elles :

Werther, drame lyrique en 4 actes et 5 tableaux, de Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann, musique de Massenet. La première eut lieu le 9 novembre 1893, et l'œuvre tomba à plat après deux représentations, par la faute du ténor Selin, chargé du principal rôle; les autres étaient tenus par MM. Rouyer (Albert), Pourret (le Bailli), Talier (Schmidt), Mmes Priollaud (Charlotte) et Arméliny (Sophie). Cette oïuvre délicieuse, d'une orchestration si soignée, se ressentit fort longtemps de ce mauvais départ et a à peine conquis le grand public, si elle est appréciée par les connaisseurs.

V Attaque du Moulin, drame lyrique en 4 actes, de Louis Gallet, musique de Alfred Bruneau, qui avait été créé le 24 novembre 1893, à TOpéra-Comique par W^^ Georgette Leblanc, notre compatriote. La première représentation à Rouen eut lieu le 20 janvier 1894, avec MM. Illy (Merlier), Selin (Dominique), Rouyer (le Capitaine), Talier (la Sentinelle), M^'s Bonvoisin (Marceline), et Priollaud (Françoise). Convenablement montée, cette pièce fut jouée neuf fois.

Esclar monde, opéra en 4 actes et 8 tableaux, de Alfred Blau et Louis de Gramonl, musique de Massenet. La première représentation eut lieu le 13 décembre 1893, avec MM. Selin (Roland), Illy (l'Archevêque), Pourret (le Bailli), M^-** Priollaud (Esclarmonde), et Arméliny (Parseis). La banalité de la mise en scène, la faiblesse de plusieurs des interprèles (M™« Priollaud et M. Illy mis à part), aboutirent à un échec, et la pièce, qui méritait mieux, ne fut jouée que deux fois.

Uichard Ilf, grand opéra en 4 actes et 6 tableaux, de Emile Blavet, musique de Salvayre. Première représentation le 22 décembre 1893. L'interprétation fut confiée à MM. Dutrey (Richmond), Illy (Richard III), Vérin (le Cardinal), M^es Bonvoisin (Elisabeth), Leavington (Marguerite), etOberty (la Reine), et fut excellente; M. Illy, surtout, se montra remarquable dans le rôle de Richard. Le compositeur, réclamé sur la scène, fut vigoureusement applaudi et son œuvre fut appréciée du public, car elle eut dix représentations.

Néron, opéra en 4 actes et 7 tableaux, de Jules Barbier, musique de Rubinstein. C'est à Rouen que fut donnée, le 14 février 1894, la première représentation en France de cette œuvre, créée en 1879, au Stadttheater de Hambourg.

L'illustre compositeur russe, un des plus étonnants pianistes du siècle, assistait à la représentation, ainsi que le librettiste, et tous deux furent appelés, à deux reprises, sur la scène et vigoureusement acclamés. La mise en scène fort soignée et une excellente interprétation : MM. Dutrey (Néron), Illy (Viudex), Vérin (Babillus), M^es Ronvoisin (Chrysis), Leavington (Epicharis), et Oberty (Poppée), contribuèrent au succès de Xéron qui eut onze représentations.

Deidamie, opéra en 2 actes, de Ed. Noël, musique de Maréchal.

La Tarerne des Tmhaîis, opéra-comique en 3 actes, de Jules Barbier, musique de Maréchal.

La première de ces œuvres fut assez bien interprétée, mais entourée d'une mise en scène qualifiée de honteuse par uu critique local. La seconde fut chantée mollement et sans goût par M. Selin. Elles furent représentées le même jour et pour la seule et unique fois, le 14 mars 1894.

Enfin, un ballet de Chabrier, Espana, fut dansé les 1" et 19 octobre, par M^'^^ Charausonney (qui durent résilier depuis) et les dames du corps de ballet.

Représenlation en l'honneur de CJounod. — Pour honorer la mémoire de Gounod, décédé à Saint-Cloud, le 18 octobre 1893, M. d'Albert organisa le 27 novembre suivant, une représentation composée de Faust, interprété par la troupe de grand

opéra, et interrompue, après l'acte du jardin, par un intermède consacré à l'œuvre du maître.

Après l'ouverture de Mireille, M'^'^ Prioilaud enleva avec virtuosité la valse de Roméo et Juliette, puis M"'' Prioilaud et M. Selin chantèrent avec chaleur le duo final de Mireille : « l'Amour, de son flambeau divin », mais la salle fut surtout électrisée par l'émouvant Ave Maria, interprété par M^es Bonvoisin, Prioilaud, Oberty, Leavington, Arméliny et Féraud qui durent bisser cette admirable page. Puis, les artistes et choristes portant les costumes des personnages principaux des œuvres du maître, se réunirent autour du buste de Gounod pour chanter le chœur des soldats de Faust et défilèrent sur la marche de La Heine de Saha. Enfin, M. Labatte récita les strophes à la Gloire de Gounod, signées de M. Paul Sonniès, l'auteur d'.-lrlequin séducteur.

La cérémonie fut terminée d'une façon assez intempestive et à peine convenable : la Gloire, personnifiée par M^^e Preciosa Grigolatis, la danseuse aérienne du Voyage de Suzette, descendit du cintre au bout de son fil invisible, pour déposer une couronne sur le buste de Gounod!

Répertoire d'opérette. — L'opérette tint une grande place dans le répertoire de la saison.

Les opérettes suivantes qui avaient déjà été représentées, soit au Théâtre-Français, soit aux Folies-Bergère, firent leur apparition au Théâtre-des-Arts, et souvent la comparaison ne fut pas à l'avantage de celui-ci :

Les Charbonniers (1). Mam'zelle Nitouche (2).

La Cigale et la Fourmi (o). La Timbale d'argent (1).

Joséphine vendue par ses sœurs (3). Les 28 jours de Clairette (3).

Miss Hélyett (9). Le Voyage de Suzette (17).

Les opérettes qui vont suivre, avaient déjà été jouées sur notre première scène :

La Fille du Tambour-Major (8). Orphée aux Enfers (4).

Le Grand Mogol (1). La Périchole (4).

La Mascotte (9). Le Petit Faust (1).

Les Mousquetaires au Couvent (8). La Princesse des Canaries (2).

Nous devons noter que dans f.e Voyage de Suzette, figuraient

des pigeons apprivoisés, les dromadaires de la ménagerie Bidel, des danseuses aériennes, et qu'on ajouta à cette opérette une pantomime anglaise «The Bucher's Shop », avec dégringolades bouiïonnes de clowns. On pouvait se croire transporté à la foire Saint-Romain, mais ce fut le succès de la saison !

Représentations au profil des Hospices. — Elles eurent lieu, la première le 20 décembre, avec Esclarntonde (recette 549 fr. 10), la seconde le 2 mars, avec Néron (recelte 1,301 fr. 30).

La Municipalité dut à cet égard rappeler à l'ordre le Directeur qui ne faisait aucune publicité pour annoncer le but philanthropique de ces représentations qu'il donnait comme à regret.

Dernier mois d'exploitation. — Pendant le dernier mois, on joua Le Pied de Mouton, encore avec des clowns. Le Bosm et Marceau on les Enfants de la liépublique, ces deux dernières pièces montées dans des conditions déplorables.

Incidents de la saison lyrique. — Dès le 15 mars, M^o Riva, danseuse noble, avait cessé son service pour des motifs qui restèrent ignorés. Deux jours après, M^'^ Priollaud, l'artiste goûtée du public, surmenée par un service très dur (on lui fit chanter le même soir deux rôles) résilia son engagement. Deux emplois importants restèrent ainsi sans titulaire pendant la dernière quinzaine, au grand profit de la caisse directoriale.

La figuration n'entraîna pas non plus de dépenses exagérées, M. d'Albert acceptant des gens plus ou moins propres, à qui il refusait de fournir des chaussures pour paraître en scène et qu'il rémunérait par le versement de 20 centimes et la remise d'un billet de quatrièmes !

Ueprésentation de comédie en cours de saison. — Une

seule représentation de ce genre eut lieu le 14 octobre 1893; elle comportait Le Père prodigue, d'Alexandre Dumas, avec Frédéric Febvre, de la Comédie-Française.

Représentations (jui précédèrent ou suivirent la saison lyrique. — Le 20 mai 1893, Coquelin aîné et son fils Jean vinrent interpréter L'Aventurière et Oscar ou le Mari qui trompe sa Femme.

Lysistrata, la comédie un peu leste de Maurice Donnay, fut donnée le 31 mai, avec Marguerite Ugalde et Guitry.

Baron et M"^ Lender, des Variétés, se firent applaudir le 7 juin dans Le premier Mari de France.

Un drame d'Ernest Morel, Pour la Patrie, constitua le spectacle du 14 juillet 1893, organisé par M. Maurice Simon, le futur directeur du Théâtre-Français.

M™*? Réjane et ]Vri° Marie Kolb, parurent le 10 août et interprétèrent un spectacle coupé.

Le 18 août et le 13 septembre, les principaux artistes du Théâtre-Libre, alors dirigé par Antoine, donnèrent Les deux Tourtereaux, Mariage d'argent et Boubouroche.

Représentations de la Comédie-Française. — Nous avons voulu mettre à part et en vedette, deux soirées de tout premier ordre :

Les réparations nécessitées dans les bâtiments de la Comédie- Française, ayant laissé la troupe sans emploi pendant deux mois, des représentations nationales furent organisées en France et Rouen en eut la primeur. C'était la première fois que la Comédie, administrateur général en tête, se déplaçait tout entière.

Le 19 juillet, on représenta donc La Fille de Roland, avec Mounet-Sully, Silvaiu, Paul Mounet, Leitner, Dupont-Vernon, Martel, Falconuier, Samary, Pierre Laugier, W^<^ Dudlay et Mlle du Minil.

Le lendemain, Le Cid et Le Dépit Amoureux eurent comme brillants interprètes, le premier : Mounet-Sully, Paul Mounet, Dupont-Vernon, Martel, M°^os Dudlay, Moréno, du Minil; le socond : M. Berr et M.^° Rachelle Boyer.

Les plus petits rôles avaient la même distribution que rue Richelieu et c'est tout dire.

Keeettes de la saison. — Les recettes du répertoire lyrique furent de 215.2911. 25

Le septième mois et les représentations ayant précédé ou suivi la saison produisirent . . . 35.116 25

Total 250. 407 f. 50

Faits divers. — Le bureau de location fut réinstallé par M. d'Albert, dans l'ancien local donnant sur la rue de la Comédie. Le public devait donc, les jours d'affluence, prendre la queue sur le trottoir, ce qui manquait de charme dans les mauvais temps.

DIRECTION D'ALBERT Année théâtrale 1894-1895.

La manière dont M. d'Albert avait exploité le Théàtre-des- Arls pendant la campagne précédente, amena tout naturellement le Conseil municipal à réviser le cahier des charges, dans le but de prévenir le retour de certains faits déplorables que nous avons signalés.

Tout d'abord le chiffre de la sulivention était ramené de 130,000 à 100,000 francs, le Conseil paraissant vouloir ainsi faire payer au Directeur le droit qu'il lui n)aintenait de jouer l'opérette, et la concurrence faite au Théâtre-Français auquel il se crut obligé de voter une subvention de 6,000 francs. Pour éviter à l'avenir des exhibitions par trop indignes de notre première scène, il obligeait le Directeur à soumettre à la Commission la liste des opérettes qu'il avait l'intention de monter.

Il étart expressément stipulé qu'aucun début et qu'aucune épreuve de rentrée ne pourraient avoir lieu les dimanches et jours fériés, ni en matinée, ni en représentation à prix réduits, ni, enfin, dans la première d'ouvrages non encore joués à Rouen. En outre, les jours de début ou de rentrée, il était interdit au Directeur de délivrer des entrées de faveur, sous peine de nullité de l'épreuve.

Le nombre des populaires restait fixé à huit, mais le spectacle devait se composer d'un opéra ou d'un opéra-comique.

Pour les ouvrages nouveaux imposés, le Directeur devait justifier de l'emploi d'une somme de 3,000 francs en costumes ou décors.

L'Administration se réservait le droit de choisir elle-même dans le répertoire de la troupe les pièces devant composer le spectacle des deux représentations données au profit des Hospices.

Enfin, contrairement à l'opinion émise l'année précédente, la concession était prévue pour les campagnes 1894-181)5 et 1895-

1896, mais la jouissance de la salle n'était laissée au Directeur que du l^r septembre au 15 mai.

Ces clauses, dont quelques-unes assez rigoureuses, éloignèrent les directeurs et les agences, et une seule candidature se produisit, celle de M. d'Albert déjà nommé, qui pouvait par conséquent discuter et tenir la dragée haute à la Municipalité.

Finalement ce dernier, après avoir reconnu ses torts et promis d'apporter remède aux défectuosités signalées, fut nommé Directeur après avoir obtenu la concession de l'exploitation du 16 mai 1894 au 15 mai 1896, sans interruption, la fixation du chiffre de la subvention à 120,000 francs et la réduction à 2,000 francs de la somme à consacrer pour la mise à la scène des ouvrages nouveaux imposés.

Saison lyrique. — La saison lyrique commença le dimanche 30 septembre par La Mascotte et la période des débuts s'ouvrit le lendemain par Faust, pour se terminer le 26 novembre par les Dragons de Villars.

Les débuts furent marqués par des incidents tumultueux et violents sur lesquels nous reviendrons plus en détail, et la troupe fut constituée définitivement comme suit :

MM. David, chef d'orchestre ;

RuHLMANN, second chef d'orchestre ;

Riza-Danel, régisseur général ;

SouBEYRAN, fort ténor ;

Degenne, ténor léger ;

Jahn, deuxième ténor ;

Illy, baryton de grand opéra ;

AzAïs, baryton d'opéra-comique ;

Malzac, basse noble ;

Lequien, basse chantante, puis Olive Roger ;

MiCHON, deuxième basse ;

SoucHET, trial ;

Grésini, laruete ; jVimes BoNvoisiN, fortc chanteusB falcon ;

De Léga, chanteuse légère de grand opéra ;

Cholain, chanteuse légère d'opéra-comique ;

MoscA, contralto, puis Zévort ;

— Ho —

jyjmes ViAL, première dugazon ;

Durand, deuxième dugazon ;

Dupuis, duègne ;

PiNTUCCi, maîtresse de ballet;

Anita Piatti, première danseuse noble ;

De Carli, première danseuse demi-caractère ;

Cerny, première danseuse travesti.

Rappelons que M. Illy et M^^ Bonvoisin, M. Ruhlmann et M™o Dupuis, reprenaient possession de l'emploi qu'ils avaient déjà tenu la saison précédente et que M. Lequien avait déjà fait partie de la troupe en 1890-91, mais nous avait été alors plus tîdèle.

Répertoire lyrique. — Pendant la saison , les œuvres reprises furent au nombre de trente-et-une :

L'Africaine (8). Le Maître de Chapelle (3).

Le Barbier de Séville (6). Manon (3).

Carmen (8). Martha (2).

Le Chalet (3 . Mignon (o).

La Dame Blanche (3). Mireille (2).

Les Drafjons de Villars (4). Les Noces de Jeannette (7).

L'Etoile du Nord (1). Rigoletto (2).

Faust (7). Robert le Diable (1).

La Favorite (4). Le Roi d'Ys (3).

La Fille du Régiment (8). Roméo et Juliette (3).

Galathée (3;. Si j'étais Roi (4).

Guillaume Tell (4). Le Songe d'une Nuit d'été (2).

Hérodiade (Si. Le Trouvère (4).

Les Huguenots (7). Werther (1).

La Juive (10). Zampa (1).

Lakmé (3).

Artistes en représentation. — Plusieurs artistes se firent entendre dans des œuvres du répertoire.

L'excellent ténor léger de l'Opéra-Comique, Delaquerrière, donna une très bonne interprétation du rôle d'Almaviva, du Barbier.

Noté, baryton de l'Opéra, qui avait, en 1886, été obligé de résilier son engagement à Rouen, tint à prouver qu'il avait acquis l'expérience et la science du cbant et y parvint facilement dans le rôle de Nélusko, de L'Africaine.

Mlle Jeanne Hardingqui était brusquement passée des restaurants de nuit sur la scène de l'Opéra-Comique où son début dans Phrfiné avait soulevé un joli tapage, donna une interprétation convenable de Manon et fit surtout apprécier des costumes d'une grande richesse portés avec élégance.

Deux artistes dont la venue fut considérée comme un essai, M. Vinche. basse noble, et M^ie Michelini, forte chanteuse, se produisirent dans Les Huguenots et firent sur le public une impression favorable. On revit la seconde l'année suivante où elle fit partie de la troupe. Quant à M. Vinche nous le retrouverons à plusieurs reprises.

Citons enfin M. Boussa, basse noble, qui chanta les rôles de son emploi en attendant l'arrivée du titulaire définitif, se fit vivement applaudir, surtout au cours de la tumultueuse représentation de Robert le Diable, et fut engagé pour la saison suivante par M. d'Albert.

Nouveautés. — Parmi les œuvres montées pour la première fois cette année-là au Théâtre-des-Arts, et toutes d'une valeur au moins secondaire, Paillasse seul a surnagé et est resté au répertoire.

Herrmann et Dorothée, opéra en 3 actes et 4 tableaux, par Julien Goujon, musique de Frédéric Le Rey. Cette œuvre, dont une audition avait été donnée quelques années auparavant dans les salons d'un de nos concitoyens, M. Poan de Sapincourt, fut représentée le 6 décembre 1894 ; montée avec soin et bien interprétée, notamment par M. Degenne et Mlle Cholain, elle obtint un certain succès et fut donnée sept fois.

Calendal, opéra en 4 actes et 5 tableaux, tiré du poème de Mistral par Paul Ferrier, musique de Henri Maréchal, fut donné à Rouen, pour la première fois en France, le 21 décembre 1894, en présence de Mistral et de Henri Maréchal qui furent réclamés sur la scène et applaudis. Quelques critiques parisiens assistèrent à la première qui se passa devant une salle très froide, les deux principaux rôles étant tenus dans des conditions déplorables par M. Soubeyran et M""" Bonvoisin, qui soulevèrent même des manifestations hostiles. Calendal fut joué huit fois, mais les recettes se tinrent, dès la troisième, à un niveau très bas.

Paillasse, drame lyrique en 2 actes, paroles françaises de Eugène Crost, musique tie Léoncavallo. Celte partition fut bien interprétée par M. Degenne Cauio), M™" Cholain (Nedda), MM. Azaïs Tonio), Jalin (Peppo). et eut un grand succès. La première eut lieu le 18 janvier 1895 et fut suivie de six autres représentations.

Otello, drame lyrique en 4 actes, paroles d'Arrigo Boïto, musique de Verdi. Première représentation, à Rouen, le 1^^ février 1895, avec MM. lliy (lago), SouJjeyran (Otello) et M™« Bonvoisin (Desdémone). Cette œuvre remporta à peine un succès d'estime en dépit: du passé du grand compositeur italien et fut donnée quatre fois seulement avec des recettes dérisoires.

Gioconda, opéra en 4 actes de T. Gorrls, traduction rythmique de Paul Solauges, musique d'Auiilcare Ponchielli, représenté au Tliéàtre-des-Arts le 14 mars 1895 pour la première fois en France, peut-être parce que les théâtres des autres villes n'en avaient pas voulu. A part M. Illy, M™»» Zévort et de Léga, les interprètes ne brillèrent pas, dans une partition il est vrai bien démodée, et cette œuvie fut donnée deux fois seulement.

Répertoire d'opérelte. — L'opérette sévit aussi intensément en 1894 1895 qu'en 1893-1894.

C'est ainsi que l'on reprit :

Boccace (3 . }l<uiamr Fncart (1).

Ln Fille de M"' Anuot (9). La Mascotte (9).

La Fille du Tambour Major (7). Miss Helyett (Id).

Gillette de Narbonne (1). Les Mousquetaires au ('oiice)it (12.)

Le Grand Mofjol (1). [(2). Le Voyage de Suzette (1).

Joséphine vendue par ses sfrurs

On voit qu'aucun opéra ou opéra-comique n'avait obtenu le chiffre de Miss Helyett ou des Mousquetaires au Couvent.

On donna, pour la première fois à Rouen, trois opérettes :

Ali-Baba, musique de Ch. Lecocq. Celte œuvre, qui ne constituait qu'un défilé de tableaux, dut son succès à deux ballets bien réglés et fut jouée cinq fois.

L'Amour mouillé, musique de Louis Varney. L'interprétation, pleine d'homogénéité dans le pire, comme le disait le Patriote

de Norma7idie, causa un échec et la pièce n'eut que deux représentations.

Cousin et Cousine, musique de Gaston Serpette. L'unique représentation fut si mauvaise que le public se fâcha et jeta sur la scène des projectiles variés : pelures d'orange, sous, boulettes de papier!

Représentation au profit des Hospices. — En raison de difficultés survenues entre la Commission des Hospices et M. d'Albert, une seule représentation eut lieu le 14 décembre et produisit 1.026 fr. 40. Le spectacle comprenait Le Chalet et Le Barbier de Sévilte.

Dernier mois d'Exploitation. — Ce dernier mois fut consacré au drame interprété dans des conditions déplorables. Occupèrent successivement l'affiche :

Lf.s Pirater de la Savane. Le Cheralier de Maison Rouge.

Rofier la Honte. Le Juif Errant.

Devant l'Ennemi. Sabre au elair.

Le Bossu. Giijolette.

Patrie.

Toutefois, le mois d'avril se signala par deux représentations intéressantes, du moins en partie :

Bataille de Dames et Le Baiser furent en effet interprétés le '2o avril par Mil® Reichemberg, mais la « petite Doyenne de la Comédie-Française » était si mal entourée que le succès en fut compromis.

Par contre, VEngrenage, de Brieux, avec la tournée Baret, fut accueilli chaleureusement le 29 avril.

Incidents de la saison lyrique. — Le premier de ces incidents est à peu près unique dans les annales du Théâtre-des- Arts, du moins à notre connaissance : Le 10 décembre, les spectateurs qui venaient entendre Les Huguenots furent très surpris en voyant une bande annonçant que pour cas de force majeure on jouerait La Favorite et, avant le lever du rideau, demandèrent des explications au régisseur qui lînil par déclarer que M. Lequicn avait quitté furtivement la ville en compagnie de Mlle Mosca, contralto. Il n'y avait pas à insister, le Directeur s'en trouvant le premier fort marri.

Celui-ci, d'ailleurs, tenta de se venger en faisant venir à Rouen M. Sylvestre, directeur de l'ancienne agence Ambroselli, sous prétexte de renseignements à obtenir pour reconstituer sa troupe et en lui reprochant à brûle-pourpoint, devant tous ses artistes, d'avoir favorisé la fuite de M. Lequien, engagé depuis à Lyon.

M. Sylvestre se débattit comme un diable et attaqua même devant le Tribunal de Commerce M. d'Albert pour diffamation, mais fut débouté de sa demande.

Par contre, M. Lequien fut condamné par le même tribunal à payer 8.400 fr. de dommages-intérêts à M. d'Albert.

Le chef d'orchestre, M. Dobbelaere, qui avait fait preuve d'une insuffisance notoire au cours de la saison précédente, fut également la cause d'un incident digne d'être rappelé. Accueilli par des sifflets et des clameurs lors des premières représentations, M. Dobbelaere dut résilier son engagement devant l'insistance du public, qui ne paraissait pas vouloir céder, mais M. d'Albert se livra à une manifestation qui fut sévèrement jugée et qui fut même qualifiée au Conseil municipal de maladresse venant s'ajouter à beaucoup d'autres : à la suite de la distribution de Robert le Diable, l'affiche du 10 octobre reproduisit huit lettres émanant de cinq compositeurs, un librettiste et deux éditeurs dont les o'uvres avaient été représentées en 1893-1894 et qui ne tarissaient pas en éloges sur M. Dobbelaere. Cette tentative de plébiscite eut le succès qu'elle méritait.

La période des débuts fut marquée par des tumultes d'une violence extrême. Un des plus saillants se produisit à l'égard de M. Fonteix, fort ténor : celui-ci effectuait son troisième début dans Robert le Diable et malgré une opposition si forte qu'elle couvrait les applaudissements de la claque, le régisseur, sur l'ordre du commissaire de police, apporta la pancarte admis. La toile baissée, le public se retira, mais dans la rue les manifestations continuèrent longtemps, et il était facile de voir que le public ne s'avouait pas vaincu en se rappelant le cas analogue du ténor Montbert. Le lendemain donc, M. Fonteix deyant chanter dans La Favorite, en fut empêché par des cris, des silïlets et un vacarme d'une intensité inou'i'e. L'artiste refusant de résilier et étant, d'ailleurs, dans son droit absolu, la situation

paraissait sans issue, mais le dernier mot devait restera l'autorité. M. le Maire prit en eflet, séance tenante, un arrêté disant en substance que le troisième début de M. Fonteix ayant été faussé par l'introduction dans la salle de personnes n'ayant pas payé leur place et qu'il en résultait un scandale que la Municipalité devait faire cesser, l'accès de la scène du Théàtre-des- Arts était interdit au fort ténor.

Ces faits eurent leur écbo au Conseil municipal qui, après discussion, approuva les mesures prises, engagea l'Administra tion à persévérer, afin de conserver au Théàtre-des-Arts sa valeur et sa dignité, et à rappeler le Directeur au respect de son contrat.

M. Malzac, basse noble, fut également l'objet de manifestations hostiles lors de son troisième début dans La Juive, et le public lui lit payer cher, pendant longtemps, son admission obtenue grâce à une claque bien organisée, mais il fut plus heureux que son camarade et resta jusqu'à la fin de la saison. M. Olive Roger, basse chantante, engagé en remplacement de M. Lequien, fut admis dans des conditions semblables, mais jamais on ne le lui pardonna, et le jour de la clôture, dans Mignon, des sous lui furent lancés pour l'humilier une dernière fois.

La claque fit donc parler d'elle, et le Conseil municipal aurait bien voulu la supprimer, mais l'Administration n'avait pas le moyen de contrôler le nombre de billets achetés pour être distribués gratuitement. Elle pouvait seulement faire faire par la police le dénombrement des personnes présentes dans la salle, à chaque catégorie de places, et établir ainsi une comparaison utile avec le bordereau que le Directeur était obligé d'envoyer à la Mairie, relatant le nombre des spectateurs également à chaque catégorie, et le montant de la recette. On était ainsi arrivé à savoir qu'il y avait dans la salle 322 entrées de faveur le jour du troisième début de M. Fonteix.

Quoi qu'il en soit la claque ne fut pas vaincue et l'on vit tous les soirs des personnages, de linge assez douteux, invectiver de paisibles spectateurs, qui n'applaudissaient pas assez à leur avis.

Un scandale (ut même le résultat des exigences du chef de

claque : M. Lequien (avant sa fugue) chantant un soir dans L'Africaine, fut salué d'un coup de sifflet à sa sortie de scène, et laissa écliapi)er celte exclamation « idiot », qui fut entendue des premiers rangs des fauteuils. Une polémique en étant résultée dans la presse, M. Lequien s'excusa publiquement de son mouvement de vivacité qu'il n'avait pu réprimer : le chef de claque, en sitllant, s'était vengé de la résistance de l'artiste, qui ne consentait pas à payer assez cher des applaudissements de commande !

Mentionnons, comme dernier incident, la panique qui se produisit, à une représentation de Paillasse, à la suite de la rupture d'un tuyau du ventilateur. Un bruit analogue à un crépitement de flammes affola une partie de la salle et il fallut tout le sang-froid des artistes en scène et de l'olTicier de service pour éviter une bousculade qui eut pu avoir de funestes conséquences.

Keprésentations de comédies en cours de saison. —

Elles furent au nombre de quatre : le 7 décembre, La Heine Juana ou Jeanne la Folle, de M. de Parodi, avec M™e Dudlay, de la Comédie-Française ; le 28 janvier, l'ahotins, de Pailleron, avec Mme Favart et Coquelin, de la Comédie-Française ; enfin, les 20 et 28 mars, Le Fils de Giboyer, avec de Féraudy.

Représentations (jui précédèrent ou suivirent la saison.

— D'abord deux représentations d'œuvres de deux de nos concitoyens : Pierrot financier, comédie en un acte et en vers, d'Hugues Delorme, et L'Emjrenaç/e, d'Eugène Brieux.

La troupe de M. Frédéric Achard vint donner I. Héroïque le Canliniois, comédie en 3 actes, de A. Bisson.

Devant une salle comble, Baron, des Variétés, interpréta comme il savait le faire, Le Fiacre 117, et le vieux vaudeville, Lrs Sallimhanques.

Pour faire suite à la saison lyrique une troupe composée par M. Silvain, de la Comédie-Française, représenta les 1*^'' et 4 mai 1894, devant une salle malheureusement peu garnie, La Femme ih Taharin et firisétiiiis, et le 6 mai, une autre troupe dirigée par M. Garnier, donna Pour la Couronne, le beau drame de François Coppée.

Recettes. — Les recettes du répertoire lyrique furent de 160.849 f. »

Celles du septième mois, des représentations extra-lyriques ou antérieures ou postérieures à l'ouverture de la saison furent de . 29.839 65

Total. . . 190. 688 f. 65

La plus forte recette fut faite un dimanche avec CaiTUen et Miss Helyett (3,032 fr. 25), la plus faible avec Olello (262 fr. 80).

Faits divers. — Par arrêté en date du 21 avril 1894, le Maire de Rouen nomma aux fonctions de peintre-décorateur, M. Rambert, qui sortait de Talelier Carpezat, et sut d'ailleurs par la suite se faire vivement apprécier du public dans ses diverses productions, prii:cipalement lors des créations d'œuvres nouvelles.

En vertu d'une clause du cahier des charges, le bureau de location se trouva de nouveau transféré sous le péristyle ouvrant sur la rue Grand-Pont.

Enfin, comme couronnement de cette saison, signalons la nomination de M. d'Albert, au grade d'OfTicier de l'Instruction publique. Cette distinction lui avait été promise par le Commissaire du Gouvernement auprès des Théâtres subventionnés, M. Bernheim, lors de la première de Calcndal. Cette pièce avait cependant quitté depuis longtemps l'afTiche quand parut le décret.

DIRECTION D'ALBERT Année théâtrale 1895-1896.

Celte année qui devait être la dernière campagne de M. d'Albert restait régie par le cahier des charges dont nous avons donné les parties essentielles.

Saison lyrique. — La saison lyrique commença le 2 octobre par La Juive pour les débuts de la troupe de grand opéra. Cette période de débuts se termina le 20 novembre avec Hamlet et ne fut pas trop mouvementée. La troupe se trouva définitivement constituée de la manière suivante :

MM. Amalou, chef d'orchestre;

Steixer, deuxième chef d'orchestre ;

Speck, régisseur général ;

DuTREY, fort ténor ;

AuDisio, ténor léger;

BiANCONi, deuxième ténor ;

Labis, baryton de grand opéra ;

Vautier, baryton d'opéra-comique;

BoussA, basse noble ;

Darnaud, basse chantante;

DE DoNCKER, deuxième basse ;

Monval, trial ;

NoEL, laruette; Mmes MicHELiNi, fortc chanteuse falcon ;

DE LÉGA, "Chanteuse légère de grand opéra ;

Rhaijane, chanteuse légère d'opéra-comique;

Leavington, contralto;

de Craponne, première dugazon ;

Stemma, deuxième dugazon;

Dupuis, duègne;

PiNTUCCi, maîtresse de ballet;

DE CoNSOLi, première danseuse noble;

Cerny, première danseuse demi-caractère;

Christine Kerfs, première danseuse travesti.

On retrouvait ainsi M. Dutrey et M. Labis qu'on avait déjà appréciés auparavant. M™» Rhaijane, la chanteuse légère de la saison 1892-1893, M. Boussa et MH^ Michelini qui élaier.t venus en repr^sentalion l'année précédente, M^^^ Leavington qu'on avait déjà possédée en 1883-1884, en 1887-1888, en 1893-1894 et qui semblait avoir une mission spéciale à remplir au Théâtredes-Arls, chaque fois qu'au commencement de la saison le public mettait à mal la contralto présentée par le Directeur. M°i''s de Léga et Dupuis conservaient leur emploi. Enfin, Mme Pintucci restait à la tète du corps de ballet, M^i^ Cerny montait en grade et Ape Christine Kerfs, qui s'était déjà fait remarquer comme danseuse du premier quadrille, devenait danseuse travesti.

Répertoire lyrique. — Les trente œuvres suivantes furent reprises au cours de la saison :

L'Africaine (4).

Aida (3).

Le Barbier de Séville (2).

Carmen (7).

Le Chalet (1).

La Dame Blanche (1).

Le Docteur Crispin (1).

Les Dragons de VUlars (1).

Faust (14).

La Favorite (1).

La Fille du Bégimetit (2).

Guillaume Tell (1).

Ha miel (3).

Les Huijuenots (5).

La Juive (o).

Lohengrin (3j.

Le Maître de Chapelle (3).

Maître Pathelin (1).

Manon (3).

Mignon (10).

Mireille (4).

Les Noces de Jeannette (11).

Le Prophète (5).

Rigoletto (1).

Robert le Diable (1).

Le Roi d'Ys (2).

Roméo et Juliette (2).

Samson et Dalila (9).

Si j'étais Roi (2).

La Traviata (1).

Artistes en représentation. — Plusieurs représentations fort intéressantes furent données avec des artistes de tout premier ordre:

M^i" Jenny Passama, de l'Opéra, chanta huit fois le rôle de Dalila où elle fut merveilleuse, deux fois le rôle de Fidès, du Prophète où elle excella, puis voulut aborder le rôle de Carmen qui tente toutes les artistes, mais s'y montra simplement ordinaire;

M™" Héglon, de l'Opéra, personnifia également Dalila, et remporta un succès aussi grand et aussi mérité que sa camarade;

M°i6 Litvinne, de l'Opéra, se fit vivement applaudir dans Les Huguenots, La Juive, Faust et Lohengrin ;

M. Escalaïs, de l'Opéra, chanta le rôle d'Arnold, de (Tuillaume Tell, le 4 mars, mais l'artiste n'y parut pas en possession de tous ses pioyens ;

M. Degenne, déjà connu du public rouennais, remplaça M. Audisio, indisposé, dans Le Barbier, Mignonel Roméo et Juliette;

M. Geste, l'ancien baryton de 1892-1893, remplaça également M, Labis, dans UAfrieaine;

Enfin, M. Chastan, un fort ténor de passage, chanta sans aucune méthode Robert le Diable, où M. Boussa remporta un grand succès.

Nouveautés. — Les œuvres nouvelles montées au cours de cette saison furent pour la plupart intéressantes, à des titres divers, mais aucune ne fit époque dans l'histoire du Théàtredes-Arts.

Marie Stuart, drame lyrique inédit en 4 actes et 3 tableaux, poème de Julien Goujon, musique de Robert Lavello. La première représentation eut lieu le 27 novembre 1895, avec MM. Dutrey, Labis, Boussa, Darnaud, de Doncker, M™es Michelini, de Lega, Leavington. L'insuccès fut complet et en dépit des coupures pratiquées après la première, la seconde et dernière représentation eut lieu devant deux cents personnes à peine.

La Vivandière, opéra-comique en 3 actes, paroles d'Henri Gain, musique de Benjamin Godard. La première représentation fut donnée le 4 décembre 189o, avec M^i® Demédy (Marion), engagée spécialement, M}^^ Rhaijane (Jeanne), MM. Audisio (George), Vautier (le Gapitaine), Darnaud (la Balafïre), Bianconi. Cette œuvre facile, portant bien sur le public, fut jouée dix fois.

La Mégère apprivoisée, comédie lyrique inédite en 3 actes et 4 tableaux, d'après Shakespeare, paroles d'Emile Deshays, musique de Frédéric Le Rey, fut représentée pour la première fois à Rouen, le 8 janvier 1896. Gette œuvre de deux de nos concitoyens occupa cinq fois l'affiche, et eut un certain succès. Mi« Maud Roudé, engagée spécialement, y tint le principal rôle; elle était entourée de MM. Labis, Audisio, Darnaud, Bianconi, Monval, M"'"* Rhaijane et de Graponne.

La IVavarraise, épisode lyrique en 2 actes, paroles de Jules Clarelie et Henri Gain, musique de Jules Massenet. Première représentation le 22 janvier 1896, avec MJi« Rliaijane (Anita), MM. Audisio (Araquil), Darnaud (Garrido), etc., . Gette œuvre qui est souvent reprise, fut donnée douze fois.

Le Vameau Fantôme, opéra en 3 actes de Richard Wagner, la seconde œuvre du grand compositeur et qui permit d'apprécier la distance qu'il avait ensuite parcourue. L'interprétation fut confiée à MM. Labis (le Hollandais), Dutrey (Erik), Boussa (Daland), Bianconi (le Pilote), M^^^^ Rbaijane (Senta) et Leavington (Marie), qui ne triomphèrent pas tous des difficultés d'exécution. La première représentation qui fut donnée le 12 février 1896, fut suivie seulement de deux autres.

Patrie, grand opéra en 5 actes, de Victorien Sardou et Louis Gallet, musique de Paladilhe, qui assistait à la première représentation (26 février 1896), mais avait quitté le théâtre avant la fin du spectacle et ne put venir sur la scène où le public le demandait. Quoique l'interprétation eût été très bonne avec MM. Dutrey (Karloo), Labis (Rysoor). Boussa (duc d'Albe), Bianconi (la Trémoïlle), Vautier (Jonas), M°ies Michelini (Dolorès) et de Léga (Raphaële), cette œuvre ne fut jouée que trois fois.

Paul et Virginie, opéra en 3 actes et 7 tableaux, paroles de Michel Garré et Jules Barbier, musique de Victor Massé. Gette Qîuvre n'était pas à proprement parler une nouveauté, ayant déjà été jouée en 1879 au Théâtre Lafayette. La première sur la scène du Théâtre-des-Arts, eut lieu le 9 mars 1896, avec M. Audisio et M"« Rhaijane, dans les deux principaux rôles. L'interprétation assez terne et la mise en scène peu soignée, compromirent le succès de la pièce, qui n'eut que deux représentations avec de mauvaises receltes.

Cavalleria Rusticana, drame lyrique en un acte, paroles de Targioni, Tozzetti et Menasci, version française de Milliet, musique de Mascagni. Lors de la première qui eut lieu le 16 mai 1896 avec M^^'S Rhaijane (Santuzza) et de Craponne (Lola), MM. Labis (AMio) et Audisio (TurridoJ, le public se montra assez réservé et l'œuvre n'eut (|ue deux représentations. Elle est cependant restée au répertoire et est toujours diversement appréciée.

Hébecca, scène lyrique ioédite en un acte, paroles de Emile Deshays, musique de Raoul Lesens. Cette œuvre, de deux rouennais d'origine, fut représentée les 16 et 19 mars 1896 et favorablement accueillie.

Représentation en l'honneur d'Ambroise Thomas. —

Comme il l'avait fait pour Gounod en 1893-94, M. d'Albert, avec juste raison d'ailleurs, organisa le 28 février 1896, en l'honneur d'Ambroise Tliomas, décédé quelques jours auparavant, une représentation composée de fragments des œuvres du grand compositeur en y conii)renant celles de ses débuts dans la carrière.

Le spectacle se composait de l'ouverture et du l^i acte du Caïd, du ballet de Françoise de Uimini, de l'ouverture de Haymond, du chœur des Nymphes de Pmjche, d'un à-propos en vers de Paul Delesques, dit par le régisseur, M. Speck, puis les artistes de la troupe déposèrent sur le buste d'Ambi-oise Thomas des palmes et des couronnes (il n'y avait plus de danseuses aériennes). Enfin, les 2« et S® tableaux de Mupion et le 4^ acte (ÏUamtet terminèrent la représentation.

Il faut bien dire, pour être exact, qu'à part l'orchestre, le ballet et les chœurs, l'exécution de cette manifestation laissa fort à désirer. Le l^r acte du Càid, notamment, paraissait plutôt une dérision qu'un hommage rendu à la mémoire de son auteur.

Répertoire d'opérette. — Dans ce genre, il n'y a guère à signaler qu'une représentation de La Fille de Madame Angot, interprétée par la troupe d'opéra-comique, qui n'y brilla pas.

Les œuvres suivantes furent données au cours de la saison. Elles avaient déjà été représentées soit dans l'ancien théâtre, soit dans le théâtre actuel, soit enfin au Théâtre-Français ou au Théàtre-Lafayette :

La Chanson de Fortunio (1). Joséphine vejidue par ses Sœurs (3).

M. Chou fleuri restera chez lui Le Mariaçje aux lanteryies (i).

Les Charbonniers (1). [le... (10). La Mascotte (3).

Les Cloches de Corneville (23). Miss Ilelnett (4).

La Dot de lirigitte (1). Les Mousquetaires au Couvent (3).

La Fauvette du Temple (8). Pomme d'Api (3).

La Femme à Papa (1). Rip-Rip (7).

La Fille de Madame AnffOt (2,). Le Violoneux (4).

Lu Filli- lin T(iiiil)oii)-Mfijor (3).

Retenons le chiffre de vingt-trois représentations des Cloches de C'>niei:ille. Ce fut le record de la saison lyrique.

Représentations an profit des Hospices. - L'entente ne put se faire entre l'Administration des Hospices et M. d'Albert, et aucune représentation ne fut organisée cette année-là. Ce n'est vraiment pas difficile pour un Directeur d'éluder ses obligations !

Dernier mois d'exploitation. — Ce mois fut consacré à Hlichcl Strorjoff, monté d'ailleurs dans des conditions fort convenables et avec une mise en scène soignée, qui eut vingt-cinq représentations. Celte féerie céda la place à L'Ennemi du Peuple, le drame d'Ibsen, qui ne fut joué qu'une fois devant un public assez clairsemé.

Incidents de la saison lyriqne. — La période des débuts ne fut marquée que par une représentation assez mouvementée d'Hamlet qui servait de troisième début à M^ie Salembier. Cette artiste, accueillie très froidement dans Le Barhier et dans Mignon, terminait l'air de la Folie et s'étendait au milieu des fleurs, quand les sifflets éclatèrent, ayant évidemment la majorité, et ne cessèrent plus. M^'e Salembier, au lieu de se relever pour aller se noyer, s'étendit, complètement évanouie, et des choristes durent venir la relever. Des spectateurs apitoyés, mus par un sentiment charitable, ayant alors applaudi, le Commis>aire de service en profila pour prononcer l'admission, en opposition manifeste avec le jugement du public.

Pour éviter le relour du tumulte occasionné par la réception du ténor Fonteix, dans des conditions semblables, l'artiste prit d'ailleurs le sage parti de résilier le lendemain.

Le corps de ballet fut fort long à constituer cette année-là. Pour une cause ou pour une autre, diverses danseuses avaient déjà dû résilier, quand six autres, emportant les avances que la direction leur avait faites, prirent le chemin de la gare d'un pied léger qu'on ne leur avait jamais soupçonné. Les vides furent comblés seulement à la (in d'octobre.

Une représentation de L' Afncinni\ le 16 octobre, fut troublée par un artiste lyrique, originaire de Marseille, occupant une

des avant-scènes du troisième étage, et qui jeta des sous et une tomate aux pieds de M^^ Micheliui au moment où elle attaquait la Berceuse du second acte. On dut baisser le rideau en présence de l'émotion intense éprouvée par Sélika, et le perturbateur fut emmené au poste.

Le Commissaire de police de service à une représentation du Prophète, menaça de faire subir le même sort à un abonné qui réclamait contre la coupure d'un air que doit chanter, au !«>• acte, la chanteuse chargée du rôle de Bertha. Il lui infligea une simple contravention pour avoir troublé le spectacle.

Cetîe méconnaissance des droits du public amena le critique du Petit Ronennais à soumettre à M. le Maire un projet de règlement sur la police du Théâtre qui mérite d'être rappelé et était ainsi conçu :

Article 1". — Le Commissaire de service aura >i<'iil qualité pour prendre la parole dans les salles de spectacle. Toute personne qui voudra interpeller sur une coupure faite au cours d'une représentation devra l'en prévenir /jo/.s jo//>s à l'avance par lettre recommandée. La réclamation sera rédigée sur une feuille de timbre de 00 centimes. Le Commissaire la transmettra au Directeur, s'il le juge convenable.

Art. 2. — Le Commissaire de service, les jours de troisièmes débuts, se prononcera seul sur l'admission ou le refus des artistes. Toute manifestation sera immédiatement réprimée par la force armée.

Art. 3. — Le Commissaire de service sera seul juge de la qualité des représentations et pourra donner xeiil le signal des applaudissements.

Art. 4. — Quand le ton dans lequel un morceau est écrit déplaira au Commissaire de service, il aura toujours le droit de faire changer l'armure de la clé. Pour cela il s'adressera au chef d'orchestre et non au costumier, l'armure en question n'étant pas de celles qui figurent dans le cortège de la Juive.

Art. o. — Comme sanction aux dispositions du présent règlement, le Commissaire de service sera autorisé à appliiiuer la peine de mort en cas d'infraction. 11 prononcera sans appel. Toutefois, les personnes ahisi condamnées à la peine capitale assisteront, avant leur exécution, à une audition de Marie Stuavl. de façon à leur faire trouver la mort plus douce.

Art. (). — Ainsi que la loi l'f'dicte pour les procès anarchistes, le compte rendu des représentations théâtrales sera désormais interdit.

Un dernier incident peu banal reste à mentionner : Le 2(> mars 1896 devait avoir lieu avec le concours de M'"" Lilviuue

une représentation de Lohengrin au bénéfice de M. Dutrey, quand, un peu avant six heures du soir, un employé de la Compagnie des Eaux voulant ouvrir la vanne qui commande la canalisation du cours Boieldieu se trompa et ouvrit la vanne du Théâtre-des-Arts située tout à côté. En un clin d'œil la scène fut inondée, et quoique le pompier gardien eut immédiatement donné l'éveil et fait fermer la vanne, l'eau dégringolait par les escaliers jusqu'à la rue des Charrettes. On juge de i'état de la scène. Bref, la représentation dut être remise au lendemain.

Ce malencontreux hasard eut au moins pour résultat de rassurer les habitués du Théâtre sur le bon fonctionnement du rideau d'eau débitant 10,000 litres d'eau à la minute.

La Compagnie des Eaux se reconnaissant responsable versa à M. d'Albert une somme de 15,000 francs jugée nécessaire pour la restauration et la réfection des décors détériorés.

Représentations qui précédèrent ou suivirent la saison lyrique.— Le 21 mai 1895, Coquelin aîné et son fils Jean, Mme Favart, etc., vinrent interpréter Mademoiselle de la Seiglière.

La tournée Achard donna, le 25 du même mois. Monsieur le Directeur, la nouvelle comédie d'A. Bisson.

Madame Sans-Gêne, de Sardou, obtint un grand succès de mise en scène et d'interprétation les 28, 29 et 30 mai.

Le spectacle du 14 Juillet comprenait Ruy Blas, avec Albert Lambert père, Albert Lambert fils, Gaudy, l'artiste si connu des rouennais, Franck Morel, dont le père avait tenu fort longtemps un établissement de bains froids, etc.

Deux seules représentations eurent lieu avant la vacance de la direction : l'une se composait de Mademoiselle de la Seiglière avec Coquelin cadet et M^e Favart, et était offerte aux officiers, sous-olficiers et pompiers des compagnies ayant pris part au Concours de pompes organisé par la Municipalité à l'occasion de l'Exposition. Elle eut lieu le 24 mai 1896. La seconde représentation fut donnée le 25 juin 1896, à bureaux fermés parce qu'on jouait Mademoiselle Fifi et que l'on craignait des manifestations à la vue des uniformes prussiens. Il n'y eut rien, et cependant il suffisait de demander une carte à l'Administration

daus l'après-midi pour avoir le droit d'entrer le soir. La fooorme ! ! !

Représentations dramatiques en cours de saison. — Le

26 octobre 1895 eut lieu une représentation de l'ècheuv d'Islanile, avec musique de scène de Guy Roparlz. A l'exception de Mme Marie Laurent, l'interprétation fut plulôt faible.

Un drame sacré, Hédemption, de Ch. Vincent, musique de Esteban Marti, fut représenté le 28 mars 1896 avec une mise en scène trop négligée. L'interprétation dramatique fut convenable, mais le compositeur qui conduisait un orchestre improvisé s'enfuit épouvanté dès les premières mesures.

Recettes. — Les représentations lyriques produisirent 200.060 f.oU

A quoi il faut ajouter les représentations extra-lyriques et ayant précédé ou suivi la saison 36.027 90

Total 236. 088 f. 40

Cent cinquante-trois représentations furent données en cours de saison et dans ce chiffre entrèrent qiiatre-vingt-une opérettes.

Faits divers. — En 1895, l'éclairage électrique fut substitué au gaz. L'installation, composée de 1,610 lampes, comportait l'éclairage principal et l'éclairage de sûreté pour tous les dégagements, mais le second alimenté par une source distincte de façon à éviter la dangereuse obscurité, engendrant la panique en cas de sinistre, dans les couloirs et les escaliers.

Le chaulïage fut également renforcé et amélioré.

DIRECTION CASTEX Année théâtrale 1896-1897.

Malgré les nombreuses démarches faites par l'Admiulslration municipale auprès des agences, qui paraissaient vouloir mettre le Théàtre-des-Arts en interdit, il y avait pénurie de candidats, tout au moins sérieux et dignes d'être pris en considération, car la Mairie avait reçu une lettre d'un monsieur qui s'intitulait artifitc ambidextre jorigleur athlète et se proposait de poser sa candidature.

Enfin, dans sa séance du 22 juin 1896, M. Castex, ancien directeur du théâtre de Nantes, fut nommé Directeur pour une année (l^r juillet 1896-30 juin 1897), après avoir demandé et obtenu que la durée de l'exploitation serait de six mois au lieu de sept, sans réduction de la subvention, ce qui n'alla pas sans soulever de vives discussions.

Quelques légères modifications avaient été apportées au cahier des charges, notamment pour obliger le Directeur à prendre au cachet les instrumentistes supplémentaires qui seraient nécessaires pour la représentation des opéras comportant l'emploi de musiciens sur la scène ou dans les coulisses.

En vue d'éviter le retour des incidents survenus lors du troisième début du ténor Fonteix, il fut décidé que trois membres de la Commission consultative seraient, à tour de rôle, adjoints au Commissaire de police pour apprécier avec lui le sentiment exprimé par le public lorsque le Régisseur venait le consulter sur le sort de chaque artiste ayant effectué ses trois débuts.

Saison lyrique. — La saison lyrique ayant commencé le dimanche 18 octobre, par une représentation de Boccace, la période des débuts s'ouvrit le lendemain par La Juive; elle fut close le vendredi 11 décembre par Le Barbier de Sévilîe.

Il y eut quelques manifestations tumultueuses à l'occasion des débuts, notamment contre le ténor Ayrot qui fut refusé après une représentation des Uw/uenolii, et contre le

ténor léger Garoule et la basse chantante Laîon, qui durent résilier à la suite d'une mauvaise interprétation du Barbier.

On peut signaler également le mauvais accueil fait à la basse chantante Gobelet, engagé en remplacement de Lafou. Cet artiste, qui paraissait pour la première fois dans le njle de Saint-Bris, ne tarda pas à indisposer le public par sa façon de traîner le chant et par son jeu mélodramatique, et sa résiliation immédiate fut exigée, mais non obtenue. Le lendemain, au contraire, M. Cobalet fut applaudi dans Mignon et définitivement admis quelques jours après dans Le Barbier. Il faut dire que les spectateurs avaient vu dissiper par les journaux un fâcheux malentendu. M. Cobalet, ancien pensionnaire de rOpéra-Comique, où il créa notamment le rôle de Nilakantha, de Lakmé, fut, lors de l'incendie de ce théâtre, victime d'un accident qui lui valait une claudication assez prononcée. Une partie du public, ignorant cette circonstance, avait attribué à une toute autre cause l'embarras que l'artiste éprouvait à se tenir en scène !

Malgré tout, il n'y eut pas d'incidents trop violents pendant cette période de débuts et la troupe se trouva définitivement constituée de la manière suivante :

MM. Lecoq, chef d'orchestre ;

Barras, deuxième chef d'orchestre ;

Descamps, régisseur général ;

Casset, fort ténor;

Degenne, ténor léger ;

BiANCONi, deuxième ténor ;

Decléry, baryton d'opéra ;

ViALAR, baryton d'opéra-comique;

Vallier, basse noble ;

Cobalet, basse chantante ;

Rius, deuxième basse ;

Ometz, trial ;

Berthier, laruette ; ^^{EttAs BossY, forte chanteuse falcon ;

Privat-Huguet, contralto ;

Frandaz, chanteuse légère de grand opéra ;

Mauger, chanteuse légère d'opéra-comique ;

]\|mes Marie Star, première dugazon ;

Martlie Bach, deuxième dugazon;

Tony, duègne; M. Van Hamme, maître de ballet; ]\|iies Ferrero, première danseuse noble ;

Zaccone, première danseuse demi-caractère ;

SiviTz, première danseuse travesti ;

Jeanne Vandenesse, deuxième danseuse.

Nous relevons dans ce tableau les noms d'anciennes connaissances : M™« Bossy, forte cbanteuse, avait tenu brillamment en 1889-1890, l'emploi de contralto, et avait créé Samson et Dalila avec grand succès; M^^^ Privat-Huguet reprenait possession de l'emploi qu'elle avait déjà occupé en 1884-1885 et 1888-1889; M. Degenne s'était déjà fait applaudir en 1894-1895; M. Bianconi était le seul survivant de la campagne précédente, et M. Van Hamme avait déjà dirigé le ballet en 1893-94. Enfin, M. Ometz avait déjà figuré dans le tableau de troupe de 1884- 1885. Depuis cette date il avait contracté des engagements ailleurs, mais n'a plus quitté, dès lors, la scène du Théâtre-des- Arts.

Répertoire lyrique. — Pendant la saison, les œuvres reprises furent au nombre de vingt-neuf.

L'Africaine (3). Lohenurin (3).

Le Barbier de Séville (4). Le Maître de Chapelle (7).

Carmen (5). Manon. (6).

Le Chalet (3). Mignon (7).

La Dame Blanche (1). Mireille (2).

Les Dragons île yilla)s (4). Les Noces de Jeannette (4).

Faust (6). Paillasse (3).

La Favorite (2). Le Roi d'Ys (1).

La Fille du lirai ment (4). Roméo et Juliette (3).

lUdathi'e {3j. Samson et Dalila (4).

Hamlet (6). Siyurd (7).

Hermann et Dorothée (1). Si j'étais Roi (3).

Hérodiade (5). La Traviata (3).

Les Hanuenots (3). Le Trouvère (2).

La Juive (4).

Artistes en représentation. — Quelques pensionnaires de l'Opéra et de l'Opéra-Gomique vinrent interpréter des œuvres du répertoire.

M^ie Nina Pack, de l'Opéra-Coniique, produisit une mauvaise impression dans Carmen et dut demander l'indulgence.

Mlle Merguillier obtint, au contraire, un grand succès dans trois représentations de Manon.

M. Gautier, de l'Opéra, fut assez applaudi dans Sùjunl, mais n'éclipsa pas M. Gasset, le titulaire habituel du rôle.

Dans Samson et Dalila, trois artistes se produisirent successivement : Mii« d'Ajac, de l'Opéra-Comique, malgré des moyens vocaux assez restreints, fit preuve d'intelligence et de style; M"" Jenny Passama y fut très brillante. Quant à M. Vergnet, de l'Opéra, il y fut correct, sans plus.

Nouveautés. — Trois œuvres nouvelles furent montées pendant la saison. Elles réussirent plus ou moins, mais il faut reconnaître que la Direction avait su choisir des compositeurs dont le passé pouvait paraître suffisant pour garantir le présent. En tous cas, une de ces œuvres nouvelles, tout au moins, était de premier ordre.

La Reine de Saba, opéra en 4 actes et 6 tableaux, de Jules Barbier et Michel Carré, musique de Gounod. La première représentation eut lieu le 23 décembre 1896, et les principaux rôles furent confiés à MM. Casset (Adoniram), Vallier (Soliman); Mnies Bossy (Balkis), et Marie Star Bénoni). La pièce ne fut jouée que quatre fois.

Le Tannhauser, opéra en 3 actes et 4 tableaux, poème et musique de Richard Wagner (traduction française de Charles Nuitter). Première représentation le 22 janvier 1897 avec la distribution suivante : MM. Casset (Tannhauser), Decléry (Wolfram), Vallier (le Landgrave), Bianconi (Walter) ; M°ïe^ Bossy (Elisabeth), Privat-Huguei (Vénus), Marie Star. Cette belle œuvre remporta un grand succès et fut jouée onze fois. On reprocha seulement à la Direction d'avoir coupé 591 mesures dans la partition, ce qui peut constituer un record.

Phryné, opéra-comique en 2 actes, de M. Auge de Lassus, musique de Camille Saint-Saëns. La première représentation eut lieu le 10 février 1897. Le principal rôle fut créé par Mlle Frandaz, qui y remporta un double succès de chanteuse et de jolie femme. Un critique local regrettait même que,

contrairement à l'histoire, Pliryné ne dût montrer pour sa justification que la statue sculplée par Praxitèle ! Cet opéracomique, d'une musique si gracieuse, fut joué huit fois au cours de la saison.

Répertoire d'opérette. — Pendaul le cours de la saison les opérettes suivantes furent représentées :

Boccace (4). Le Jour et la yuit (i).

Les Cloches de Cornevilk (4). Madame Favart (o).

La Fille du Tambour-Major (3). Mamzelle Nitouche (9).

Gillette de Narbonne. (1) La Mascotte (6).

Le Grand Mogol (3). Les Mousquetaires au Courent {{)).

JoséphinerendueparsesSn'ursC^.}. Le Petit Duc (4).

Le 5 décembre 1896 eut lieu la première représentation, à Rouen, du Baron Tzigane, opérette en 3 actes et 6 tableaux, paroles françaises de Armand Lafrique, musique de Johann Strauss. Bien que cette pièce fut fort bien montée, elle n'eut pas de succès, à cause peut-être du livret incompréhensible, et ne fut jouée que cinq fois avec de faibles recettes.

Représentations au profit des Hospices. — Les deux soirées organisées au profit des Hospices eurent lieu, la première, le mardi 15 décembre pour la quatrième représentation de Sirjurd (recette 1,676 fr. 60), la deuxième, le 11 mars, pour la septième représentation de Phripié (recette 756 fr. 35).

Dernier mois d'exploitation. — Par dérogation à l'article 35 du cahier des charges qui stipulait que pendant le sixième mois le genre d'exploitation laissé au choix du Directeur devrait avoir un caractère lyrique, M. Castex, avec l'assentiment de la Commission d'ailleurs, monta Cendiillon, féerie eu 5 actes et 30 tableaux, de Clairville, Monnier et Blum, (jui avait été représentée un grand nombre de fois au ïhéàtre- Lafayette, en 1880.

Cette pièce parut trente-six fois sur l'afTiche cette année-là.

Représentation dramatique en cours de saison. — Mentionnons la soirée organisée par M™' Jane May, avec le concours de M. Ancelin, ancien directeur du Théâtre-Français, le 2 mars 1897, et comportant La Petite Fadette, pièce en 2 actes,

de George Santl, et S? jamais fte pince ! vaudeville, de Marc Michel et Labiche.

Représentations (iiii précédèrent on snivirenl la saison lyriqne. — La représentation gratuite comprise au programme de la Fête Nationale de 1896 fut organisée par M. Riza-Danel, ancien régisseur du Théàlre-des-Arts. Au programme, Patrie ou les Martyrs de la Lihertr, drame en 5 actes et 7 tableaux, de Victorien Sardou.

Le vendredi 2 octobre, une tournée, dirigée par M. Deletraz, joua L'Empereur, pièce en 4 actes et 9 tableaux, de Charles Grand mougin, interprétée par M. Charpentier, de la Comédie- Française, dans le rôle de Napoléon.

Le vendredi 9 octobre, une tournée, dirigée par M. Baret, donna :

Mariage d'argent, comédie en 1 acte, d'Eug. Bourgeois;

Le Petit Lord, comédie en 3 actes, traduction de Jacques Leraaire ;

A la Chambrée, fantaisie militaire en 1 acte, de Matral et Fordyce.

L'interprétation était confiée notamment à M. Baret luimême et à Pierre Berton.

M. Caslex, pour finir le temps de sa concession, traita avec la tournée Moncharmont qui, les 5 et 7 mai 1897, représenta Amants, la pièce de Maurice Donnay, et avec M. Dorny, qui donna quatre représentations classiques composées comme suit :

Le 2U mai, Le Cid et Le Malade Imaginaire, avec Albert Lambert père, Mlles Verteuil et Laparcerie ;

Le 3 juin, Horace et Les Plaideurs, avec MM. Marquet, Charpentier, Mlle Verteuil, etc.

Le 10 juin, Mithridate et Tartuffe, avec Silvain, de la Comédie-Française ;

Enfin, le 16 juin, Androniaque et Le Médecin malgré lui, avec Albert Lambert tils.

Pendant le mois de juin, on représenta également neuf fois La Passion, drame sacré, de Edmond Haraucourl, avec la musique de Bach.

Conférence. — La Société Normande de Géographie avait invité l'explorateur Fridtjof Nansen à faire une conférence sur sa terrible et périlleuse expédition au pôle Nord. Cette conférence eut lieu le 30 mars 1897, à 5 heures de l'après-midi, devant une salle bondée. Au-dessous des frises une grande carte géographique montrait l'itinéraire de l'expédition. La Fanfare Rouennaise occupait la place de l'orchestre et exécuta Le Chant Normgien et La Marseillaise.

Recettes. — Le nombre total des représentations lyriques fut de 134, avec une recette de 155. 023 f. 45

Le sixième mois, et les représentations extralyriques produisirent 41.195 80

Total. . . . 196. 219 f. 25

Faits divers. — C'est pendant la saison 1896-1897 que la Municipalité concéda à la Société générale des Jumelles le droit de poser à toutes les places et à tous les étages des appareils automatiques de location de jumelles moyennant un droit de 0 fr. 50. La Ville avait 1 0/0 sur la recette, qui s'éleva, la première année, à 1,181 fr. 50. Par la suite, les recettes diminuèrent si bien que les appareils furent retirés en 1902.

Sur la proposition du Maire, et d'accord avec le Directeur, la Commission fut d'avis de supprimer le supplément perçu pour la location des places retenues à l'avance. L'essai en fut tenté, mais le public n'en profita point : le concierge du théâtre et les débitants du voisinage achetaient, en elïet, les billets à l'avance et les revendaient, bénéficiant ainsi du droit bénévolement abandonné par le Directeur et au détriment de celui-ci, dont le préjudice fut évalué à 10,000 francs par saison.

DIRECTION M ELC HISSÉ DEC Année théâtrale 1897-1898.

Il s'en fallut (le peu que les Rouennais fussent privés du répertoire lyrique pendant cette campagne de 1897-1898 : une proposition formulée par M. Léon Louvet au cours d'une réunion de la quatrième Commission du Conseil municipal et tendant à la suppression pure et simple de la subvention, avait été, en effet, adoptée par 6 voix contre 4; mais le Conseil, réuni en Commission générale, en décida le maintien par 19 voix contre 10, et ce vote fut ratifié à la séance du 19 février 1897, dans laquelle le cahier des charges subit quelques modifications.

La durée de la concession était portée à trois années et la période d'exploitation obligatoire devait durer sept mois, dont six aj'ant un caractère exclusivement lyrique ; le septième, d'un genre laissé au choix de la Commission consultative, après avis du Directeur, devait conserver un caractère lyrique comportant un orchestre et des chœurs, dont le nombre ne pouvait être réduit de i)lus de moitié.

Le Directeur était obligé de faire exécuter pour 3,000 francs de décors et costumes nouveaux.

Le tarif fixé pour le prix des places pouvait être réduit, mais n'était susceptible d'aucune augmentation, en vertu d'une clause formelle.

Enfin, le poste de conservateur du matériel théâtral était rétabli, et confié à M. Rambert, déjà peintre-décorateur.

Les autres modifications étaient d'ordre intérieur ou de peu d'importance.

Trois candidatures se produisirent ; la première ayant été retirée, la seconde écartée, M. André Melchissédec, fils de l'excellent baryton de l'Opéra, professeur au Conservatoire, fut nommé Directeur, grâce à l'appui de son père qui promettait de l'aider dans son entreprise.

Mais il fut admis que la concession accordée pour trois

années pourrait être résiliée à la lin de la seconde, à la volonté réciproque des contractants, et que le Directeur aurait le choix du genre d'exploitation pendant le septième mois, qui n aurait pas nécessairement un caractère lyrique. Enfin, le droit de jouer 1 opérette s'étendait à toutes les œuvres, soit inédites, soit jouées sur les principaux théâtres de Paris.

Saison lyrique. — La saison lyrique s'ouvrit le i^"^ octobre par une représentation de L'Africaine. La période des débuts commença le même jour et se termina le 2G novembre. Elle fut plutôt mouvementée et on en jugera facilement quand on saura que le fort ténor, le ténor léger, le baryton et la basse de grand opéra, la chanteuse falcon et la première dugazou durent être remplacés.

Finalement, la troupe se trouva constituée comme suit :

MM. Amalou, chef d'orchestre ;

BovY, deuxième chef d'orchestre ;

Florentin, régisseur général ;

CoRNUBERT, fort ténor ;

Ariel, ténor léger ;

Jahn, deuxième ténor ;

Labis, baryton de grand opéra ;

Vautier, baryton d'opéra-comique;

ViNCHE, basse noble;

Jacquin, basse chantante ;

Gheleyns, deuxième basse ;

Ometz, trial ;

MoxTCLAiR, laruette; jVImes Martini, forte chanteuse falcon;

Le.meignan, chanteuse légère de grand opéra ;

Potel-Aguado, chanteuse légère d'opéra-comique ;

Soïni, contralto ;

MoNTMAiN, première dugazon ;

Mancini, deuxième dugazon ;

De Gerauon, duègne ;

Adelina Gedda, maîtresse de ballet:

Cerrato, première danseuse noble;

GiNi, première danseuse demi-caractère.

Kerfs, première danseuse travesti.

Dans ce tableau nous retrouvons d'anciennes connaissances : M. Amalou, l'excellent chef d'orchestre de la saison 1895-1896, M. Cornubert qui, en 1892-1893, chantait les ténors légers; M. Jahn, qui avait tenu son emploi en 1894-1895; M. Labis, le baryton des saisons 1887-1888 et 18951896; M. Vautier, le baryton d'opéra-comique de 1895-1896; M. Onietz et M^i^ Christine Keris.

Reprises. — Trente et une œuvres lyriques furent reprises au cours de la saison :

L'Africaine (4).

Le Barbier de Séville (3).

Le Caïd (4).

Carmen (10).

Le Chalet (2).

La Dame Blanche (3).

Le Domino noir (S).

Les Draf/ons de Villa rs (4).

Faust il).

La Favorite (7)

La Fille du Régitneul (4).

Galathée (6).

Guillaume Tell (4).

Hamlet (3).

Les Hufjuenot^ (6).

La Juive (3).

Lakmé (2).

Le Maître de CJKtpdle (3).

Manon (o).

Miijiion (6).

Mireille (6).

Les Noces de Jeannette (3).

Les Rendez-vous bourgeois (1).

Rifjoletto (3).

Roméo et Juliette (3).

Samson et Dalila (5).

Sif/urd (o).

Si j'étais Roi (2).

Le Sourd ou l'Auberf/e pleine (d).

La Traviata (4).

Le Trouvère (3).

Artistes eu représentation. — En dehors des artistes qui vinrent remplacer les titulaires d'emploi empêchés au dernier moment, et qui ne méritent pas une mention, nous citerons :

M. Melchissédec père qui se fit entendre dans (juitlaume Tell, JHgoletto et La Favorite avec un grand succès et créa, en outre, le rôle de Kormach dans Moina ;

M. Dutrey, notre ancien et futur fort ténor, vint chanter Les Huguenots et Samson et Dalila ;

M. Isnardon, de l'Opéra-Comique, tint brillamment le lole de Lescaut, dans une représentation de Manon, donnée au bénéfice de xM. Amalou ;

Miio Loventz, quoique pensionnaire de l'Opéra, produisit une mauvaise impression dans le rôle de Marguerite de Faust;

Enfin, deux chanteuses abordèrent le rôle de Carmen :

Mil'' Charlotte Wyns, de l'Opéra-Coniique, y fut très bonne, malgré quelques exagérations; par contre, MH*^ Lacombe, de l'Opéra, n'y réussit pas.

Citons sous cette rubrique un artiste qui faisait, en quelque sorte, partie de la troupe, mais sans être astreint aux débuts, ayant été engagé en double : IVI. Reyveli, peintre en bâtiments à Lyon, ayant été signalé à M. Melchissédec père comme doué d'une voix superbe, celui-ci l'exhorta à venir à Paris, lui donna des leçons, le façonna tant bien que mal et décida son fils à le produire sur la scène du Théâtre-des-Arts. L'artiste, assez gauche et sachant à peine se tenir, parut pour la première fois dans le rôle d'Arnold de GuUlaume Tell, et le public, voulant encourager un débutant, l'accueillit avec indulgence et sympathie. M. Reyveli chanta trois fois le rôle d'Eléazar de La Juive, mais ne fit plus recette. On lui avait, en somme, rendu un mauvais service en lui faisant aborder la scène trop tôt et sans travail préparatoire suffisant.

Nouveautés. — Sept œuvres lyriques proprement dites furent ofïerles au public, plus cinq ballets, dont un de premier ordre, un agréable et sans prétention, et les trois autres insignifiants.

Nous indiquerons les premières, suivant l'ordre chronologique, quoique Don Juan, l'immortel chef-d'œuvre, eut mérité d'être mis à part.

Le Biner de Pierrot, opéra-comique en 1 acte, de Millanvoye, musique de Charles Hess. Première représentation le 29 octobre 1897, avec M. Vautier et M^e Aguado. Cette piécette fut donnée trois fois.

Mdina, drame lyrique en 2 actes et 3 tableaux, de Louis Gallet, musique d'Isidore de Lara. Avec cette œuvre, qui fut représentée pour la première fois le 22 décembre, l'école Monégasque faisait son apparition sur la scène du Théàtre-des-Arts. Elle fut interprétée par MM. Melchissédec père, Labis, Vautier, Cornubert, Jacquin, M"e Martini, en présence du compositeur qui fut naturellement appelé et acclamé à la fin du spectacle. Elle fut jouée dix fois.

Don Juan, grand opéra eu 4 actes et 10 tableaux, de Lorenzo

da Ponte, musique de Mozart. Bien que cet ouvrage ait été accepté par la Commission consultative comme une nouveauté, il avait déjà été représenté au Théàtre-des-Arts le 4 juin 1841 par la troupe allemande du théâtre d'Aix-la-Cliapelle, et le 24 janvier 1866 par la Compagnie du Théàlre-Italien de Paris. En fait, il était cependant inédit pour la plus grande partie du public qui n'a pas souvent l'occasion d'entendre une musique aussi élevée. La première représentation eut lieu le 19 janvier 1898, devant une salle comble, et avec un grand succès.

L'interprétation était convenable avec MM. Labis (don Juan), Jacquin (Leporello), Ariel (Ottavio), Vincbe (le Commandeur), Vautier (Mazetto), M™es Aguado (Zerliue), Martini (Anna), Lemeignan (Elvire). La mise en scène était également très soignée et l'orchestre, comme les chœurs et le ballet, furent dignes d'éloges. Cette représentation fut suivie de sept autres.

Suzon, comédie lyrique en 1 acte, de Montoya et Sulot musique de Mulder. La première et unique représentation eut lieu le 28 janvier 1898. Le public lit un accueil assez réservé à ce livret, d'une simplicité trop peu scénique, noyé dans une orchestration vraiment compliquée. L'interprétation laissait d'ailleurs à désirer.

Siva, drame lyrique inédit en trois parties, de Saint-Luth, musique de Léon Honnoré. Première représentation le 4 mars 1898, avec MM. Labis et Jahn, M»>es Soini, Duvall, engagée spécialement, Girard et Mancini.

Cette œuvre avait été couronnée au concours Cressent, et le nombre de représentations ayant atteint le chiffre de dix, M. Melchissédec toucha la prime de 10,000 francs.

Ascnnio, opéra en o actes, de Louis Gallet, musique de Camille Saint-Saëns, représenté le 18 mars 1898, avec MM. Cornubert (Ascanio), Labis (Benvenuto), Vinche (François I*^'")^ Jahn, Jacquin, Vautier; M^^es Martini (la duchesse), Soïni (Scozzone), Lemeignan (Colombe). Quatre représentations furent données de cet ouvrage.

Galitanc, comédie lyrique en "2 actes, de André Lenéka, musique de Edouard Kann. Deux représentations seulement furent données les 24 et 29 mars. L'interprétation en était confiée à MM. Ariel, Vautier, Jacquin, M™es Aguado et Girard.

Nous avons enfm à signaler cinq ballets que nous indiquerons par ordre de mérite pour une fois.

Jawtte, ballet champêtre, inédit, en 1 acte et 3 tableaux, de J.-L. Croze, musique de Camille Saint-Saëns, représenté pour la première fois à Rouen le 5 novembre 1897, en présence du compositeur qui dut venir saluer le public. Fort bien dansée par le corps de ballet, cette œuvre charmante obtint un grand succès et eut dix représentations.

Le lendemain de la seconde, Camille Saint-Saëns adressa à M. Melchissédec un billet qui mérite d'être reproduit :

Il était une fois un vieux compositeur Qui faisait de la musique assommante ; Un directeur De jeunesse triomphante Fit exécuter cette triste nuisiffue

Avec tant de cliic Qu'il vit changer sa tristesse

En allégresse ! !

Et dans le vers lihre

Qui vibre La vieille ganache de compositeur lîemercie le délicieux directeur De tout son cœur.

Camille Safnt-Saexs.

Feu Pierrot, ballet eu 1 acte et 2 tableaux, de Charles Mouton, musique de Emile Schwartz. Première représentation le 30 décembre 1897, suivie de six autres.

La Fête de^ Flenr!<, cinq représentations.

Nymphe>< des Bois.

Baika.

Ces deux derniers ballets furent donnés une seule fois (19 novembre et 28 mars).

Répertoire d'opérette. — Pendant cette campagne les opérettes suivantes furent reprises.

Les liri(jonds (4). Iji Mascotte (8).

Les Clorlirs de ('tnneeiUr {'A). Le Petit Faust (o).

Mtimzrllr Mlaiiclir (1).

Trois œuvres nouvelles en ce genre furent données sur notre première scène.

L' Enlèvement de la Toledad, musique d'Edmond Audran. Première représentation le 3 octobre, suivie de cinq autres.

L' Auberge du Tohu-Bohu, musique de Victor Roger. Première représentation le 17 décembre, suivie de treize autres.

Le Bucentaure, musique de Demortreux. Deux seules représentations les 27 janvier et 3 février, ce qui était encore trop pour une pièce aussi mauvaise.

Représentation en l'honneur de Boieldieu. — Pour célébrer l'anniversaire de Boieldieu, on donna le 13 décembre une représentation, d'ailleurs assez terne, delà Dame Blanche, coupée par l'exécution des ouvertures du Nouveau Seigneur du Village et du Calife de Bagdad, le couronnement du buste du compositeur, et des vers de Catulle Blée, déclamés par Jacques Fenoux, de la Comédie-Française. Enfin, ce dernier remit une adresse signée de lui et de tous les artistes à M^^ Sanson. femme du Trésorier-Payeur général et petite-fille de Boieldieu, qui leur offrit ensuite le cbampagoe dans leur foyer.

Concerts, - Le 31 janvier 1898 fut donné, devant une salle peu garnie, un concert sympbonique comportant des onivres de genres fort différents, telles que La Symphonie Ecossaise, de Mendelssobn, Kermaria, d'Erlanger, une valse de Raoul Lesens et une suite d'orchestre de M. Surleau, directeur de la Banque de France à Rouen.

Un autre concert eut lieu le 31 mars, au profit de la Musique Municipale, et attira une véritable allluence qui fut désappointée par des changements dans le programme dus à des indispositions (?) des artistes annoncés.

Mentionnons sous cette rubrique l'exécution, au cours d'une représentation (ÏAsc.anio, de l'ouverture de Rahn, opéra inédit de M. René Doire, notre concitoyen.

Représentations au profit des Hospices. — Elles furent données, la première le 10 décembre avec Les Huguenots (recette 1,139 fr. 63), la seconde le 29 mars avec Moina et Gaëtane (recette 1,604 fr. 20).

Incidents de la saison lyriqne. — La période des débuts, quoique assez mouvementée, ne se signala par aucun incident digne d'être relaté.

Il faut retenir cependant le billet que crut devoir adresser aux journaux M. B., baryton, qui ayant dû résilier son engagement, prétendait échapper à toute critique jusqu'à son remplacement.

Rbuen, le 21 octobre 1897.

« Monsieur,

» Je vous défends à l'avenir de vous occuper de moi dans » votre journal.

» J'ai résilié, je ne vous appartiens donc plus. Je vous préviens n que si vous continuez à imjjrimer vos méchancetés sur mon » compte, je vous foutrai (sic) sur les oreilles.

» Je vous salue, etc. . .

(Signé) B . . .

Cette incorrection fut relevée comme elle le méritait.

Ajoutons que M. B... est devenu un excellent artiste et chante actuellement à la Gaîté-Lyrique.

La claque fit encore parler d'elle. On avait d'abord annoncé sa suppression mais on eut encore des exemples d'artistes siffles parce qu'ils n'avaient pas voulu répondre aux sollicitations du chef de claque qui prétendait les faire chanter autrement que sur la scène. Le troisième début d'une danseuse, admise malgré une violente opposition, fit dire même à un critique que la claque un instant menacée par le nouveau Directeur avait été finalement élevée à la hauteur d'une institution.

11 arriva une bien bonne histoire à un commissaire de police, de service à la représentation du 12 décembre. Au second acte de Mamzelh Mtouche qui, comme on le sait, se passe dans les coulisses d'un Théâtre de petite ville, le commissaire se leva, quitta sa place et se rendit sur la scène pour reprocher au Directeur et au Régisseur leur négligence : des décors à l'envers, des bouts de ficelle qui pendaient, des gens qui allaient et venaient les mains dans les poches! Après explications, le brave magistrat fut le premier à rire de sa méprise.

De la police aux vols, la transition est facile : mentionnons

donc le vol d'une somme de 15,000 francs commis dans des circonstances assez mystérieuses, et avec efïraction, au préjudice du Directeur, dans la nuit du 9 au 10 février, sans que l'auteur de ce délit ait jamais pu être découvert. Par contre un figurant, pris au moment où il explorait les poches d'un vêtement appartenant à un artiste, fut condamné à trois mois de prison.

Au premier vol se rattache indirectement une scène de pugilat entre M. Melchissédec et son administrateur général, M. Gahriel Lefeuve, qui remplissait également les fonctions de Directeur artistique. Sur la médiation du Maire, M. Laurent, les choses n'allèrent pas plus loin, mais les conventions unissant les deux parties furent résiliées.

Enfin, un incendie survenu dans les bâtiments de la Haute- Vieille-Tour, occasionna des dégâts à une partie des décors appartenant au ïhéâtre-des-Arts.

Exploitation en avril 1898. — Pendant le mois d'avril, trois œuvres furent représentées :

La Joueuse il'Ortju(',.\)\ëce nouvelle en 3 actes et H tableaux, de Xavier de Montépin et J. Dornay. Ce mélodrame, plein de grossesficellesetd'invraisemblances, convenablement interprété, fut donné six fois ;

Cyrano de Bergerac, la pièce héroï-comique de Rostand, jouée par M. Candé dans le rôle de Cyrano, obtint un immense succès aux six représentations successives;

Enfin, Les trois Filles de M. Dupont, d'Eugène Brieux. Cette coniétiie fut favorablement accueillie, quoique l'interprétation eût laissé à désirer.

Représentation dramatique en cours de saison. — Le

7 février 1898, M™^ Dudiay, sociétaire de la Comédie-Française, vint représenter Hanilet, en personnifiant elle-même le rùle du prince de Danemark. Cette innovation parut désorienter quelque peu les spectateurs, malgré les grandes qualités dont lit preuve la célèbre artiste.

Représentations ayant j)récédé la saison lyrique. — La

représentation gratuite du 14 juillet 1897 se composa de L'Ami Fritz, et pendant le mois de septembre on donna : Les Mijstères de Paris, d'Eugène Sue ;

Thermidor, de V. Sardou, avec Coquelin aîné ; L'Evasion, de Brieux, par la tournée Baret.

Bal Masqué. — A l'occasion du Mardi-Gras, le 22 février 1898, l'Association générale des Etudiants avait organisé un bal masqué qui remporta un très grand succès.

Résiliation de la concession. — M. Melchissédec, qui avait cependant formé une société en commandite pour l'exploitation du Théàtre-des-Arts et encaissé d'assez fortes recettes, ne put achever la saison que grâce à des avances qui lui furent consenties à diverses reprises par un de nos concitoyens. Il dut donc, pour pouvoir faire face à ses obligations, demander à toucher une partie de son cautionnement, à charge par lui de le reconstituer dans le délai d'un mois, ce qui lui fut accordé; mais à l'expiration du délai, le Maire n'ayant rien vu venir, résilia la concession de M. Melchissédec et prononça la vacance de la direction. Ce dernier avait toutefois obtenu l'autorisation d'exploiter le Théâtre, à ses risques et périls, pendant le mois d'avril.

Recettes. — Les recettes des représentations lyriques avaient été de 216.304f.20

Celles des représentations hors saison et du mois davril, de 37.800

254.104 20 Si l'on y ajoute le montant du prix Crescent 10.000

On trouve un total de 264. 104 f. 20

Représentations ayant suivi la saison. — La Ville ayant repris la libre disposition du Théâtre après la résiliation de la concession, traita directement pour la location de la salle à des tournées de passage. Dans ces conditions, les spectacles suivants furent donnés :

L'Etramjere, avec M^i® Wanda de Boncza, W^^ Favart et M. Le Bargy, de la Comédie-Française.

Horace, avec M. Silvain, de la Comédie-Française, et M»e Hartmann, de l'Odéon ;

La Dame aux Camélias, avec Sarah-Bernhardt;

Cyrano de Bergerac, avec M. Candé, à deux reprises différentes ;

Tartuffe et Le Gendre de M. Poirier, avec Coquelin cadet, Jean Coquelin, et M^e Lyunès, de la Comédie-Française ;

Quatre- Vingt-Treize, de Victor-Hugo, pour la Fête nationale du 14 juillet 1898;

Ilernani, avec Mil'' Wanda de Boncza, Mounet-Sully, Paul Mounet et Le Bargy, de la Comédie-Française ;

Enfin, quatre piécettes, dont .WH" Fifi, furent données par la tournée Romain.

Faits divers. — Par arrêté du Maire en date du 20 octobre 1897, pris sur avis conforme du Directeur et de la Commission consultative, les dames durent laisser leurs chapeaux au vestiaire pour être admises aux fauteuils d'orchestre, aux stalles de parquet et au parterre.

Cette sage mesure fut fort bien accueillie du côté masculin; les dames s'y conformèrent de bonne grâce tout en protestant cependant, et non sans raison, contre l'insuffisance des vestiaires.

Cette même année, divers travaux furent effectués dans la salle pour faciliter la sortie des spectateurs en cas de sinistre : élargissement des portes d'entrée par la suppression de quelques places, transfèrements de vestiaires, etc. La scène fut séparée de la salle par des portes en fer, et quatre nouveaux postes d'eau furent installés.

Le service médical fut complètement réglementé par arrêté du Maire, en date du 22 février 1898; enfin, un service de tramways au tarif double, fut assuré à la sortie du Théâtre. Nous ne sommes donc plus au temps où les habitants de Déville, Maromme ou Darnétal ayant pris leurs billets de spectacle au bureau de la Compagnie des Omnibus, place des Arts, avaient droit à leur retour gratuit dans les voitures stationnant à la sortie, sauf les dimanches et fêtes. Ceci se passait en 185^!

DIRECTION BRUMENT Année théâtrale 1898-1899.

La vacance de la Direction fut déclarée seulement le 3 mai 1898, et le Conseil ïnunicipal apporta quelques modifications, peu importantes d'ailleurs, au cahier des charges. La concession de l'exploitation devait comprendre les campagnes 1898-1899 et 1899-1900, avec faculté pour les deux parties de la résilier à la fin de la première campagne. Une proposition de réduire à six mois la durée de l'exploitation obligatoire fut vivement discutée et finalement repoussée.

M. Melchissédec se mettait de nouveau sur les rangs, ainsi que M. Castex, l'ancien directeur, puis M. Taillefer offrait de reprendre le théâtre sans subvention, mais en écartant le genre lyrique. M. Brument, ancien chef d'orchestre des concerts de l'Exposition de 1896, acceptait le cahier des charges, mais ne voulait donner que cinq mois de représentations lyriques, le sixième mois quinze représentations, drame, comédie, féerie, et cinq représentations semblables le septième mois. La subvention était imputable aux cinq mois de direction lyrique.

Une discussion fort longue s'engagea sur celte réduction de l'exploitation, mais par 20 voix contre 11, M. Brument obtint gain de cause et fut nommé directeur du Théàtre-des-Arts (séance du 22 juillet 1898).

Saison lyrique. — La saison lyrique s'ouvrit le dimanche 9 octobre avec Le Chalet et Mireille, mais les débuts commencèrent seulement le lendemain dans Les Huguenots et se terminèrent le 9 décembre dans Carmen. Cette période ne fut pas particulièrement violente. Il y eut bien quelques tumultes, des spectateurs furent même expulsés plusieurs soirs, mais nous ne voyons rien de spécial à retenir.

La troupe fut définilivement constituée comme suit :

MM. Lematte, chef d'orchestre ,

Chkrubini, deuxième chef d'orchestre ; PoYARD, régisseur général ;

— loi —

MM. FÉDAS, régisseur parlant au public;

Casset, fort ténor ;

Nandès, ténor léger;

Emery, deuxième ténor;

Stamler, baryton de grand opéra;

Mazotti, baryton d'opéra-comique;

Bourgeois, basse noble ;

FÉRAUD DE Saint-Pol, bassc chantante ;

Fronty, deuxième basse ;

Ometz, trial ;

Roche, laruette ; ]V|mes Darlays, forte clianteuse falcon ;

De Voos, chanteuse légère de grand opéra ;

Érard, chanteuse légère d'opéra-comique ;

Eva Romain, contralto ;

Albouy, première dugazon ;

Hermann, deuxième dugazon ;

PoYARD, duègne ;

Rita Papurello, maîtresse de ballet;

Nelly Cabrini, première danseuse noble ;

GiNi, première danseuse demi-caractère;

Aranka, première danseuse travesti.

Plusieurs artistes étaient déjà connus du public rouennais Mii« Albouy, la dugazon de 1890-1891, M^e Gini, M. Casset, le créateur du Tannhauser, M. Stamler qui avait échoué en 1892.

Reprises. — En 1898-1899, vingt-six œuvres furent reprises:

L'Africaine (4). Manon (6).

Le Barbier de Séville (1) M if/non 7 .

Carmen (9). Mireille (7).

Le Chalet (6). Les Noces deJeannetle (•.)).

Les Drafjons de Villars ('.\). Paillasse (7).

Faust (9). Le Pré-aux-Clercs (4).

La Favorite (o). Rinoletto (2).

La Fille du Réc/iment (3). Robert le Diable (M).

Hamlet (2). Samson et Dalila (H).

Les Hufjuenots (4). Siqnrd (7).

La Juive (a. Le Sourd '2).

Lucie de Lammermoor (1). Le Tannhauser (<S)

Le Maître de Cltayellv (2). La Trariata 1 4).

Artistes en l'eprésentation. — Exception faite de M"« Baux, notre ancienne falcon, qui vint clianter le 9 décembre le rôle de Carmen, il ne parut pas de grandes vedettes pendant la saison.

Nouveautés. — Cinq œuvres nouvelles et un ballet furent montés.

V Amour Médecin, de Ch. Monselet, d'après Molière, musique de Poise. La première représentation eut lieu le 16 novembre 1898 avec des interprètes de second plan, ne possédant aucune des qualités requises pour une musique aussi légère : Mlle Deliane, chanteuse d'opérette, non soumise aux débuts, et MM. Roche, Ometz, Fronty. Celte pièce fut cependant jouée onze fois.

La Vie de Bohême, comédie lyrique en 4 actes, de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, traduction Paul Ferrier, musique de Puccini. Première représentation le 14 décembre avec W^^ Deliane (Musette), De Voos (Mimi), M. Buysson, un ténor engagé pour quelques créations, dont une n'a pas eu lieu (Rodolphe), Féraud de Saint-Pol (Schaunard), Mazotti (Marcel), Fronty (Colline). Cette œuvre, si peu intéressante, fut accueillie froidement, comme elle le méritait. Elle fut jouée trois fois seule avec de faibles recettes. x\ux cinq représentations suivantes, elle fut accompagnée d'autres pièces pour amener un peu le public.

Ilarnsel et Gretel, conle lyrique en 3 actes et 5 tableaux, poème d'A. Wette, version française de Catulle Mendès, musique de Humperdinck. La première eut lieu le 11 janvier 1899. Mlles Deliane et Albouy personnifiaient les deux enfants ; M. Féraud de Saint-Pol tenait le rôle du père, M™« Erard le rôle de la mère, et M™^ Darlays celui de la fée Grignolte; M. Brument conduisait l'orchestre. Cette œuvre exquise, qui ne fut jouée à Paris qu'en 1900, fut donnée huit fois.

Thaïs, opéra en 3 actes et 7 tableaux, de Louis Gallet, musique de J. Massenet. Première représentation le 18 janvier 1899 avec M^e Erard (Thaïs), M™e F,va Romain (Albine), MM. Stamler ^Athanaël), Nandès (Nicéas), Féraud de Saint-Pol (Palémon). Ce fut un demi-succès et l'œuvre fut jouée cinq fois avec des recettes médiocres.

— lo3 —

Princesse d'Auberge, opéra en 3 actes et 4 tableaux, de Nestor de Tière, paroles françaises de Gustave Lagye, musique de Jan Blockx. La première représentation eut lieu le 22 février 1899. L'interprétation qui laissa d'ailleurs à désirer était confiée à ]VImes Erard, Eva Romain, Albouy, MM. Buyssou, Bourgeois, Féraud de Saint-Pol. La mise en scène fut également négligée et cependant le compositeur, qui conduisait lui-même l'orchestre, obtint un vif succès personnel et fut acclamé à plusieurs reprises. Cet ouvrage fut représenté quatre fois en tout et n'a jamais été repris.

Fleurs des Champs, ballet divertissement, de M°ie Papurello, musique de Comino, interprété par M^ie^i Cabrini, Gini, Aranka. La première fut donnée le 10 février 1899 et fut suivie de cinq autres représentations.

Répertoire d'opérette. — M. Brument ne monta que deux opérettes pendant sa campagne et celles-ci n'avaient pas encore été jouées à Rouen :

La Poupée, de IVIaurice Ordonneau, musique d'Audran. Première le 20 octobre 1898 avec M'i^ Deliane, MM. Ferrière et Letellier. Cette piécette obtint un grand succès et fut jouée dix-neuf fois.

Les P'tites Michu, de Vanloo et Duval, musique de Messager. Première le 10 février 1899, suivie de cinq autres représentations. Mil'' Alice Bonheur interprétait le rôle qu'elle avait créé aux Bouffes en 1897.

Incidents de la saison lyrique. — Un incident unique dans l'histoire du Théâtre-des-Arts signala la direction Brument.

Dès sa nomination, celui-ci avait fait annoncer qu'il avait traité avec M. Arthur Coquard, le compositeur de La Jacquerie, pour la création à Rouen de Jahel, opéra en 4 actes el 6 tableaux, paroles de M™" Simone Arnaud. La répétition générale avait eu lieu le 1«'" février en présence des principaux critiques parisiens, quand le lendemain, jour de la première, toutes les places étant louées à l'avance, les auteurs, en présence de l'insuffisance de l'interprétation, interdirent la représentation et firent saisir par huissier les partitions d'orchestre, eu vertu d'une autorisation de M. le Président du Tribunal civil.

D'un commun accord, le chifïre de 3,500 francs fut admis pour indemniser M. Brument des frais faits par lui.

En somme, Jahel avait, comme presque toutes les nouveautés de la saison, été sacrifié par M. Brument qui avait réservé tous ses sains à la mise au point de Haensel et Gretel qu'il dirigea lui-même.

De nombreux vols furent constatés pendant cette campagne sans que les auteurs en eussent été découverts. On constata d'abord la disparition de vingt et une des lorgnettes installées aux fauteuils d'orchestre et de balcon, mais l'enquête ouverte les fit retrouver sous un plancher au-dessus du lustre. Puis une paire de boucles d'oreilles ornées de diamants, appartenant à Mme Eva Romain, et une fourrure appartenant à Mi^® Qini furent dérobées, pendant une représentation, dans les loges respectives de ces artistes.

Le service des tramways de théâtre donna lieu à un autre incident. La Direction ayant pris l'habitude d'allonger démesurément ses spectacles qui finissaient à des heures impossibles, l'Administration des Tramways, lasse de récriminer sans pouvoir obtenir satisfaction, fit un soir partir les tramways à l'heure réglementaire, soit minuit un quart, laissant les banlieusards regagner leurs logis à pied, on devine avec quels sentiments à l'égard de M. Brument.

Ke|>résentatioiis au profit des Hospices. — Eu vertu de l'article 51 du cahier des charges, le Directeur versa aux Hospices une somme de 2,000 francs en remplacement des deux représentations qu'il avait négligé d'organiser au profit de ces établissements.

Derniei* mois d'exploitation. — M. Brument traita avec son prédécesseur, M. Taillefer, pour l'exploitation du Théàtre-des- Arts pendant le sixième mois (9 mars-t) avril) dont le répertoire était laissé à son choix par le cahier des charges.

M. Taillefer monta ainsi :

Fm%07i//e, drame en 5 actes en vers, de M. Alfred Dubout, avec M™« Dudlay et M. Albert Lambert fils, de la Comédie- Française (trois représentations).

L'Histoire d'un Drapeau, grande pièce militaire, d'Adolphe d'Ennery (treize représentations).

Les Deux Gosses, drame de Pierre Decourcelle (sept représentations).

Les Deux Orphelines, drame de d'Ennery (quatre représentations).

Une tournée dirigée par M. Achard. donna quatre représentations de La Dame de chez Maxim' s.

Enfin, les « Auteurs en voyage », Compagnie composée de Georges Courteline, Grenet-Dancourt, Edouard Guillaumet, Jules Lévy et Edouard Mores, vinrent interpréter, le 12 mars, leurs propres œuvres : Boubouroche, Le Gendarme est sans pitié, Ceux qui restent, etc Une autre Compagnie vint le 3 avril, mais le public, rendu méfiant par la précédente tentative, n'y vint qu'en petit nombre, et cette fois il eut tort. On vit MM. Louis Tiercelin, Docquois et Mars dans Le Sacrement de Judas, Le Petit Champ, Le Marchand de Désespoirs, etc.

Représentations dramatiques en cours de saison. — Le

22 novembre 1898 une troupe, eu tète de laquelle figurait M™e Lina Munte, interpréta avec succès La Tosca, de Victorien Sardou, et le 25 février 1899 M^e Lina Munte vint interpréter Catherine, la comédie d'Henri Lavedan.

Représentations ayant précédé ou suivi la saison lyrique. — Une seule représentation fut donnée avant la saison lyrique, le 15 septembre : Courteline, bien entouré d'ailleurs, interpréta lui-même ses œuvres : Boubouroche, La Peur des Coups, Un Client sérieux.

Dès le lendemain du sixième mois obligatoire, Cyrano de Bergerac fut repris et joué deux fois avec M. Jean Darragon et Mme Marchetti.

M. Antoine vint interpréter, le 13 avril, La Nouvelle Idole, de F. de Curel, où il fut merveilleux. Le spectacle était complété par Que Suzanne n'en sache rien, de Pierre Veber.

La Dame de chez Maxim's fut de nouveau représentée par les mêmes artistes que précédemment.

M. de Féraudy, accompagné de M™« Segond-Weber et de M. Marquet, de l'Odéon, donna le dimanche 23 avril : en matinée,

Le Cid et Le Dépit Amoureux, précédés d'une conférence sur l'Œuvre de Corneille, par M. Ch. Samson, bibliothécaire de rOdéon ; en soirée, L'Ami Fritz et Le Dépit Amoureux.

Le Cabaret Montmartrois, imitation du Cbat-Noir, vint le le"" mai avec les chansonniers Jacques Ferny, Perducet, etc.

Enfin, le o mai, on entendit Athalie avec M^e Favart, M. Paul Mounet, M. Ph. Garnier, de l'Odéon, elc, l'orchestre et les chœurs, sous la direction de M. Edouard Colonne, interprétant la partition de Mendelssohn.

Bal masqué. — Comme l'année précédente, l'Association générale des Etudiants organisa, le 14 février 1899, à l'occasion du Mardi-Gras, un bal masqué qui obtint un grand succès, notamment avec l'entrée d'une Noce Villageoise.

Concert. — Le 29 mai, devant une salle comble, eut lieu un concert au profit de l'Œuvre des Vieux Vêtements. On y entendit M°^e** Bossy et Lemeignan, MM. Casset, Labis, Féraud de Saint-Pol, du Théâtre-des-Arts, Vaunel et Charley des Folies- Bergère de Paris.

Représentation gratuite du 14 Juillet 1899. — Le spectacle se composa de Hernani, interprété par une très bonne troupe en tête de laquelle se trouvait M. Albert Lambert père.

Matinée Guy de Maupassant. — Le Comité constitué sous la présidence de M. Masson-Forestier, en vue de l'érection d'un monument à Guy de Maupassant dans le jardin Solférino, ofïrit le l'2 mars 1899 une matinée littéraire, dont la recette était destinée à grossir la souscription. Ce fut un vrai régal. Au début, M. Albert Sorel, membre de l'iVcadémie française, puis M. Gustave Larroumet, prononcèrent deux magnifiques discours sur Maupassant et son œuvre. MM. Leitner et Georges Berr, de la Coméiiie-Française, donnèrent lecture, avec un art consommé, le premier de La Parure et de L'Apparition, le second de Boitelle et du Papa de Simon; M^o Moreno et M. Jacques Fenoux, également de la Comédie-Française, dirent en grands artistes La Nuit d'Octobre, d'Alfred de Musset. Enfin, après une causerie de M. Jacques Normand sur l'œuvre théâtrale de Guy de Maupassant, le spectacle se termina par His-

toire du Vieux Temps, interprétée à ravir par M^e Pierson et M. Leloir de la Comédie-Française.

La recette de cette belle matinée s'éleva à 3,874 francs.

Le Théâtre de l'Odéon à Rouen. — Le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts ayant décidé que le Tliéàlre-National de l'Odéon ferait, en 1899, une tournée officielle dans plusieurs villes de France, Rouen eut la primeur de ces représentations qui eurent lieu les 21, 22, 23 et 24 juin 1899.

En dépit d'une excellente interprétation, le public s'abstint en grande partie, on ne sut pourquoi.

On donna pendant ces quatre jours :

Pendant le Bal, de Pailleron, et Ma Bru, de Fabrice Carré et Paul Bilbaud ;

Le Dépit Amoureux et Le Barbier de Séville ;

Le Dépit Amoureux et Ma Bru, deux jours de suite.

Recettes. — Au cours de la saison, 128 représentations lyriques furent données avec un produit de. . lG3.798f.55

Le septième mois et les représentations extra-lyriques donnèrent 37 750 30

Total. . . . 201. 548 f. 85

M. Brument accusait cependant un déficit de plus de 30,000 francs dont il était impossible de vérifier l'existence. Il avait d'ailleurs demandé la résiliation de sa concession à la fin de la première année, et le Conseil municipal fit droit, sans difficultés, à cette requête, car deux jours auparavant la Commission compétente avait été d'avis qu'il convenait de dénoncer le traité conclu entre la Ville et M. Brument.

(I DIRECTION FRANÇOIS i

Année théâtrale 1899-1900.

La Commission compétente du Conseil municipal venait d'émettre l'avis qu'il y avait lieu de résilier la concession de M. Brument, et l'Administration allait étudier les modifications à apporter au cahier des charges et déclarer la vacance de la Direction, quand M. François, fermier de droits communaux à Dieppe, sollicita la direction du Théàtre-des-Arts pour une période de trois années, s'engageant à constituer une troupe de premier ordre et à donner à notre première scène le rang artistique auquel elle a droit.

Dans sa séance du 20 janvier 1899, le Conseil, menant les choses rondement, accepta la candidature de M. François, après avoir introduit quelques modifications au cahier des charges.

La concession comprenait les campagnes 1899-1900, 1900- 1901 et 1901-1902, avec faculté réciproque de résiliation à la fin de chaque campagne. L'exploitation était obligatoire du ler octobre au 30 avril, la saison lyrique étant ramenée à six mois.

Il était bien stipulé :

Que dans le cas où le Directeur instituerait un emploi spécial de régisseur parlant au public, le titulaire de cet emploi devrait, comme le régisseur général, être pris en dehors de la troupe ;

Que les artistes engagés pour doubler les titulaires des emplois, ou en supplément de ceux imposés par le cahier des charges, seraient également soumis aux débuts ;

En ce qui concernait le prix des places, la fixation d'un maximum était jugée sufiisante, le Directeur pouvant se dispenser de l'appliquer dans la proportion qu'il croirait utile à ses intérêts. Comme conséquence on supprimait la clause limitant à huit par mois le nombre de représentations à prix réduit.

Enfin, M. François était autorisé à ne pas exploiter le théâtre pendani le seplième mois de la campagne 1900-1901, faisant

suite à l'Exposition universelle de Paris, où les Rouennais étaient présumés devoir laisser toutes leurs économies.

Saison lyrique. — La saison lyrique ouvrit le 6 octobre avec Hérodiadc, pièce dans laquelle débutèrent les artistes de grand opéra. Cette période de débuts, qui s'éternisa jusqu'au 17 janvier, fut cependant d'un calme rare. Il ne s'y produisit pas de scènes tumultueuses et les quelques artistes qui furent refusés ne subirent pas d'affront brutal.

La troupe définitive fut composée ainsi :

MM. Amalou, chef d'orchestre ;

Labis, régisseur général ;

Dalmorès, fort ténor ;

Nandès, ténor léger ;

Stuart, deuxième ténor ;

Grimaud, baryton de grand opéra ;

FuLD, baryton d'opéra-comique ;

ViNCHE, basse noble ;

FÉRAUD de Saint-Pol, basse chantante ;

Carbonneil, deuxième basse ;

Ometz, trial ;

MoNTCLAiR, laruette ; Mmes BossY, forte chanteuse falcon ;

Lemeignan, chanteuse légère d'opéra ;

Aguado-Potel, chanteuse légère d'opéra-comique ;

Eva Romain, contralto ;

De Camillf, première dugazon ;

Lair, deuxième dugazon ;

MoNTCLAiR, duègne ;

Stichel, maîtresse de ballet;

Olga Mauri, première danseuse noble ;

Pezzatini, première danseuse demi-caractère ;

ScARDOvi, première danseuse travesti.

Les noms déjà connus sont si nombreux qu'il ne convient pas d'insister particulièrement. M. Labis, l'ancien baryton, abandonnait le cliant pour la mise en scène, et M. Fuld était engagé pour tenir l'emploi de baryton sur le théâtre où il avait

fait ses premiers essais, puisqu'il avait été simple choriste en

Reprises. — Vingt-cinq opéras et opéras-comiques furent repris pendant la saison :

Le Maître de Chapelle (6).

Manon (G).

Mignon (G).

Mireille (4).

Les Noces de Jeannette (9).

Les Pêcheurs de Perles (1).

Le Prophète (8).

Roméo et Juliette (1).

Samson et Dalila (3).

Siçjurd (7).

Si j'étais Roi (3).

La Traviata (1).

L'Africaine (3).

Le Barbier de Séville (1).

Carmen (9).

Le Chalet (5).

La Dame Blanche (o).

Les Dragons de Villars (.")).

Faust (10).

La Fille du Régiment (4).

Galathée (2).

Hamlet (G).

Hérodiade (9).

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