MORT DE SAVONAROLE ET RETOUR DES MKDICI
fut pour elle un grand malheur dont elle devait souffrir durant trois siècles, d'autant que, conséquence inévitable, elle ne put passer de l'étroite économie urbaine aux vues plus larges de l'économie nationale.
Les jalousies mutuelles des villes et surtout la peur qu'avait le Saint-Siège d'être absorbé et annihilé par une grande monarchie perpétuaient ence pauvre pays des divisions, des guerres, et par là même le mettaient à la merci des voisins qui convoitaient tous cette belle proie. Français, Allemands, Espagnols, Suisses s'y ruaient à l'envi et voulaient tous en arracher un morceau, et quoique un instant, sous l'impulsion du pape Jules 11, il y ait eu un éveil du patriotisme italien, un cri vraiment national de : Arrière les barbares ! l'Italie demeurait un foyer d'intrigues, de trahisons, de roueries et un enjeu promis au plus fourbe ou au plus fort.
Florence, prise dans cet engrenage, ne parvient pas même à unifier la Toscane sous sa domination. F]lle s'attarde aux querelles du moyen âge. Elle est toujours en hostilité avec Sienne, avec Lucques, qui gardaient leur indépendance, cantonnées dans des limites minuscules. Elle ne sait pas accorder aux villes qu'elle a soumises, Pistoia, Prato, Volterra, Pise, des conditions qui les associent et les assimilent à elle-même. Au lieu d'être la capitale aimée et respectée d'un vaste territoire, elle demeure la maîtresse redoutée et détestée de vaincus frémissants. Aussi Pise est-elle en révolte ouverte durant
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(|uatoi'/e ans ; et Florence dépense des millions pour venir à bout de cette insurrection, où les Pisans, soutenus tour à tour par la l-rance, par l'Allemagne, par Venise, firent des prodiges d'héroïsnie et de ténacité. Ils succombaient, en 1509, obtenaient des conditions plus humaines qu'on n'aurait pu s'y attendre, bénéficiaient d'une indulgence relative qui fait honneur à la modération des vainqueurs, mais par laquelle il eût été plus sage de commencer. Au milieu de ces embarras, Florence louvoie et négocie, souvent alliée au roi de France, souvent aussi s'efforçant de rester neutre entre les ambitions rivales qui se disputent Tltalie et les velléités patriotiques qui essaient de l'affranchir. Cette époque fut, peut-on dire, l'âge d'or de la diplomatie. Or diplomatie, à l'origine, est à peu près synonyme de fourberie. La bonne foi, la loyauté subit, à la fin du quinzième siècle et au début du seizième, unelamentable éclipse. En France, Louis XI, grand tendeur de pièges, r (( universelle aragne », comme l'appelle un chroniqueur, demande à la bonne Sainte N'ierge, dont il porte l'image sur son chapeau, la permission de tromper ses ennemis. Villon se vante ingénument de malices et d'espiègleries qu'en d'autres temps on eût appelées des escroqueries. La morale de r Avocat Pathelin (si l'on peut appeler cela une morale : A trompeur, trompeur et demi, pourrait être la devise de l'époque. Philippe de Comines raconte^ sans en être scandalisé et même avec une certaine fierté, les bons tours joués par le roi son