‹ Histoire du travail à Florence (volume 2)Chapitre 15 sur 31 · MORT DE SAVONAROLE ET RETOUR DES MIODICI · texte numérisé non relu

MORT DE SAVONAROLE ET RETOUR DES MIODICI

iiiaîti'eet il conclutavec un cynisme tranquille : « Qui aura le profit aura Thoniieur. » — En Espagne, Gonzalve de Cordoue, Tun des grands capitaines du temps, déclare que la toile de l'Jionneur doit être laclie. Ferdinand le Catholique, apprenant ([ue Louis XII aurait dit de lui : « C'est la seconde fois qu'il me trompe », s'écrie : a II en a menti. C'est au moins la dixième. » Machiavel, contemporain de ces hommes, ne fait guère qu'ériger leurs pratiques et boutades en maximes : politique réaliste, mais de plus théoricien, il est, ainsi que Comines, pour le succès avant tout. Il conseille aux princes qui veulent réussir d'être à la fois renards et lions, et il croit à l'existence de deux morales distinctes, l'une pour les particuliers qui est sévère et doit être rigidement observée par eux, l'autre pour les grands de la terre qui planent au-dessus des prescriptions im posées aux simples mortels. Il ajoute que les princes — en se réglant d'après la seconde — doivent garder l'apparence de la première. Il leur conseille donc nettement l'hypocrisie, la duplicité. Et c'est pourquoi lemotde machiavélisme di gardé un sens fâcheux qu'il mérite. Des entrepreneurs de réhabilitation ont voulu laver Machiavel du reproche d'être un apologiste de la perfidie. Ils ont fait valoir qu'il fut un vigoureux penseur, un écrivain d'une netteté remarquable, un bon patriote, un républicain sincère. Tout cela est vrai, et le but qu'il poursuivait a pu être honnête et bon. ^lais il n'est pas moins vrai qu'il professa sur le choix des moyens la plus parfaite in-

différence et que son œuvre maîtresse reste avec raison pour la postérité le manuel par excellence où est résumé l'art de réussir à tout prix.

Dans cette époque, où la ruse, la finesse, l'astuce luttent avec la violence et la brutalité, l'Italie offre un singulier contraste. Elle essaie de réduire la politique en science. Les modèles de constitution, les manuels à l'usage des rois ou des républiques abondent de toutes parts. Les lettres des diplomates et ambassadeurs sont remplies de fines et sages observations. L'Italie essaie aussi de réduire la guerre en science. Ses condottières sont des manœuvriers de premier ordre. Ils possèdent à fond l'art des sièges et des batailles. Ils savent justifier par raison démonstrative chacun de leurs mouvements, et s'ils sont vaincus, ils ont la consolation de l'être dans les règles. Ils établissent les comparaisons les plus intéressantes entre leur tactique, leur stratégie et celles des anciens Grecs et Romains : Machiavel écrit à ce sujet des pages solides et brillantes. Mais il semble que, suivant ce qui se passe dans les contes de fées à la naissance d'une princesse, la mauvaise fée, qu'on oublie toujours d'inviter, ait dit à l'Italie encore au berceau : « Oui, tu sauras à merveille ce qu'il faut faire en politique et en guerre. Tu auras toutes les connaissances nécessaires. Mais tu ne sauras pas t'en servir. » Il est bien certain qu'avec tout son savoir, tous ses raffinements, toutes ses roueries la malheureuse Italie fut la victime de ces étrangers, de ces barbares, qui savaient à coup sûr

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