L.es Huguenots
Lakmé (2).
Artistes en représentation. — Quelques artistes de grande réputation parurent dans les œuvres du répertoire.
M. Degenne, notre ancien ténor léger, remplaça M. Nandès indisposé, pendant le mois de janvier.
M. Cazeneuve, de la Monnaie et des Concerts Colonne, chanta le rôle de don José, de Carmen, avec un organe d'un timbre agréable, quoique sans ampleur, mais le style et la méthode dénotaient un véritable artiste;
M. Isnardon, de l'Opéra-Comique, tint le rôle de Basile, du Barbier de SévUle, dans une représentation au bénéfice des chœurs ;
M. Beyle, de l'Opéra-Comique, se lit entendre avec un grand succès dans Roméo et Juliette ;
Enfin, M. Clément, également de l'Opéra-Comique, remporta un véritable triomphe à chacune des représentations de La Dame Blanche, du Barbier, de Lakmé et de Manon.
Nouveautés. — Trois œuvres nouvelles seulement furent montées, mais deux tout au moins font date dans l'histoire d'un théâtre de province.
Tlii-Tlieu, opéra inédit en 3 actes et 4 tableaux, d'Edouard Noël et Lucien d'IIève, musique de Frédéric Le Rey. Première
représentation le 23 décembre 1899, avec MM. Dalmorès, Grimaud, Féraud de Saint-Pol, M™« Bossy. Succès d'estime pour le compositeur rouennais, dont l'œuvre ne fut jouée que deux fois en tout.
Siegfried, drame musical en 3 actes et 4 tableaux, de Ricbard Wagner. La première représentation, qui eu fut donnée le 17 février 1900, constitua une véritable solennité, car ce cliefd'œuvre n'avait pas encore été joué en France. M. Leygues, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, y assista, ainsi que les critiques musicaux des grands journaux de Paris, notamment Catulle Mendès, un fervent Wagneriste.
L'interprétation fut confiée à M. Dalmorès (Siegfried), M. Stuart (Mime) ; M™e Bossy (Brunehilde), M^^ Eva Romain (Erda/ ; M. Grimaud (le Voyageur), M. Vinche (le Dragon), M. Féraud de Saint-Pol fAlbericli); M^'e Lemeignan (l'Oiseau).
Grand triomphe pour toute la troupe et pour l'orchestre, admirablement conduit par son chef Amalou.
Pendant un entr'acte, le Ministre remit les palmes académiques à M. Amalou et à \l^^ Bossy, au milieu d'acclamations prolongées.
Comme pour Lohengrin, des trains spéciaux amenèrent des Parisiens aux représentations de Siegfried, qui fut donné dix fois avec de très belles receltes.
La Flûte enchantée, opéra fantastique en 4 actes et 11 tableaux, musique de Mozart. Quoique cette œuvre eût déjà été donnée les 28 et 30 mai 1841 par la troupe allemande du théâtre d'Aixla-Chapelle, elle fut acceptée par la Commission consultative comme une nouveauté et la première représentation eut lieu le 14 mars 1900 au bénéfice de M. Amalou, avec M. Devineau, un ténor du grand théâtre de Lyon (Tamino), M. Fuld (Papageno), M. Vinche (Sarastro), M. Ometz fMonostalos); Mii« Lemeignan (la Reine de la Nuit), M"»« Aguado (Pamina).
Trois autres représentations suivirent seulement. Et cependant cette musique, hors de pair, était très convenablement chantée et la pièce était dans son ensemble fort bien montée.
Mentionnons, sans autrement y insister, deux ballets nouveaux :
Colin-Maillard, musique de Michiels (28 janvier 1900).
Le Menuet de l'Infante, musique de Gastinel (24 mars).
Répertoire d'opérette. — Les représentations d'opérettes furent au nombre de quarante et une, et on reprocha vivement à la Direction, mais en vain, de composer trop souvent avec ce genre secondaire le spectacle des dimanches soir et des populaires.
Les opérettes reprises furent :
AU Baba (5). La Mascotte (5).
La Fille du Tambour-Major (1). Les Mousquetaires au Couvent(l3).
Le Grand Moqol (3). Madame Favart (3).
En outre, on donna, pour la première fois depuis la réouverture, La Belle Hélène, d'Olïenbach, qui avait déjà été jouée bien des fois à Rouen, à l'ancien Théâtre-des-Arls, au Théâtre- Français et au Théâtre-Lafayelte. La première eut lieu le 17 janvier 1900 et fut suivie de quatre autres représentations.
Représentation en l'iionnenr de Boieldieu. — La Dame Blanche fut donnée le 12 janvier 1900 à la mémoire de Boieldieu, avec M. Clément dans le rôle de Georges Brown. Le spectacle fut complété par l'ouverture du Calife de Bagdad, des vers de Raoul Lesens et le couronnement du buste du compositeur rouennais.
Représentation patriotique. - Le 30 mars, on donna Sigurd au profit de la souscription ouverte pour l'érection, à Moulineaux, d'un monument à la mémoire des soldats morts pour la Patrie en ^870-71. Entre les S^ et 4^ actes, M. Albert Lambert père récita divers poèmes, dont plusieurs de sa composition.
Incidents de la saison lyrique. — La troupe fut presque toute la saison amputée de son ténor léger : M. Nandès, en effet, après avoir elïectué sa rentrée dans Faust et chanté le rôle de Don José, de Carmen, dut demander un congé pour raison de santé et fut remplacé dans le répertoire courant par des artistes de passage, de divers mérites.
Plus tenace fut la seconde dugazon, M>i« Borderie, qui avait retourné drôlement son nom pour s'ap|)eler Eiredrob. Refusée par la Commission consultative, elle continua à paraître sous
le nom de Samie, sans que personne eut trop l'air de s'en apercevoir.
Quelques ditTicultés eurent lieu au sujet de la location des places, la Direction ayant pris l'habitude de faire vendre par des commerçants, des marchands de contremarques, etc., des billets à prix réduit avant l'ouverture du bureau de location, et les spectateurs payant le tarif plein, n'ayant plus ainsi le choix des meilleures places. Il fallut que l'Administration rappelât le Directeur à l'ordre pour faire cesser cet abus.
Dernier mois d'exploitation. — On donna pendant le mois d'avril 1900 :
l.e Vieux Marcheur, de Lavedan, avec Baron fils, du Vaudeville, dans le rôle du sénateur Labosse ;
On ne badine pas avec l'amour et Les Femmes savantes, avec Mil» Delvair et M. Le Bargy, de la Comédie-Française ;
Madame Sans-Gène, de Sardou, avec M°>« Berny et MM. Charpentier, Boulle, etc.;
L'Aventurière et La Joie fait peur, avec Coquelin cadet, qui récita, en outre, plusieurs monologues ;
Enfin Jean-Bart, la nouvelle pièce d'Edmond Haraucourt, qui assista à l'une des représentations.
Représentations dramatiques en cours de saison. —
Elles furent au nombre de six et comprirent :
L'Avare et Le Médecin malgré lui (13 novembre 1899), avec M. Talbot, de la Comédie-Française ;
Trois pièces du répertoire de la troupe Antoine : Mariage d'argent, (ÏEug. Bourgeois; La Peur de souffrir, d'André Rivoire, et Le Père naturel, de Dupré et Charton, jouées par MM. Antoine, Dumény, Gémier, Arquillère, Verse, M^es Bellanger, Mellot, Barsange (19 décembre).
Cyrano de Bergerac, avec M. Jean Darragon (Il janvier 1900).
Plus que Reine, d'Emile Bergerat, avec MM. Charpentier, Bourgeois, M."^^^ Vallia et Bourgeois (13 janvier 1900).
Enfin L'Arlésienne (4 et 5 avril), avec M. Paul Mounet, de la Comédie-Française, les chœurs et l'orchestre du Théâtre-des- Arts, sous la direction de M. Amah)u.
Bals masqués. —A l'occasion du Mardi-Gras et de la Mi- Carême, M. François organisa, les 28 février el 22 mars, deux bals masqués, qui obtinrent le succès habituel.
Concerts. — Deux concerts furent donnés au profit de la Musique municipale :
Le premier, le 30 septembre 1899, avec le concours de Mlle Chaminade, la brillante pianiste, qui présenta une de ses meilleures élèves, M^^ Turpin ;
Le second, le leJ" avril 1900, où se firent entendre les artistes de la troupe, M^e Reylda, de l'Opéra-Gomique, et le ténor Plamondon.
Représentations ayant suivi la saison. — Aucune représentation ne fut donnée avant l'ouverture de la saison ; mais en mai, juin et juillet 1900, quelques spectacles furent organisés par des tournées :
Andïomaque, avec M^ie Segond-Weber et M. de Max, notamment, précédé d'une conférence de M. Samson, archiviste de rOdéon, sur Corneille et Racine.
Froiifron, brillamment interprété par cinq artistes de la Comédie-Française: M^es Lara et Brindeau, MM. de Féraudy, Raphaël Duflos, Dessonnes.
Francillon, avec MM. Baillet, Leitner, Fenoux, Mii«s Lara et Netza-Moia, de la Comédie-Française, et L'Histoire du Vieux Tempa, de Guy de Maupassant, interprétée par M"^» Favart et M. Gangloiï.
V Aiglon, de Rostand, avec Mii« Grumbach dans le rôle du duc de Reichstadt.
Signalons pour mémoire une piteuse soirée organisée le 27 mai par le Comité du Souvenir Normand, en vue de la restauration du clocher de Corneville-sur-Risle.
Enfin, la représentation du 14 Juillet se composa des Four-cliamhault et de La Marseillaise, déclamée par M. Jacques Fenoux.
Recettes. — Les 148 représentations lyriques données pendant la saison produisirent 227.955 f. 40
Le dernier mois, les représentations dramatiques et hors saison rapportèrent 53.287 35
Total 281. 242 f. 75
De fort belles recettes furent faites aux premières de >>iegfried et de La Flûte enchantée et aux représentations données avec le concours de M. Clément.
Faits divers. — C'est pendant cette saison que M. Rambert refit plusieurs décors de Faust, notamment celui représentant l'intérieur de la Cathédrale.
Avant l'ouverture de la saison, le proscenium avait été diminué pour permettre l'agrandissement de l'orchestre, dont le plancher fut abaissé.
DIRECTION FRANÇOIS Année théâtrale 1900-1901.
Dès le mois de janvier 1900, M. François, qui avait obtenu, comme on l'a vu, la concession de l'exploitation pour trois années consécutives, demanda à ne faire que cinq mois de représentations lyriques, le sixième demeurant facultatif, en se basant sur ce que le public ayant fait pendant l'été, à Paris, des dépenses exceptionnelles à l'occasion de l'Exposition, se montrerait moins assidu au théâtre pendant l'hiver.
Malgré une certaine opposition, le Conseil municipal fit droit à cette demande, et la saison lyrique qui, de sept mois était passée à six, se trouva réduite à cinq mois, le montant de la subvention restant le même.
Saison lyrique. — La campagne commença le dimanche 28 octobre par une représentation de V Artésienne avec M. Paul Mounet et M^*^ Favart, en matinée, Les Cloches de Corncmlle formant le spectacle du soir.
La période des débuts s'ouvrit le lendemain par La Juive, et n'était sa longueur, n'aurait présenté aucun caractère particulier. Au 22 décembre, il restait encore deux emplois à, pourvoir : celui de la chanteuse légère d'opéra-comique et celui de la contralto. M™e Walter-Villa fut admise le 25 janvier à remplir le premier, mais pour le second ce fut une autre affaire. ,\Ime (le Spanyi efteclua, en effet, son premier début le 23 janvier seulement et son troisième le 15 mars. Elle fut donc admise douze jours avant la clôture de la saison ! Voici la composition de la troupe :
MM. Amalou, chef d'orchestre ;
WouTERS, deuxième chef d'orchestre ; LÉONCE, régisseur général ; DuTREY, fort ténor de grand opéra ; Ariel, ténor léger d'opéra-comique ; Stuart, deuxième ténor ; Grimaud, baryton de grand opéra ;
MM. Du TiLLOY, baryton d'opéra-comique;
ViNCHE, basse noble ;
BÉCHARD, basse chantante ;
Orban, deuxième basse ;
Ometz, trial ;
FÉTis, laruette ; \Xmes BossY, fortc chantcuse falcon ;
Lemeignan, chanteuse légère de grand opéra ;
Walter-Villa, chanteuse légère d'opéra-comique;
De Spanyi, contralto ;
Jane Paulin, première dugazon ;
Mativa, deuxième dugazon ;
Lelong, duègne ;
Stichel, maîtresse de ballet;
Olga Mauri, première danseuse noble;
Casalegno, première danseuse demi-caractère ;
Fabiani, première danseuse travesti.
Beaucoup d'anciens artistes connus figuraient dans ce tableau : MM. Grimaud, Vinche, Stuart, Ometz, M^'^^ Bossy, Lemeignan, Stichel, Olga Mauri avaient appartenu à la troupe de la précédente campagne, ainsi que M. Amalou, chef d'orchestre, M. Dutrey était le ténor des saisons 1892-1893, 1893- 1894, 1895-1896, M. Ariel, le ténor léger de 1897-1898.
Reprises. — En 1900-1901, on reprit les vingt-quatre opéras et opéras-comiques suivants :
L'Africaine 2 . La Juive 4 .
L'Attaque dû Moulin (\). Lakmé (3).
Le Barbier de Séville 2 . Lohengrin 2 .
Carmen 7 . Le Maître de Chapelle (3 .
Le Cid (2). Manon ('6;.
La Dame Blanche (3). Mignon (3).
Les Dragons de Villars 1 . Mireille (2 .
Faust 6 . Les Noces de Jeannette 4).
La Favorite 4 . Sanison et Dalila (2).
La Fille du Régiment 2 . Sigurd (2).
Hamlet 5 . La Traviata (1 .
Les Huguenots (4 . Le Trouvère (1).
Artistes en représentation. — M""' Ballard-Bronville, qui avait tenu l'emploi de falcon pendant la saison 1889-1890, vint
chanter Les Huguenots, eu remplacement de M™® Bossy, indisposée.
Mme Duvall-Melchissédec, la créatrice de Sim en 1898, reparut également dans le rôle de Valentine des Hvguenots.
Mlle Parentani, de l'Opéra-Comique, notre ancienne chanteuse légère de 1892-1893, remporta un grand succès dans le rôle de Rosine du Barbier de Sémlle.
Deux chanteuses. iM^^^ Mastio et M^e Marguerite Reid, tinrent le rôle de Marguerite de Faust d'une façon simplement correcte.
Mlle Laisné, de l'Opéra-Comique, se lit entendre dans l'unique représentation de V Attaque du Moulin.
M™^ Soyer, de l'Opéra, chanta avec talent le rôle de Dalila et s'y fit applaudir.
M. Maréchal, de l'Opéra-Comique, interpréta le rôle de don José de Carmen, ayant comme partenaire M™^ Bossy, qui, à son tour, se laissa tenter par le personnage redoutable de la Carmencita.
Enfin, M. Clément triompha, selon son habitude, dans Mignon, La Dame Blanche, Manon, Lakmé et Carmen.
Nouveautés. — M. François, qui avait d'abord manifesté l'intention de monter Le Crépuscule des Dieux, donna seulement deux nouveautés, dont le principal mérite résida dans la mise en scène.
Messaline, drame lyrique en 4 actes et 5 tableaux, d'Armand Sylvestre et Eugène Morand, musique d'isidor de Lara. Première représentation le 17 décembre 1900 : ce fut un grand succès, et on acclama le compositeur, le directeur, le régisseur, le chef d'orchestre et le décorateur. Les principaux rôles furent distribués à M"^^ Bossy (Messaline), M^^ Lemeignan (Tyndaris), M™" Mativa (la Citharède) ; MM. Dulrey Hélion), Grimaud (Harèsi, Du Tilloy (Myrrhon), Vinche iMyrtille), etc.
Cette (Buvre fut donnée vingt fois en produisant près de 49,000 francs de recettes.
Ondrillon, conte de fée en 4 actes et 6 tableaux, d'après Perrault, de Henri Cain, musique de J. Massenet. Première représentation le 15 février 1901 au bénéfice de M. Amalou. Le rôle
de Cendrillon fut confié à M^® Marguerite Giraud (devenue ^jmo Albert Carré), celui du prince Charmant à M™^ Walter- Villa, puis à M™« Paulin; celui de la bonne fée à M^i® Lenieignan, etc. Cendrillon qui fut, en somme, un succès, fut joué douze fois.
Comme les années précédentes, deux ballets inédits furent offerts au public :
Le Loup et l' Agneau (22 décembre 1900), musique de José Bussac, ancien directeur tlu Théàtre-des-Arts ; Le liéceil de la liose, musique de M. Jouberti, lihef d'orchestre aux Folies-Bergère (27 février 1901).
Répertoire d'opérette. — L'opérette composa le spectacle de quarante et une représentations, faisant les lendemains de grand opéra, par suite de l'insuffisance de la troupe d'opéracomique qui ne faisait pas recette.
On reprit ainsi :
Les Cloches de Comeville (9). Miss Hétijett (3).
La Fille de Madame Angot (10). La Périchole (.3).
Le Jour et la Nuit (6). Le Petit Duc (3).
La Mascotte (2). Les 28 jours de Clairette (2).
On remonta Barhc Bleue, l'opérette d'Olîenbacli, qui avait déjà été jouée au Théâtre-Français et à l'ancien Théàtre-des- Arts.
Ou donna enfin deux nouveautés :
Surcouf, de Chivot et Duru, musique de Planquette, qui fut représenté pour la première fois le 30 décembre 1900 sur la scène du Théâtre-des Arts ;
La Petite Mariée, de Chivot et Duru, musique de Ch. Lecocq, représentée deux fois seulement, les 20 et 31 janvier 1901.
Dernier mois d'exploitation. — Pour le sixième et dernier mois d'exploitation, M. François traita avec M. Baret : c'est dire que toutes les représentations présentèrent un réel intérêt. On donna ainsi :
L'Ecole des Belles-Mères et Les Remplaçantes, de Brieux ;
Les Revenants, d'Henrik Ibsen, précédés d'une conférence de Laurent Tailhade qui donna lieu à quelques manifestations ;
Le Vieux Marcheur ;
Le Contrôleur des Wagons-Lits, avec Galipaiix;
Horace et Le Barbier de Sécille, eu matinée, et La Vie de Bohème, de Murger, en soirée, avec M^es Delvair, Marie Leconte et M. de Féraudy, de la Comédie-Française, assez mal entourés d'ailleurs ;
Cyrano de Bergerac ;
Niniche, avec Baron et M™e Judic ;
Le Nouveau Jeu, de Lavedan.
Keprésentation dramatique en cours de saison. — Le
8 janvier 1901, une tournée dirigée par M. Baret interpréta La Robe rouge, de Brieux.
Conférence. — M. Marius Vachon, membre du Conseil supérieur de l'Enseignement technique, fit, le 28 janvier, une conférence gratuite sur l'Exposition universelle de 1900, devant une salle comble, naturellement.
Concerts. — Deux concerts eurent lieu pendant la saison : Le premier, donné le 10 novembre 1900 par la Musique Municipale au profil de sa caisse de secours; le second, le 26 février 1901 par la Société des Compositeurs Normands.
Incident de la saison. — Nous voyons seulement à signaler dans cette saison, qui fut d'un calme extraordinaire, le procès intenté par M. François à son ténor, Dalmorès, qui, au mépris du traité l'attachant pour deux années encore à notre première scène avait signé un engagement avec le Directeur du Théàtre-de-la-Monnaie à Bruxelles. Dalmorès fut condamné par le Tribunal civil à payer à M. François 20,000 francs de dommages-intérêts.
Représentations qui suivirent la saison. — Le 3 mai, une troupe dirigée par M. Baret donna La Main gauche, de Pierre Veber, L'Anglais tel qu'on le parle, de Tristan Bernard, et Pans- Roulant, saynète revue de Victor Meusy ;
Vinrent ensuite : le 5 mai, Huy Blas, avec Talbot, de la Comédie-Française, âgé de soixante-dix-sept ans.
La Fille FÂisa et l*oH de Carotte, le 10 mai ;
Patrie, avec MH-^ Delvair, Paul Mounet et Albert Lambert fils, de la Comédie-Française ;
Les Maris de Léontine, le 21 mai ;
La Veine, de Capus, les 25 et 28 mai ;
Ruy BlaSy avec APie Delvair, Paul Mounet, Albert Lambert fils.
Enfin, la représentation du 14 Juillet se composa du drame de d'Ennery, Martyre, avec M™" Marie Laurent qui déclama La Marseillaise.
Recettes. — Les cent trente-sept représentations lyriques données pendant la saison produisirent. . 228.1401. 63
Le sixième mois et les représentations extralyriques donnèrent 34.241 Oo
Total. . . . 262.3811. 70
D'après la renommée publique, cette saison aurait laissé un joli bénéfice à M. François.
DIRECTION HEURION ET M ELC HISSE DEC Année théâtrale 1901-1902.
Dès le mois de janvier 1901, M. François, qui avait encore pour une année la concession de l'exploitation, informa l'Adminislration municipale qu'il ne lui était pas possible de continuer aux clauses et conditions du cahier des charges en vigueur. Prétendant que l'opéra-comique ne faisait recette qu'avec des artistes en représentation, il réclamait la suppression, dans le tableau de troupe, du ténor léger et de la chanteuse légère.
La Municipalité dut donc déclarer la vacance, et diverses candidatures se produisirent.
M. François, à la suite des articles de journaux combattant sa proposition comme équivalant à la suppression déguisée de l'opéra-comique, se ravisa et sollicita la direction pour une nouvelle période de trois années aux clauses du cahier des charges, c'est-à-dire avec une saison lyrique de six mois et les deux troupes au complet.
Sept autres candidats étaient sur les rangs, mais le Conseil, réuni en Commission générale pour discuter leurs titres et régler l'ordre de présentation en séance publique, émit les votes suivants :
M. Mirai : 15 voix ;
MM. Heurion et Melchissédec, 16 voix ;
M. François : 1 voix.
La majorité absolue n'étant pas atteinte, on procéda aussitôt à un second tour qui donna les résultats suivants : M. Mirai : 17 voix ; MM. Heurion et Melchissédec : 15 voix.
Mais à la séance publique qui suivit immédiatement, le Conseil désigna comme Directeurs pour les campagnes 1901- 1902, 1902-1903 et 1903-1904, MM. Heurion et Melchissédec par 18 voix contre 14 à M. Mirai.
Pendant le trajet de la Salle des Mariages à la Salle des
Séances, l'opinion de trois conseillers avait donc changé! Cet incident fut longuement commenté dans le public et fut même l'objet d'une discussion dans une séance ultérieure du Conseil, mais il ne fut naturellement jamais tiré au clair.
Rappelons que M. Mirai avait déjà été Directeur du Théàtredes-Arts pendant les campagnes 1887-1888 et 1888-1889, que M. Melchissédec avait été également Directeur en 1897-1898 et que son associé, i\l. Heurion, était depuis plusieurs années à la tête du Théâtre-Français.
Saison lyrique. — La Mascotte fut donnée le dimanche 29 septembre, mais la vraie saison et la période des débuts s'ouvrirent le lendemain par Aida. Cette période fut d'ailleurs fort agitée et donna lieu à des incidents, sur quelques-uns desquels nous aurons à revenir, et amena le remplacement du chef d'orchestre, du régisseur général et de onze artistes.
La troupe définitive fut composée comme suit :
MM. CosTE, chef d'orchestre ;
Max Guillaume, deuxième chef d'orchestre ;
Speck, régisseur général ;
DuTREY, fort ténor de grand opéra ;
GÉRARD, ténor léger, puis Galand ;
Descombes, deuxième ténor ;
MÉzY, baryton de grand opéra ;
Marchand, barytoji d'opéra-comique;
VÉRIN, basse noble ;
La Taste, basse chantante;
Berthaud, deuxième basse ;
Ometz, trial ;
FÉTis, laruette ; M™«s Duvall-Melchissédec, forte chanteuse falcon ;
Rigaud-Labens, chanteuse légère de grand opéra ;
Mondaud-Panseron, chanteuse légère d'opéra-comique;
Doria, contralto ;
MÉZY, première dugazon;
YossE, deuxième dugazon;
Valdys, duègne;
RoziER, maîtresse de ballet;
Keller, première danseuse noble ;
Casalegno, première danseuse demi-caractère;
Fabiam, première danseuse travesti.
M. Frédéric Le Rey, l'auteur de Thi-Theu, d'Eros, Stenio, etc., était au tableau de troupe comme directeur de la musique, chargé de guider la Direction dans les œuvres nouvelles à monter et de préparer Les Guelfes, l'œuvre posthume de Benjamin Godard.
Bien des noms étaient déjà connus des habitués du Théâtre ; M. Speck, qui avait été régisseur en 1895-1896, M. Dutrey, qui faisait sa dernière saison, MM. Ometz et Fétis, M^^^s Casalegno et Fabiani, qui avaient appartenu à la précédente troupe; M. Vérin avait déjà tenu avec succès l'emploi de basse noble en 1889-1890 et 1893-1894, M^e Mondaud-Panseron avait été chanteuse légère de grand opéra, 1888-1889, enfin, M^'^ Duvall- Melcliissédec avait créé Sica, en 1898.
Répertoire lyrique. — Vingt-cinq opéras ou opérascomiques furent repris au cours de la saison :
L'Africaine (4j, Le Maître de Chapelle (2).
Aida 7 . Manon (3).
Carmen (7). Mignon (7).
Le Chalet (3). Mireille (4).
Les Dragons de Villars (2). Moïna (6).
Faust (11). Les Noces de Jeannette (2).
La Faxorite (o). Rigolelto (4).
La Fille du Régiment (3). Roméo et Juliette (2).
Cuillaunte Tell (3). Samson et Dalila (3).
Hamlet (o). Sigurd (3).
Les Huguenots (6). Si j'étais Roi (1).
La Juive (3). La Vie de Bohème (6),
Lah-mé (2).
Artistes en représentation. — La Direction fit souvent, pendant la saison, appel au concours d'artistes étrangers à la troupe, mais elle n'eut pas toujours la main heureuse et le public le lui lit bien voir. Il convient de signaler d'ailleurs que M™« Mondaud-Panseron profita largement du concours des meilleurs dans les trois épreuves réglementaires qu'elle dut subir. Son admission fut ainsi enlevée dans Mireille, où elle était admirablement soutenue par M. Beyle.
M^e Deschamps- Jehiu, de l'Opéra et de l'Opéra-Comique, fut, dans Hamlet, une superbe reine.
M"« Lucia Muller, de l'Opéra-Comique, délaissant pour un soir le rôle de Louise, fut excellente dans celui de Mignon, quoique un peu bas pour sa voix ;
M"« Cécile Ketten et M. Clément, de l'Opéra-Comique, remportèrent un immense succès dans les deux principaux rôles de Carmen ;
M. Beyle, de l'Opéra-Comique, chanta admirablement le rôle de Vincent, de Mireille ;
M. Melchissédec père fut un très bon bouiïon dans Rifjoletto ;
Mme Loyd, de l'Opéra, fut simplement convenable dans La Juive et La Favorite, et M. Ansaldi fut un assez bon Arnold dans (hdllaume Tell.
Deux artistes ayant eu jadis une grande réputation, M. Isnardon, de l'Opéra-Comique, et M. Duc, de l'Opéra, rencontrèrent un accueil très froid, leurs principales qualités ayant disparu avec le temps, le premier dans le rôle de Lescaut, de Manon, le second dans le rôle d'Arnold, de Guillaume Tell ;
Dans le rôle de Philine, de Mignon, M^ie Lydia Nervil, se disant de l'Opéra-Comique, se montra franchement mauvaise et souleva des protestations telles que la Direction lit chanter à sa place M™e Mondaud-Panseron, dans la coulisse, au dernier acte.
Enfin, M°^e Mary Garnier, de l'Opéra-Comique, et M. Rivière, ténor léger, venus pour chanter Lakmé au profit des Hospices, déchaînèrent un tumulte si violent que la Direction, après avoir tenté de parlementer par l'intermédiaire de M. Speck, dut se résoudre à rembourser le prix des places. Le 3^ acte s'acheva devant une soixantaine de personnes de bonne volonté, mais avec M^io Mondaud-Panseron dans le rôle de Lakmé. Cette représentation du 20 décembre 1901 fut une des plus mouvementées dans l'histoire du Théàtre-des-Arts.
Nouveautés. — Elles furent au nombre de trois, auxquelles il convient d'ajouter quatre ballets, dont deux au moins méri tent une mention plus complète que celle que nous consacrons d'ordinaire à ce genre de spectacle.
T.a Fille du Calife, opéra-comique inédit, de Paul Collin et Charles Jaconiet, musique de Eug. Lacheurié. Première et unique représentation le 6 décembre 1901, soit un échec complet.
Les Guelfes, opéra inédit en 5 actes, de Louis Gallet, musique de Benjamin Godard.
Le compositeur étant décédé en 1895, avant que son œuvre eût été représentée sur aucune scène, la partition fut confiée, sur la demande de M^e Magdeleine Godard, l'éminente violoniste, sœur du musicien, à M. F. Le Rey, qui se chargea de la monter, de la mettre au point et d'en diriger les répétitions.
La première eut lieu le 17 janvier 1902 devant une très belle chambrée et les critiques des grands journaux parisiens. L'interprétation était confiée à MM. Dulrey de prince Henri), Mézy (Manfred), La Taste (Fiemarosca), M^^^ Duvall-Melchissédec (Jeanne), Doria (Hélène Commène).
Les Guelfes furent donnés en tout neuf fois avec d'excellentes recettes.
Louise, roman en 4 actes et 5 tableaux, paroles et musique de Gustave Charpentier. Cette œuvre, un peu discutée au début mais qui heureusement est à peu près entrée au répertoire, et qui a été, en tous cas, reprise avec succès bien des fois, fut représentée le 21 février 1902, avec MM. Galand (Julien), La Tasle (le Père), Descombes (le Noctambule), M^i» Lucia Muller, de rOpéra-Comique, engagée spécialement (Louise), M™^ Doria (la Mère), M^^" Rigaud-Labens (une Ouvrière). Montée avec grand soin, pourvue de décors fort réussis dûs à M. Rambert, cette œuvre obtint un grand succès et fut donnée douze fois.
Passons maintenant aux ballets.
Conte de Mai, scénario de Jean Bernac, musique de Gaston Paulin. La première en avait été fixée au 23 octobre, à la suite d'une représentation de La Famrite, qui avait été tellement agitée (|ue, le tumulte n'ayant pas cessé après le lever du rideau, l'auteur décida de relarder l'audition de son œuvre, qu'il voulait diriger lui-môme. La véritable première fut donc donnée le G novembre 1901 après IHijolelto et fut un succès pour M. Paulin et ses interprètes, Mi'»*' Keller et Fabiani. Deux autres représentations eu furent données.
Une Aventure de laGuimard, de Henri Gain, musique d'André Messager. Très bien accueilli, ce ballet terminait la soirée du 11 décembre. M^i«s Keller, Fabiani et Casalegno s'y lirent applaudir, et il eu fut de même les buit autres fois.
I.e Faune, ballet inédit en 1 acte, scénario de L. Chauniier, musique d'Edouard Kann, eut la malcliance de compléter une mauvaise représentation de Manon, et les spectateurs se vengèrent en ne laissant pas jouer cette œuvre qu'ils condamnaient sans l'avoir entendue (8 janvier 1902). Deux jours après, dans une atmospbère plus calme. Ij' Faune put enfin être donné en entier, mais ne reparut plus sur l'affîcbe.
L'Idole aux yeux verts, ballet inédit en 2 actes, scénario de Raoul Lefebvre, musique de Fernand Le Borne. Première représentation le 12 mars 1902, suivie de deux autres. Succès pour la partition et ses interprètes, le corps de ballet de la troupe et surtout pour M.^^" Louise Mante, de l'Opéra.
Répertoire d'opérette. — Pendant cette campagne, les opérettes suivantes furent reprises :
L'Auberiie du Tohu-Bofiu (6). La Mascotte (o).
La Fille du Tambour Major (i). Lf^ Mousquetaires au Courent ('6) .
Le Grand Moifol (o). La Poupée (G .
On donna une nouveauté : Les Tntntn.r d'Hercule, de Caillavet et de Fiers, musique de Clamle Terrasse. La première eut lieu le 7 novembre 1901, et cette opérette fut encore jouée huit fois.
Ueprésentatioiis au profit des Hospices. — La première représentation eut lieu le 20 décembre 1901 avec Labue, qui donna lieu aux scènes tumultueuses dont nous avons parlé et qui se terminèrent par le remboursement du prix des places. La Direction dut donc payer, conformément au cahier des charges, la soriime de 1.000 francs prévue. Le seconde eut lieu avec Louise le 28 février 1902 (recette 2.724 fr. 90).
Dernier mois d'exploitation. — Pendant le mois d'avril 1902, dix représentations furent organisées par des troupes de passage :
Oscar ou les Projets d'un mari et L'Affaire Mathieu, de Tristan Bernard ;
La Marchande de fleurs, de Xavier de Montépin et Jules Dornay;
Que Suzanne n'en sache rien et Gringoire, M. Melchissédec, directeur, tenant lui-même le rôle de Gringoire, où il se fit applaudir unanimement ;
Le Bourgeois gentilhomme, avec Coquelin aîné et Jean Coquelin;
Le Fils naturel, avec Coquelin cadet, M°°es Persoons, Delvair, de la Comédie-Française, etc.
Incidents de la saison. — Cette saison fut particulièrement orageuse et mouvementée, et il nous est impossible de mentionner toutes les soirées qui provoquèrent des tumultes ou de violentes protestations du public. La période de débuts fut également agitée et suscita une proposition d'un conseiller municipal ayant pour objet la mise à l'étude d'un nouveau mode de vote moins bruyant et moins impressionnant pour les artistes.
Cet état de fièvre régnait même aux répétitions où cependant le public n'assistait pas. M^i^ Mancini, en elïet, engagée comme première dugazon, emploi qu'elle avait d'ailleurs tenu pendant la saison 1897-1898, prit mal des observations que lui adressait correctement le régisseur pendant une répétition des Huguenots, et administra à celui-ci deux gifles formidables, en accumulant en même temps les injures contre l'adjoint aux Beaux-Arts, témoin delà scène, la direction, le public, la Ville de Rouen... Ce mouvement de vivacité coûta cher à Mil» Mancini, qui se vit, par arrêté du maire, interdire la scène du Théàtre-des-Arts, et fut remplacée par M"*» Mézy.
On avait décidément la main leste, cette année-là : un spectateur, s'étant cru lésé par l'Administration qui, d'après lui, aurait surfait le prix d'une place, traita de voleur, en passant au contrôle, le beau-frère de M. Melchissédec, M. Duvall, qui lui donna un soufflet. L'alïaire en resta là, le giflé ayant préféré se retirer sans donner son nom.
Une autre altercation plus grave eut lieu le même soir. Un abonné, M. G. 0..., qui avait pris pour la saison deux places de baignoire, avec engagement par la Direction de ne faire occuper les deux autres que faute de vacances ailleurs, avait déjà vu à plusieurs reprises introduire derrière lui deux spec-
tateurs ayant mission de le surveiller et de faire intervenir la police dans le cas où il sifflerait. En arrivant au théâtre, M. 0... ayant fait à l'ouvreuse une réflexion sur la composition d'un spectacle prochain, M. Melchissédec, qui s'était dissimulé dans le vestiaire, en sortit brusquement et allongea un violent coup de poing en plein visage de M. 0..., qui dut aller se faire panser dans une pharmacie voisine.
L'affaire se termina en justice de paix où M. Melchissédec fut condamné, par défaut, à une amende de la valeur de deux journées de travail, à 1 franc de dommages-intérêts et à la contrainte par corps fixée à cinq jours.
On voit comment la Direction avait tenu sa promesse, annoncée dans les journaux du ^6 septembre 1901, de supprimer la claque. Elle faisait même surveiller les spectateurs, notamment au parquet et aux secondes, où des habitués se virent insulter et menacer par de grossiers personnages, sous l'œil des agents!
Bals masqués. — Deux bals masqués eurent lieu : le premier le Mardi-Gras, 11 février, avec défilé burlesque dans lequel figurait un bœuf aux cornes dorées; le second à la Mi-Carême, 6 mars, auquel on n'était admis que sur invitation.
Concerts. — Quatre concerts, dirigés par M. Frédéric Le Rey et M. René Doire, furent donnés les 14 décembre 1901, 25 janvier, lei et 22 mars 1902, par l'Association artistique des concerts de Rouen, récemment fondée.
Le premier permit d'applaudir M™^ Roger-Miclos, l'éminente pianiste, et M^^"^ Fjord, cantatrice des concerts Colonne et Lamoureux ; on donna la Symphonie pastorale et le 3'' concerto de Beethoven, Le Roi des Aulnes, de Schubert, la marche du Crépuscule des dieux, des airs pour piano de Haydn, Chopin et Benjamin Godard, etc..
Dans le second, M™«Jullian, soprano, et le violoniste Debroux ge firent apprécier dans des œuvres de Beethoven, Gluck, Schubert, Massenet.
Mme Gerville-Réache, de l'Opéra-Comique, et M. Delmas, de l'Opéra, prêtèrent leur concours au troisième concert, auquel assistait M- Camille Erlanger, qui accompagna M^ô Gerville- Réache dans les Larmes httntaines. On donna Les deux (irenadiers,
de Scliumann, l'ouverture de Ruy-Blas, de Mendelssohn, la symphonie en mi />f'mo/ de Mozarl, des fragments de Kermaria et La Légende de saint Julien, d'Erlanger.
M. Vincent d'Indy vint au quatrième diriger l'exécution de quelques-unes de ses œuvres, auxquelles s'ajoutèrent l'ouverture de Lêonore n° 3, de Beethoven, Le Délu(je, de César Franck, le i^elicrzo de Ghahrier, des œuvres de Mozart, Gluck, Léo Delibes.
Cette association eut une existence bien courte, car sa dissolution en fut décidée le 20 novembre 1902.
Enfin, le 22 février 1902, le Cercle Orphéonique Boieldieu offrit à ses membres honoraires un concert dans lequel se firent entendre M'''' Magdeleine Godard, qui fit applaudir son talent de violoniste, M^*^ Paulette Darty, la divette de la Scala, dans ses valses lentes chantées, etc.
Représentations dramatiques en cours de saison. — Elles furent nombreuses et interprétées pour la plupart par de grands artistes.
Les 10 et 12 octol)re 1901, L'Aiglon, de Rostand, avec M"^" Sarah Bernhardt (l'Aiglon), Coquelin aine (Flambeau), Desjardins (Mellernich), Durée (l'Empereur), etc. Succès considérable. La première représentation, à laquelle assistait M. Roujon, directeur des Beaux-Arts, fil une recette de 10,o7y francs.
M. Coquelin cadet, bien entouré, interpréta, le 31 octobre, Le (îendre de M. Puiriev et Le Médeein malgré lui.
Le 18 novembre, Galipaux, dans Ma Fée, de Pierre Veber et Soulié, et dans ses monologues, n'eut pas le don d'attirer la foule. On eut d'ailleurs mieux compris sa présence sur la scène du Théâtre-Français.
L'AifjUm fut de nouveau donné le 25 novembre, mais cette fois avec M"" Grumbach et M. Richard. Le succès fut naturellement moins grand qu'aux deux représentations sensationnelles qui avaient précédé, quoique les deux principaux interprètes eussent été fort convenables.
Quo Vatlia, drame tiré du roman de Sienkiewicz, par M. Henri Moreau, fut joué les 2 et 3 décembre 1901 avec la
musique de scène de Francis Tliomé. L'interprétation, la figuration et la mise en scène parfaites contribuèrent au succès de l'œuvre.
M. Le Bargy, de la Comédie-Française, tint le rôle du marquis de Neste de L'Eniijme, de Paul Hervieu, le 7 janvier 1902. Le spectacle comprenait encore Les lionianesques, de Rostand.
Le public trouva sans doute que Polin n'était pas à sa place au Théâtre-des-Arts, car il s'abstint d'assister à la représentation du 22 février dans laquelle « le premier pioupiou de France » détailla ses chansons.
Enfin, Yiette, comédie tirée par M. Pierre Berton du roman de Maupassant, termina la saison. M^i'- Blanche Toutain, une jeune elbeuvienue, tenait le rôle qu'elle avait créé au Vaudeville.
Centenaire de Victor Hu(jo. — Le centenaire île Victor Hugo fut célébré le 26 février 1902, mais devant une salle aux trois quarts vide (recette 317 fr. .'3o). M. Paul Seguy, dans une causerie qui tint la plus grande partie du programme, commenta l'œuvre du poète et la soirée se termina par le couronnement du buste.
Représentations ayant précédé ou suivi la saison lyrique. — Pendant le mois de septembre 1901 on donna douze représentations de Michel Stroyoff', le drame de Jules Verne, joué et monté avec soin.
Après la saison lyrique, MM. Heurion et Melchissédec présentèrent au public :
Madame Flirt, de Gavault et Georges Berr, avec la troupe de M. René Bussy ;
L'Hôtel Cadet, d'Antony Mars, et Le Billet de Lofjement, d'Antony Mars et Henri Kéroul, avec la troupe de M. Berny ;
Nelly liozier, de P. Bilhaud et M. Henuequin, par la tournée Achard ;
Œdipe lioi, tragédie de Sophocle, traduction Paul Lacroix, avec M™e Favart, MM. Mounet-Sully, Paul Mounet, Jacques Fenoux, de la Comédie-Française (23 mai) ;
Le Chapeau, de Wilhem Schurmann, et Chetto, par Hermann Heyeriiians. Recette : 193 fr. S'6 !
Curano de Bergerac, avec Coquelin aîné;
Le Détour, de Henry Bernslein, avec la tournée Baret, et notamment Mme Simonne Le Bargy, M. Noblet, du Vaudeville ;
Othello, de Jean Aicard, avec M^es Delvair et Lara, MM. Mounet-Sully et Paul Mounet, de la Comédie-Française ;
Les Deux Orphelines, le vieux drame ;
Enfin, la représentation gratuite du 14 Juillet comporta L'Aventurière, et La Marseillaise, déclamée par M^e Delvair qui avait tenu le rôle de Glorinde dans la comédie d'Emile Augier.
Résiliation de la concession et recettes. — Dès le mois de janvier, la Municipalité avait décidé de prononcer la résiliation de la concession accordée à MM. Heurion et Melchissédec. Leur cautionnement dut être retiré en fin de saison pour solder les artistes, choristes, musiciens, danseuses et employés, et cependant les recettes étaient bonnes puisque les cent quarante-six représentations lyriques (dont quarante-huit populaires) avaient produit 189.030f.30
et les représentations extra-lyriques 109.776 75
Total. . . . 298.807 f. 05
Faits divers. — Deux paniques eurent lieu pendant la saison : le 6 octobre, le lustre s'étaut éteint par suite de la fusion de deux plombs, le régisseur dut venir rassurer le public déjà inquiet ; puis, dans l'après-midi du 12 mars, au cours d'une répétition, un feu de bengale ayant allumé un rideau de gaze, les danseuses se sauvèrent en maillot et en tutu et descendirent dans la rue en criant : « Au feu ! » Ces demoiselles, paraît-il, craignent beaucoup les feux qu'elles n'allument pas elles-mêmes.
A l'ouverture de la saison on installa dans la salle un appareil éleclri(iue à projections lumineuses, destiné à éclairer la scène; mais il fut démoulé trois semaines après et repris par le constructeur.
DIRECTION PERROUAS Année théâtrale 1902-1903.
Dans sa séauce du 24 janvier 1902, le Conseil municipal arrêta les modifications à apporter au cahier des charges qui devait régir la prochaine campagne, la concession de MM. Heurion et Melchissédec ayant été résiliée peu de temps avant, comme nous l'avons vu.
La jouissance du Tliéâtre-des-Arts était accordée seulement pour la campagne 1902-1003, avec exploitation ohligatoire du 1er octobre au 30 avril.
Les débuts devaient être terminés dans le délai d'un mois et il était Interdit au Dirjecteur de délivrer des billets de faveur ou des places gratuites les jours de début ou de rentrée, à peine de nullité de l'épreuve.
Pour éviter les abus qui s'étaient déjà produits et empêcher un Directeur ayant une troupe médiocre de se créer des ressources en dehors de son exploitation lyrique, les représentations dramatiques en cours de saison étaient absolument prohibées.
Les représentations populaires, à moitié prix, devaient être au nombre de deux par mois et se composer d'opéras ou d'opéras-comiques, à l'exclusion de l'opérette.
Aucun artiste en représentation ne pourrait être admis sur la scène avant la fin des débuts, afin que la troupe débutât avec ses propres moyens et pût faire juger de son homogénéité. (Ceci afin de prévenir le retour des faits que nous avons signalés pour les trois débuts de M^^ Mondaud-Panseron, l'année précédente.)
Tous les artistes, même les premiers sujets, devaient être en costume dans les répétitions générales des œuvres non encore représentées à Rouen.
Enfin, on ajoutait à l'article imposant l'obligation de monter chaque année deux o'uvres lyriques prises parmi les œuvres capitales non encore représentées à Rouen, une clause permet-
tant au Directeur de donner, dans les trois premiers mois, un ouvrage inédit que la Commission consultative pourrait admettre comme l'une des deux œuvres imposées, si elle en reconnaissait le mérile. On voulait ainsi favoriser les composileurs peu fortunés et écartés pour ce seul motif des grandes scènes.
Ajoutons que c'est à partir de celle époque que le droit d'entrée a été conféré aux Conseillers municipaux et aux Membres de la Commission.
Plusieurs candidatures se produisirenl, mais une seule fut retenue : celle de M. Perrouas, ancien commerçanlà Dieppe, qui fut nommé Directeur dans la séance du Conseil municipal tenue le 17 février 1902, et qui s'était assuré le concours artistique de iM. Labis, ancien baryton et ancien régisseur général du Théàtre-des-Arls. Le Cor.seil avait même exigé cfu'un contrat en bonne forme intervint entre MM. Perrouas et Labis pour toute la durée de la saison.
Saison lyrique. — L'ouverture de la saison eut lieu le 3 octobre avec Hérodiadc. La période des débuts commença ce même jour et se termina le 11 décembre seulement, plusieurs artistes ayant dû être remplacés. Nous verrons plus loin (jue quelques incidents violents signalèrent ces deux mois.
La troupe était composée ainsi : MM. De la FuENTE, chef d'orchestre ;
Max Guillaume, deuxième chef d'orchestre;
Reffet, régisseur parlant au public;
CoRNUBEHT, fort téuor ;
CoRMETTV, ténor léger;
Servais, deuxième ténor ;
RosELLY, baryton de grand opéra ;
FuLD, baryton d'opéra-comi(iue ;
Sylvain, basse noble ;
Bruinen, basse chantante ;
Deltombe, deuxième basse;
Ometz, trial ;
DuBREssY, trial ;
Meygelle, laruette;
IVjmes, FiERENs, forte chaiiteuse falcon ;
Valduriez, chanteuse légère de-grand opéra ;
Charpantier, chanteuse légère d'opéra-coniique ;
ToROND, contralto;
Arméliny, première dugazon ;
Lebergy, deuxième dugazon ;
Lejeune, duègne ;
Rozier, maîtresse de ballet ;
Sberna, preniière danseuse noble;
RoNzio, première danseuse demi-caraclère;
Eva MÉRY, première danseuse travesti.
On se souvient que M. Cornubert avait fait partie de la troupe en 1897-1898 et même en 1892-1893, mais alors comme ténor léger; que M. Fuld avait été le baryton de la saison 1899 1900, et que ;\[me Arméliny revenait de loin, car elle avait appartenu à la direction d'Albert en 1893-1894.
Répertoire lyrique. — Vingt-cinq œuvres lyriques furent reprises pendant la saison :
L'Africaine {'6). Lu Juive (2).
Le Barbier fie Sériile (1). L<dmé (8).
Bonaoir Voi>iin (4). Lohcnyrin (.S).
Carmen (7). Le Maître de ('ImprUe [{\).
Le Chalet (1 . Manon (li).
La Dame Blanche (i). Mignon (3).
Les Drafionx de Villars ((î). Mireille (')■
Faust (H). La Nararraise (10;.
La Favorite (l)). Les Noces de Jeannette (li).
La Fille du Rêfjiment il). Samson et Dalila (1).
Hamlet ('.] . Sif/urd ('6).
Hêrodiade ((> . Le Tannhauxer ('6).
Les Hufjuenots (o).
Artistes en représentation. — Plusieurs artistes connus interprétèrent des œuvres du répertoire.
Mii« Jenny Passama retrouva dans Sanison et Dalila le succès (|u'elle avait déjà obtenu sous la direction Castex. 11 en fut de même pour M™« Soyer, de l'Opéra, qui avait tenu également ce rôle sous la deuxième direction François.
Mme Marié de l'Isle, de l'Opéra-Comique, remporta un véritable triomphe dans Carmen, alors que quelque temps avant,
son camarade, le ténor Gautier, s'était montré quelconque dans le rôle de don José.
Mme Eva Romain, notre ancienne pensionnaire, fit de nouveau applaudir son excellente méthode dans Hérodiade et dans Hamlet.
M. Clément fut fêté comme toujours dans son interprétation parfaite de Lakinr, Manon et La Dame Blanche.
M. Cossira, de TOpéra, prêta son concours à une représentation du Tannhauser.
M. Devineau, le créateur à Rouen du rôle de Tamino dans La Flûte Enchantée, vint chanter celui de Willielm Meister, de Mignon.
M. Dastrez, un ténor arrivé à la fin d'une helle carrière, se fit entendre dans Manon.
Le rôle de Raoul , des Huguenots, fut interprété par deux artistes de passage, l'un M. Garret, quoique ayant demandé l'indulgence, se fit sifïler à plusieurs reprises ; l'autre, M. Hugues, montra les mêmes défauts, et pas tout à fait les mêmes qualités que pendant la saison 1892-1893 où il avait fait partie de la troupe sous le nom d'Anastay, qu'il avait troqué contre celui de Hugues à la suite du crime retentissant commis par un homonyme.
Nouveautés. — Des œuvres nouvelles montées pendant cette saison, aucune n'est restée au répertoire, et quelques-unes, cependant étaient intéressantes.
La Bohème, drame lyrique en 4 actes, de Léoncavallo. Première représentation le 17 décembre 1902, avec MM. Fuld (Schaunard), Coruubert (Marcel), Vallorès (Rodolphe), Bruinen (Colline), M^i^s Charpantier (Mimi), Arméliny (Musette), Lebergy (Phémie), etc. Cette œuvre, grâce à son excellente interprétation, fut donnée onze fois.
La Fiancée de la Mer, drame lyrique eu 3 actes, de Nestor de Tière, musique de Jan Blockx, qui conduisit lui-môme l'orchestre à la première, le 14 janvier 1903. C'était une véritable création, car cette partition originale et intéressante n'avait été jouée jusqu'alors qu'en Belgique. M>J« Charpantier. dans le principal rôle, s'y montra remarquable comme chanteuse et
comme comédienne. Les autres interprètes étaient MM. Cornuberl, Roselly, Sylvain, Bniinen, M^''^ Fierens et Lejeiine. M. Servais joua aussi le rôle confié en premier lieu à M. Cornubert. Huit autres représentations furent données de ce drame lyrique.
Le Juif Polonais, conte populaire, en 3 actes et 6 tableaux, d'après Erckuiann-Cliatrian, de Henri Gain et Gheusi, musique de Camille Erlanj;er. Première représentation le 28 janvier 1903 avec une excellente distribution. M. Victor Maurel reprenait le rôle de Matbis qu'il avait créé à l'Opéra-Comique trois ans auparavant; M^^ Charpantier fut, comme à son habitude, très bonne dans le rôle de Suzel. M"^'^ Torond, MM. Bruinen et Servais tenaient convenablement les autres rôles. La mise eu scène très soignée et les jolis décors peints par M. Rambert contribuèrent au succès, et l'auteur fut acclamé à plusieurs reprises. Néanmoins, cette œuvre ne fut donnée que cinq fois, dix de moins que Véronique ; c'est le contraire qui eut dû se produire !
IHerre d'Aragon, opéra en 4 actes et 6 tableaux, paroles et musique d'Abel Darvey (M^i" Sophie Lacout). Mal accueillie à la première (17 février 1903), cette partition, sans intérêt, disparut de l'alTicbe après la seconde représentation. Les principaux rôles avaient été confiés à M™*^ Fierens, Torond, Valduriez, MM. Cornubert, Roselly, Sylvain, Bruinen, Vallorès, Deltombe.
Le Chant du Cngne, opéra inédit en 1 acte, de Paul Aubin, musique de A. Dupouy, cbef de musique au 74^ de ligne. La preuiière eut lieu le 5 mars 1903, servant de lever de rideau à Carmen, avec M"» Marié de l'Isle. Les deux seuls rôles avaient été confiés à M. Servais et Mii'î Arméliuy. Le livret fut jugé fort médiocre, mais la musique ne manquait ni de science ni d'idées mélodiques.
Pain bis, opéra-comique en 1 acte, de Brunswich et Beauplan, musique de Théodore Dubois. Cette œuvre de jeunesse du Directeur du Conservatoire, fut donnée pour la première fois le 13 mars 1903, ouvrant une soirée donnée au bénéfice de M. Labis, et eut trois autres représentations. L'interprétation fut plutôt défavorable.
Comme tous les ans ou monta quehiues ballets, dont un était de tout premier ordre.
Coppéiia, eu 2 actes et 3 tableaux, scénario de Ch. Mittes, ■| musique de Léo Delibes. Représenté pour la première fois le 27 uovembre 1902, il fut fort bien dansé par Mi''» Sberna, Eva Méry, Ronzio, Ferra ro.
Fiamma, scénario de M^^ Ellen Bargy-Trivier, musique de Bouriello-Gigliano. Première le 26 décembre 1902, en présence du compositeur alïligé de cécité.
Les Amours de Colombine, scénario de Géronte, musique de Max Guillaume, le second chef d'orciiestre. Première représentation le M février 1903.
llépertoire d'opérette. — L'opérette triompha sous la Direction Perrouas, et l'on reprit :
Boccace (1). Mam'selle Nilouche (2).
Les Cloches de Coi-neville (7). La Mascotte (3).
La Fille de Madame Anfiol 2). Les Mousquetaires au Courent (H).
La Fille du Tambour-Major (7). Les P'tites Michu (5).
Le Jour et la Nuit 4).
La nouveauté de la saison en ce genre fut Véronique, opérette en 3 actes, de Vanloo et G. Duval, musique d'André Messager, qui fut donnée le 19 novembre 1902. Très bien interprétée par Mmes Arméliny, Lebergy, Lejeune, MM. Fuld, Meycelle, Ometz, Dubressy, agrémentée d'une mise en scène soignée, cette œuvre, qui n'est pas sans mérite, fut le succès de la saison et eut quinze représentations avec des recettes superbes. Un conseiller municipal proposa même à ce sujet, lors de la discussion du budget, de supprimer la subvention.
Représentations au profit des Hospices. — Les deux représentations prévues au caliier des charges eurent lieu, la première le 15 décembre, avec Carmen et un intermède musical {produit 1.185 fr. 00) la seconde le 17 février avec Pierre d'Aragon (produit 1.366 fr. 45).
Dernier mois d'exploilation. — Pour le mois d'avril, M. Perrouas traita avec M. Gh. Baret (|ui donna, dans de très bonnes conditions :
Un Fiacre à l'heure et La Carotte, de G. Berr, Dehère et Guille maud ;
V Enfant du Miracle, de Paul Gavault et Robert Gharvay ;
Daisy et La Famille du Brosseur, de Tristan Bernard ;
Fai Châtelaine, d'Alfred Capus, avec M™« Jane Hading ;
La liahouillense , d'Emile Favre, avec M^ie Andrée Mégard, MM. Gemier et Dorival de l'Odéon, et Le Cœur a des raisons.
Le mois d'avril se termina par 10 représentations de la féerie de Jules Verne, Les Enfants du Capitaine Grant, donnée par la tournée Romain.
Incidents de la saison. — Trois des artistes, lors de leurs débuts, occasionnèrent des scènes violentes et ce furent trois ténors.
M. Cormetty, eni^agé comme fort ténor, avait été refusé après une représentation fort orageuse de Sii/urd et remplacé par M. Henderson qui arrivait précédé d'une bonne réputation. Celui-ci effectua son troisième début dans L'Africaine, faisant preuve de beaucoup de goût et chantant d'une fort jolie voix dans la demi-teinte, mais escamotant les notes élevées. Toute la soirée, la lutte fut déclarée entre partisans et adversaires du ténor et quand le régisseur vint consulter le public, la commission prononça l'admission, malgré une opposition si vive qu'il était évident que la solution n'était pas définitive. En eft'el, huit jours après, M. Henderson reparaissant dans L'A fricaine, souleva des manifestations hostiles et se décida à résilier son engagement. Il fut remplacé définitivement par M. Cornubert.
M. Massart, ténor léger d'opéra-comique, avait été admis dans des conditions analogues et dut imiter l'exemple de son camarade. Mais, chose curieuse, M. Cormetty se présenta alors pour tenir son emploi, subit les trois épreuves réglementaires et fut accepté après une bonne interprétation du rôle de don José dans Carmen.
Bal masqué. — Ainsi que le cahier des charges lui en faisait une obligation, M. Perrouas organisa, le Mardi-Gras, un bal masqué qui n'eut (ju'un succès relatif quant au nombre des danseurs.
Représentations ayant précédé et suivi la saison lyrique.
— M. Perrouas étant entré en possession de son privilège le 1er août 1902, traita de la location de la salle avec trois impresarii qui donnèrent :
Le Marquis de Priola, de Lavedan, avec Miif' Jeanne Brindeau et M. Le Bargy, sociétaires de la Comédie-Française (26 août 1902) ;
Henri IIl et sa Cour, d'A. Dumas, avec M™e Lina Munie (16 septembre);
Boule de Suif, Le million et Son Poteau, avec une interprétation satisfaisante (22 septembre) ;
Les sept représentations qui furent données en mai et juin 1903 comportèrent :
Vautre Danger, de Maurice Donnay, avec M. Le Bargy, Mme Cora Laparcerie, etc.
Les Romanesques et // ne faut jurer de rien, avec W^^ Muller et M. Debelly, de la Comédie-Française ;
Heureuse, de Henuequin et Bilhaud, avec M. NobJet et Mi^o Andrée Méry;
Le Cid, donné le 5 juin avec MM. Silvain, Albert Lambert fils, Mlle Delvair, tous trois de la Comédie-Française ;
Le Demi-Monde, avecM™"^ du Minil et Persoons, MM. Raphaël Duflos et Jacques Fenoux, de la Comédie-Française ;
Le 11 mai, une soirée organisée par le Théâtre d'Art international, dirigé par M. Bour, comprenait trois pièces dont la principale était Jeunesse, un drame de Max Halbe, traduit par Mme Myriam Harry.
Le 15 mai, le Grand-Guignol fit connaître son répertoire spécial avec Un Frère, Une affaire de mœurs. Le système du docteur Goudron et du professeur Plum, etc.
Enfin, la représentation gratuite du 14 Juillet comporta Marie-Jeanne ou la Femme du Peuple, de d'Ennery, avec M™'^' Marie Tessandier dans le rôle de Marie-Jeanne qui lui avait valu un grand succès à la Porte-Saint-Martin.
Uocettes. — Les 164 représentations lyriques de la saison
produisirent 241.828 f. 85
Le mois d'avril, le bal et les représentations
antérieures à la saison 64.217 30
Total 3()(i.04(; 15
De très belles recettes furent réalisées lors des représentations données avec le concours de M"'' Marié de l'Isle et de M. Clément. Véronique eut également une carrière très fructueuse et on relève pour cette œuvre un prorliiit de 3.228 fr. 55 en matinée.
DIRECTION PERROUAS Année théâtrale 1903-1904
Le Conseil municipal avait repoussé, dans sa séance du 25 novembre 1902, une proposition de M. Lefort tendant à la suppression pure et simple de la subvention, ainsi qu'une motion subsidiaire de M. Lenormand ayant pour objet d'en ramener le cbitïre à 75.000 francs. Dans sa séance du 7 janvier 1903, il décida de proroger pour un an la concession de l'exploita lion précédemment accordée à M. Perrouas, qui ne demandait aucune modilication au caliier des charges en vigueur.
Par suite de dissentiments survenus entre le Directeur et son régisseur artistique, M. Labis, ce dernier dut cesser ses fonctions et ne prêta pas son concours à la présente campag-ne.
Saison lyrique. — La saison lyrique s'ouvrit le l^i" octobre 1903 par La Juive, qui servait de début à la troupe de grand opéra. Cette période de débuts fut particulièrement mouvementée et il y eut une véritable hécatombe de ténors légers et de barytons de grand opéra. Nous aurons à revenir sur les incidents les plus marquants.
La troupe fut péniblement constituée dans le courant de janvier. Elle était ainsi composée :
MM. Bkrgalonne, chef d'orchestre ;
Max Guillaume, deuxième chef d'orchestre ;
Berton, régisseur général ;
Moisson, fort ténor;
Galand, ténor léger ;
Servais, deuxième ténor ;
Redon, baryton de grand opéra;
FuLD, baryton d'opéra- comique ;
Laskin, basse noble;
Dons, basse chantante ;
Gaillard, deuxième basse ;
DuBRESSY, trial ;
Ometz, laruelte ;
Mmes Baron, forte chanteuse falcon ;
Rossi, chanteuse légère de grand opéra, puis Caux ;
Cholain, chanteuse légère d'opéra-cotnique ;
PouDE, contralto ;
Arméliny, première dugazon ;
Lebergy, deuxième dugazon ;
Lejeune, duègne ;
RoziER, maîtresse de ballet;
Blanche Mignon, première danseuse noble ;
Jeanne Lapoutje, première danseuse demi-caractère ;
Cerri, première danseuse travesti.
On se rappellera que M°i« Cholain avait fait partie delà troupe dix ans auparavant en 1894-i8Po. De la saison précédente subsistaient M™«s Arméliny, Lebergy, Lejeune, Rozier, MM. Max Guillaume, Fuld, Servais, Ometz et Dubressy. Il y avait donc beaucoup de nouvelles ligures parmi les titulaires des principaux emplois.
Répertoire lyrique. — Il se composa des vingt-six œuvres suivantes qui furent reprises :
L'Africaine (6). Lakmé (3).
Les Amours de Colonibine (li). Louise (8 .
Le Barbier de Séville (3). Le Maître de Ckapelle (3).
Carmen ('6). Manon (G).
Le Chalet 6 Mireille (6).
Les Draffons de Villars (:V). Les Noces de Jeannette (4).
Le Farfadet (0). Paillasse (4).
Faust (12). Le Prophète (4).
La Favorite (;j). Rigoletto (i).
La Fille du liégiment (3). Robert le Diable (3).
Hamlet (2). Samson et Dalila (7).
Les Hufjuenots (l)}. Sifpird (2).
La Juive (;J). Werther (6).
Artistes en représentation. — Plusieurs artistes vinrent remplacer des chefs d'emploi, empêchés par la maladie de paraître en scène. Il vaut mieux les passer sous silence, car ils furent l)ien médiocres ou bien ternes pour la plupart.
Au contraire, nous signalerons avec plaisir M""o Marié de ris le, de rOpéra-Comique, qui donna une excellente interprétation des rôles de Charlotte, de Werther, et de Carmen.
M. Clément remporta un grand succès dans Lakmé et dans le Barbier de Séiille. Avec une de ses camarades de l'Opéra-Comique comme partenaire, M™^ Terres, il chanta le rôle de Des Grieux, de Manon, mais il fut seul apprécié et applaudi.
Nouveautés. — Il y eut du bon et du mauvais parmi les œuvres montées au cours de la saison.
Saplio, opéra en cinq actes, de Henri Gain et Arthur Bernède, musique de Jules Massenet. Première représentation le 7 janvier 1904, avec MM. Galand Jean Gaussin), Fuld (Caoudal), M™es Cholain Sapho), Poude (Divonne), Lebergy (Irène). Cette œuvre, diversement appréciée par la critique, fut donnée six fois.
Henri YTH, opéra en 4 actes et 5 tableaux, de Léonce Détroyat et Armand Sylvestre, musique de Camille Saint-Saëns, lit son apparition sur notre première scène le 29 janvier 1904. Les principaux rôles étaient tenus par MM. Redon (Henri VIII), Moisson (don Gomez de Feria), Laskin (le Légat), Dons (Norfolk), Servais (Surrey), M°^esgaron (Catherine d'Aragon), Poude (Anne de Boleyn). Le corps de ballet remporta un succès très grand. M. Riddez. de l'Opéra, chanta d'une façon remarquable le rôle d'Henri VIII aux trois dernières représentations de cette belle œuvre, qui en eut dix au cours de la saison.
Un Soir (l'Eté, poème lyrique en 1 acte, de René Faucliois, musique de Maurice Lévy. Mal servie par ses interprèles, cette piécette fut jouée une seule fois le 2 mars 1904.
Zaza, comédie lyrique en 4 actes, paroles et musique de R. Léoncavallo. Première représentation le 21 mars 1904, avec Mlle Cholain et M. Galand dans les deux rôles principaux, qu'ils tinrent fort bien. Mais la faiblesse du livret et le manque absolu d'intérêt de la musique concoururent à un échec mérité, et cette pièce fut jouée seulement deux fois, produisant une recette totale de l.oOO francs.
La Légende de l'Ondine, drame lyrique inédit en 3 actes et f) tableaux, de Jean des Villeurs, musique de Georges Rosenlecker, représenté pour la première fois au Théàtre-des-Arts le 24 mars. Insullisammenl répéléiî, mal montée, cette œuvre fut encore donnée deux fois.
- li)o —
Cinq ballets nouveaux furent mis à la scène :
Le Héceil des Nymphes, de Michiels :
Mandolinetta, de Sudessy ;
Les Amours de Pierrot, livret de M. Berton, le rég-isseur général, musique de Dartillact;
Le Triomphe des Fleurs, musique de de Schepper ;
Sylma, de Léo Delibes.
Ce dernier, seul, eut mérité de retenir l'attention par la valeur (le la partition, mais il fut mutilé, coupé et déformé, ce qui souleva les protestations indignées de la critique, et pour comble de malheur, mal dansé.
Répertoire d'opérette. — Nous avons le regret de constater que ce fut une opérette qui, cette année-là encore, obtint le plus grand nombre de représentai ions.
Dans ce genre eurent lieu les reprises suivantes :
Barbe-Bleue (3). La Grande Duchesse (2).
Boccace (4 . M/.s.s Helyett (4).
Les Cloches de Corneville (4). Les Mousquetaires au Couvent (3).
La Fille de Madame Anijol (6). Bip-Rip (4).
Le Grand Mogol (2). Véronique (y).
Deux œuvres nouvelles furent montées :
Les Saltimbanques, de Maurice Ordonneau, musique de Louis Ganne. Première représentation le 30 octobre 1903, avec MM. Fuld, Servais, Dubressy, Ometz, M™»» Arméliny, Lebergy, Lejeune. Dans cette pièce, pour laquelle la Direction s'était mise en frais, on voyait au 2« acte une parade de foire, des acrobates, des fantoches, une danseuse faisant de l'équilibre sur un fil de fer! Ce véritable spectacle de foire Saint-Romain fut donné dix-sept fois, produisant une recette de 22.000 francs. Le Directeur pouvait trouver que tout allait pour le mieux, mais tout le nmnde ne partageait pas son avis, et la subvention fut remise en question par M. Plantrou au Conseil municipal, eu pure perte d'ailleurs.
Yetta, de Fernand Bessier, musique de Charles Lecocq. N'insistons pas sur ce four qui fut donné devant une salle à peu près vide, une seule et unique fois, le 25 janvier 1904.
Représentations an profit des Hospices. — Elles eurent lieu le 22 décembre 1903 et le 10 février 1904, avec Werther (1.204 fr.2o) et Faust (842 fr. 85).
Bal masqné. — Il fut organisé le Mardi- Gras, 16 février, et eut un succès relatif. Les danseurs amateurs furent excessivement rares; les choristes et les ballerines furent à peu près les seuls à se divertir.
Dernier mois d'exploitation. — Pendant le mois d'avril on donna :
L'Ecole (les Belles-Mères et Maternité, deux couiédies de Brieux;
Ruy-Blas, avec M™« Lara et M. .Jacques Fenoux, de la Comédie-Française ;
La Fille de lioland, avec M™» Segond-Weber, MM. Albert Lambert lils et Paul Mounet, de la Comédie-Française;
Le Dédale, de Paul Hervieu, avec M'i^ Bartet, de la Comédie- Française ;
Les Effrontés, d'Emile Augier, avec M'i" Sorel, MM. TrufTier et Baillet, de la Comédie-Française ;
Le Maître de Forges et La Cagnotte.
Incidents de la saison. — Mentionnons tout d'abord le décès survenu à l'Hôtel-Dieu. le 3 novembre 1903, de M^i'^ Ferraro seconde danseuse demi-caractère, qui avait tenu rera|)ioi de danseuse noble en 1890-1891 et 1896-1897, et celui de danseuse demi-caractère en 1892-1893 et 1893-1894.
Les débuts, comme nous l'avons dit, furent assez agités, et quelques faits sont à retenir.
Le 16 octobre, Les Huguenots servaient de troisième début, notamment à M. Viaud, baryton, dans le rôle de Nevers, et à M. Béguin, basse chantante, dans le rôle de Saint-Bris. Après le quatrième acte, le public ayant été consulté sur le sort de chacun d'eux, M. Viaud, en dépit d'une opposition très forte, fut d'abord proclamé admis par la Commission ; puis, le tumulte redoublant, le régisseur déclara que l'artiste ferait un quatrième déi»ut, uiais quelques instants après, revint dire qu'il y avait eu erreur et que l'admission était définitive.
11 y avait donc de l'orage dans l'air, et, quand il s'agit de
prendre une décision à l'égard de M. Béguin, les sifflets reprirent de plus belle ; mais, cette fois encore, la Commission prononça l'admission.
La représentation ne put alors continuer, malgré des apparitions répétées du régisseur, qui se montrait d'ailleurs un peu nerveux, sortait sa montre avec affectation et irritait la salle davantage. Il prolita, cependant, d'un moment d'accalmie pour faire admettre M™« Baron et M. Laskin; mais on dut, devant l'opiniâtreté des manifestants, baisser le rideau de fer, sans que le cinquième acte eût même été commencé. 11 était une heure et demie !
Sans être prophète, et au seul souvenir du passé, on pouvait prédire ce qui arriverait dans la suite. M. Viaud le comprit et résilia son engagement: mais M. Béguin s'entêta, et voulut bénéhcier de la décision de la Commission. Mal lui en prit, car, quelques jours après, il fut accueilli par des sifflets dans Le Chalet, malgré le zèle des agents à expulser les manifestants. Ceux-ci ne désarmèrent pas et eurent gain de cause : l'artiste ayant occasionné un scandale dans Manon, le Maire prit, séance tenante, un arrêté lui interdisant la scène du Théâtre-des-Arts. M. Dons le remplaça rapidement; mais pour tenir l'emploi du baryton, quatre artistes défilèrent, dont trois durent résilier sans oser affronter le troisième début. Le quatrième, M. Redon, fut enfin admis, grâce à une claque admirablement organisée, après une interprétation très faible du rôle du roi dans La Fai'orite, et fit plutôt regretter ensuite la rigueur dont M. Viaud avait été l'objet.
L'emploi de ténor léger fut également pénible à pourvoir ; M. Galand, qui trouva grâce devant le public, était le sixième débutant ! On devine que les cinq autres ne furent pas refusés ou amenés à résilier sans bruit.
11 en fut de même d'un baryton de passage qui ne savait pas l'arioso du cinquième acte ù'Ilamtet, « Comme une pâle fleur ». L'orchestre ayant sauté ce passage et le public ayant réclamé, l'artiste vint chanter l'air avec la partition à la main. Mais le bruit ne cessa pas : on se demandait comment un baryton ignorait cet arioso si connu et si classique.
Grève des musiciens. — Un incident digne d'être mis à part faillit amener la fermeture duTliéàtre-des-Arts en pleine saison.
Malgré la clause de leur engagement permettant à la Direction de les faire jouer deux fois par jour au besoin, les musiciens de l'orchestre demandèrent pour chaque matinée une rétribution spéciale, et, sur le refus de M. Perrouas, se mirent en grève. Le vendredi l^r janvier 1904, le spectacle de la matinée comportant le ballet de Faust et Les Saltimbanques, aucun musicien n'était à son pupitre ; quelques spectateurs ayant réclamé la pièce avec accomptignement de piano, la direction s'empressa de leur donner satisfaction, et devant une salle bien garnie, M. Max Guillaume accompagna le ballet, et M. Hella, Les Saltimbanques. Rarement on vit un pareil succès, et la chose n'était assurément pas banale. Mais pour la soirée, il n'en pouvait être de même avec SigunI, c'eut été bien cruel pour Reyer. La Direction annonça donc que la représentation n'aurait pas lieu et que le théâtre était fermé jusqu'à nouvel ordre. Elle se demandait, en effet, si elle n'allait pas invoquer l'article 13 des engagements de chacun des artistes prévoyant le cas de grève et lui donnant alors le droit de faire cesser les appointements de tout le personnel à compter du jour de cette fermeture.
Les délégués des musiciens, devant cette éventualité, fort préjudiciable à des camarades bien innocents de l'aventure, firent revenir leurs collègues sur leur décision et tout rentra dans l'ordre.
Nous devons dire que M. Perrouas renonça à son droit de faire payer à ses musiciens l'amende stipulée pour refus de service, mais que, par contre, ceux-ci, à la matinée suivante, massacrèrent la partition de Faust, se vengeant ainsi sur le public qui n'y était pour rien !
Centit'ine «le l'Africaine. — Le 21 janvier 1904, la représentation de L'Africaine étant la centième donnée depuis la reconstruction de la salle, la Direction voulut donner quelque solennité à cette soirée, mais eut la bizarre idée de supprimer le cinquième acte et de le remplacer par La Marche aux Flambeaux, exécutée par l'orchestre; puis, M. Paul Delesques dit
des vers en l'honneur de Meyerbeer, dont on couronna le buste.
Représentations ayant précédé et suivi la saison. — En
août et septembre 1903, des troupes de passage organisèrent les représentations dont nous allons donner l'énuméralion :
Le Bossu, drame de Paul Féval et A. Bourgeois ;
Madame Sans-Gène, avec une excellente interprétation, en tête de laquelle M^e Gabrielle Berny ;
Claudine à Paris et Médecine aux Champs, avec Alf^e Biana Duhamel, notre concitoyenne, la créatrice de Miss Helijett, et Dieudonné, du Vaudeville;
Blanchette, de Brieux, avec un troisième acte retouché, L'An- (jlais tel qu'on le parle et Le Gendarme est sans pitié, avec M. Baret dans les principaux rôles;
Monsieur Mansuet, de Galipaux, et Bas Bleu, de Valabrègue, avec Galipaux lui-même ;
Enfin, Les Dernières Cartouches, le drame de Jules Mary et Rochard.
Et pour terminer son privilège, M. Perrouas olïrit, en mai et juin 1904, quelques spectacles joués par des troupes de passage :
Le Cid et Les Précieuses Ridicules par la tournée Chataignié ;
Les Sentiers de la Vertu, de MM. de Fiers et de Gaillavet, et Les Jeux de l'Amour et du IJouzard, de Moineaux et Bocage, avec la tournée Baret ;
Cifrano de Bergerac, avec M. Jean Darragon ;
Bodogunc fut donnée le 10 juin à l'occasion de l'anniversaire Ta quelques jours près) de la naissance de Pierre Corneille, qui tombait précisément pendant les Fêles Normandes, avec une interprétation superbe : M™"' Dudlay, Segond-Weber, Louise Silvain; MM. Albert Lambert, Leitner, Delaunay et Ravet, tous de la Comédie-Française ;
Le Jumeau, vaudeville de notre concitoyen M. Jacques Monnier et de E. Larclier, avec Galipaux comme principal interprète.
Le Uetour de Jérusalem, de Maurice Donnay, avec Dumény, Bour, M™e Gladys-Maxance, etc.
Enfin, la représentation du 14 Juillet fut organisée par Mme veuve Perrouas, M. Perrouas étant décédé le 3 juin précédent. Elle comporta Patrie, le drame de V. Sardou.
Recettes. — M. Perrouas réalisa les recettes suivantes : Représentations lyriques (cent soixante-cinq) . 215. 113 f. 80 Mois d'avril, bal, représentations extra-lyriques 54. 969 45
Total. . . . 270. 083 f. 25
Cette saison vit vingt-sept représentations populaires, dont neuf pour le seul mois de février,
Cliose curieuse. Les Saltimbanques qui firent de fortes recettes, dont une de 3,122 fr. 60, donnèrent également la plus faible : 206 fr. 50.
Le maximum, 3,290 fr. 10, fut atteint par La Juice le jour de l'ouverture de la saison.
DIRECTION MÉTOT ET QUEVAL.
DIRECTION QUEVAL.
DIRECTION Raoul FRANÇOIS ET O'
Année théâtrale 1904-1905.
Le Conseil municipal arrêta, dans sa séance du 22 janvier 1904, le cahier des charges qui devait régir la prochaine campagne.
Des modifications qui furent apportées à ce document, nous retiendrons seulement les plus importantes.
Le Conseil, estimant avec raison qu'un commissaire de police peut être un excellent magistrat, tout en restant étranger aux choses tlu théâtre, réduisit son rôle lors du troisième début des artistes : les trois membres de la Commission étaient seuls chargés d'apprécier le verdict du public et l'indiquaient au Commissaire de service, dont l'opinion ne comptait plus.
Pour laisser toute initiative aux Directeurs actifs et ne pas retarder la mise à la scène d'ouvrages nouveaux, les débuts des artistes, sauf le troisième, pouvaient s'efïectuer dans des œuvres n'ayant pas encore été jouées à Rouen.
Enfin, pour éviter le surmenage des artistes et du personnel, il était stipulé que les jours où aurait été donnée une matinée, chacun des spectacles ne pourrait durer plus de quatre heures et demie.
Cette question du cahier des charges donna lieu à des observations de la part de MM. Lerefait et Gervais, qui trouvaient que la subvention ne remplissait pas son but dans un théâtre où l'opérette tenait une si grande place. Le Docteur Lerefait proposait logiquement, pour en justifier le maintien, d'exclure rigoureusement l'opérette du répertoire et d'inviter la Direction à donner quehiues concerts classiques pour relever le niveau artistique de Rouen. On verra parla suite que ces justes desiderata n'eurent aucun commencement de satisfaction.
Plusieurs candidatures se manifestèrent, mais celle de MM. Métot et Queval, appartenant tous deux à l'orchestre du
Théâtre, subsista seule et fut agréée par le Conseil municipal dans sa séance du 12 février 1904.
La saison lyrique s'était ouverte le 5 octobre et marcliait tant bien que mal quand, le 9 décembre, MM. Métot et Queval décidèrent d'un commun accord de dissoudre la Société en nom collectif formée entre eux pour l'exploitation du Théàtre-des- Arts. M. Queval était désigné pour liquider la Société et assurer l'achèvement de la saison commencée.
Mais des bruits circulaient, représentant le nouveau Directeur comme fort embarrassé dans ses affaires; les recettes ne suffisaient pas à couvrir les dépenses, bref, comme on s'y attendait, M. Queval demanda sa liquidation judiciaire le 8 février 1905.
L'actif de la liquidation était de 38,000 francs et le passif s'élevait à 87,000 francs, d'où un déficit de 49,000 francs. Grâce aux cautionnements, le petit personnel, dont les émoluments ne dépassaient pas 300 francs, fut payé, le surplus fut encaissé par le lifiuidateur. M'? Delpire, agréé, qui en lit la répartition entre les ayants-droits.
Après des pourparlers engagés entre la Ville et MM. François et Cie, l'exploitation du Théâtre fut concédée à ceux-ci à compter du 12 février 1905 jusqu'au 31 juillet suivant, aux conditions du précédent cahier des charges jusqu'au 9 avril seulement. Le genre et le nombre de représentations pour le septième mois restaient facultatifs ; dans le cas où, pendant la période comprise entre le 12 février et le 9 avril, les recettes ne couvriraient pas les dépenses, la Ville s'engageait à solder le déficit jusqu'à concurrence de 15,000 francs au maximum, et à forfait.
Le Théâtre-des-Arts n'était resté fermé que pendant cinq jours.
Eu prenant la Direction, M. François avait proposé aux artistes une réduction de 20 0/0 sur leurs appointements; tous y consentirent, sauf M™'' Genin, duègne, qui fui remplacée par M™o Jeanne Andrée, et M. Andrieux, deuxième ténor, qui fut remplacé par M. Noël.
Nous allons reprendre maintenant le résumé de la saison, sui-
vant le plan adopté, sans distinguer sous quelle direction tel ou tel fait est survenu.
Saison lyrique. — Elle commença le o octobre par Faust et les débuts donnèrent lieu à quelques incidents qui seront rappelés sous leur rubrique spéciale.
Enfin, non sans quelques difficultés, notamment pour l'emploi de' fort ténor, la troupe fut définitivement constituée comme suit :
MM. Bergalonne, chef d'orchestre;
Hella, deuxième chef d'orchestre ; Carbonneil, régisseur général ; FÉODOROW, fort ténor ; CoRMETTY. ténor léger ; Andrieux, deuxième ténor, puis Noël; Grimaud, baryton de grand opéra ; Saimprey, baryton d'opéra-comique; Paty, basse noble ; Dons, basse chantante; Compans, deuxième basse ; Ometz, trial ; Duprey, laruette ; Mmos Duvall-Melchissédec, forte chanteuse falcon ; Lemeignan, chanteuse légère de grand opéra ; Simonne d'ARNAUD, chanteuse légère d'opéra comique ; Bonheur-Chais, contralto ; Frédax, première du gazon ; Blanche Roger, deuxième dugazon ; GÉNiN, duègne, puis Jeanne Andrée ; Hennecart, maîtresse de ballet ; Blanche Mignon, première danseuse noble ; Mozzi, première danseuse demi-caractère ; Deremaker, première danseuse travesti.
En dehors de MM. Bergalonne, Dons et Ometz et de M"" Blanche Mignon qui faisaient partie de la précédente troupe, on retrouvait des noms connus, tels ceux de M. Carbonneil, régisseur général, la seconde basse de 1899-1900, de M. Cormetty, l'ancien fort ténor transformé en ténor léger
(1902-1903), M. Grimaud, le baryton des deux saisons 1899- 1900 el 1900-1901, M™'' Duvall-Melchissédec, l'ancienne directrice et forte chanteuse de 1901-1902, M™" Lemeignan qui avait déjà fait trois saisons à Rouen (1897-189S, 1899-1900, 1900-1901).
M. Hella avait été pianiste-accompagnateur et organiste l'année précédente; de même iM"^'^ Alozzi avait été seconde danseuse demi-caractère ; tous deux montaient donc en grade.
M™»? Jeanne Andrée avait chanté en 1883 /.a Princcsae des Canaries.
Enfin, M™e Hennecart nous revenait de loin : elle avait été en effet première danseuse sous les deux directions Lemoigne, en 1874-1875 et 1875-1876, c'est-à-dire pendant les deux dernières années du précédent Théâtre-des-Arts.
Répertoire lyrique. — Vingt-qualre opéras et opérascomiques furent repris pendant la saison :
L'Africaine (2).
Aida il).
Carmen (6).
favalleria Riisticana (2 .
Le Chalet (4).
Les Draqons de Villarx ('.]).
Faust (10).
La Favorite (3).
Hamlet ((>).
Henri VIII (3 .
Hérodiade (ci;.
Les Huguenots (7).
La Juive (o).
Lakmé (5).
Lohengrin (3).
Manon (8).
Mignon (5).
Mireille (o).
La Navarraise 5).
Les Noces de Jeannette (2).
Roméo et Juliette (2).
Sanison et Dalila (7).
Sigurd (7).
La Vie de Bohème (iK
Artistes en représentation. — Parmi les artistes venus en représentation, plusieurs firent montre de remarquables qualités.
M"i«Soyer, de l'Opéra, se fit entendre à nouveau dans Samson et Dfilila et y retrouva le même succès.
MiioXhévenet, de l'Opéra-Comique, interpréta l)rillamment le rôle de Carmen ; M'ie Kerlord, également de l'Opéra-Comique, s'y était montrée plus ordinaire, ainsi d'ailleurs (|ue M™<^ Bonheur- Chais, la contralto delà troupe.
Dans le rôle de la princesse Eudoxie, de La Juive, M'i« Ruppert fit preuve de beaucoup d'intelligence de la scène.
M. Baër, de l'Opéra, qui tenait alors le rôle du Diable dans Grisélidis, chanta le rôle de Méphistophélès, de Faust, en véritable artiste. M. Fournets, de l'Opéra, y fit admirer à son tour une science, une méthode et une voix admirables.
M. Clément remporta, à son habitude, un vif succès dans le rôle de Rodolphe, de La Vie de Bohème.
M. Girod, de la Monnaie de Bruxelles, ancien premier violon du Théâtre des-Arls, chanta avec beaucoup de charme et de goût le rôle de Vincent, de Mireille.
M. Daubigné, un jeune ténor, chanta gentiment le rôle du prophète Jean, cVHéroiliade.
Deux anciennes connaissances des Rouennais se firent entendre : M. Louyrette, dans le rôle du Cardinal, de La Juirc, et M. Hugues (ex-Anastay) dans le rôle de Radauiès, (VMila.
Nous avons gardé pour la lin M. Zocchi, de l'Opéra-Comique, qui eut une mésaventure digne d'être contée.
Cet artiste, dans le rôle de Gérald, de Ldkmé, avait remporté un tel succès le vendredi 24 février que M. François lui demanda d'y paraître encore le dimanche suivant en matinée. On lui avait promis de réduire les entr'actes au strict minimum, de façon à lui permettre de prendre le train de marée de 4 h. 58, car il devait le soir même chanter Cavalleria Hnsticana en lever de rideau à l'Opéra-Comique. Tout se passa selon les prévisions, le spectacle était terminé à 4 h. 15; mais on apprit que, par suite du mauvais temps, le train de marée aurait plus d'une heure de retard. Le malheureux ténor se vouait à tous les saints pour ne pas encourir les rigueurs du règlement, quand un de nos concitoyens, le spirituel critique du liouen-Tliéâtre, Jean VVisky, s'ofirit à le conduire en automobile jusqu'à Mantes si en cette ville on pouvait trouver un train en partance pour la capitale, sinon jusqu'à Paris.
M. Zocchi, couvert de manteaux et de fourrures, accepta, et l'on partit à toute allure, si bien qu'à Pont-de l'Arche les gendarmes voulurent faire une contravention pour excès de vitesse. Le temps ainsi perdu fit manquer un train à Mantes et c'est seulement à Saint-Germain que notre ténor put monter en chemin de fer.
D'ailleurs, le Directeur de l'Opéra-Comique, prévenu télépho-
niquement, avait conseati à intervertir l'ordre du spectacle. Tout est bien qui finit bien.
Nouveautés. — On monta au cours de la saison quatre œuvres, non encore jouées à Rouen, et qui n'eurent pas toutes le même sort. Elles étaient, il faut bien le dire, de mérite inégal.
La Heine Fiammette, conte dramatique en 4 actes et 6 tableaux, de Catulle Mendès, musique de Xavier Leroux. Ce petit chefd'œuvre, fort bien monté sous la direction de l'auteur, qui. en avait réglé lui-même tous les détails, fut donné pour la première fois le 28 décembre 1904, sous la conduite du compositeur. Par suite de l'indisposition de MH" Simonne d'Arnaud, le rôle de la petite Reine fut confié à I\Pe Marthe Chassang, qui lit apprécier des qualités de chanteuse et de comédienne. Les autres rôles étaient tenus par MM. Cormetty (Danielo), Grimaud (Giorgio d'Ast), Dons (César Sforza), Saimprey (Lucagnolo), Mitos Fredax, Roger, Dornay, etc.. De superbes décors avaient été brossés par M. Rambert, et tout concourut au succès. La Reine Fiammette eut ainsi douze représentations ; ajoutons qu'à la (juatrième, M. Bergalonne reprenait le fauteuil de chef d'orchestre et M"« Simonne d'Arnaud le rôle d'Orlanda.
Maîtir Wolfram, opéra-comique, de Méry et Théophile Gautier, musique d'Ernest Reyer. Cette œuvre de jeunesse de l'auteur de Sigurd (elle datait de 1854) fut jouée une seule fois sur notre première scène le l^i février 1905, avec M"" Simonne d'Arnaud, MM. Saimprey et Dewargnès, ce dernier ténor d'opérette.
Suzel, drame lyrique inédit en 3 actes, de Julien Goujon et Arthur Bernède, musique d'André Pollonais, n'eut également qu'une représentation le 10 mars 1905, malgré le bon accueil que lit le public à la pièce et à ses interprètes, M^^^ Dereims, de l'Opéra, et Lemeignan, MM. Grimaud, Saimprey, Cormetty, Compans, Dewargnès.
GrisélidÎH, conte lyrique en 3 actes et un prologue, d'Armand Sylvestre et Eugène Morand, musiciue de Massenet. La première représentation en eut lieu le 29 mars 1905 et fut suivie de quatre autres. M. Baër, de l'Opéra, personnifiait le Diable. Lesautres rôles étaient tenus par Mm"Melchissédec (Grisélidis),
M. Grimaud (le marquis de Salmes), M. Corinetty (Alain), Mlles Frédax, Roger, etc.. Ajoutons que cette partition avait été déjà donnée à Rouen le 22 mai 1902, à la salle Bellefonds, par Mil" Bignou et ses élèves.
Passons aux ballets nouveaux.
Nizéa, ballet en 1 acte, de Jules Fortin et Camille Lafont, musique de Doinerque de la Chaussée, représenté le 15 décembre 1904. Cette œuvre intéressante, bien montée et bien réglée, fut encore dansée cinq autres fois.
Les Fleurs animées, musique de Henri Schubert. Ce divertissement, sans prétention, fut donné le 1«' et le 6 février 1905.
Il y a lieu de signaler sous la rubrique des Nouveautés une audition d'orchestre de Catherine de Sienne, donnée le samedi 8 avril devant un certain nombre d'invités. La partition de cet opéra était dtie à M. Bouriello. le compositeur aveugle dont on avait déjà joué un ballet, Fiamn'a, le 20 décembre 1902. M. François lui donnait ainsi une petite satisfaction, car il n'avait pu tenir la promesse que lui avait faite M. Queval de mettre à la scène son opéra au cours de la saison.
Répertoire d'opérette. — Les opérettes suivantes furent reprises :
Les Brigands (3). Madame Favart (1).
La Cifiale et la Foiumi (G). La Mascotte (;">).
L'enUremeyit de la Toledad (3). Les Mousquetaires au Cn)ivent{^).
La Fille de M"" Anfjot (7). Les P'tites Michu (4).
La Fille du Tambour-Major (;>). Les 28 jours de Clairette (5).
M. François eut l'idée, tout au moins originale, de confier à la troupe de grand opéra l'interprétation de la Fille de Madame Angot. Mme Melchissédec remplit le rôle de M^^ Lange, M"" Lemeignan celui de Clairette, M. Grimaud celui d'Ange Pitou, M. Paty celui de Louchard, M. Saimprey celui de l'Incroyable, M, Noël celui de Pomponnet.
Cette tentative avait été fort discutée avant la représentation, mais elle obtint un grand succès. La première fut donnée au bénéfice de M. Bergalonne et fut suivie de six autres. La célèbre opérette produisit ainsi plus de 14.000 francs de recettes.
Représentation an profit des Hospices. — Une seule représenlalion eut lieu le 16 décembre et se composa de La Vie (le Bohème et du ballet de La Cigale et la Fourmi (recette 991 fr. 65). Eli remplacement de la seconde, M. François versa la somme convenue à l'Administration.
Concert. — Le 18 février 1905, le Comité des Fêtes Normandes organisa un concert vocal et instrumental sous le titre de Fête de la Chanson On y entendit M^^es Simonne d'Arnaud etMelcIiissédec, MM. Féodorow, Grimaud, Andrieux, M^^-Amel, de la Comédie-Française, Xavier Privas, Jacques Ferny, la musique du 74'- de ligne, etc.
Conférence. — Quoique tout à fait étrangère à l'art théâtral, nous devons mentionner la conférence faite au Théâtredes-Arts, le 3 décembre 1904, par le docteur Otto Nordenskjold, le célèbre explorateur du pôle antarctique, sur l'invitation de la Société Normande de Géographie.
Incidents de la saison lyrique. — Les incidents furent, en somme, assez rares en ce qui concerne les débuts.
Disons tout de suite à ce sujet que dans sa séance du 24 août 1904, la Commission consultative avait décidé que les spectateurs s'abstenant de manifester leur avis, seraient considérés comme opposés à l'admission de l'artiste en cause. C'était la condamnation, sans appel, du vieux proverbe « qui ne dit mot consent », comme le faisait remarquer Le Nouvelliste.
L'emploi de fort ténor donna du fil à retordre à la Direction. Sur le tableau de la troupe on voyait ligurer deux noms, celui M. Bailhé et celui de M. Mire, mais quand les répétitions commencèrent, il fallut en rabattre, et on n'osa |)roduire ni l'un ni l'autre devant le puljlic. M. Le Riguer fut donc engagé dès le 9 octobre, et après ileux débuts houleux dans L'Africaine et La Juive, résilia son engagement avant de paraître dans Slgurd, sa dernière épreuve.
M. Bucognani, qui vint ensuite, résilia également son engagement, en prévision d'un échec à peu près inévitable.
Knlin, M. Féodorow fut admis le 8 décembre.
Mais qu'étaient devenus les deux ténors primitifs ? L'un, M. Mire, accepta la résiliation de son engagement, en faisunt savoir, toutefois, que si un enrouement ne l'avait pas empêché de chanter, son organe et son talent lui auraient valu des applaudissements !
Quant à M. Bailhé, il voulut à toute force faire ses débuts et parut pour la première fois dans Les Huguenots. Son sort ne fut pas long à être réglé, car après le second acte, il dut accepter la résiliation réclamée par le public.
A cette même représentation, M. Dons ayant été légèrement chuté au quatrième acte au milieu de la Bénédiction des poignards, quitta brusquement la scène, laissant en plan les moines, les conjurés et le public.
Sur les instances du régisseur, les spectateurs, bien disposés ce soir-là, permirent à l'artiste de continuer son rôle, et l'afïaire était absolument oubliée quand M. Dons la réveilla maladroitement en menaçant du Procureur de la République Jean Wisky qui avait spirituellement critiqué l'incident dans son journal Rouen-Théâtre, M. Dons était surtout blessé de deux mots latins qu'il ne comprenait pas et qui n'avaient d'ailleurs aucun sens désobligeant pour lui : « Caveat Consul. »
L'affaire n'eut pas d'autre suite, mais pendant quelque temps Jean Wisky, chaque fois qu'il parlait de M. Dons, avait soin de faire suivre son nom de quelques mots latins. On crut à un moment que toutes les Bucoliques y passeraient, mais les rieurs n'étaient pas du côté de Saint-Bris.
Grève des choristes. — Suivant l'exemple qui leur avait été donné l'année précédente par les musiciens de l'orchestre, les choristes se mirent en grève le dimanche 23 octobre 1904 dans le but d'obtenir une rétribution supplémentaire de 5 francs par matinée. L'article 1«'" de leur engagement était cependant formel et autorisait la Direction à les faire chanter une ou plusieurs fois par jour ; mais le mot d'ordre venait de l'Union Syndicale de Paris.
La représentation des Huguenots n'eut donc pas lieu et le théâtre resta fermé le dimanche soir et le lundi.
Sur l'intervention du Maire de Rouen, un arrangement fut
conclu, dont la Direction faisait tous les frais : elle consentait, en effet, à payer aux choristes un cachet de 2 fr. 50 par matinée et à ne leur réclamer aucune amende pour inexécution des clauses de leurs engagements.
Représentations ayant précédé ou suivi la saison. —
Une seule représentation dramatique fut donnée entre la date de la prise de possession de la Direction par MM. Métot et Queval et l'ouverture de la saison lyrique : elle eut lieu le 15 septemhre 1904 et se composa û'Hernani, avec W^^ Delvair et M. Dessounes, tous deux de la Comédie-Française.
Après le 9 avril 1905, le genre d'exploitation et le nombre des représentations restaient facultatifs, aux termes du traité passé entre la Ville et M. François, qui avait la jouissance du théâtre jusqu'au 31 juillet suivant.
Pendant cette période divers spectacles furent organisés.
Le 12 avril, la tournée Baret interpréta t.a Gueule du Loup et A siJe de Nuit.
Puis le Théâtre Normand, fondé en 1884 par M. Fernand Halley, ouvrit, au Théâtre-des-Arts, une campagne qui commença le 29 avril 1905 et pour laquelle le Conseil municipal avait voté une subvention de 1,000 francs.
Le premier spectacle se composa de Le Septième jour, de Mme Amélie Villetard, et de Eline de Rouen, drame en 5 actes, de Jules de Marthold.
Le second se composa de Un Orage, comédie en 1 acte, de M. Robert Pinchon, le critique dramatique et musical du Journal de liouen; Le Jouet, pièce en 3 actes, de MM. Guy de Téramond et Level ; Trois Tourtereaux, comédie en 2 actes, de MM. Jacques Monnier et Jean Guéret.
Toutes ces œuvres furent données encore pendant six représentations, et l'entreprise atteignit ainsi le 8 mai; mais les recettes étaient excessivement modestes.
La Direction du Théâtre-Normand, pour pouvoir préparer une nouvelle série d'oeuvres inédites, donna, les 11, 12 et 14 mai, L'Abhe Constantin, avec une interprétation bien faible, puis annonça, enfin, que devant l'indifférence du public elle se trouvait obligée d'avancer la clôture de la saison.
Les artistes engagés pour cette série organisèrent alors à leur bénéfice une représentation qui eut lieu au Théâtre-Français, mais dont le résultat matériel fut peu brillant.
M. de Féraudy vint ensuite le 30 mai avec M^^"' Robinne interpréter Brichaiiteau, pièce tirée par lui du roman de Jules Claretie.
Précédée de L'Ecole des Belles-Mères, la nouvelle pièce de Brieux, Les Aminés, fut donnée le 2 juin par la tournée Baret.
A l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Pierre Corneille, la Compagnie Cliataignié représenta, le 6 juin, Polyeucte, suivi du Malade Imaginaire.
Le Comité constitué sous la présidence de Jean Revel pour le rachat du pavillon de Gustave Flaubert à Croisset, organisa, le 7 juin, une soirée artistique, musicale et littéraire qui obtint un vif succès (recette 2895 fr. 50). Une conférence de M. Albert Sorel, de l'Académie Française, sur l'œuvre de notre illustre concitoyen, fut suivie de lectures de fragments de Madame Bovary, de Salammbô, etc., par Mounet-SuUy, Albert Lambert fils, Mlles Delvair et Pierat, tous de la Comédie-Française. Le spectacle, un peu touffu d'ailleurs, avait débuté par une partie musicale dans laquelle le public rouennais put apprécier pour la première fois la jolie voix et le talent de notre autre concitoyen, M. Raymond Chauoine-Davranches.
Une série de cinq représentations données par la tournée Baret, et pour laquelle des abonnements spéciaux avaient été créés, eut lieu du 10 au 14 juin. Elle comprit :
L' Adversaire, de Alfred Capus et Emmanuel Arène ;
La Gueule du Loup et L'Anglais tel qu'on le parle ;
Les Sentiers de la Vertu, de de Fiers et de Cailla vet, et Asile de Nuit ;
Petite Bonne sérieuse, de G. Timmorey et J. Manousse, L'Ecole des Veufs, de G. Ancey, et La Mineure, de Jean Jullien ;
Enfin, Le Duel, d'Henri Lavedan.
La représentation gratuite du 14 Juillet comporta La Fille de Roland, à l'issue de laquelle Mi'« Renée Cogé déclama su[)erbement La Marseillaise.
Recettes. — Les cent cinquante-trois représentations lyriques produisirent une somme de 226.091 f. 60
Les représentations ayant précédé ou suivi la saison, celle de 21.065 65
Ensemble. . . . 247. 157 f. 25
Sous la direction François, il y eut une véritable débauche de populaires : on en compte vingt-trois du 6 février au 9 avril, soit environ onze par mois.
Faits divers. — Au début de la saison, MM. Métot et Queval décidèrent de supprimer l'obligation, pour le spectateur sortant à l'entr'acte, de prendre la carte qu'il fallait remettre jusque-là à l'huissier placé près du contrôle. Le spectateur pouvait ainsi aller et venir sans autre formalité que la présentation du ticket pris au bureau ou à la location et qu'il devait par conséquent conserver soigneusement.
C'était évidemment plus simple et on évitait ainsi l'encombrement aux portes de sortie les jours d'aflluence, mais la vieille coutume de la contre-marque ne tarda pas à reprendre ses droits.
Dès son arrivée, M. François avait rétabli les prix réduits du dimanche soir, soit 3 francs pour les loges et baignoires, les fauteuils d'orchestre et de balcon et les stalles de parquet.
DIRECTION F. CAMOIN Année théâtrale 1905-1906
Dès le 30 décembre 1904, le Conseil municipal avait adopté le cahier des charges à imposer à la Direction pour la campagne 1905-1906.
Les modifications au précédent n'étaient ni importantes, ni nombreuses.
Tout d'abord on revenait à l'usage de concéder pour trois ans la durée de l'exploitation, avec faculté pour chacun des contractants de résilier leur traité au 31 juillet de chaque année, à charge de se prévenir mutuellement avant le le"" janvier de l'année en cours.
L'orchestre devait comprendre au moins 30 musiciens pour les représentations d'opérette.
En cas de prolongation des débuts au delà du maximum de deux mois, le Maire avait jusqu'alors le droit ou de résilier la concession ou de retenir, à titre de clause pénale, une somme de 100 francs par artiste et par jour de retard. Cette dernière sanction parut sufTisanle et fut seule maintenue.
Enfin, le genre d'exploitation du septième mois, au lieu d'être laissé au choix de la Commission consultative, était confié à l'appréciation du Directeur, la Commission se bornant à donner son avis.
Plusieurs candidatures, parait-il, se produisirent, mais la Commission n'en retint que deux : celle de M. Mondaud, ancien directeur artistique du Théâtre de Lyon, qui avait tenu l'emploi de baryton de grand opéra pendant les saisons 1889-1890 et 1890-1891, et celle de M. Camoin, directeur du Théâtre d'Angers.
M. Mondaud ayant demandé des modifications au cahier des charges qui remettaient tout en question, M. Camoin se trouvait seul en ligne et fut nommé directeur pour trois ans le l«r février 190.5.
Saison lyrique. — KUe s'ouvrit le 6 octobre avec Les Huguenots. La période des débuts présenta quelques incidents et ne
se termina que le 4 janvier, époque où la troupe se trouva enfin complète. Elle était composée comme suit :
MM. Claudius, chef d'orchestre ;
Delcellier, deuxième chef d'orchestre ;
Riza-Danel, régisseur général ;
Moisson, fort ténor ;
Bourbillon, ténor léger ;
Descombes, deuxième ténor ;
Gbimaud, baryton de grand opéra ; J
Bbialmont, baryton d'opéra-comique;
ViNCHE, basse noble ;
RiCHEMONT, basse chantante ;
Rivet, deuxième basse ;
Ometz, trial ;
Bargel, laruette ; Mmes Jervait-Kossa, fofte chanteuse falcon ;
MiLCAMPS, chanteuse légère de grand opéra ;
DuPRÉ, chanteuse légère d'opéra-comique ;
d'Hasty, contralto ;
Lagard, première dugazon ;
Théry, deuxième dugazon ;
MÉA, duègne ;
Hennecart, maîtresse de ballet ;
Savio, première danseuse noble;
Bistebbiegt, première danseuse demi-caractère.
Albers, première danseuse travesti. Plusieurs de ces artistes étaient déjà connus : M. Riza-Danel avait été régisseur en 1894-1895; M. Moisson, fort ténor deux ans auparavant ; M. Descombes, deuxième ténor en 1901-1902 ; M. Grimaud, baryton dans la dernière campagne; M. Vinche avait tenu l'emploi de basse noble pendant trois saisons (1897- 1898, 1899-1900, 1900-1901); M^^ Hennecart gardait le sceptre de maîtresse de ballet.
Ilépertoire lyrique. — Vingt-sept opéras et opéras-comiques et le ballet Javolte furent repris en cours de saison :
Le Barbier de Sévillc (2) Lohemjrin (1).
Carmen (6). Liicie de Lammermoor (2).
Cavalleria Rusticana ((i). Le Maître de Chapelle (5).
Le Chalet (4). Manon (oj.
Les Dragons de Villars (4). Mignon 7 .
Fa?/s« (•.)). Mireille (8).
ta Favorite (o). ifl Navarraise (7).
La F/i/e du Régiment 7). Les iVoces de Jeannette Cô).
Hamlet (5). Orphée (9).
Hérodiade (\). La Reine Fiammette (2).
Les Huguenots (6). Samson et Dalila (4).
Javotte (3). Sigurd 4).
La Jiure (7 . La Traviata (4).
Lafrme (7). lFer?/(er (1).
Reprise d'Orphée. — La Direction, par les communiqués dans les journaux, dont elle était si prodigue, annonça dans le courant de février qu'elle allait monter « pour la première fois à Rouen » VOrphée, de Gluck.
Volontairement ou non, elle commettait une erreur, ainsi que le constata le Journal de Rouen : ce chef-d'œuvre avait été joué, en effet, pour la véritable première fois plus de cent ans auparavant, le 6 décembre 1788, et fut repris bien souvent, mais ne reparut plus sur l'afliche depuis le 16 avril 1819, jour où le rôle d'Orphée avait été chanté par le fameux Nourrit. Il était donc absolument inconnu des plus fidèles habitués du Théàtre-des- Arts.
Le 1er mars 1906, devant une demi-salle à peine, eut lieu cette reprise, qui peut faire date dans nos annales. Ce fut une véritable révélation: M^^ d'Hasty interpréta le rôle d'Orphée dans la perfection, avec le style qui convient à cette admirable musique classique; M'^'^ Milcamps et M™« Lagard furent très convenables dans les rôles d'Eurydice et de l'Amour. Les danses étaient fort bien réglées, les chœurs et l'orchestre furent à la hauteur de leur tâche difficile.
Le succès vint peu à peu et on éprouva alors une sensation d'art, trop rare sur notre première scène, et, malgré une saison médiocre, il sera beaucoup pardonné à M. Camoin pour avoir monté un ouvrage d'une si haute valeur.
Artistes en représentation. — En présence de l'insuffisance du ténor léger de la troupe, M. Camoin dut faire souvent appel à des artistes du dehors, sans avoir toujours la main heureuse. Par exemple, M. Mikaelly, du Théâtre d'Amiens, chanta sans grand succès Carmen, Manon et le Jongleur de Notre-Dame, où il créa le rôle de Jean.
M. Sirey eut le même sort dans Manon, Mireille et Werlhtr. M. Dubois fut peu heureux dans le rôle de Faust, où, au contraire, réussit M. Cossira, de l'Opéra.
M. Fernet, de l'Opéra-Comique, interpréta avec talent le rôle de Turrido, de Camlleria Ilusticana, aux quatre représentations qui en furent données.
M. Zocchi, également de l'Opéra-Comique, retrouva le succès de l'année précédente dans Carmen et Hérodiade.
M. Leclerc, de l'Opéra-Comique, vocalisa à merveille le rôle d'Almaviva, du Barbier de Sévillp, pendant que M. Decléry, du Théâtre de la Monnaie, natre ancien pensionnaire, remportait un véritable triomphe comme chanteur et comme comédien dans le rôle de Figaro.
M. Vianenc, malgré son habileté, ne sut pas dissimuler l'insufïisance de sa voix dans le rôle d'Escamillo, de Carmen.
M. Delmas, de l'Opéra, fut, par contre, un excellent Méphistophélès.
M. Chambon, de l'Opéra également, causa une véritable désillusion dans le rôle d'Hagen, de Sigurd, et le public fut d'une froideur significative.
Mii« Marthe Chassang reprit le rôle d'Orlanda, de Iji Reine Fiammette, qu'elle avait créé l'année précédente.
Enfin M™e Bourgeon, la femme de l'adjoint au maire, reparut sur la scène où elle avait occupé l'emploi de contralto en 1897- 1898 sous le nom de Mii« Soïni. Elle y remporta un grand succès dans le rôle de Dalila, qu'elle chanta au profit des Hospices.
Nouveautés. — M. Camoin monta cinq oeuvres nouvelles, dont une est restée au répertoire.
L'Étranger, action musicale en 2 actes, paroles et musique de Vincent d'Indy. La première représentation eut lieu le 17 novembre 1901), avec MM. Grimaud (l'Étranger), Bourrillou (un
Douanier), Descombes, Rivet, M™es Jervait (Vita) et Lagard (la Mère). Cette partition, d'une orchestration très savante et très pénétrante, demandait, pour être goûtée, toute l'allention des auditeurs. Elle eut néanmoins une assez belle carrière, en dépit d'une interprétation assez faible (M. Grimaud excepté). L'Étranger fut joué, en effet, neuf fois.
Arnica, opéra en 2 actes, de Paul Bérel, musique de Mascagui, représenté le 6 décembre 190;i. M. Nuibo, de l'Opéra, avait été engagé spécialement pour créer le rôle de Giorgio. A ses côlés. M™"'' Milcamps et Lagard, MM. Grimaud et Richemont remportèrent un bon succès. Aux quatrième et cinquième représentations, qui furent les deux dernières, M. Riddez, de l'Opéra, tint avec talent le rôle de Rinaldo.
Les Girondins, drame lyrique en 4 actes et H tableaux, de Delormeil et Paul Bérel, musique deFernand Le Borne, le compositeur de L'filole aux Yeii.r rcrts, qui dirigea son œuvre à la première représentation, le 15 janvier 1905, et aux trois suivantes. L'interprétation était confiée à M^^^ Jervait, d'Hasty, MM. Moisson, Grimaud, Bourrillon, Richemont, Brialmont, Descombes, etc.. Cette œuvre, qui nécessitait une grande mise en scène, une nombreuse figuration, des danses, fut donnée onze fois.
La Carmélite, comédie musicale en 4 actes et 5 tableaux, de Catulle Mendès, musique de Raynaldo Hahn, fut représentée le 21 février 1906, sous la direction de l'auteur. Les principaux rôles élaieîîtHenus par M™® Milcamps (Louise), M™e^ Lagard, Lefebvre, Théry, MM. Bourrillon (le Roi , Grimaud (l'Evêque), Brialmont, Descombes. Cette pièce, qui mettait en scène Louis XIV, La Vallière et Bossuet, fut jouée quatre fois.
Le Jow/leur de Xotrr-Dame, miracle en 3 actes, de Maurice Lena, musiciue de J. Massenet. Première re[)réspntalion le 7 mai's 1906, suivie de sept autres pendant la saison : mais celle œuvre charmante a été reprise les années suivantes et fait partie du répertoire courant, comme Manon et Werther. L'interprétation du rôle de Jean fut confiée"à M. Mikaelly, puis à M. Bourrillon, celui de Bonifaceà M. Richemont et à M. Grimaud, celui du Prieur à M. Vinche, puis à M. Richemont.
Deux ballets comijlélèrenl la série des Nouveautés.
Ondine, de M^e Hennecart, musique de Schubert. Quatre représentations, dont la première le 17 novembre 1905.
Pierrot poète, de Georges Boyer, musique de Henri Hirchmann (1 mars 1906).,
Répertoire d'opérette. — L'opérette fut en faveur cette année-là comme les autres, et La Poupée eut plus de représentations que L'Étranger ou Le Jongleur de Notre-Dame.
Les reprises comportèrent :
Les Cloches de Corner ille (o). Les Mousquetaires au Courent (3).
La Fille du Tambour-Major (3). La Périchole (4).
Le Grand Magot (3). Le Petit Duc (2).
Mam'zelle Nitouche (3). La Poupée (11).
La Mascotte (2). Les Saltimbanques (2).
Trois nouveautés furent montées :
Les Petites Brebis, opérette en 2 actes, de Liorat, musique de Louis Varney. Huit représentations, dont la première le 5 novembre 1905.
La I*elite Bohème, en 3 actes, de Paul Ferrier, musique de Henri Hirchmann. Quatre représentations, dont la première le 7 février 1906.
Madame Cupidon, de Albert Mireur, musique de Félix Hesse. Une seule représentation le 25 mars 1906.
L'interprétation de l'opérette fut, en général, médiocre, et il est préférable de ne donner aucun détail sur ce sujet d'ailleurs secondaire.
Rej)résenlalions au i)rofit des Hospices. — Leur résultat fut plus brillant que d'habitude : la première, composée du Maître de Chapelle et de Samson et Dalila, avec le concours de M'"<' Bourgeon, produisit 3.840 fr. 35 (27 décembre) ; la seconde, qui offrait l'attrait de la première représentation de La Carmélite, produisit 1.985 fr. 50.
Concert. — Le Comité des Fêtes Normandes organisa, le 17 février 1906, un concert vocal et instrumental dont le produit était destiné à faciliter la création d'une section rouennaise de la Chanson française. Au programme (igurèrent la plupart des artistes de la troupe, M™^'' Paulette Darty et Fran-
cine Lorée, les mimes Georges Wague et Chrisliane Mendelys, le chansonnier Xavier Privas et la musique du 74" de ligne.
Représentations dramatiques en cours de saison. —
Deux matinées classiques eurent lieu les jeudis 29 mars et 5 avril.
La première se composa de L'Arare et Le Malade imaginaire, interprétés i)ar M. Barrai, de la Comédie-Française, G. Frère, de rOdéon, Henri Duval, M™" Rose Thé, etc.
La seconde comprenait Le Cid et Le Dépit Amoureux.
Dernier mois d'exploitation. — Douze représentations furent données pendant le dernier mois, mais le même spectacle revint plusieurs fois :
Délicatesse, de M. Ambre, et La Rafale, de H. Bernstein ;
Les Précieuses ridicules et Athalie, interprétées par la troupe de M. Zeller;
La Grande Famille, de Arquillière ;
La Piste, de Victorien Sardou, avec M°»« Réjane et M. André Melchissédec, notre ancien directeur ;
Le Chemincau, de Richepin ;
Enfin, Les Oberlë.
Incidents de^ la saison. — La période des débuts, commencée dans Les Huyuennts, faisait prévoir quelques soirées orageuses. Le premier jour, eu elïet, MM. Moisson, ténor, et Mas, basse noble, furent, à plusieurs reprises, l'objet de manifestations hostiles, et M^e Minnie Tracey, forte chanteuse falcon, se trouva, dès son entrée en scène, en butte aux risées d'une partie du public avant même qu'elle eut ouvert la bouche et dut accepter de résilier son engagement au commencement du troisième acte. Le vacarme partait des troisièmes galeries où une cabale avait dû être montée.
Cette exécution sommaire et injustifiée fut généralement blâmée, puisqu'un artiste avait le droit de se produire dans trois œuvres différentes.
Ajoutons que le dimanche suivant, en matinée, M^^ Minnie Tracey remporta un triomphe dans le même rôle des Hugue-
nots, et. fut acclamée après le quatrième acte ; mais il était trop tard l
Cette année-là le recrutement des basses fut particulièrement difficile et trois avaient échoué avant l'arrivée de M. Vinche.
L'un de ceux-ci, M. Louyrelte, une ancienne connaissance, avait fait sou troisième début dans le rôle de Marcel des Huguenots; quand le régisseur était venu demander l'avis du public, la majorité lui était évidemment favorable, mais les applaudissements paraissaient bien intéressés, alors que les sidleurs étaient incontestablement des habitués du théâtre qui ne se montraient pas seulement aux soirées des débuts pour disparaître ensuite jusqu'à la saison suivante. La Commission estimant que son lôle était d'apprécier la nature des applaudissements refusa l'artiste.
Ce fait, minime en apparence, fut gros de conséquences. Une polémique s'engagea à ce sujet entre Le Journal de llouen et Jm Dépèche, le mode des débuts, alors en usage, fut discuté et il paraissait dès lors probable qu'une modification serait apportée au vieux système qui, comme bien d'autres choses, avait du bon et du mauvais.
Rei)r«'seiilatioiis ayant précédé ou suivi la saison lyrique. — Avant la saison, trois représentations seulement furent données dans le courant de septembre 1905.
Petite Amie, de Brieux, et Poil de Carotte, de J. Renard, avec Mlle Suzanne Desprès, de la Comédie-Française;
Ces Messieurs, de Georges Ancey, avec M^'^ Andrée Mégard;
Enfin, Monte-Cristo, avec une interprétation des plus médioci'es.
Pai- contre, la saison d'été fut particulièrement brillante.
Fait bien rare dans les annales théâtrales : une tournée dirigée par M. Fermo, le futur directeur de nolie première scène, vint donner la première leprésentation d'une œuvre lyrique non encore représentée à Rouen : Chatterton, opéra eu 3 actes, tiré du drame d'Alfred de Vigny, par Léoncavallo. Deux circonstances se prêtaient à cette tentative : l'feuvre ne comportait pas de chdMirs, et la plupart des musicicMis de l'orchestre habituel étaient encore à Rouen.
Deux représentations furent données les 11 et 13 mai 1906. Mii« Mancini, qui avait obtenu deux ans auparavant un prix d'opéra au Conservatoire, chanta le rôle de Jenny, et M. Pa'scual, un jeune ténor espagnol, celui du poète anglais. L'orchestre fut dirigé avec brio par M. Mathieu.
Tous ces noms reviendront d'ailleurs souvent par la suite sous notre plume.
Le 16 mai, Texcellent comique Brasseur, des Variétés, interpréta Le Bonheur! Mesdames, de Francis de Croisset.
Mii'^ Brandès, de la Comédie-Française, tint le 26 mai le principal rôle de VEspiomie, de Sardou, et la tournée Chataignié donna liuy-Blas le 29 du même mois.
Cette année 1906, de grandes fêtes avaient été organisées à Rouen à l'occasion du troisième centenaire de Pierre Corneille, et le Théàtre-des-Arts devait natuiellement y participer. On y donna donc :
Le 6 juin, Poh/eucte, avec MH" Lucie Brille et M. Albert Lambert père, de l'Odéon. Le spectacle commençait par Dernière Tragédie, à- propos en vers, de G. Zidler, et un hommage à Corneille, également en vers, de M. Edward Montier;
Le lendemain, Le Cid, et Le Jeu de l'Amour et du Hasard, par la troupe de l'Odéon.
Enfin, le 17 juin, Le Menteur et Horace, avec MM. Silvain, Paul Monnet, Jacques Fenoux, Falconnier, Dehelly, Brunot, Charles Esquier, Dessonnes; M^es Louise Silvain, Géniat, Rachel Boyer, Lynnès, etc., tous et toutes de la Comédie-Française. Entre les deux pièces eut lieu le couronnement du buste, et M»*»» Louise Silvain dit un poème de M°»e Eli de Wissocq.
Les Fourchauibault constituèrent le spectacle du 14 Juillet.
Recettes. — Les recettes des cent cinquante-quatre représentations lyriques s'élevèrent à 236.409 f. 90
Le septième mois et les représentations extra lyriques produisirent 2o.9o7 80
Total. . . . 262. 367 f. 70
En fin de saison, M. Camoin se déclarait cependant dans l'impossibilité d'aliter jusqu'au bout et demandait;'! la Ville un supplément de subvention.
Le Conseil municipal, qui venait de reconnaître, en arrêtant le cahier des charges pour la prochaine campagne, que la Direction avait des frais trop considérables, et qu'il y avait lieu de les réduire, aurait eu mauvaise grâce à ne pas donner satisfaction à M. Camoin : il lui accorda donc un supplément de subvention de 10,000 francs correspondant à la part de frais généraux jugés excessifs, et dont seraient exonérés les directions à venir.
Faits divers. — A l'occasion des Girondins, et sur la demande du compositeur, M. Le Borne, le pupitre du chef d'orchestre fut adossé à la balustrade, devant le premier rang des fauteuils. Cette disposition, qui subsista jusqu'à la fin de la saison, devait permettre au chef de mieux voir tous les musiciens. Les premiers violons se transportèrent auprès de lui, tandis que les violoncelles se plaçaient contre la rampe.
Cette même année, on installa dans les combles une cheminée d'appel dont le but serait, en cas d'incendie, d'attirer le courant de flammes qui, sans cela, se serait précipité naturellement vers la seule issue existante : la salle des spectateurs. L'incendie resterait ainsi concentré sur le lieu du foyer. Fort heureusement, on n'a pas eu à apprécier l'avantage de ce travail !
DIRECTION F. CAMOIN ET C" Année théâtrale 1906-1907.
M. Camoin. usant de la faculté prévue au cahier des charges, avait envoyé au maire, dès le mois de décembre 1905, sa démission de directeur, déclarant ne pouvoir continuer une exploitation trop onéreuse, à moins que la Ville ne consentit à modifier les conventions antérieures.
Pour permettre d'ailleurs à l'Administration municipale de se rendre compte du bien fondé de ses dires, M. Camoin avait mis à sa disposition sa comptabilité entière, accompagnée des pièces justificatives à l'appui.
Après un examen approfondi de la situation, fait en commun par la Commission consultative et le Conseil municipal réuni en Connnission générale, il fut admis, en effet, que le Directeur devait faire face à des frais généraux écrasants et ne pouvait arriver à équilibrer son budget. En conséquence, le Conseil apporta de nombreuses et importantes modifications au cahier des charges sur un rapport très complet présenté par M. Lucien Valin (séance du ie"" février 1906).
Tout d'abord, ou supprima l'obligation de donner au profit des Hospices les deux représentations qui, si elles privaient le Directeur d'une double recette, ne laissaient pas un bénéfice bien appréciable à nos établissements hospitaliers.
On supprima encore les emplois du tapissier, de l'un des chaulleurs, des deux costumiers et le traitement du concierge qui devait, à l'avenir, être simplement logé par la Ville; par contre, celle-ci prenait à sa charge une partie des appointements du conservateur du matériel et de l'un des électriciens.
Par suite, la collection de costumes, d'ailleurs fort incomplète et ne répondant plus aux besoins, devait être vendue, ce qui ne causait aucun préjudice aux directeurs, obligés, depuis longtemps, de s^adresser aux entrepreneurs du dehors.
Une innovation capitale fut introduite dans la composition de la troupe : le Directeur n'était plus tenu d'engager, pour la
durée de la saison, ni une contralto, ni une basse noble, ni une seconde danseuse, les deux premiers emplois, au dire du rapporteur, n'étant plus guère utilisés dans les pièces du répertoire moderne ! Il était toutefois spécifié que pour l'inlerprétatiou des ouvrages dans lesquels une contralto ou une basse noble sont indispensables, le Directeur devrait prendre au cachet des artistes d'une valeur égale à ceux de la troupe sédentaire, sous peine d'une amende de 100 francs pour chaque infraction.
Enfin, on supprimait encore deux emplois de choristes hommes et deux de choristes femmes.
Le cautionnement des directeurs qui, jusqu'alors, était de 31.000 francs, était réduit à 6.000 francs, et pour assurer le {)aiement intégral des traitemenis inférieurs à 300 francs par mois, la subvention devait être versée aux ayants-droit par les soins de la Recette municipale, à concurrence de :
Pour l'orchestre 54.000 f. »
Pour les chœurs 36.000 »
Pour le ballet 12.000 »
Pour les employés • . . 18.000 »
Egalité. . . . 120.000 f. »
Le solde devait être, le cas échéant, remis au directeur en fin de saison.
La Commission consultative et le Conseil municipal s'étaient souvenus de l'incident Louyrelte, comme nous le faisions pressentir, et furent d'avis de supprimer le système de débuts alors en usage, qui, sauf quelques corrections, remontait au 27 avril 1853, et d'adopter un procédé « permettant aux véritables amateurs de donner leur opinion et mettant le scrutin à l'abri des surprises et des cabales ».
M. Camoin qui, à ces conditions, consentait à continuer l'exploitation pour les deux dernières années de sa concession, s'associa, p;ir la suite, M. Hesse, chef d'orchestre, et le Conseil municipal autorisa la substitution de la Société F. Camoin et C^" à M. F. Camoin pour la direction.
Modification an mode de débuts. — Comme conséquence du vole tiu Conseil municipal, le Maire de Rouen, par un arrêté
du 17 février 1906, prescrivit, pour l'admissioa des artistes, de nouvelles dispositions que nous allons brièvement résumer.
La troupe entière se faisait entendre pendant douze représentations ayant lieu les lundi, mercredi, jeudi et vendredi de chaque semaine; la période de débuts devait être terminée vingt-cinq jours après l'ouverture de la saison, chacun des artistes ayant interprété au moins trois rôles de son emploi.
L'admission des artistes était prononcée par une Commission composée :
1'^ Du maire et des adjoints ;
2° Des membres de la Commission consultative ;
3^ Des abonnés payant intégralement le prix de leur place;
4" Des spectateurs et spectatrices ayant consenti à remplir les conditions suivantes :
S'être fait inscrire à la mairie dans les huit jours précédant la première représentation et s'être fait délivrer une caile spéciale ;
Avoir justifié d'une présence effective à huit représentations au moins sur les douze de débuts.
Pour cela, le spectateur, vraiment de bonne volonté, devait, pendant les deux derniers entr'actes de chaque représentation, signer une feuille de présence dans le grand foyer, après avoir représenté son coupon de place et fait apposer un cachet spécial sur sa carte.
Le scrutiti avait lieu, sur appel nominal, par bulletin secret et sans aucune discussion.
Saison lyrique. — Les débuts. — La saison s'ouvrit avec Manon, et les ouvrages dans lesquels la troupe fut soumise aux débuts furent, en outre, Les fluijuenots, Faust, Le Chalet et Mireille, La Juive, L'Africaine, Carmen, Iligoletto, Lakmé.
Celle période de débuts se passa dans un calme extraordinaire, mais il faut bien dire que la troupe, dans son ensemble, était supérieure à la moyenne.
Le 29 octobre, le scrutin eut lieu : sur 211 personnes ([ui s'étaient fait inscrire à la Mairie, un certain nombre n'était jias arrivé à remplir les conditions imposées pour |)rendr<î |)arl au
vote, et avec le Maire, les Adjoints, les Membres de la Commission et les abonnés, on compta 167 votants.
Disons tout de suite que tous les artistes furent admis à une jçrosse majorité, sauf la première danseuse noble qui eut bien de la peine à obtenir 8 voix de plus que le nombre exi^é.
Un rédacteur de La Dépêche de Rouen s'amusa à recueillir l'opinion des artistes, des critiques, des personnages officiels, de plusieurs habitués, sur le nouveau système qui eut ses partisans et ses adversaires. Il faut bien avouer que s'il avait supprimé les scènes violentes et le vacarme de jadis, il prétait tout aussi facilement à la fraude : la claque se faisait payer pour voter comme pour applaudir, et le tour était joué. On put aussi constater que bien des spectateurs connus comme habitués du théâtre depuis longtemps restèrent indifférents et ne se firent pas inscrire. On s'acheminait donc tout doucement, mais sûrement, vers la suppression pure et simple des débuts.
La Revue des Folies-Bergère de 1906-1907 résumait ainsi la réforme par la voix d'un personnage représentant M. Camoin :
Comme je suis un homm' d'attaque. Je peux vous 1" dir', car j'ai pas peur, Je n' supprimerai jamais la claque, Mais j'ai supprimé les siftleurs.
La troupe se trouva ainsi constituée :
MM. Hesse, chef d'orchestre ;
Garolus Dlran, deuxième chef d'orchestre ; Hella, deuxième chef d'orchestre ; Jourdan-Blondel, régisseur général ; Marié-Leduc, fort ténor ; Delmas, ténor léger ; Sarpe, deuxième ténor ; Mallet, deuxième ténor ; Berronne, baryton de grand opéra ; GoRius, baryton d'opéra-comique; RicuEMONT, basse chantante ; Millat-Vergnes, deuxième basse ; Omktz, trial ; AuRERT, la mette ;
\Imes JuLLiAN, forte clianteuse falcon ;
Blot, cliaiileuse légère de graïul opéra ;
Rolland, chanteuse légère d'opéra-coiniijiie ;
FoBLS, première (iugazon ;
Lhéna, deuxième dugazon ;
BoRGo, deuxième dugazon ;
Delaras, duègne ;
Nercy, maîtresse de liallet, première danseuse noijie ;
Sacchi, première danseuse demi-caraclère ;
Rila Ghione, première danseuse travesti.
Toute la troupe était inconnue du public rouennais. à l'exception de M. Riciiemont, la jjasse chantante de l'année précédente, et. bien entendu, de M. Ometz. On retrouvait également M. Hella, second chef d'orcliestre, qu'on avait pu apprécier deux ans auparavant.
Par suite de la suppression de l'emploi de basse noble. M. Richemont, basse chantante, en tint lieu dans certains opéras ; dans d'autres, la direction dut engager un certain nombre d'artistes au cachet. On vit aussi M. Richemont, dans Gulîlaume Tell par exemple, tenir deux rôles dans une seule soirée: ceux de Walter et île Gessler. M. Camoin, le directeui*. fit tle même quelques jours après.
Quant à l'emploi de contralto, soi-disant inutile, il lut confié pendant toute la saison à M""»^ Sergys, qui fit partie de la troupe comme ses camarades, avec cette seule diiïérence qu'elle n'était pas soumise à la formalité des débuts.
Képertoire lyrique. — On reprit pendant la campagne lilOfi- 1907 vingt-trois opéras ou opéras-comi(|ues :
L'Africaine (3j. Lakmé (4).
Carmen (7). Manon (9).
Le Chalet (4). Mignon (6).
Les Drafjons de Villara Ci). Mireille (9).
FaiiHt (9j. Paillasse (3).
La Favorite (4). PJiilémon et llauris Ci).
La Fille du Régiment (7j. liigoletlo (4).
Guillaume Tell (9). Sigurd (3).
Hamlet (3). La Traciata (1).
Hérodiade (4). Le Trouvère (i).
Les Huguenots (4). Werther (5j.
La Juive (3).
Artistes en représentation. — En dehors des artistes qui créèrent ou parurent dans les œuvres nouvelles et dont nous reparlerons, nous trouvons tout d'abord, les artistes engagés pour chanter les rôles de basses : MM. Aumônier, de l'Opéra, Vérin, une ancienne connaissance, Vallobra et Bouxniann,
M. Ganioin, le directeur, interpréta avec succès le rôle de Méphistophélès, de Faust, et ceux de Walter et de Gessler dans Guillaume Tell.
M. Zocchi, dans Carmen, fit apprécier les mêmes qualités que les années précédentes.
M. Jaunie, de l'Opéra, chanta le terrible rôle d'Arnold, de Guillaume Tell, avec une puissance de voix extraordinaire.
Quaire chanteuses défilèrent successivement dans le rôle de Charlotte, de Werther : trois avec succès, M"» Muller, la créatrice de Louise à Rouen, M"e Mary Boyer, M^e Hélène Therry, de rOpéra-Comique ; la quatrième, quoique douée d'une jolie voix, n'avait pas l'expérience sutfisante.
Enfin, Mlle Marié de l'Isle, de l'Opéra-Comique, fut excellente dans Carmen, pendant que M^e Fobis, la dugazon de la troupe, se faisait applaudir dans le rôle de Micaëla , beaucoup plus dans sa voix.
Xonveaulés. — Parmi les œuvres montées pour la première fois à Rouen, et qui furent au nombre de huit, deux étaient de premier ordre.
Laum, roman musical en 3 actes, de Paul Bérel, musique de Charles Pons, qui conduisit lui-même l'orchestre aux deux premières représentations, les IG et 18 novembre 1906. M. Nuibo, de l'Opéra, qui avait déjà créé Arnica sur notre première scène en 1905, tenait le rôle d'André, et M'i« Rolland celui de Laura. MM. Sarpe, Gorius, Ravaux, M^'"** Lhéna et Borgo complétaient l'interprétation. Cette œuvre fut donnée quatre autres fois.
l'Amour défendu, comédie musicale en 1 acte, de Raoul Gastambide, musique de Georges Villain. Cette œuvre, sans grande |)rétention, insuffisamment interprétée, eut une seule représentation, le o décembre 1906.
La Walhiirie, drame lyriiiue en 3 actes, de Richard Wagner. L'apparition d'une telle œ-uvre est un événement considérable
dans l'histoire d'un lliéàlre, niiiis pour être véridique, il faut constater que le public rouennais ne fit pas preuve d'une éducation musicale bien grande, car en dehors des matinées, la salle n'était qu'à demi remplie. Et cependant, ce chefd'œuvre était très convenablement interprété par MM. Marié- Leduc (Siegniund), Berronne (Wotan), Richemont (Hounding), jVlmes Jullian (Brunehilde), Blot (Sieglinde), Sergys (Fricka). \[iies Fobis, Méha d'Albe, Delaras, Lhéna, Borgo, Vincent, Carbotte et Verhenge, chantaient les huit Walkyries. M. Rambert avait brossé trois décors neufs, et M. Jourdan Blondel avait fort bien réussi la mise en scène, notamment l'embrasement final. La première représentation eut lieu le 19 décembre 1906 et fut suivie de neuf autres. L'orchestre était dirigé par M. Eduard Faick, chef d'orchestre du théâtre de Carlsruhe. Aux deux dernières représentations le rôle de Siegmund fut chanté avec grand style par M. de Meyer, premier ténor du Théâtre impérial de Berlin.
Les Pêcheurs tie Saint-Jean, scènes de la vie maritime, en 4 actes, de Henri Gain, musique de Charles Widor, furent représentés au Théàtre-des-Arts le 23 janvier 1907, sous la direction du compositeur, avec M™es Rolland (Marie-Anne), Sergys (Madeleine), Lhéna (Jeanne), MM. Delmas (Jacques), Richemont (Jean-Pierre), Mallet. Cette œuvre intéressante, mais d'une exécution fort difficile, n'eut au total que quatre représentations avec de médiocres recettes.
La Tnsca, opéra en 3 actes, de Illica et Giacosa, musique de Puccini. La première représentation fut donnée le 27 février 1907 avec l'interprétation suivante : Mi^« Blot (Floria Tosca), M. Delmas (Mario Cavaradossi), Gorius (Scai'pia). Cette œuvre, excessivement dramatique et intéressante, mais d'où la musique est trop souvent absente, exige une très bonne inlerprétation et l'avait rencontrée cette année-là. Les nouveaux décors de M. Randjert, les toilettes de Mii« Blot, contribuèrent au succès, et La Tosca fut jouée huit fois.
Constatons que cette pièce est restée au répertoire, alors que La W alkijric ne lit ([ue passer sur notre scène,
L'Accordée de ViUai/c, opéra-comique inédit en 1 acte, tle Steck et Ghennevrière, musit^ue de Steck, l'auteur de la Verrière de l'Alhambra.
Cette petite pastorale fut donnée pour la première fois le 8 mars 1907, avec Mile Rolland, MM. Sarpe et Gorius, et eut trois autres représentations.
Les Fugitifs, drame lyrique en 2 actes, de Georges Loiseau, musique de André Fijan, tirent leur apparition à Rouen le même soir, ayant pour interprètes Mi^^s jullian et Fobis, MM. Marié-Leduc, Richemont, Sarpe. Les auteurs furent applaudis, mais leur œuvre ne fut jouée que deux fois par la suite, et si nos souvenirs sont exacts, l'annonce de ces deux nouveautés n'avait pas attiré le public et la salle était presque vide le jour de la première.
Mnric-Magdi'k'inc, drame lyrique en 3 actes et 4 parties, de Louis Gallel, musique de J. Massenet, dont une audition avait déjà été donnée à Rouen le 8 février 1890, par la Société Chorale, dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville. Dans un de ses communiqués, la Direction avait annoncé pour le V^endredi- Sainl la première et unique représentation, mais une indisposition de M. Delmas la fit ajourner au 4 avril 1907, jour de la clôture de la saison lyrique.
Cette manière de respecter le cahier des charges, en donnant une seule fois l'une des deux œuvres nouvelles imposées, fut généralement critiquée, d'autant plus que cette belle partition fut fort bien chantée par M»e Blot (Marie-Magdeleinej, M^o Sergys (Marthe). M. Delmas (Jésus), M. Camoin (Judas).
Pour compléter la liste des nouveautés, il convient de citer un ballet en 1 acte, Fresques Pompéiennes, scénario de A. Beaumant et Alban de Polhès, musique de William Marie, qui fut dansé trois fois au cours de la saison (première le 6 mars).
Répertoire d'opérette. — Quatorze opérettes furent reprises pendant la campagne 1906-1907 :
L'Amour mouillé (3). La Mascotte (4).
Les Cloches de Corneville (5). Miss llrlijcH (1).
La Fille de Madame Angot (1). Les Mousquetaires au Courrvlil).
La Fille du Tambour Major (3). La Périchole (2).
(lillette (le Narhonne (1). Les Petites Brebis (7).
Le (iraïul Mofiol (2). La Poupée (5).
Maïu'ziiU' Mtoucfw (4). Les 2 fi jours de Clairette (2).
La Direction lit appel à des artistes de Paris pour chanter
l'opérette ; W^^ Fouriiier, des Variétés, et M^^" Mélia d'Albe y furent très favorablement appréciées.
Enfin, à la quatrième représentation de La Poupée, le dimanche 3 février, eu matinée, Mayol, le chanteur de caféconcert bien connu, fit entendre au troisième acte plusieurs morceaux de son répertoire : Les Derniers Lncentaires, Mains de Femmes, La Silhouette du Président Fallières, La Fifilîe à sa Mère, Par le Petit Doigt. La recette fut de 3,800 francs, une des plus belles de la saison.
Une opérette nouvelle fut donnée pendant cette année là : La Femme de César, en 1 acte, de Hugues Delorme et Gaillardet. musique de Rodolphe Berger. Cette petite pièce n'eut que deux représentations, les 27 et 31 décembre.
Représentations dramatiques en cours de saison lyrique.
— Le jeudi 25 octobre 1906, La Vieillesse de Don Juan, pièce en 3 actes, de Mounet-SuUy et Pierre Barbier, fut interprétée [)ar une bonne troupe en tête de laquelle figurait l'éminent sociétaire de la Comédie-Française, l'un des auteurs.
Vous n'avez rien à déclarer ? la pièce de Hennequiii et Veber, jouée le 15 novembre, parut un peu déplacée au Théàtre-des- Arts.
Par contre, le public fit un excellent accueil à V Artésienne, de Bizet, donnée les 21 et 25 novembre avec de très grosses recettes. Les principaux rôles furent tenus par M^^'* Tessandier (Rose Marnai), MM. Cornaglia (Francet), de Beaulieu (Frederi), Bour (Balthazar), etc. L'orchestre et les chœurs furent conduits avec brio par M. Théodore Matliieu, qui se fit acclamer.
On donna ensuite :
Le Duel, avec M. Le Bargy, de la Comédie-Française (6 décembre) ;
toute, de Pierie Veber, sans grand éclat ;
L'Age d'aimer, de Pierre Wolf, avec M^i^ Cora Laparcerie (20 décembre) ;
Les Plumes de (ieai, de Jean Jullien, et Le Cultivateur de Chicago, de Gabriel Timmary, par la tournée Baret 10 janvier 1907);
L(t Châtelaine, de Capus, avec M"® Rol)inne, de la Comédie- Française (IG février) ;
Les Dragées d'Hercule (7 mars) ;
Mon Successeur et Tire au flanc, par la tournée Acliard (l^r avril) ;
Enfin, L'Artésienne, qui avait été encore donnée les 12 et 10 décembre 1906, termina cette série de représentations le 3 avril 1907. Les rôles de Rose Marnai et de Baltliazar furent tenus par M™'' Grumbacli et M. Albert Lambert père. L'orcbestre fut également conduit par M. Mathieu qui, seulement à la dernière, fut remplacé par M. Mathom.
Dernier mois d'exploitation. — Le premier des spectacles de ce dernier mois se composa de liirihi, la pièce militaire en 3 actes, de Darien et Lauras, qui causait un scandale dans toutes les villes où elle était jouée, par suite de la critique exagérée qu'elle contenait des compagnies de discipline. A Rouen, le public, fort clairsemé d'ailleurs, resta très froid (6 avril 1907). Toutefois, les deux représentations annoncées pour le lendemain dimanche, en matinée et en soirée, ne purent avoir lieu, M. le Maire les ayant interdites, « considérant que Birilri constituait un violent appel à l'indiscipline, un outrage à l'armée et une excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres ». •
Pendant ce uiême mois d'avril, on donna encore Miquctle et sa Mère et La Chance du Mari, deux comédies de de Fiers et de Caillavet ;
L(( Traite des Blanches, pièce sociale, de Bonis Charancle ;
Le Voleur, de Henry Bernstein ;
Amour et C'*', de Louis Foresl, et Mauvaises Passes, de notre concitoyen J. Monnier.
Keprésenlations ayant préeéd*^ on sui\i la saison. —
Pendant les mois tl'aoùt et septembre 190(i, de nombreuses représentations dramatiques furent otïertes au public.
Le 2 août, \r<iy une chaleur torride qui nuisit à la recette, une troupe, en tète de laquelle M™« Jeanne (iranier, vint interpréter La lionne Intention de F. de Croisset, La Paix chez soi, de Gourteline, et Derrière le Hidvau, revuelte de Henry Houry.
En septembre, les spectacles se succèdent rapidement :
Loutc et Coralie et C^'\ par la tournée Achard;
Pitra'itrc, par la tournée Moncharmunt;
(Cyrano tic Benjerac, par la tournée Hertz;
Madame l' Ordonnance et Le Mari de la Xonrrice, avec Polin dans le priacii)al rôle.
Enfin, la tournée Baret donna, pour terminer- le umis, une semaine complète de cométiie pour latiuelle avaient été créés des abonnements spéciaux et composée de :
Cœur de Moineau, de Louis Artus ;
Lagourdetle , de P. Veber, et Florcttc et l'atajion, de Hennequin et Veber ;
La Loi de Pardon, de Maurice Landay, et ili ('livnl tfcricn.r, de Courteline;
L'Anr/e du Foijer, de de Fiers et de Caillavet, et L'Anylais tel qu'on le parle ;
Le Duel et En Visite, de Henri Lavedan ;
La Police tolère, de Lelasseur, l.a Miueurc, de Jean .lullien. et L'Article 330, de Courteline ;
Enlin, La Belle MarmIUmc, de Pierre Berton.
Par contre, six représentations seulement furent organisées pendant les mois d'été 1907, en mai et juin :
Le Voijaijc de M. Perrichon et L'Anglais tel qu'on le parle, avec Coquelin cadet ;
Lea Fourberies île Scapin et Cinna ;
Le Marquis de l'riola, avec Le Bargy, de la Comédie-Française;
Mademoiselle Josette ma /emnie, de Paul Cavaull et Cliarvay, avec M'»' ^Marthe Régnier;
Tripl.epatte, de Tristan Bernard, avec Brasseur;
Enfiu, L' Enquête, de G. Heuriot, et tji Française, de Brieux, avec Antoine.
(Juant à la représentation du l 'i Juillet, « Chant du Cygne » de la direction F. Camoin et C»", elle se composa du Lion Amoureux, de Ponsard.
Receltes. — Démission des Directeurs. — Les recettes effectuées avec les représentations lyriques s'élevèrent à 219.469 f.5o
Le dernier mois d'exploitation, les représentations ayant précédé ou suivi la saison produisirent 62.295 05
Ensemble. . . . 281. 764 f. 60
Ce chiffre, comme on le voit, était de très peu supérieur à celui de la saison précédente, quoique la troupe eut été bien meilleure dans son ensemble et que plusieurs des œuvres nouvelles présentassent de l'intérêt.
Dès le 25 mars 1907, M. Camoin avait demandé au Maire de Rouen de lui rendre sa liberté, dans une lettre où il déclarait impossible l'exploitation du Tbéàtre-des-Arts, tant que la subvention ne serait pas portée à 170,000 francs. Sa troupe avait été très bonne, disait-il, toutes les nouveautés promises avaient été montées dans les meilleures conditions, mais l'indifférence du public avait vaincu son activité ! Il perdait 34,000 francs.
M. Camoin ajoutait ce passage que nous tenons à reproduire intégralement :
(( Hier, en matinée, La Walkyric, avec un des plus brillants » ténors d'Allemagne, sous la direction d'un de nos meilleurs )) chefs d'orchestre et avec une interprétation supérieure, a » atteint une recette de mille francs seulement, alors que Ln » Poupée, avec le concours de M. Mayol, avait fait 3,800 francs. )> Pour faire entendre Mayol, Monsieur le Maire, il n'est point » besoin de subvention ; utilisez les 120,000 francs qui forment » la vôtre à des œuvres plus utiles, ou alors si le Tbéàtre-des- » Arts doit être exploité par la Ville, comme elle exploite le )) Musée, ne limitez pas votre perte à 120 mais à 170,000 francs: » les recettes seront les mêmes, et les directeurs, au lieu de » venir se ruiner, seront rétribués par une quinzaine de mille » francs. Ce ne serait pas trop pour celui qui, comnie moi, » donne pendant six mois dix-huit heures de labeur par jour » sur vingt-quatre. »
Celte (léiiiission des clirecleurs dut être acceptée ; d'ailleurs, par jugement du 24 avril 19')7, le Tribunal de Coinnierce ordonna la liquidation judiciaire de la Société F. Camoin et C'".
Faits divers. — Conformément au vote du Conseil municipal comportant la suppression du magasin de costumes, le matériel y contenu fut vendu à un costumier du Havre moyennant 5,500 francs, somme qui fut aiïectée, à due concurrence, au dépoussiérage du théâtre, qui en avait bien besoin, au remplacement des tapis dans les couloirs des premières, etc.
El) 1906, la V'ille avait pris d'importantes mesures de protection contre l'incendie. La scène et les locaux annexes furent munis d'extincteurs placés à ti'ois mètres l'un de l'autre et fonctionnant automatiquement quand la température ambiante atteint le degré de fusion du métal qui maintient la soupape de l'extincteur.
Pour éviter la propagation, par les toitures, d'un sinistre qui se déclarerait sur la scène, et pour le circonscrire ainsi à cette l)arlie du théâtre, le mur, dit coupe-feu, servant à séparer la scène de la salle, fut surélevé de 0 m. 35 au dessus du toit.
Ces mesures furent jugées si efficaces que les Compagnies d'assurances accordèrent une réduction de 40 0/0 sur la prime payée jusqu'alors par la Ville.
DIRECTION TRAVERSO Année théâtrale 1907-1908.
L'Administration municipale ayant dû accepter la résiliation sollicitée par MM. Camoin et C'®, avait, sans perdre un instant, proclamé la vacance de la Direction et convoqué la Commission chargée d'examiner le cahier des charges en vue d'une nouvelle concession de notrd scène lyrique.
Dans sa séance du 4 avril 1907, le Conseil municipal apporta les quelques modilicatious suivantes au précédent cahier des charges.
La concession du Théàtre-des-Arts était faite pour une année seulement, du l**'' août 1907 au 31 juillet 1908, avec faculté de renouvellement pour une nouvelle période d'un an, à la demande du Directeur et selon les convenances de l'Administration municipale, à condition que cette demande soit faite avant le l^» février.
Le cautionnement était porté de 6,000 francs à 15,000 francs.
Revenant sur sa détermination, le Conseil fut d'avis de comprendre dans le cadre de la troupe une basse de grand opéra, l'expérience de la saison précédente ayant démontré, comme c'était d'ailleurs facile à prévoir, la nécessité de rétablir cet emploi, pour éviter de faire appel à des artistes dont la valeur ne donnait pas toujours satisfaction au public.
De même pour empêcher à l'avenir ce qui s'était passé pour Marie- Maffdeleine, le Directeur devait donner dans le troisième et dans le cinquième mois de son exploitation la première représentation des deux ouvrages nouveaux qu'il était tenu de monter.
Quatre candidats se mirent sur les rangs.
M. Marins Dillard qui offrait de diriger le théâtre pour le compte de la Ville ;
M. Maurice Subtil, premier prix du Conservatoire;
M. Jacques Fernio, directeur de tournées artistiques ;
M. Traverso, ancien directeur du théâtre de Rennes, directeur du théâtre de Clermont-Ferrand.
Ce dernier, sur lequel d'excellents renseignements avaient été fournis, demandait la réduction de la saison lyrique à cinq mois et demi, le grand opéra ne devant être exploité que pendant cinq mois. Les six semaines suivantes comporteraient quinze représentations pouvant être données par des troupes de passage.
Dans sa séance du 26 avril 1907, le Conseil, à l'unanimité, désigna M. Traverso comme directeur et accepta les conditions stipulées par celui-ci ; et dans une délibération ultérieure fixa au 10 octobre 1907 l'ouverture de la saison qui devait par conséquent se terminer le 15 mai 1908.
Modification au mode de débuts. — Par arrêté du 20 septembre 1907, le Maire de Rouen modifia le règlement des débuts en vigueur. Le mode de votation, les conditions requises pour être électeur restaient les mêmes, mais la troupe d'opéracomique et la troupe d'opéra débutaient séparément, la première à partir du jour de l'ouverture jus<iu'au 30 octobre, la seconde à partir du 2 novembre; chacune d'elles devant s'êtie fait entendre pendant six représentations.
Saison lyrique. — La saison commença le 10 octobre par Manon pour les débuts de la troupe d'opéra-comique, et le 0 novembi'e par Hérodidde pour ceux de la troupe de grand opéra.
Les scrutins eurent lieu les 30 octobre et 0 décenibre. Au premier prirent part 90 votants, au second 53 seulement.
Mais, par suite de la résiliation de certains artistes, on dut procéder à des scrutins individuels qui furent peu suivis : par exemple, M^e Rose Witzig, chanteuse légère, fut admise le 25 janvier par 24 voix, c'est-à-dire par les électeurs de droit et quelques spectateurs (jui n'étaient peut-être pas absolument désintéressés.
Finalement la troupe définitive fut constituée comme suit: MM. Jules Stevens, chef d'orchestre; Hella, deuxième chef d'orchestre ; Berïin, régisseur général ; Dangelv, fort ténor de grand opéra ; AuDOui.\, ténor léger;
M.M. Barthe, deuxième ténor;
Danse, baryton de grand opéra ;
FiGARELLA, baryton d'opéra-comique;
HuBERTY, basse noble ;
Combes, basse chantante ;
Millat-Vergnes, deuxième basse;
Tallier trial ;
Ometz, laruette ; ^jmes Lise-Brias, fortc chautcuse falcon ;
Rose WiTziG, chanteuse légère de grand opéra ;
d'Heillsonn, chanteuse légère d'opéra-comique ;
d'Alvarez, contralto;
Nordi-Chevallier, première dugazon ;
SoNNELLi, deuxième dugazon ;
Delaras, duègne;
Heuriot, maîtresse de ballet ;
Olga Ghione, première danseuse noble ;
Louise Sacchi, première danseuse demi-caractère;
Rita Ghione, première danseuse travesti.
On retrouvait dans celte troupe quelques survivants de la saison précédente : MM. Hella, Millat-Vergnes, Ometz, M™"» Delaras, Sacchi et Rita Ghione, mais les principaux chefs d'emploi étaient inconnus.
Répertoire lyrique. — M. Traverso reprit pendant son exploitation les vingt-neuf ouvrages ci-après :
L'Africaine (2). Manon (4).
Le Barbie)' de Séville (\). Messaline (9).
Carmen (7). Mignon (3).
Caralleria Uusticana (1). Mireille (\).
Coppelia (7). La Navarraise ('A .
Faust (6). Orphée (4 .
La Favorite (1) Paillasse (4).
La Fille du liét/inieut ('t). Sanison et Dalila (G).
Haadet (4). Sif/urd (M).
Ilérodiade (4). Le Tannhauser (2)
Les Huguenots (3). Thaïs (4).
Le Jongleur de yntre-Danie (Sj. La Tosca (4).
La Juive (W). La Vie de lUihème (2j.
Laliiur ('!). Wn-ther (3).
Louise (VA).
Artistes en représentation. — Nombreuse est la liste des artistes venus en représentation, mais quelques-uns se montrèrent tellement insuffisants que nous préférons les passer sous silence, nous contentant de rappeler les noms de ceux qui eurent un succès plus ou moins grand.
M^i" Thévenet, de l'Opéra-Comique, dans Carmen :
\liie Mirai, de l'Opéra-Comique, lîlle de l'ancien directeur du Théàlre-des-Arts, dans Werther;
M™" Borgo, de l'Opéra, dans Les Huguenots, où elle eut comme partenaire M. Granier. ténor du Grand Théâtre de Lyon ;
]V|Ue Doria, la contralto de la saison 1901-1902, appartenant alors au Grand Théâtre de Lyon, dans Hérodiaife et La Favorite;
MUe Charney, du même théâtre, qui chanta le même jour, en matinée, Hérodiade. et le soir, Carmen, et quelques jours après le rôle d'Uta de Sif/urd ;
M™« D'Hasty, la contralto de la première direction Camoin, qui reprit Orphée, et se lit ensuite entendre dans Messaline, Carmen et Louise ;
Mi^e Lango, une débutante, qui créa Manoël, et parut également dans Faust, Carmen, Messaline ;
M. Albers, du Théàlre-de-la-Monnaie de Bruxelles, dans Thais ;
M. Chevallier, de l'Opéra-Comique, le créateur de Fortunio, qui chanta, en outre. Paillasse, Werther et Mignon;
M. Galand, de la Gaîté, notre ancien ténor, dans Louise;
Eoflo, M. Bosquet, un jeune ténor, dans Thàis.
Nouveautés. — Trois œuvres nouvelles furent données au cours de la saison.
La Damnation de Faust, légende dramatique en o actes et 10 tableaux, adaptée à la scène par Raoul Gunsbourg, musique de Berlioz. La première représentation eut lieu le 14 février 1908, et les rôles furent distribués comme suit : M. Audouin (Faust), M°>>' dHeillsonn (Marguerite ), M. Danse (Méphistophélès), M. Millat-Vergues (Brander). M. Combes alterna avec M. Danse aux autres représentations, et M™« Brias remplaça quelquefois .M™« d'IIeillsonn.
On a beaucoup critiqué l'audat^e de M. Guiisbourg de mettre à la scèue une œuvre que Berlioz avait écrite pour le concert. 11 est incontestable que, dans ce but, certains mouvements ont été ralentis et d'autres précipités et même, ô profanation ! quelques mesures ont été ajoutées à la partition avec des motifs prisçà et là dans l'œuvre, bref, selon l'expression de M. Adolpbe Juilien, le distingué critique du Journal ika Déixtîs, « M. Gunsbourg- a assaisonné La Damnation de Faunt à la sauce monégasque ».
Cette tentative a cependant, selon nous, le mérite de mettre celle anivre splendide à la portée de lous ceux qui ne savent pas apprécier une audition de concert. Elle permet à la masse qui recherche le plaisir des yeux et tles oreilles tout à la fois, de connaître une partition qui fait honneur à l'Ecole française, et on peut louer M. Traverso de sa tentative, d'autant plus que l'orcheslre, les chœurs, le corps de ballet firent merveille. Le succès vint d'ailleurs couronner ses efforts, car La Damnalion de Faust eut quatorze représentations avec de superbes recettes.
Il est vrai que de mauvaises langues attribuèrent cet empressement des spectateurs aux projections lumineuses et aux superbes décors de M. Rambert; mais nous avons meilleure idée du goût de nos concitoyens et opinons pour l'attrait de la belle musique.
Fortunio, comédie lyrique en 4 actes et 3 tableaux, tirée du Chandelier, d'Alfred de Musset, par de Fiers et de Caillavet, musique d'André Messager. Cette œuvre, qui avait eu surtout le tort lie venir après La Damnation, eut seulement (Uiux représentations les 11 et 15 mars 1908. M. Chevallier, un ténor de passage, tenait le rôle de Fortunio, M. Figarella celui de Clavaroche, M. Omelz celui de Maître André, et Mil'' Wilzig celui de Jacqueline.
Manoi'l, drame lyrique en 1 acte, de G. Montoya et .1. de Lambert, musique de Nerini. Bien que les auteurs eussent été applaudis et appelés sur la scène lors de la première représentation le lU mars 1908, leur œuvre, donnée d'ailleurs en lin de saison, fut jouée deux fois on tout. Los interprètes étaient Mii«^ Lango, M'"'- Nordi-Chevallier ol M. liuberty.
Enfin un petit ballet inédit, sans prétention, de M. Barrés, Le Péage, fut donné deux fois, les 22 et 25 janvier 1908.
Répertoire d'opéretle. — ^Pendant la saison, les opérettes suivantes furent remises à la scène :
Boccace (1). Le Petit Duc (3).
Les Cloches de Corneville (3). La Poupée (3).
La Fille de Madame Angol (3). Les Saltimbanques (4).
La Fille du Tambour Major (2). Véronique (3).
La Mascotte (1). Les 28 jours de Clairette (2).
Les Mousquetaires au Couvent (4).
Représentations dramatiques en cours de saison. — Pendant la saison lyrique, quelques œuvres dramatiques furent données ; nous les énoncerons dans l'ordre chronologique :
La Française, de Brieux, et La Hase bleue, par la tournée Vast.
Lxs Bouffons, de Miguel Zamacoïs ;
La Marjolaine, de Jacques Richepin, qui présenta lui-même quelques aperçus sur son œuvre. M'"" Cora Laparcerie y tint le principal rôle ;
Britannicus et L'Ame des Héros ou Corneille et Napoléon furent représentés avec M^'^ Tessandier et M. Granier pour grossir la souscription ouverte en vue du rachat de la maison natale de Pierre Corneille ;
liabelais, de du Bois, et Les Hannetons, de Brieux, terminent cette série.
Citons enfin sous cette rubrique la Fête de la Chanson, organisée par le Comité des Fêtes Normandes, et à laquelle prirent part notamment Georges Fragerolles dans ses chansons lumineuses. M'a» Paula Brebion, dans son répertoire, M™''^ Piron et Sandrini, de l'Opéra , dans le deuxième acte de Coppelia, et divers artistes de la troupe.
Dernières semaines d'exploitation. — Nous avons vu que M. Traverso devait donner, pendant les six semaines qui suivraient la clôture de la saison lyrique, quinze représentations au moins du genre qui lui conviendrait.
On eut ainsi :
Le Cid et Le Médecin malgré hn ;
].es Ames ennemies, de Paul-Hyacinthe Loyson ; Jiâfles, de Hornung et Presbey ;
El Le Tour du Monde en SO jours, qui fut joué trente et une fois.
Représentations ayant précédé et suivi la saison lyrique.
— Dans le courant du mois de septembre et pendant les premiers jours d'octobre 1907, M. Traverso fit représenter :
La Môme aux beaux yeux, drame de Pierre Decourcelle ;
Le Bercail, de Bernstein, et L'Ami de Cercle ;
La Dame aux Camélias, avec M^i** Moréno, de la Comédie- Française ;
Le Voleur, de Bernstein, et Miquette et sn Mère, de de Fiers et de Caillavet ;
Le Mariage au Téléphone el Le Coup de Jarnac, avec Guyon, du Palais-Royal ;
La Massière, de Jules Lemaître, et La Nuit d'Octobre, avec Mil** Delvair, de la Comédie-Française.
Pour faire suite à la saison lyrique et pour terminer sa concession, M. Traverso organisa les spectacles suivants, de mai à juillet 1908 :
Le Demi-Monde, avec M^^ Cécile Sorel et M. Le Bargy, de la Comédie-Française ;
L^es Affaires sont les Affaires, avec M. de Féraudy, delà Comédie-Française ;
Le Misanthrope et Hijpathie, de Barlatier, avec Mii« Jeanne Brindeau, de la Comédie-Française, et M. Léon Segond, de rOdéon.
Un concert fut donné le 30 mai au profit de l'Œuvre du Vestiaire rouennais, avec le concours de M^e Daubigny, de l'Opéra, MM. Hardel et Dépinay, ténors, la musique du 74», etc..
La troupe de l'Odéon vint jouer, le 2 juin, Son Père, de Guinon et Bouchinet, et Les Goujons, de Benière.
La Dame aux Camélias eut un grand succès, le 24 juin, avec Sarah Bernhardt.
Enfin, le 14 juillet, le drame Les Deux Gosses fut l'objet de la représentation gratuite traditionnelle.
Keceltes. — Les receltes produites par les représetitalioiis lyriques pendant les cinq mois et demi imposés s'élevèrent à 236. 396 f. 40
Si l'on y ajoute le produit des représentations données avant et après la saison lyrique . 61.350 70
On trouve un total de 297.747f.lO
hfessaline et La Damnation de Faust (quel bizarre rapprochement !, firent de belles soirées. L'œuvre de Berlioz surtout éleva sensiblement le niveau des mois de février et mars, et lit même le maximum le 23 février (3.883 f. 35), alors que la plus faible recette fut effectuée par La Vie, de Bohème (375 f. 85).
DIRECTION FERMO Année théâtrale 1908-1909.
La vacance de la Direction ayant été déclarée et publiée dans les journaux, le Conseil municipal apporta, dans sa séance du 27 janvier 1908, quelques nouvelles modifications au cahier des charges.
La date de l'ouverture de la vacance fut reportée au 10 janvier 1909, date avant laquelle le Directeur en fonctions devait par conséquent déclarer s'il désirait continuer l'exploitation pour l'année suivante. Cette décision avait pour but de permettre de procéder plus tôt à la nomination du nouveau Directeur et à celui-ci de ne pas être remis à une date trop tardive pour composer sa troupe.
L'emploi de la contralto était de nouveau rétabli, l'expérience en ayant démontré la nécessité absolue.
La durée de l'exploitation était maintenue à cinq mois et quinze jours pour le drame lyrique et l'opéra-comique et à cinq mois pour le grand opéra ; mais ce dernier genre devait commencer dans la huitaine au plus tard de l'ouverture de la saison, de façon que les débuts des artistes puissent avoir lieu simultanément.
Les deux ouvrages nouveaux imposés devaient être donnés, le premier dans le troisième mois de l'exploitation lyrique, et le second dans le quatrième mois.
Quelques changements étaient enfin apportés au mode d'affectation et de versement de la subvention.
L'Administration municipale reçut huit propositions de candidatures pour la Direction, et la Commission, après avoir entendu les explications de quatre candidats : MM. Ullmann, Fermo, Speck et Subtil, et enfin Ursin et Lafont, proposa au Conseil municipal M. Fermo, directeur de tournées théâtrales, ou plutôt de troupes (jui s'installaient à demeure dans des
villes et y donuaient une série de représentations d'ouvrages différents.
Ce fut ce dernier qui fut nommé Directeur par lo voix sur 24 votants dans la séance du 26 février 1908.
On se souvient que M. Fermo avait donné les il et 13 mai 190() deux représentations de Chatterton, de Léoncavallo, avec Mlle Mancini et M. Pascual, sous la direction de M. Théodore Mathieu, noms que nous allons avoir à citer à plusieurs reprises.
Modifications au mode de dél)uts. — Comme le disait un des considérants du nouvel arrêté du maire, en date du o septembre 1908, les dispositions du précédent arrêté prises en vue de prévenir les fraudes possibles lors de l'admission des artistes à la suite de leurs débuts, n'avaient pas eu l'effet que l'on était en droit d'espérer.
On changeait donc encore une fois le système des débuts, et le bon et vrai public n'avait plus du tout voix au chapitre. Il est vrai qu'il avait montré auparavant une telle indifférence et uiême une si grande répu^^nance à s'astreindre à toutes les formalités imposées que la privation devait être pour lui de minime importance.
Donc il était institué une Commission dite des débuts, composée des membres de la Commission consultative et des abonnés.
La troupe débutait pendant huit représentations et chaque artiste devait avoir joué au moins trois rôles de son emploi pendant la période prévue.
En cas de refus d'un ou plusieurs artistes, le Directeur avait un délai maximum de dix jours pour compléter sa troupe, et une seconde période de débuts commençait alors.
Saison lyrique. — L'ouverture de la saison eut lieu avec lùiust le 7 octobre et les débuts se terjninèrent le 29 octobre. 68 électeurs prirent part au vole et, seul, le fort ténor ne fut pas adujis. L'artiste appelé en remplacement, M. Lucas, fut accepté le 18 novembre par 39 voix sur 44 votants.
La troupe fut alors composée comme suit : .MM. Théodore Mathieu, chef d'orchestre ;
Tasset, deuxième chef d'orchestre ;
Jahn, régisseur général ;
Lucas, fort ténor ;
Pascual, ténor léger ;
Radoux, deuxième ténor ;
RosELLY, baryton de grand opéra ;
Saimprey, baryton d'opéra-comique;
Meurisse, basse noble ;
Fernand Baer, basse chaulante ;
RouGON, deuxième basse ;
BuRGAT, trial ;
Ometz, laruetle ; Mmes Eve Grippon-Selzam, forte chanteuse falcon ;
Dratz-Barat, chanteuse légère;
Léa DE Perre, d^
FiÉRENS, contralto ;
Lamrertha, première dugazon ;
Vois, deuxième dugazon ;
Patoret, duègne ; M. d'Alessandri, maître de ballet; ^^jmes Blanche Mignon, première danseuse noble ;
Zetti, première danseuse demi-caractère ;
Barrero, première danseuse travesti.
Nous retrouvons quelques noms déjà connus : M. Jahn, régisseur général, avait été le deuxième ténor des saisons 1894-1895 et 1897-1898 ; M. Roselly avait tenu son même emploi en 1902- 1903, et M. Saimprey en 1904-1905 ; M™'^ Fiérens avait été la falcon de la direction Perrouas en lî)02-1903, M. d'Alessandri le maître de hallet et premier danseur de la saison 1885-1880, et M'"<^ Blar.che Mignon la danseuse noble des saisons 19U3-1904 et 19041905. Sans parler de M. Ometz, qui est inamovible, rappelons enfin que M. Baer, basse chantante, avait créé le rôle du Diable, dans (iri^clidi!^, en 1905, et avait chanté colle môme année le rôle de Méuhislophélès.
Répertoire lyrique. — Pendant hi saisun liJ08-1909, M. Fenno ne reprit pas moins de quarante œuvres, grands opéras, opéras-comiques ou ballets déjà joués antérieurement :
L'Africaine (li).
L'Attaque du moulin 2).
Le Barbier de Séville (o).
Carmen 10 .
(.'avallerin Ritsfirana (2.).
La Dame Blanche (1).
La Damnation de Faust (6).
Les Dragons de Villars (2).
Faust (;i).
La Fille du RéfjiniPnt o,.
Grisélidis (3j.
Guillaume Tell (2).
Haensel et Gretel o).
Hamlet (3).
Hérodiade (1 .
Les Huguenots ((i .
Le Jongleur de Notre-Dante 1
La Juive (3).
La Kermesse de Dandrelew (i).
Lakmé (6).
Louise (2 .
Le Maître de t'Iiaiielle (2).
Manon (H).
Ma rie-Magdrlc in e f i j .
Mignon (i).
Mireille (o).
Myosotis (3).
La Navarraise '6 .
Les Noces de Jeannette (i).
Orphée (2).
Paillasse (7 .
Le Prophète (3 .
Rigoletto (3).
Samson et Dalila (6).
Sigurd (3).
Si j'étais Roi (1).
Thaïs (3).
La Vie de Bohème (3).
La Vivandière (11 .
Werther (3).
— Nombreux furent les artistes
Artistes en représentation.
en représentation.
M^ie Thévenet, de l'Opéra-Comique, retrouva le même succès que l'année précédente dans Carmen.
M^ie Geneviève Vix, de l'Opéra-Comique, chanta Grisélidis et s'y fit applaudir.
Mi°e Georgiadès, du Grand-Théâtre de Marseille et de la Gaîté, interpréta plusieurs fois Carmen, où elle fut plus heureuse que dans Orphée et Samson et Dalila.
M™« Georgette Leblanc-Maeterlinck, que nous retrouverons eu parlant de Mé^stolelc, parut dans Thais, La Xaoarraise et dans un concert au profit des cho-urs.
Mf°'^ Allary, notre ancienne dugazon de 1892 1893, cliaula dans La Dame Blanche le rôle de Jenny.
M. Clément, de l'Opéra-Comique, fut. comme de coutume, très fêté dans La Dame Blanche.
M. Gautier, de l'Opéra, se lit entendre dans Guillaume Tell.
M. Cossira, de l'Opéra également, clans La Damnation de Faust et dans L'Attaque du Moulin.
M. Dufriche, de l'Opéra-Comique, dans Le Jongleur de Notre- Dame.
M. Galand, de l'Opéra-Comique, notre ancien ténor, chanta La Navarraise, Mignon, Carmen et Louise.
M. Lavarenne, de l'Opéra-Comique, Mignon et Le Barbier de Sécille.
Enfin M. Thirel interpréta Les Dragons de Villars.
Nouveautés. — Trois œuvres nouvelles, intéressantes à des titres divers, furent montées pendant la saison.
Le Chemineau, drame lyrique en 4 actes, de Jean Ricliepin, musique de Xavier Leroux. Première représentation le 27 novembre 1908 avec la distribution suivante : MM. Roselly (le Chemineau), Baër (François), Rougon (le fermier Pierre), Pascual (Toinet), Radoux (Martin), Maire (Thomas), M™es Grippon (Toinette), Dratz-Barat (Aline), Lambertha (Catherine). Cette partition fut, à la première, dirigée par l'auteur, qui fut vivement acclamé. L'œuvre était d'ailleurs bien au point et admirablement montée. De beaux décors avaient été spécialement brossés par M. Rambert, et dix représentations furent données cette année-là.
Ariane, opéra en 4 actes, de Catulle Mendès, musique deMassenet. La première eut lieu le 10 février 1909, quehjues jours seulement après la mort tragique du librettiste. Les principaux rôles étaient confiés à M™^^ Grippon (Ariane), Fiérens (Phèdre), Focké, engagée spécialement (Perséphone), Lambertha (Eunoë), MM. Lucas (Thésée), Roselly (Pirilhoiis). Le ballet compléta agréablement cet ensemble, mais l'cruvre n'eut que cinq représentations et n'a plus été reprise.
Mephistophélès, ou mieux Méfisto/ele, grand opéra en 5 actes et 9 tableaux, d'Arrigo Boïto. Première représentation le 3 mars 1909, avec MM. Pascual (Faust), Baër (Mephistophélès), Radoux (Wagner et Nérée), M™o**Grippon (Marguerite et Hélène), Fiérens (Marthe cl Panthalis). Aux représenta liotis suivantes, qui furent au nombre de cinq, M'"'^ Georgette Leblanc et M"'** de Perre chantèrent à leur tour le rôle de Marguerite et d'Hélène.
Mentionnons rapidement deux Ijallels qui ne furent dansés qu'une fois ciiacun.
Nourctida , livret de d'Alessandri, musique de Raynaud (10 janvier 1909).
Tircis et Ch'o, livret de Lénéka, inusi(iue d'Olivier Métra (31 janvier 1909).
Représentations extraordinaires. — Reyer étant mort le 15 janvier 1909, M. Feimo donna, le 20 du même u)ois, une représentation de Sigiird, et entre le deuxième et le troisième acte, M. Jahn, régisseur général, lui un à-propos en vers spécialement composé par M. Grippon, mari de la chanteuse falcon :
U maître, nous venons en pieux serviteurs
De la beauté, pour rpn vibra ton âme ardente.
Sur ta tombe close où gémit la muse en pleurs.
Apporter des lauriers à ta gloire vivante.
Puis le buste du g-ranci compositeur fut couronné au milieu de tous les artistes de la troupe.
Quelques jours après, le 2o janvier, fut organisée eu grand gala, une représentation au bénéfice des familles des victimes faites par les tremblements de terre de Sicile et de Calabre. M°ïo Georgette Leblanc-Mœterlinck se fit entendre dans les deuxième et troisième actes de Tlidis et dans Iji Xavarmise. Le spectacle était complété par Paillasse.
Concerts. — Quatre concerts furent donnés pendant la saison.
Le 23 décembre 1908, l'orcliestre exécuta louverlure du lioi d'Ys, la musique de scène des Erynnies. de Massenet. M™*^ Horla chanta un air tlu rrrischdlz, et tous les artistes hommes de la troupe se firent entendre dans Le Cinci/i.r, de Faure.
Le 13 janvier 1909, l'orchestre joua les ouvertures tbi Freiscliiitz et du liai d'Ys, et la cin(|uième sympiujuie de Beethoven. La soirée se termina par Oridiée.
Le 27 janvier, une u-uvre de noire concitoyen, M. liayniond Chanoine-Davranches, Fleurs perfides, l'ouverture de CorUdan, de Beethoven, La Danse Macabre, et La Marche Hongroise, de
Berlioz, précédèrent La Vie de Bohème, qui sembla un peu dépaysée en semblable compagnie.
Enfin, le 13 mars, dans une représentation au bénéfice des chœurs, M™« Georgette Leblanc chanta Les Chansons de Miarka, d'Alexandre Georges, et les artistes de la troupe se firent entendre dans divers morceaux de leur choix.
Représentations dramatiques en cours de saison. — La
saison lyrique fut agrémentée de représentations dramatiques qui comportèrent :
Pendant le Bal et Le Monde on l'on s'ennuie, de Pailleron, avec Mme Lara, de la Comédie-Française, jnal entourée d'ailleurs;
VArlésienne, avec MM. Albert Lambert père et fils, Gornaglia, Mmes Grumbach et Antonia Laurent ;
Nos Magistrats, d'Arthur Bernède ;
Polyeucte et Les Plaideurs, joués au profit du rachat de la maison natale de Pierre Corneille ;
L'Heure deja Bergère, de Maurice Ordonneau, et Monsieur l'Adjoint, de Paul Gavault, par la tournée Achard;
Enfin, Les Gaietés de l'Amour, de Micho, et Xono, de Sacha Guitry. Dranem, qui se montra assez médiocre acteur dans la première de ces pièces, eut plus de succès dans ses monologues et chansonnettes.
Dernières semaines d'exploitation. — Les six dernières semaines d'exploitation obligatoire comportèrent des spectacles de divers genres que nous rappellerons en suivant l'ordre chronologique.
Le Baiser, de Théodore de Banville, et L.' Aventurière, d'Emile Augier, avec Mi'« Cécile Sorel. MM. Albert Lambert fils et Leloir, de la Comédie-Française ;
Le Tour du Monde à pied, pièce à grand spectacle, de Gaston Marot, qui fut jouée dix fois ;
Israi'l, d'Henry Bernstein :
Les Scrupules, d'Octave Mirbeau, et Le L'oger, de Mirbeau et Thadée Nathanson, qui donnèrent lieu à des manifestations sur les(juelles nous reviendrons;
La Parisienne, d'Henry Becque, La Pai.r rhez soi, de Courteline, et Les Brebis de Panurge, de Meilhac et Halévy, avec
^[mes Devoyod et Danjou, MM. Mayer, Ravet et Dessounes, de la Comédie-Française.
Incidents. — Jusqu'alors les incidents s'étaient produits au cours de la saison lyrique, et plus spécialement pendant la période des débuts. Celte année-ci, au contraire, nous ne trouvons à en signaler qu'à propos de la représentation du Foyer, ainsi d'ailleurs que cela s'était passé dans toutes les villes où cette pièce avait été jouée, par suite de ses tendances anticléricales.
Ce soir-là donc. :^1 avril 1001), la salle était archi-comble, et des manifestations se produisirent aux premier et troisième actes contre certaines tirades. Le Commissaire central et le Commissaire de service, ceints de leur écliarpe, durent intervenir, mais les perturbateurs étant éparpillés à toutes les places, il y eut des luttes et des combats en règle pour les expulser et les conduire au poste.
Neuf manifestants furent arrêtés et relâchés aussitôt, mais six furent ])oursuivis en simple police pour tapage : cinq furent condamnés à '.') francs d'amende et aux dépens, le sixième à lo francs d'amende et à un jour de prison; les trois autres furent traduits en correctionnelle pour outrages aux agents et rébellion, et le Tribunal, se montrant sévère, les condamna à un mois de prison sans sursis.
Représentations ayant précédé et suivi la saison lyrique. - Pendant le mois de septembre 1908, trois représentations d'œuvres dramatiques furent organisées :
(rrasse Matinée et Boutc-fn-Train, de Alfred Athis, parla tournée Acbard, avec Galipaux;
Les Erreurs du Mariaijc, de A. Bisson, et Uti (iénérale, de .Iules Chiretie, celte dernière œuvre avec Polin, qui se lit entendre dans un intermède ;
Enfin, Lti l'cmme nue, de Henry Bataille, par la tournée Baret.
Après la saison, c'est-à-dire de mai à juillet 1909, on eut :
/,(' Vofiui/e lie .1/. Berrichon et L'Amjluis tel qu'on le parle, avec M. de Féraudy, de la Comédie-Française ;
Le Roi, de de Fiers, de Caillavet et Emmanuel Arène, avec Albert Brasseur et sa troupe ;
La Dame aux Camélias, avec Sarali Bernhardt ; Enfin Les Oherlé constituèrent le spectacle offert à l'occasion du 14 Juillet.
Soirées concertantes. — Le 5 juin, un concert fut donné au bénéfice des familles des victimes de l'incendie de Pelit-Quevilly, avec le concours de M°ies Moreau-Villette et Gobelin, M^i" Jeanne Sylvia, MM. Lanquetuit père et fils, MM. Courcy, Yvon Dorval et Bellamy, la musique du 74« et l'Harmonie de Rouen-Saint- Sever.
Et le Comité des Fêtes Normandes organisa le 19 juin une soirée à laquelle avaient été conviées les reines de Paris, de Calais et de Normandie, qui furent très fêtées et très admirées. On y entendit la fameuse Académie Culinaire de Bruxelles, la Musique municipale, le Cercle Orphéonique et les enfants des écoles, sous la direction de M. Duvauchelle.
Recettes. — Les recettes de la saison lyrique s'élevèrent
Celles lies représentations extra-lyriques à . 29.982 35
Total 298.938 f. 15
Le mois de novembre fut le plus fructueux, et M^^ Georgette Leblanc, en se faisant entendre au profit des victimes des tremblements de terre, fit réaliser la plus forte recette, soit 4.389 f. 10. Il est vrai que les abonnements et entrées de faveur étaient suspendus.
Faits divers. — Pour prévenir les abus auxquels donnait lieu ce trafic, un arrêté du maire de Rouen, en date du 23 septembre 1908, interdit la vente et l'offre de vente de billets de théâtre, ou contre-marques, ou le racolage ayant cet objet.
Cet arrêté, s'il n'est pas rigoureusement observé, et il est impossible qu'il le soit, a eu au moins pour résultat de rendre plus discrètes et plus silencieuses les opérations des camelots, et l'on n'entend plus, pendant les entr'actes, devant le lliéàtre, le cri bien connu : « Qui est ce qui la \em\ > Vendez-vous votre billet? »
— 25;î — direction fermo
Année théâtrale 1909-1910.
M. Fernio ayant demandé à continuer pour l'année 1909-1910 l'exploitation du Théàtre-des-Arts, le Conseil municipal, dans sa séance du 29 janvier 1909, autorisa la prorogation, pour une année, de la concession et, selon le désir manifesté par M. Fermo, fut d'avis de supprimer purement et simplement les débuts, laissant au Directeur toute liberté pour le choix de sa troupe. Toutefois, il réservait au maire le droit, la Commission consultative entendue, d'exiger dans le courant du [)remier mois le remplacement de tout artiste reconnu insuffisant.
Pour motiver cette suppression des débuts, le rapporteur, M. Lucien Valin, déclarait que le public spécial qui suivait autrefois les épreuves, avait cessé de venir au tbéàtre depuis qu'il ne pouvait plus influer sur leur résultat, et que le genre de pièces données pendant cette période n'attirait personne. Le premier mois d'exploitation était donc perdu pour tout le monde. Au contraire le Directeur, étant dorénavant débarrassé de cette préoccupation des débuts, serait en mesure de préparer son répertoire longtemps à l'avance et de commencer même la saison avec une pièce qui pourrait être une nouveauté.
Cette douce illusion ne s'est guère réalisée : l'ancien répertoire règne toujours en maître pendant un bon mois, car une œuvre nouvelle demande une assez longue préparation, et le pul>lic ne vient pas. Le premier mois donne donc des recettes dérisoires, alors qu'autrefois le troisième début des principaux artistes, surtout quand ils étaient tant soit peu contestés, faisait des salles combles ! etces passions n'étaient-elles pas, en somme, préférables à l'indifférence ?
Quoi qu'il en soit, un arrêté du maire, en date du 4 mars 1909, supprima la formalité des débuts.
Saison lyrique. — La saison lyrique s'ouviit le 9 octobre avecGiiillaunie Tell, et la troupe fut constituée comme suit, sans que le Maire eût usé de son droit :
MM. Théodore Mathiku, chef d'orchestre ; Tasset, deuxième chef d'orchestre ; Jahn, régisseur général ; Bruzzi, ténor demi-caractère;
SORRÈZE, d°
Pascual do
Lavarenne, ténor léger, assumant l'emploi de 2^' ténor; RosELLY, baryton de grand opéra ; Saimprey, baryton d'opéra-comique ; Meurisse, basse noble ; CoTREUiL, basse chantante ; RouGON, deuxième basse ; BuRGAT, trial ; Ometz, laruelte ; Mmes Comte, forte chanteuse falcon ; Daffety, chanteuse légère ;